‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 2 sur 159 · GBANDE-BRETAGNE. — ÉPOQUE GÉORGIENNE · texte numérisé non relu

GBANDE-BRETAGNE. — ÉPOQUE GÉORGIENNE

Le midi de l'Europe allait en déclinant à mesure que le nord grandissait , et l'Angleterre, placée à la tête de la politique de ce temps , dirigeait les négociations de paix, et fournissait des subsides pour les guerres ; d'heureuses combinaisons lui avaient donné une constitution où s'harmonisaient , dans une action commune , les trois éléments qui ailleurs se font une guerre réciproque. Un roi, qui n'est ni absolu ni impuissant, y personniGa l'unité de l'État ; l'aristocratie» ouvrière habile des li-

tiqiie avait eu lieii à Versailles : après avoir aidé à grands frais la Priissc à devenir le contre'poids de PAutriclie, la France, par une inconséquence inouïe, fit alliance avec Vienne, et promit son concours contre la Prusse. Frédéric vit Forage fondre sur lui ; la coalition allait éclater, il la prévint en se jetant sur la Saxe : citait désarmer brusquement le plus proche de ses ennemis, et mettre à sa charge les premiers frais de la guerre. Frédéric, maUre de Dresde ( 10 septembre I756), y surprit les pièces originales de la trame formée contre lui. H se liâta de les publier, avec un mémoire quMl adressa à TEurope. ( Am. R. )

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bertés publiques , communiqua au pays ce géoie persévérant et cette application infatigable dans les desseins; les communes émancipées par la richesse, admises peu à peu dans le sénat national, avec la passion jalouse de leurs droits et Tintelligence de leurs intérêts , s'éprirent d'un amour orgueilleux pour un pays aux affaires duquel elles prenaient part. Les révolutions par lesquelles avait passé la Grande-Bretagne avaient perfectionné chez elle le gouvernement parlementaire, alors que nul autre pays ne le possédait encore. On aimait à contempler ce royaume, où la constitution et les lois étaient inébranlables, les fonctionnaires soumis au jugement de la publicité , les ministres responsables sous un chef inviolable, qui n'exerçait guère qu'une apparente direction.

La prépondérance de la Grande-Bretagne grandissait chaque jour en Europe avec le luxe, le goût des plaisirs et l'esprit mercantile , qui allaient sans cesse croissant. Les rois , qui dans leurs besoins toiigburs plus grands, s'adressaient jadis à la Hollande comme à une banque universelle, avaient désormais recours à TAngleterre. Grâce à sa situation , n'ayant à redouter ni les attaques imprévues , ni des démêlés de frontières , elle jouissait d'une liberté assez tempérée pour ne pas devenir turbulente , assez vive pour donner l'impotsion au pays, et tenir l'Europe attentive à ces discussions d'où sortaient des idées de liberté et d'ordre inconnues ailleurs. Elle faisait par là l'admiration de tous les hommes d'État; sa constitution même lui faisait une loi de développer ses forces pour subsister, d'augmenter toujours la somme de sa richesse et de ses produits , et de leur procurer constamment un débouché : de là une sorte d'héroïsme mercantile.

Les deux partis qui divisent l'Angleterre sont l'âme du pays, loin d'y porter le trouble : les whigs y sont les gardiens de la liberté, et les torys les représentants de l'ordre, les uns poussant au mouvement, et lesautresle modérant. Lorsque la bonne reine Anne laissa le trône à George, électeur de Hanovre (1714), les deux partis semblèrent changer de rôle : les whigs, croyant devoir soutenir la dynastie protestante, devinrent royalistes ; les torys se tirent opposants, pour combattre une dynastie élevée

