‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 132 sur 159 · LES CENT-JOUAS · texte numérisé non relu

LES CENT-JOUAS

yous ne rencontrerez partout que des amis : songez que ma couronne doit ni' être rendue sans une goutte de sang finançais ! En effet , il se présentait désarmé aux soldats. Un seul garde national avait accompagné le comte d* Artois à son départ de Lyon; Napoléon lui donna la croix d'honneur, et recommanda d'épargner la famille royale. Ce sera une belle page dans son histoire. Il entra à Paris (30 mars) , où il s'annonça comme le représentant de l'indépendance et du bonheur de la France ; il cassa les chambres, abolit la noblesse, et convoqua une assemblée nationale pour déterminer les limites du pouvoir.

Murat'lui écrivit que , repentant df ses torts , il voulait les réparer ; et Napoléon lui répondit de se tenir prêt , mais de ne rien entreprendre contre l'Autriche, avec laquelle il était .en négociations, et d'attendre ses ordres. Si en effet il se fût retranché menaçant dans les Abruzzes, il aurait sufQ pour tenir en respect les Autrichiens ; mais, écoutant des ox)nseils imprudents ou peut-être perfides , il mit en marche deux colonnes : Tune , commandée par le général Lecchi , se dirigea 3ur Rome, d'où le pape s'enfuit; il envahit les Marches avec l'autre; et, tout en continuant ses protestations aux alliés , il attaqua les Autrichiens, à Pesaro, et, de Rimini, annonça aux Italiens qu'il venait pour leur donner l'indépendance.

On se trompait des deux côtés : Murât, en se vantant d'avoir soixante mille soldats ; les libéraux , en lui promettant des secours considérables. Il n'avait en réalité que 34,30Q hommes d'infenterie, 5,000 cavaliers, et 5 bouches à feu seulement. Les Autrichiens avaient en ligne contre lui 50,000 fantassins, 5,000 chevaux , et 64 pièces d'artillerie. Bologne et quelques autres villes se déclarèrent, mais le reste du pays demeura spectateur. Les Autrichiens se retirèrent derrière le Pô et Iq Tanaro.

Bien que Murât eût peu de troupes et manquât d'artillerie , s'il eût passé le pont ^ Occhiobello , il eût peut-être trouvé des dispositions favorables chez les Lombards et les Vénitiens, qui déjà étaient préparés; mais des lettre^ de Caroline le rappelèrent dans son royaume , que menaçaient les Anglais. Il vit alors qu'il était trahi, et, perdant le courage, il le fit perdre aiu siens. Vivement poursuivi , il aurait été fait prisonnier près de

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Mantoue a?ec son état-inaior ( 2 mai), si un bataillon de lecrues des Légations , commandé par de vieui soua^officien, se lui eût ouvert un passage. Il fut défait par Biandû à Tolentino; Nugent marcha sur le royaume par la Toscane et par Tenadne. Mnrat combattit encore à Ceprano poor protéger la retraite, mais sans plus de succès; et il arriva à Naples sans équipages ni parc d'artillerie (39 mars). Il y donna une constitotioA; mais il était désormais trop tard. Le eommodore anglais Campbell menaça de bombarder la capitale. Murât sedéôdaà faire abandon de tout; mais au moins il stipula des garanties pour assurer la dette publique , les revenus des domainsB de rÉtat , la nouvelle noblesse, les grades, les honneurs^, les pensions aux militaires qui passeraient au senriee du nouveaanii comme aussi une amnistie générale. Les troubles qui édatèrent dans Naples firent appeler en hâte les AutrichieDS (23 mai), et ce n'est qu'après beaucoup de sang répanda qu'Us parvinrent à les apaiser.

Ramené par Tarmée sicilienne dans le royaume qn*il n*avait pas conquis , Ferdinand, prenant alors le titre de roi des Dec- Siciles, promit un gouvernement doux, des lois fondamentales, le maintien des codes et des emplois. Mais ce malheureux pays, qui depuis vingt ans avait vu tant de révolutions, où les vainqueurs et les vaincus se succédaient tour à tour, avait amassé un horrible trésor de haines et de vengeances. Il codserva du moins une grande partie des biens que lui avaient procurés ces dix années d'administration firançaise.

Après avoir erré longtemps, réduit à se cacher, Munt aborda en Corse, où il réunit une poignée de gens dévoués, dans le but de raviver en Calabre, contre les Bourbons, b petite guerre qu'ils y avaient fomentée contre lui. La tempête les dispersa , et il débarqua à Pizzo avec vingt-huit compagnons seulement (8 octobre). Il arbora son drapeau; mais il netardi pas à être fait prisonnier, et l'ordre de le fusiller arriva de Naples, où Ton apprit en même temps le péril et la délivrance. Murât avait alors quarante-huit ans '.

* CaroliYie Murât se rendit à Tricste avec ses enfants ; Lucien , pria»

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Napoléon ne pouvait donc plus compter sur une diversion du côté de ritalie : réduit à ses propres forces, il fit ressource de tout. Huit armées furent improvisées. Deux millions de gardes nationales auraient pu renouveler les prodiges de la Révolution ; mais il craignait que Félan national n*ébranlât son pouvoir, et il le comprima. Lui qui s'était écrié à Fontainebleau , Ce n'est pas la coalition des souverains qui m'abat, ce sont les idées libérales, il aurait dû se rattacher à ces idées si puissantes. « J'ai voulu Fempire du inonde, dit-il en s*adressant au peu- « pie > ; et pour l'assurer, il me &Uait de toute nécessité un « pouvoir sans limites. Pour gouverner la France seule , peut- « être une constitution vaudra-t-elle mieux. Vous voulez des <« élections libres, des discussions publiques , des ministres res- « ponsables; vous voulez, en un mot, la liberté : moi aussi, « je la veux... Il serait surtout absurde d'interdire ou d^é- « toufTer la presse.... • Tels étaient ses discours; les actes malheureusement continuaient à-suivre la tendance des idées impériales.

AvL moment où il venait de débarqtfer à Cannes, il s'était servi du mot de citoyens; à moitié route, il disait Français; à Paris , sujets. Ses revers ne lui avaient donc rien appris. Il donnera une charte , mais sans en faire discuter les articles, et oomme une addition aux anciennes lois de l'empire. C'est un mélange incompatible d'esprit despotique et d'esprit populaire. Carnot lui donna en vain des conseils auxquels son orgueil

de Canino, quitta Rome au retour de Napoléon, pour aller lui offrir ses services; Louis resta à Rome, madam'e Létitia à Naples. Après le désastre de Waterloo , Joseph s'enfuit à New- York ; il vkit ensuite chercher un asile à Florence , où il est mort en 1844. Cjbs illustres proscrits furent en butte à des persécutions de la part delà France, pendant la Restauration. Mais Rome, Gdèle à. sa résolution hospitalière, résista toujours aux demandes d'expulsion. Plusiemrs membres de cette famille s'honorèrent par leur mérite personnel, avant que de nouyellçs révolutions les fissent reparaître sur la scène politique. (G. Ç. )

' Ce n'est point au peuple que ces paroles furent adressées, mais simplement à Benjamin Constant , qui les a rapportées dans ses Mémoires sur les Cent- Jours. ( Am. R.)

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