LES CE1VT-JOUBS
torieux en \>odée, et Suchet dans les Alpes; mais Napokoi s*éeria : « Je ne puis rétablir mes afibires; fai mécontcBlé les peupk*s. »
Aveu remarquable; et pourtant il ne TOjait cneore dMc eipédient, pour organiser b résistanee nationale, qse àtètr mander la dictature. Mais les représentants 8*7 refosèreit: Aîous avons assez fait pour \apoêéom , dit la Fayette; wotn devoir est de saucer la patrie. Il Ini fnt enjoint d*didiqiier,el de partir. Alors on capitula avec les alliés , qui oeenpèRil Paris. On parla d'obtenir un gouvernement pins libre : ksos voulaient Napoléon H ; les autres proposaient de sobstitiKr b famille d'Orléans à celle dont Tessai avait été si malheoRv: mais Fouché intrigua si bien que le retour de Tandenne bmdK des Bourbons parut inévitable, et Louis XVIII remonta air le trdne (8 juillet).
NapoUV)n s'achemina vers Roehefort, arec Tintentioii ie passer aux États-Unis; mais une croisière ennemie surrdDait ces parages ; il fallut 7 renoncer. AJors il se rendit à bord «Tiii vaisseau anglais, d*oii il écrivit au prince régent qu*i7 venait, comme Thémistocle, s'asseoir au foyer du peuple ^iAmnique. Les alliés , le considérant comme prisonnier de guerrCi décidèrent qu'il serait transporté h Sainte-Hélène; il y vécut six ans captif, jusqu'au 5 mai 1821. Il dit en mourant, aux coo* pagnons de son exil : « Proclamez que mes intentions étaient « pures. Je voulais le bien, l'ordre et la justice. Je voulais rajeo- « nir la société eu refrénant l'arrogance , en démasquant l'mh « posture, en frappant l'iniquité. Les temps étaient difficiles: « j'avais de puissants ennemis; j'ai été contraint d'être- sévère « malgré moi : jamais cependant je ne fus injuste ni cruel. Je « n'ai jamais pu détendre l'arc; ce qui fait que les pénplesoDt « été privés des institutions libérales que je leur destinais, « parce que mes ennemis en auraient tiré parti. »
Le jugement des peuples s'est appesanti sur lui. Celui de la France s'est ressenti de la gloire dont il l'avait comblée. Les Cent- Jours lui apportèrent de nouveaux dommages , une longue occupation , et ils devinrent un prétexte pour entamer ses libertés. liCS vainqueurs inexorables voulaient la réduire à a
LES CENT-JOUHS. 157
qu'elle était sous Henri IV. Le patriotisme allemaud redemandait TAlsaœ et la Lorraine ; T Autriche , la Prusse et T Angles terre voulaient qu'elle cédât le territoire des anciennes places fortes du côté des Pays-Bas, et que les fortifications d'Hunin* gue fussent démolies. Alexandre, plus désintéressé ' , obtint pour elle des conditions moins dures. Elle fut frappéerd'un impôt de guerre de sept cents millions, payables aux alliés en cinq années. Cent cinquante mille soldats étrangers occupèrent les places et les frontières, sorte de quarantaine qu'elle eut à subir. Le Midi sMusurgea contre les bonapartistes : le maréchal Brune fut assassiné à Avignon , le général Ramel à Toulouse; beaucoup d'autres furent égorgés çà et là; l'armée fut licenciée; les journaux subirent le bâillon de la censure. Les Anglais eurent leurs quartiers dans Paris , dont un général prussien devint gouverneur; les autres armées aUiées campèrent aux alentours. Louis XVI II leva une contribution extraordinaire , au mépris de la <;harte; il exclut viûgt-neuf membres de la chambre des pairs , fit citer devant la justice militaire di:9:-neuf généraux , parmi lesquels figuraient Ney et Labédoyère. Ney fut condamné à mort par la chambre des pairs, en violation de la capitulation de Paris ; l'autre fut aussi fusillé. Le général Lavalette dut son saint an dévouement de sa femme , qui le fit évader de la prison. Lés Bourbons commençaient leur règne, comme Napoléon , par des procès :. on fit des lois de circonstance contre les rebelles et les suspects; Ton créa des tribunaux d'exception *. La chambre des députés, qui fut élue sous l'empire de ces passions, en reproduisit toute la violence; et Louis XVIII eut le mérite de se montrer plus clément que cette chambre introuvable (mot par lequel on la désigna). Des lois prononcèrent l'exil perpétuel des membres de la famille de Napoléon et des conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI.