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par une révolution. Sous des rbis ineptes ou vicieux grandirent les ministres , dont le plus célèbre fut Robert Walpole : génie positif, sans estime pour les hommes, sans scrupule dans remploi des mojrens, audacieux jusqu'à Finsolence, il prit pour but de toute sa politique raffermissement de la maison de Hanovre; comme moyen, la paix de l'Europe et Tailiance française. Cette paix, qui seule pouvait consolider FAngleterre, il la maintint malgré les penchants du roi, les clameurs do peuple, Timpatience française, l'astuce espagnole, l'ambition de l'Autriche, le génie grandissant de la Prusse. Pour conserver le pouvoir, prudent et téméraire tour à tour, il se laissa aller à des actes contradictoires. Rompu à tous les manèges, à tous les artifices, et pourtant énergique au besoin , il ne craignait pas de s'aboucher avec les agitateurs. Grossier de manières, dépravé dans ses mœurs, il était en outre très-peu lettré; mais il possédait un esprit pratique, et une connaissance profonde des hommes, de la cour, de la nation. Se détachant même de ses amis toutes les fois qu'ils pouvaient balancer son influence, ne voulant point de rivaux et préférant des ennemis , il fut le premier qui ait conservé pendant vingt ans la direction des affaires avec l'appui de la majorité dans les chambres. Il l'entraînait par sa parole, et séduisait la nation par des projets où elle voyait d'énormes profits. « 11 savait, disait-il, le prix de toutes les consciences anglaises , attendu qu'il n'était personne dont il n'eilt marchandé le vote. » 11 avait coutume de dire : « Tout homme a son tarif; » et il agissait en conséquence. 11 est présumable que re système de corruption dont on a fait un crime à Walpole était un mal nécessaire , alors que les membres du parlement n'avaient, pour la plupart, d'autre raison de soutenir le gouvernement que leur intérêt personnel. Walpole fit donc ce que le temps réclamait, et il le fit avec un plein succès, attendu que, sous des rois nuls et vicieux , il organisa la paix et prépara la guerre; qu'il atteignit ce double but de consolider les institutions anglaises avec la dynastie hanovrienne, et d'agrandir l'influence des classes moyennes , en augmentant la richesse publique par une habile administration.

C1727.) Sous George II, Walpole continua à soutenir le

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parti des wliîgs et leurs opiuions, c'est-à-dire les principes de liberté. Cet homme d'Ëtat, le plus consommé peut-être qu'ait eu l'Angletene, chargé d'affermir le gouvernement contre ceux qui Youlaient le faire rétrograder aussi bien que contre ceux qui voulaient le précipiter dans Tanarcliie, encourut l'animadversion des deux partis.

L'opposition inventa les machinations les plus adroites pour le renverser. Tantôt il résistait , tantôt il pliait. Enfin, ayant négligé, dans sa confiance, de soutenir l'élection de ses amis, il eut le dessous, et remit son portefeuille à George II, qui en versa des larmes.

La bataille de Culloden (27 avril 1746), dans laquelle succomba le prétendant Charles-Edouard , mit en évidence la faiblesse du parti qui rêvait une restauration ; les haines se calmèrent après la chute des espérances ; une génération toute nouvelle s'affermit dans le gouvernement; on s'appliqua sérieusement aux travaux parlementaires ; et comme la révolution n'avait plus besoin d'être protégée, le tour des idées pratiques arriva. Puis se succédèrent les grands orateurs, Chatham, Grenville, North, à la chambre haute; dans les communes, Cambden, Erskine, Mansheld, Burke, Windham , Romilly, Wilberforce, Wilkes, Withbread, Dundas, Shéridan, et d'autres talents supérieurs, parmi lesquels brillèrent surtout Fox et Pitt.

Fox ( depuis lord Holland ) figurait parmi les amis de Walpole , Pitt parmi ses adversaires >. Le premier fut fait secrétaire

' Les deux Pitt ont porté l'un et l'autre le prénom de William , ce qui a fait confondre quelques-uns de leurs actes par des écrivains étrangers. Le premier Pitt, qui fut créé lord Chatham en 1766 , était né en 1708; il entra dans l'armée avec le grade de cornette; mais, s^tant que sa vocation était ailleurs, il se fit nmnmer au parlement, où il devint bientôt le plus redoutable adversaire de Walpole, qui s'écria un jour : « 11 faut museler ce terrible cornette ! » Il continua son opposition contre lord Carteret , le successeur de Walpole en 1742 ; il devint payeur général des troufies sous le ministère du duc de Newcastle, auquel il succéda , en 1756 , comme chef du cabinet. Son administration , <|u^me guerre heureuse contre la France rendit chère à TAngleterre , dura cinq ans. La goutte dont il fut tourmenté dès sa première jeunesse

