‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 121 sur 159 · COALITION. — CAMPAGKE DE SAXE · texte numérisé non relu

COALITION. — CAMPAGKE DE SAXE

Napoléon, après avoir remis la régence h Marie-Louise, s'apprêta à ouvrir une nouvelle campagne formidable; ceux qui n'avaient pas de pain au logis devaient y trouver au moins une mort glorieuse.

Murât, excellent pour frapper des coups hardis, n'avait pas c« qu'il faut pour une retraite. Craignant pour son royaume, il abandonna bientôt Tarmée sans attendre d'ordres de Paris , et vola vers sa capitale ; il agit là comme avait fait l'empereur. Cette fois encore, au lieu de remettre le commandement à Ney, véritable héros de cette retraite , Napoléon le donna à Eugène, parce qu*il tenait à sa famille. Mais qu'était-il posisible de faire? Il n'y avait plus d'armée ; il n'en restait que de misérables détachements en désordre, assaillis sans cesse par l'ennemi, à qui les Polonais et les Prussiens se hâtèrent de donner du pain et uo asile dans les hôpitaux. Les Russes maudissaient « ce gén» « infernal qui , par pure envie contre un pays florissant , était « venu incendier, massacrer, fouler aux pieds la religion, en- « traînant à sa suite une foule de nations qui lui obéissaient « par peur ou par lâcheté , semblable h ces tempêtes d'où s'é- «» lancent la peste et la mort. « Et après avoir brûlé, au milieu de leurs plaines, deux cent quarante mille cadavres , ils poursuivirent la lance aux reins , jusqu'aux bords de l'Oder, le reste de cette armée qui était allée les provoquer jusqu'à la Neva. En entrant dans Wilna, ils proclamèrent une amnistie; Alexandre, en arrivant, visita dans les hôpitaux trente-cinq mille Français. Les Cosaques furent reçus à Varsovie sans résistance; arrivés au Niémen , ils s'unirent aux Prussiens et inquiétèrent Eugène, qui se dirigea sur TElbe, menacé de tous côtés par les peuples insurgés , et appelant Napoléon au plus vite, s'il ne voulait voir toute l'Allemagne lui échapper. Napoléon, qui avait admiré l'armée russe à Austerlitz parce qu'elle était vaincue, la qualifia de barbare maintenant qu'elle était victorieuse, et traita d'imbécile son général.

Les puissances étaient convaincues qu'il n'y avait pas à espérer de paix véritable avec Napoléon. Il est certain qu'il ne diminua rien de sa hauteur et de ses prétentions ; il ne voulut pas même a\oxs xd<i\'^x m\ \\c'u la Prusse de rabaissement ou

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il la tenait^ tandis qu'Alexandre adressait à cette puissance les plus belles propositions^ et que le peuple entraînait le gouvernement avec une force irrésistible. Il se décida donc à conclure avec la Russie une alliance offensive et défensive , s'engageant à ne déposer les armes qu'autant qu'elle aurait recouvré tout ce qu'elle possédait en 1806.

Déjà le corps prussien qui marchait sous les ordres de Macdonald avait déserté. L'armée fut remise sur pied ; mais derrière elle venait la landwehr, plus redoutable encore. La guerre sainte fut proclamée , la guerre de l'indépendance. La littérature se fit patriotique , belliqueuse ; et, pour la première fois depuis des siècles, les Allemands réunis combattirent en frères pour la liberté. Le baron Stein, que le courroux de Napoléon avait frappé, s'était fait, dans son exil, un instrument redoutable de réaction contre la domination française.

Le Meckleml)ourgeois Bliicher (1742-1819), qui avait débuté sous Frédéric U , et qui depuis treize ans vivait occupé de travaux champêtres, avait déposé ses rancunes et repris les armes, quoique déjà ^ieux ; et le Tugendbund ' vit en lui le futur vengeur de la Prusse. Parvenu au commandement de l'armée, il n'aspira pas à la gloire du tacticien ; il combattait avec les soldats, déchirait comme eux la cartouche, allumait sa pipe à la mèche des artilleurs. Il rappelait parfois l'étrangeté de Sowarow : ainsi, afûigé souvent d'un mal d'yeux, il se coiffait d'un chapeau de femme avec un voile^ et £in avant! était son mot habituel, qui était devenu son surnom. Il fut l'instrument le plus actif de la nouvelle alliance contre la France , dont la force de cohésion était due à Swartzenberg, l'influence politique à Alexandre. Kutusow, à son entrée en Allemagne, déclara la confédération du Rhin dissoute; l'insurrection allemande s'étendit , et un comité composé des représentants des quatre races , saxone , bavaroise , wurtembergeoise et hanovriennç , se forma près d'Alexandre pour reconstituer la nationalité germanique. La Saxe et le Danemark , qui hésitèrent à abandonner Napoléon, furent sacrifiés.

' Ou Signe de la vertu : société secrèle (|iii avait pris naissance en Prusse.

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