> Note sur Alexandre, tirée des Mémoires de la Fayette.
' On lit dans on codicile de Napoléon : « Dix mille francs au sousofTicier Cantillon , qui a essuyé un procès comme prévenu d^avoir voulu assassiner lord Wellington , ce dont il a été déclaré innocent- «
3J»8 LES CËNT-JOUaS.
'ralleyraiid se vit bientôt remplacé au ministère des affaires étrangères par le duc de Richelieu, qui avait servi soos Alexandre , et qui était pour Tel iiance russe, de préférence à l'alliance anglaise. Louis XVllI et son ministre accordèrent tout aux alliés pour délivrer le pays de Toccupation étrangère, saus s'apercevoir que les puissances elles-mêmes avaient hâte de se retirer. 11 y avait là des exemples de révolution et de liberté dangereux pour leurs soldats, dans un temps surtout où les rois eux-mêmes avaient favorisé Télan des peuples , et où les Anglais répandaient partout les idées constitutionneUes.
Le duc de Richelieu ût entendre aux chambres des paroles nobles et tristes en leur présentant le traité du 15 novembre, qu'il qualifia de fatal. C'était, il lui semblait , une tache indélébile qu'il attachait à son nom ; mais il se consolait en pensaot que la France réclamait à grands cris d*étre affranchie de ^o^ | cupation étrangère *.
Les chefs-d'œuvre de l'art que la victoire avait réunis dans le musée Napoléon et que la première invasion avait respectés fitrent , après les Cent-Jours , redemandés à la France ; mais ils furent du moins restitués non aiu souverains, mais aux paysem* mêmes. Les tableaux d'Anvers furent rendus à la Belgique, et non à l'Autriche , son ancienne souveraine ; ce qui avait été enlevé à Venise libre fut rapporté à Venise asservie. Denon avait dit à Pie Vil , en lui montrant le musée du Louvre , qu'il verrait avec un vif regret tous ces chefis-d'ocuvre enlevés à son pays : La victoire , lui répondit le pontife , les avait portés en Italia la victoire tes a déposés ici : qui sait où elle les reportera w jour? La prophétie venait de s'accomplir. Mais la France en
■ M. de Riclielieii écrivait» le 19 novembre lSt5 : <t Tout est coo- •ommé : j*ai apposé hier, phis mort que vif, mon nom à ce fatal traite. J^avais juré de ne pas le faire , et je l'avais dit au roi ; ce malheureux prince m'a conjuré, en fondant en larmes, de ne pas Fabandonner, rt de ce moment je n'ai plus hésité. J'ai la confiance de croire que, sur ce point, personne n'aurait mieux fait que moi; et la France, expirant sous le poids qui Taccabtc , réclamait impéricusenient une prompte délivrance. Elle commencera dès demain , au moins à ce qu'on mV fturc, et s'opérera successivement et promptemt'nt. »
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souffrit comme d'un affront ; et Canova , qui était venu présider à Fexpédition des tableaux et des statues appartenant à Tltalie, se vit en butte a toutes les railleries >.
C'est ainsi que la France sortit des mains de Napoléon , humiliée, ayant perdu au dehors la grandeur, au dedans^ la sécurité, et fatale après tout aux nations de l'Europe; car, sous prétexte de la punir, les rois Onircnt par opprimer les autres peuples que son exemple avait entraînés.