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d*État ; Pitt devint le chef de Topposition , et son élévation , en dépit de Walpole , prouva que Topinion était plus puissante que la faveur. En effet, Fox se retira, et accepta le poste subalterne , mais lucratif, de payeur général. Rien n^atteste mieux une révolution dans les opinions que Tavénement au pouvoir de ce Pitt, fils d'un simple écuyer, parvenu si haut à force* d'éloquence, de haine eontre la France, de réputation de probité. De ce moment commence l'administration de Pitt , qui , doué d'une âme élevée, d'un caractère énergique, d'une éloquence chaleureuse , sut se concilier le roi sans s'asservir à ses volontés, contrariant même parfois ses vues , et qui servit le pajrs de préférence à la couronne. Il révéla l'Angleterre à elle-même, telle qu'elle était sortie d'un siècle de luttes pour conquérir ses institutions , et d'un demi-siècle d'efforts pour consolider la dynastie qui donna pour base à ses institutions une monarchie acceptée par le pays. Il communiqua à la nation un caractère inflexible, un patriotisme énergique, presque d'instinct, et la fît triompher de la coalition des souverains de la maison de Bourbon.

On a dit de Chatham avec raison qu'il joignait les vertus d'un Romain à l'urbanité d'un Français : son patriotisme, en effet, était tout à fait dans le genre antique , toujours prêt à sacrifier la justice aux intérêts de son pays. 11 voulut lui donner la suprématie universelle et l'empire incontesté des mers. Par lui l'Angleterre domina en souveraine tous les cabinets; elle maintint la paix dans ses colonies , auxquelles elle ajouta le Canada et la l^uisiane, enlevés à la France, dont elle détruisit dans l'Inde les comptoirs; et si la guerre de sept ans eût duré , elle s'emparait de toutes les colonies françaises. La politique anglaise s'appliqua à empêcher laccord des puissances de l'Europe pour

fut ce qui le détourna plus tard de reprendre les affaires. Pitt illustra sou nouveau nom de comte deChatliam par les discours qu'il fit entendre à la chambre des lords, où les débats solennels Tattiraient, malgré ses M)uiïrances. Il laissa deux fils : Talné ( John Pitt , comte de Chatham ) hérita de son titre; le plus jeune, \ViIIiam Pitt, dont il est question plus loin, hérita de son génie. ( Au Pi. )

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les maintenir dans une dépendance commune sous le titre d'équilibre.

George III succéda à son père George II ( 1760 ) : il était arrivé à vingt-deux ans , sans rien connaître des affaires ; mais le peuple Taimait parce qu'il était né en Angleterre , qu'il y avait été életé à la manière du pays , dans des idées de piété et de morale , et parce qu'il représentait ces droits héréditaires qui souvent tiennent lieu de mérite.

Les torys, qui s'étaient, depuis Tavénement de George I^**, tenus éloignés du trône , s'en rapprochèrent alors. Appuyé sur eux , et ne comprenant pas que les droits de la nation étaient désormais inattaquables, George III eut quelques velléités d'étendre le pouvoir royal. Il avait pris pour chef de son conseil lord Bute , ministre peu expérimenté , qui se proposa de faire cesser la corruption et les cabales oligarchiques , de détacher l'Angleterre de ses alliances coûteuses sur le continent , et voulut mettre fin à la guerre avec la France. Mais s'il réussit dans cette dernière tâche, il ne vint pas à bout de détruire la corruption. On se déchaîna contre ce ministre , qui s'était élevé sans autre mérite que la faveur du roi , et qui , Écossais de naissance, remplissait les emplois publics de ses compatriotes. L'irritation devint universelle : à entendre les journaux, l'Angleterre était plongée dans la misère et livrée au despotisme. I^a position des ministres devenait , de fait, de plus en plus difficile depuis que la presse ébruitait tous leurs actes : sauvegarde précieuse de la liberté, elle était une entrave au gouvernement.

Lord Chatham , qui mourut en 1778, ne laissait rien à ses fils que son exemple. Le parlement paya ses dettes, et lui fit élever un monument dans Westminster, « en témoignage des vera tus et de Thabileté de William Pitt, sous l'administratioq de « qui la divine Providence éleva la Grande-Bretagne à un de- « gré de prospérité et de gloire inconnu dans les siècles pré- « cédents. »

Le second flis de Chatham (William Pitt) avait dix-huit ans à la mort de son père ; son héritage consistait dans une édu- (!ation forte et sévère , dont Chatham avait pris le plus grand soin. Il s'adonna au barreau, en même temps qu'il suivait les

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séances des parlements, écoutant les orateurs et s^exerçaut à parier sur toutes choses. Il parvint au ministère à vingts quatre ans, au milieu d^une opposition violente. Connaissant à fond la constitution de son pays, Tétat de ses richesses et de ses ressources , Pitt reconnut qu*il ne fallait paralyser aucune des forces qu'il renfermait, mais les faire concourir toutes à ce qui serait entrepris pour l'agrandissement de TAngleterre. U résista vingt ans, avec sang-froid, courage, éloquence et habileté, aux attaques de ses adversaires, et releva les principes conservateurs. Il ne brilla pas seulement , comme son père , par intervalles et par des élans soudains ; il ne gouverna pas dans des temps réguliers, ayant à se défendre contre des intrigues de rois et de maîtresses : il eut affaire à une révolution , à un nouvel ordre social ; il eut à se mettre à la tête des réformes que Topinion réclamait, mais que les ^cès commis en France faisaient craindre et détester.

La liberté anglaise ne ressemblait guère à celle que préehaient alors les philosophes. Si quelquefois les lords affectaient de se prendre de passion pour celle-ci , et lui élevaient des statues dans leurs parcs , ils avaient grand soin de la bannir du pariement. Un écrivain moderne ■ nous dit que les Anglais furent toujours grands admirateurs de Venise, cette reine des mers, qui comptait mille ans de gloire. Ce fut leur ambition de naturaliser chez eux une aristocratie comme celle de Venise, dans laquelle ils voyaient le type de la perfection : c'était même la pensée des ^hîgs les plus ardents , comme Harrington et Algemon Sidney. La révolution de 1688 fonda cette aristocratie; et on vit dès lors ces apôtres de la liberté inaugurer le s}'stème protecteur, dans Tunique intérêt des grands propriétaires. Guillaume III eut peine à se résigner au rôle de doge , auquel on voulait le réduire; mais les princes de la maison d'Hanovre, ses successeurs , George V^ et George II , durent s'y renfermer, de gré ou de force. Lord Cliatham essaya d'entamer cette oligarchie qui, depuis plusieurs générations, balayait les marches du trône avec ses manteaux brodés d'or; et il rendit à la na-

' Israeli , Coningsby,

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tion sa dignité. Son fils marcha sur ses traces, en appelant au pouvoir les classes moyennes, eu plaçant Tindustrie à c6té de l'aristocratie. Il préserva ainsi TAngleterre de Texemple contagieux de la Révolution française. On ne saurait néanmoins dire pour cela qu'il existât dans le pays une démocratie; et jusqu'en 1832 r Angleterre persista à se modeler sur la constitution vénitienne.

Peu de mois avaient suffi à Pitt pour gagner la confiance des hommes les plus influents; il entreprit des réformes intérieures , et conclut avec la Prusse et la Hoilaude le traité de Los ( 1788) , qui rétablit dans le Nord la supériorité de F Au* gleterre , entamée par la guerre d'Amérique.

Ainsi les pertes, comme les victoires, contribuaient à la grandeur de l'Angleterre, qui se trouvait désormais sans rivale sur les mers. En dépit de l'incapacité des trois Geoi^e , la nation marchait à pas de géant ; et des affaires destinées à changer la face du monde furent menées à bien, au milieu des puérilités honteuses ou des sales intrigues delà cour. Il en faut rapporter le mérite aux institutions.