Le retour de Napoléon avait interrompu les fêtes et les travaux des rois , assemblés à Vienne pour asseoir un nouveau droit public. La Révolution avait remis en question tout le système international. Les puissances avaient proclamé le droit d'intervenir dans la politique intérieure des autres États , et elles avaient provoqué la guerre civile en France par les coalitions de Mantoue et de Pilnitz. La France , d'une autre part , usurpait en 1797 le poofoir constituant à Venise et à Gènes. A Ratisbonne , la constltotion germanique était abolie. On assassinait à Rastadt les ambassadeurs. Dans les transactions succsessives , il semble que les grands États prissent à tâche de compromettre leur propre existence, en effai^ant la Pologne, les républiques italiennes , les souverainetés ecclésiastiques de l'Empire, les principautés, les villes libres, les ordres chevaleresques, les dynasties régnantes. Les rois coalisés, en un
' On disait de lui que ce n^élait pas un ambassadeur, mais un emùalleur.
* Tout le onzième volume de V Histoire des traités de Scliœll est consacré au traité de Vienne, et contient tout ce qu'il y a de mieux dans les importants travaux de G.-L. Kluber, Acten der Wiener Congresses 1815, 7 vol., et Uebersicht der diplomatischen Verhandlungcn des Wiener Congrcsses iiberhaupt , nnd insonderheit ilber wichtige Angelegenheiten des Veutschen Blindes; 18IC.
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mot , comme les révolutionuaires , avaient substitué partout b force des armes au droit intérieur des nations , et poussé des peuples à rinsurrection , eu leur prodiguant force promesse qu'ils s'inquiétaient peu de tenir. Des eondescendances troDh peuses, des traités contradictoires, des arabiguïtés calculées, avaient déshonoré la politique et la diplomatie dans le coandi ces vingt années.
Cétait avec de si tristes exemples , avec de si dépIoraUetntécédents, que le congrès de Vienne se disposait à restaonr Tancien édifice politique, et à mettre en ^uilibre, oomoe à l'époque de la paix de Westphalie , les intérêts de toute ÏUrope, depuis les contrées dû p6le jusqu'à la Grèce. Si tons ki traités , sous le règne de Napoléon , avaient été plutôt des haltes etdes préparations à des hostilités nouvelles, le champ se trounit libre après lui : point d'ennemi , point d'aubes nécessités q» celles de la justice ; des rois qui, après avoir perdu leur coorouK, la recouvraient tout à coup et sans peine , n^en devaient être qv plus disposés à des concessions envers les peuples , dont les idéei avaient marché bien plus que la politique , et qui étaient désabusés par des expériences nombreuses. Napoléon n'avait voulu tenir compte que de ses idées et de ses plans , plus chiroériqae parfois que ceux des idéologues > dont il se moquait. Mais les rois avaient proclamé Tintention de tenir compte des peuples qui s'étaient soulevés pour eux , et semblaient garder au fond do cœur le souvenir de promesses sacrées. On avait eu pear de l'épée , et l'on avait vouhi la briser; mais personne n'avait peur des idées et de la liberté. On n'avait recouru aux armes que pour faire cesser le règne de la force. Une restauration était invoquée ; mais pouvait-on honorer d'un tel nom une paix qui ne ferait que fixer matériellement les limites des États et le rétablissement des dynasties.^
Les souverains , en prenant le parti de traiter en persontf autour d'une table ronde, mêlés à leurs propres sujets, évitèrent les questions de prééminence qui avaient fait perdre à Utrecbt | un temps infini. Leurs maximes, celles de leurs ministres étaient extrêmement libérales. Les princes et les peuples, disaient-ils ^ ne doivent faire la guerre que par une nécessité ioé-
vitnbie; Tesclavage et le servage doivent être abolis, sous quelque forme que ce soit; il faut que la religion, la politique et la morale marchent unies ; Fépée ne saurait attribuer de droits, et Tindépendance de chacun doit être Tobjet du respect de tous ; il est nécessaire que les gouvernements aient des règles précises et expresses ; les peuples ont le droit de participer à la législation et de déterminer les impôts, comme de manifester librement leur pensée par la parole et par la presse.
Malheureusement personne n'était préparé à l'œuvre : la rapidité des événements , les circonstances ne permirent pas de se décider franchement entre les deux écoles , l'école historique et l'école rationaliste, entre l'esprit teutonique et l'esprit libéral.
Nous avons indiqué les causes de désunion qui existaient à Vienne entre les monarques. Mais lorsque Napoléon eut quitté l'île d'Elbe, ils se rapprochèrent, et voulurent montrer leur force par la promptitude et la résolution avec lesquelles ils écrasèrent ce nouveau mouvement. Lorsqu'ils en furent sortis triomphants , ils opérèrent avec plus de célérité et moins de ménagements.
Alexandre était le héros de ce temps : jeune , aimable , il avait il gouverner un peu{40 tellement habitué à l'obéissance , qu*il ne devait pas craindre de parler de liberté. Il semblait que la puissauce napoléonienne se fût brisée contre lui seul , et que de lui dépendissent les destinées du monde. Son penchant déclaré au mysticisme, qui fut attribué à l'obsession d'un souvenir fiineste , se fortifîa dans la connaissance qu'il fît de la baronne de Krùdner». Elle avait renoncé aux douceurs de Topu-
■ La baronne de Kiiidner, née à Riga en 17G6, était petite^fiiio <l«i maréchal de Munich. Elle fut élevée à Paris, et publia en 1803 le roman de Valérie, qui eut un succès de vo^iie. La reine Louise de Prusse, entre autres, subit Pinducnce de madame de Kriidner, dont les manières étaient pleines deciiarme, et Tesprit rempli de persuasion et d'agrément. Après une jeunesse tout à fait orageuse , qui força son mari à la répudier, elle se prit de passion pour les idées mystiques. Klle était h Paris à Pépoque de rentrée des alliés : ce fut là qu'elle eut orrasion de voir d'abord l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, i\\ii
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lence pour proclamer la parole de Dieu, et pour christianiser le inoDde selon les principes de TÉglise primitive. Elle avait pris dans les diverses communions un choix de vérités à son usage; elle était belle , éloquente , entraînante. Elle avait déjà promené son enthousiasme en Allemagne et en Suisse, quand le congrès de Vienne vint lui offrir roccasioa d'exercer en graad son apostolat. Elle tint dans ce but des conférences mystiques, où les princes assistaient; mais la femme insphrée s'adressa pah ticulièrement à Alexandre , le bras de Dieu ; elle Tavait sunommé Fange blanc, de même que Napoléon était Fange nmr. Elle parvint ainsi à s'insinuer dans rîmaginationvive et, par cela même , mobile du czar, qui conçut le projet d'établir on nouveau droit pubhc européen, sur la réconciliation des Églises dissidentes; rapprochement d'où daterait le règne de la paix et de la félicité universelles. Il rédigea en conséquence, dans ob style quasi inspiré , comme celui de toutes ses proclamatioost l'acte de la Sainte- Alliance ' , par lequel les quatre prindpHX souverains s'obligeaient diplomatiquement aux vertus évangéliques : expression singulière de la politique sous forme bibli-
ëc rendirent plus d^une fois dans cet oratoire fréquenté par beanoosp (le grands personnages, où madame de Krûdner se montrait eo costume de prêtresse. Elle a donné , dans nne brochure publiée à cette époque sous le nom de Camp des Vertus, la description d'une fSte que Parmée russe célébra dans les plaines de Châions. Madame de Kmdner ne sut pas conserver toujours la faveur de ces rois de la Saial^ Alliance , dont elle fut quelque temps la confidente. Son exaltation, qii allait croissant , ayant donné lieu à quelques désordres dans ses pr^ dications , la plupart des gouvernements la firent expulser. Elle est morte en Crimée en 1824. (An. R.)
' Le traité de la Sainte- Alliance, conclu d^abord entre les empereurs de Russie, d'Autriche et le roi de Prusse, avait été rédigé, dil* on, par Tempereur Alexandre, à Paris, sous les inspirations de nudame de Kriidner; il se compose d^un préambule et de trois articles, dont on peut trouver le texte dans le t. VI des suppléments au Recwl des traités de Martenne , p. 65C. Louis XVIII et le prince régent d^As* gleterre y accédèrent, mais pour leurs personnes seulement. La plupart des princes de TEurope suivirent cet exemple : le pape seul resta en dehors de cette convention. (Am. R.)