Les idées de tolérance et de philanthropie, en vogue sur le continent, appelaient l'intérêt sur les noirs esclaves aux colonies; et les quakers, qui avaient aboli l'esclavage parmi eux, présentèrent au parlement une pétition demandant la prohibition de la traite. Ils furent appuyés par les méthodistes; le peuple prit la chose à cœur; les universités d'Oxford et de Cambridge, ainsi que plusieurs villes , émirent des vœux dans le même esprit; Wilberforce les appuya par religion. Fox par philanthropie; et le ministère fut obligé d'ordonner une enquête sur les faits. La question fut soumise par Pitt à la chambre des communes, et c'est de là que date le mouvement, non interrompu depuis , qui aboutit à l'abolition de la traite et à l'affranchissement des noirs ; émancipation applaudie des philanthropes, tandis que les politiques, moins confiants, n'y voient qu'une ruse de l'Angleterre pour affaiblir les colonies des autres puissances en Amérique , en leur enlevant des bras dont elle n'a pas besoin dans ses possessions des Indes. Heureuse la politique dont les ruses sont conformes aux lois les plus saintes de l'humanité !

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On â peine à se figurer que l'Angleterre ^ tant admirée alors des hommes d'État, continuât, au moment où le cri de réforme retentissait dans toute l'Europe , de reprocher aux catholiques de la Grande-Bretagne une intolérance dès longtemps oubliée, alors qu'elle-même ne se relâchait point de sa dureté envers eux. Anne, la bonne reine, avait rendu contre les catholiques les plus dures ordonnances ; et si la maison de Brunswick laissa tomber celles qui regardaient les personnes, il n'en fut pas de même de celles qui avaient trait aux propriétés : on vit les lois redoubler de rigueur à cet endroit, dans l'espoir de déposséder peu à peu les catholiques. Les juife avaient été naturalisés en 1753; l'indignation publique fut telle, qu'il fallut rapporter cette mesure. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'on fit adopter en 1751 la réforme grégorienne du calendrier, et cela parce qu'elle était l'œuvre d'un pape. Les idées de tolérance gagnaient néanmoins; et en 1775 les chambres adoptèrent une formule de serment qui, ne contenant rien qui répugnât à la religion romaine, fut prêté par la plupart des catlioliques. Puis on abrogea en partie l'acte de Guillaume III, qui prononçait l'emprisonnement perpétuel contre les évéques et les prêtres de ce culte tenant une école , et interdisait aux catholiques d'accepter un héritage et d'acheter des propriétés. On les obligea néanmoins de prêter un serment qui se ressentait des vieilles craintes anglicanes : il leur fallut jurer de ne point prendre part à des conspirations; de ne point assister le Prétendant; de ne point croire qu'il fût permis d'assassiner les hérétiques; de refuser obéissance à un prince excommunié , ni que le pape eût juridiction dans le royaume.

On essaya d'introduire ces réformes en Ecosse ; mais plusieurs synodes protestèrent. Il se forma des associations pour empêcher toute toncession aux catholiques ; on passa de là aux faits, et le calme ne se rétablit que sur la déclaration formelle qu'on ne se relâcherait en rien des rigueurs décrétées contre eux.

Ces associations avaient pour chef George Gordon , mélange d'entliousiasme, d'artifice et de folie. La chambre s'amusait de son étrange toilette , et de la clial«*ur non moins étrange îïvec laquelle il ne cessait d'étaler les périls dont le papisme eutou-