que , et qui révèle combien le besoin d'unité était généralement senti. Les quatre monarques s'engagèrent donc , « conformé* « ment au précepte évangélique qui nous commande de nous » aimer comme des frères , à rester liés par le nœud indisso- M iuble d'une amitié fraternelle; à se prêter une assistance mu- « tuelle; à gouverner leurs sujets en pères; à maintenir sincè- « rement la religion, la paix et ta justice. I^s rois soussignés se « considèrent comme membres d'une même nation chrétienne, « ayant pour unique souverain Jésus-Christ, Verbe très-haut, « et chargés chacun par la Providence de diriger une branche « de la même famille ; ils invitent toutes les puissances à re- « connaître ces principes , et à entrer dans la Sainte- Alliance ' » (26 septembre 1815).
Il y avait de quoi faire illusion avec ce traité , conclu au nom de Dieu et pour le plus grand bonheur de l'humanité. Mais après tout, que signifiait ce langage? Que les princes contractants étaient des pères qui se concertaient pour décider seuls de. ce qu'ils croyaient le plus avantageux à leurs enfants , sans les consulter siur ce point. Ij' Angleterre refusa en conséquence de prendre part à ce pacte , le trouvant incompatible avec la liberté des peuples.
Le congrès se proposait deux objets : asseoir les frontières des divers États ,'et sanctionner les principes. Sur le premier point , ce qu'on voulait c'était de prendre ouvertement ses sûretés contre la France , et secrètement aussi contre la Russie. Sur le second point, les intentions d'abord avaient été libérales; on voulait mettre des bornes au despotisme , mais, chemin faisant, on £nit par prendre plus de liberté. Déjà les grandes puissances s'étaient fait par les armes une large part, en prenant, les Prussiens la Saxe , les Russes la Pologne , 1^ Autrichiens la haute Italie , et les Anglais Malte , Helgoland et h Cap; personne ne paraissait vouloir céder en rien. Il avait été foit, en 1814, des traités particuliers avec Murât, avec le Danemark, avec Eugène, avec les princes médiatisés. Ainsi les nombreuses questions qui se présentaient , et qui devaient trouver leur solu-
* Moniteur, 5 février 1816.
ae4 TBAITÉS D£ VIENNE.
tiou dans les priucipes du droit ioternatioual , furent résolues par des cuusidératioDs personnelles. On voulut satisfaire les liantes puissances en consolidant leurs acquisitions, et humilier la France en la resserrant entre 1* Au triche et la Prusse, eteo augmentant les forces de ses voisins. Quant aux peuples, il neo fut pas question.
Louis XVIII, sans s*arréter devant la crainte de pasKr pour ingrat envers ceux qui Tavaient rétabli sur le trône, arak écrit de sa main à Talleyrand , qui le représentait au congrès, que 71 1 ia conquête ni la possession violente ne donnent auca droit, si elles ne sont sanctionnées volontairement par un renonciation ou par un traité. Quand même on aurait rendu à la France ses anciennes limites, il n^aurait point existé (féquilibre , puisque les autres puissances s'étaient agrandies. Elle fut cependant diminuée d'un million et demi de sujets dans les colonies , et de dix-sept lieues carrées en Europe y sur ce qu'elle possédait en 1789; elle ne conserva plus rien en Italie, rien en Allemagne; elle se trouva repoussée du Rhin et de la Savoie; elle se vit entourée partout de puissances d*attaque et de défense; désarmée, tandis que les autres conservaient leurs troupes sur pied ; isolée , tandis que les autres s'étaient liés entre eux ; sans garantie à Tintérieur, après un si grand bouleversement ; ayant à sa tête un nouveau gouvernement , jaloux de celui qui venait de tomber « et novice aux nouvelles formes constitutionnelles. Peu s'en fallut même qu'elle ne fût plus maltraitée, car les Anglais et les Allemands insistaient pour qu'on lui reprît l'Alsace et la Lorraine. Heureusement pour elle, l'orgueil de deux puissances, qu'un triomphe inattendu avait enivrées au moment ou elles croyaient succomber , eut pour contre-poids la modération (Hi la prévoyance jalouse d'Alexandre. Sagement dirigé par les conseils de Capo-d'Istria , le czar ne cessa de s'opposer h ces humiliations imprudentes, qui devaient avoir pour résultat de pousser la France aux réactions , et de lui faire chercher un appui dans les sympathies populaires.
Talleyrand , le grand instrument de la chute de ISapoléon et de ia restauration des Bourbons , inventa alors le mot nouveau de /p(/i(lmité, vcvm eiv l'a\;|f;ïlii\uaut seulement aux rois : c'est
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ainsi que rancien révolutionnaire,. homme positif et partisan de la force, fit échec aux principes de sainteté et de fraternité évangéliques qu'on venait de proclamer.
La Norwége avait été promise au roi de Suède par les hautes puissances : en conséquence , TAngleterre entreprit de la réduire par la force et par la famine ; mais elle se défendit avec rénergie du désespoir, et se donna une constitution ; puis , lorsqu'elle fut réduite à céder, elle en stipula formellement le main* tien (14 mai 1814). Cette acquisition fit une très-belle position à la Suède. En effet , Fabandon de la Finlande la délivrait du voisinage menaçant de la Russie , et en même temps la Norwége réioignait d'autant du Danemark : elle eut donc moins de raotifis de crainte et moins de dépenses à ^intérieur, et resta assez forte entre la Russie et TAngleterre pour protéger la Baltique.
Le Danemark obtint en échange de la Norwége la Poméranie suédoise et l'île de Rugen , qu'il céda à la Prusse , en échange du Lauenbourg jusqu'à l'Eibe : faible compensation eq super* licie, mais importante par sa situation.
La Suisse fut déclarée neutre, et protégea ainsi le côté faible de la France ; on lui ébaucha, en outre , une constitution fédérale , avec cette précipitation dont furent empreints les actes de ce temps.
Il n'y avait point à s'occuper de l'Espagne , puisqu'elle avait déjà recouvré son roi. Le souverain du Portugal s'étant transporté au Brésil , c'était la métropole qui était devenue colonie, et il aurait été convenable de lui donner une organisation ; mais Ton attendit les événements , qui arrivèrent à Timproviste , et auxquels il fut trop tard pour remédier.
La Russie avait ajouté à son territoire la Finlande au nord , ]a Bessarabie et une portion de la Moldavie au sud , ainsi que plusieurs provinces à l'est, par un traité fait avec la Perse. Quant à la Pologne , Alexandre voulait la reconstituer en royaume pour son frère Constantin ou pour le duc d'Oldenbourg; mais la Prusse n'y était disposée qu'autant qu'on lui donnerait la Saxe. Or Talleyrand soutenait que l'on ne pouvait ainsi déposséder une dynastie , et que la conquf^tc ne détruisait pas les
aaO TBAITES DB VIEfillE.
droits existants ■. Les choses allèrent à ce point, qu*on fiil à la veille de recourir aux armes. Un^ alliance se forma alors entre la France , T Angleterre et rAutriche, tandis que Constantin iflvitait les Polonais à se lever pour protéger leur propre cause, et que le comte de Nesselrode déclarait que huit roillkns d*hommes allaient s'armer pour leur indépendance. Mail a Castlereagh était Tâme de ces mouvementi , dans la pnr qu* Alexandre n*acqutt trop de prépondérance, une autre peor plus grande et commune rétablit Taccord entre eux tous. Le retour de Napoléon écarta pour un moment toutes les jalousies. La Pologne sortit de nouveau morcelée des conférences de Vienne. L*un de ses débris, sous le nom de royaume, fut plan sous le sceptre du czar. Cracovie fut érigée en ville libre tt indépendante à perpétuité *. La Saxe fut châtiée de sa e» descendance pour Napoléon; on la laissa vivre, mais réduite i la moitié de son territoire : le reste en fut attribué à la Prossi, qui , avec les acquisitions du traité de Lunéville , se troofi double de ce qu*elle était sous Frédéric II. Elle en fut rederahli
Talleyrand, dans une note du 19 décembre 1814 à Mettemicli,s*ev prime avec chaleur , et fait valoir des motifs qui peuvent étonner de la part d'un tel homme et dans un tel lieu : « La question de la Saie, disait-il, est devenue la question capitale; car dans aucune autre les deux principes de la légitimité et de Téquilibre ne sont compromis à b fois et à un si haut degré. Pour trouver légitime la disposition que l'ff prétend faire de ce royaume, il faudrait tenir pour vrai que les rois peuvent être Jugés; qu'ils peuvent l'être par quiconque veut et peol occuper leurs possessions ; quUls |)euvent être condamnés sans être entendus ni dérendus; que leurs familles et leurs peuples sont enveloppés dans leur condamnation ; que la confiscation, bannie du code de$ii>tions civilisées , doit, au dix-neuvième siècle , être consacrée par le droit général de PEurope , comme si la confiscation d^un royaume était moitf odieuse que celle d'une chaumière; que les peuples n*ont aucon droit distinct de ceux de leurs souverains , et peuvent être assimilés aoi troupeaux d'un domaine ; que la souveraineté s'acquiert et se perd pv le seul fait de la conquête ; en un mot , que tout est légitime pour celai
qui est le plus fort »
* L'Autriche pourtant s'en est emparée en 1847.