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rait la religion et la liberté. U excita si bien le fanatisme dans Londres , que VoMocialion protestante demanda le retrait de la loi favorable aux catholiques. Une foule immense, partagée en quatre corps avec des nœuds blancs, s'achemina vers les chambres , portant la pétition, couverte de cent vingt mille signatures. U était facile de prévoir un tumulte : en ejffet, pendant la discussion de la proposition , et plus encore lorsqu'elle eut été rejetée par cent quatre-vingt-neuf voix contre six , la multitude , irritée , se mit à renverser les chapelles catholiques , puis à saccager Londres , en se déchaînant surtout contre les papistes et leurs partisans. Elle ouvrit les prisons, mit le feu sur plusieurs points, et assaillit la Bourse. Il fallut proclamer la loi martiale, et appeler des troupes. Il y eut quatre cent cinquante-huit morts et blessés, sans compter ceux qui restèrent écrasés sous les maisons qu'ils démolissaient. Lorsque le tumulte fut étouffé , Gordon , poursuivi pour crime de haute trahison, fut absous par le jury; d'autres che& subirent un châtiment rigoureux. On calma les esprits en enlevant aux papistes le droit d'enseigner. C'est ainsi que des haines religieuses jetaient le peuple anglais dans tous les anciens excès de la tyrannie , et que le gouvernement 'était contraint d'y céder, quoique Fox s'écriât qu'il était honteux de se faire l'instrument des passions populaires.

L'effet de ces haines se faisait sentir davantage dans la malheureuse Irlande, comme on le verra ailleurs.

L'état prospère du pays disposait les esprits en faveur de la constitution et du roi, et, les rendant plus accommodants, accnil' dans le parlement l'influence de la couronne. Ce fut à ce moment que l'on songea à une réforme électorale , qui devait rendre la représentation nationale plus régulière. Pitt, bien que conservateur, la proposa; et si la Révolution française n'était venue , par les excès de la démocratie , inspirer l'effroi dès innovations et donner le pouvoir aux torys, l'Angleterre aurait échappé aux longues guerres avec la France, si désastreuses pour toutes deux , et joui dès lors des avantages qu'elle n'obtint qu'en 1831.

La liberté de penser et d'écrire , permettant de tout expri-

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mer en politique et ea religion , vulgarisait Tintelligence dea intérêts communs. Cette liberté même empêchait que les idées sceptiques et subversives, que les rêves imprudemment gêné* reux gagnassent trop de terrain ; car Tattrait de la défense et de la persécution leur manquait; puis ils subissaient Tépreuve de la discussion et de la pratique , les Anglais n'étant pas dans l'habitude de croire sans examen. Les opinions n'ayant point à compter sur Fappui de la force, mais seulement sur les raisons, des adversaires énergiques se levaient pour repousser les attaques , surtout parmi le clergé , qui ne s'était pas déshonoré , comme en France, par la persécution janséniste. La vérité trouvait ainsi des armes égales, indépendamment de l'avantage dont jouit toujours une opinion ancienne. Ajoutez que l'on ne fait pqs, chaque siècle, une grande révolution; et que celle dont les Anglais sortaient avait été si longue , si variée dans ses phases , et si féconde en résultats, qu'ils devaient redouter de les compromettre dans un nouveau bouleversement.

L'Angleterre ne cessait pas de cultiver sa littérature nationale, qui, de même que sa constitution , est une transaction entre des principes différents, un équilibre artiGciel. Sa prédilection décidée pour le romantique et pour le Moyen Age , l'impatiente audace du génie poétique, qui franchit les limites de la vie ordinaire, avaient été tempérées par les exemples italiens et français, comme aussi par l'étude des Grecs et des Latins. Il en sortit, sous la reine Anne, le siècle d'or de la littérature anglaise. Une philosophie qui se Lomé à l'homme , sans sonder les mystères intérieurs de la nature ; le spectacle des passions , sans cesse en action à la tribune et dans les assemblées, concentrèrent l'attention sur certains points et sur des temps spéciaux : de là la patience et la force d'investigation qui s'y déploient , soit dans l'histoire, soit dans les romans, soit dans les essais.

La littérature la plus réelle de l'Angleterre se trouvait dans le parlement. Là se déployait cette éloquence d'action tout instantanée qui, s'inspirant des passions contemporaines, paraissait supérieure à tout ce qui avait précédé.

Dans un temps où la liberté de la presse était encore peu étendue , la tribune anglaise contribua à mettre eu circu\al\QVi

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