TRAITÉS D£ VI£NNB. Wt7
en partie au comte de Hardenberg, son habile représentant.
Quant au reste de F Allemagne, il y avait ii répartir les territoires vacants : on appelait ainsi les domaines séculiers et médiatisés qui n*appartenaient pas à des princes reconnus , et qu'on ne songeaitpas à restituer aux possesseurs déchus ; puis il y avait à constituer le pays conformément aux larges promesses qui avaient été faites , alors que les espérances allaient encore au delà. Le traité de Paris portait que « les États d'Allemagne seraient indépendants, et réunis par un lien fédéral. » Mais que voulait-il exprimer ? De quelle nature devait être ce lien ? Cette question fut discutée par TAutriche et la Prusse , ainsi que par la Bavière, le Wurtemberg et le Hanovre, convertis en royaume, mais à Texclusion de la Saxe , dont le sort n'était pas encore fixé. Les autres États et les villes , mécontents de se voir -exclus , formèrent un conseil à part, dont on ne s'occupa nullement, de même qu'on ne s'inquiéta ni des traditions de l'histoire ni des vœux des peuples. On admettait bien la nécessité de relier les É,Ws entre eux, mais l'on n'en voulait pas admettre les moyens. La dignité impériale, qui ne répugnait pas moins à l'Autriche qu'aux nouveaux rois, ne fut point rétablie; et il parut que c'était faire assez que d'accorder à l'Autriche et à la Prusse un poids égal dans la confédération.
Quant aux libertés promises aux peuples , le moment des nécessités est bien différent de celui où Ton examine froidement laf choses. Néanmoins , on était généralement d*accord pour introduire ou rétablir les états provinciaux ; l'Autriche elle* même était de cet avis. Les institutions données par Stein et Hardenberg avaient fait de la Prusse la nation la plus avancée de l'Allemagne; elle était mûre pour recevoir une représentation nationale, et le rôle qu'elle avait joué en 1813 l'avait grandie, et la rendait chère aux cœurs allemands. Le Hanovre , qui vivait d'idées anglaises, faisait observer que les changements apportés par la conquête ne devaient pas engendrer le despotisme, ni l'abolition des constitutions particulières, et de ces gouvernements représentatifs qui , depuis les temps les plus anriens, étaient de droit commun en Allemagne. En effet, l'exemple de l'Angleterre séduisait alors tous les hommes d'État ; et Ton
3(W THAIT^S DE VIENNE.
parlait sans cesse de coustitutioDS destinées à assurer aussi la paix intérieure , en empêchant la lutte des fiBCtions d'arriver jusi|u*au rui , et eu n'y opposant que des ministres responsables. Mais la Bavière et le Wurtemberg s*oppo8èreut à Tidée d'ui conseil fédéral , blessante , disaient-ils , pour la souveraiodé t|u*ils avaient acquise ; ils soutinrent que les droits des peuples à l'égard des souverains étaient une question domestique , dont le congrès n'avait pas à s'occuper.
Le débarquement de Bonaparte en France assoupit encore sur c*e point les dissentiments particuliers : on finit par reoooDiilre que Torganisation intérieure était une propriété sacrée, et oe laissa chacun y pourvoir séparément. Ceux qui pensaient aotn* ment se résignèrent, trouvant que mieux valait une constitutioe imparfaite que Tabsence d'une constitution. L* Autriche recoam le Tyrol et le territoire de Saltzbourg , en indemnisant la Bavièrt au moyeu des territoires vacants. La Toscane fut rendue au grand-duc de Wùrtzbourg; lé primat renonça au duché de Francfort; les autres membres de la confédération du Rhia restèrent ce que Napoléon les avait faits. Le royaume de >Vestphalie fut démembré entre ses possesseurs primitifs. Oldenbourg, Bfecklenibourg, Saxe-Weimar, eurent le titre de grands-duchés, comme aussi le Luxembourg, annexé au royaume des Pays-Bas. Francfort, Brème, Lubeck, Hambourg, furent déclarées villes libres. Voici les bases de l'acte fédéral : « Les cités, avec les princes souverains d'Allemagne , y compris Tempereur d'Autiicbe, les rois de Prusse , de Danemark et des Pa3^>Bas, forment une confédération perpétuelle ' pour leur sûreté intérieure et ei-
» Voici le» Étals dont elle se compose : 1** FÂiitriche et 2" la Pru». pour les pays appartenant à ITnipire germanique , y compris la Si* lésie; 3** la Bavière; 4" la Saxe; 5° le Hanovre; 6° le Wurtemberg; 7" Bade; 8" liesse électorale; 9** grand duché de Hesse; 10" le D»nemark pour le Holslein; 11*^ les Pays-Bas pour le Luxembourg: 12* Brunswick; 13" Mecklembourg-Schweriii ; 14° Nassau; 15* Sax^ Weimar; 16" Saxc-Gotlia; J7** Saxe.Ck)bourg ; 18° Saxe-Meiningeo; 19" Saxe-Hildburghau&eu ; 20"* Meckicmbourg-Strélilz ; 21" Holstein-Oldeubourg; 22« Anlialt-Dessau ; 23" Anhalt-Bernbourg ; 24° Anbalt-KotUeu -, Ib** Sc\vKwVibçi\iT'i-Soudcrshausen ; 20" Sch warlzbourg-Rudols'
térieure, leur indépendance et leur inviolabilité réciproques. Tous sont égaux en droits; la présidence honorifique de la diète, dont le siège esta Francfort-sur-le-Mein, appartient à F Autriche ; les dix-sept votes y sont répartis entre les trente-huit membres. Lorsqu'il y est question de lois fondamentales , chaque État vote en assemblée générale, à raison de son étendue, ce qui donne alors le nombre de soixante-dix-neuf suffrages. Les différends qui s'élèvent entre eux ne doivent pas être vidés par les armes; ils sont libres dans leurs alliances , mais en agissant toujours avec réserve à Fégard de la confédération ou des États qui la composent. » On devait établir dans chacun d'eux des états territoriaux , mais on ne définissait ni comment ni quand ils devraient être constitués ; ce qui laissait les princes assez libres de n'en rien faire.
Les États médiatisés, qui réclamaient leurs possessions perdues, furent renvoyés à la diète, qui se contenta de leur donner, à défaut du vote qu'ils réclamaient, quelques privilèges et quelques distinctions dans les États auxquels ils avaient été annexés. On ne fit rien pour les princes ecclésiastiques , car leurs dépouilles avaient profité a tous les rois, et l'on ne songea pas même à assurer leur existence ; mille autres choses , jusqu'à la liberté de la presse, furent laissées à la décision de la diète.
L'ancien ordre était donc entièrement changé en Allemagne. L'idée même du vieil empire romain avait disparu : plus d'empereur, plus d'électeurs, plus de hiérarchie entre les princes, plus de tribunal commun. La diète aussi change de nature, l'Église, la noblesse, les villes, n'y étant plus représentées. La bulle d'or et les capitulations électorales sont mises de côté, et Ton accepte les titres et le pouvoir absolu , tels que les a donnés la main d'un conquérant étranger. La suprématie de fait reste à la Prusse , tandis que l'Autriche se tourne de préférence vers
tadt; 27 <* HohenzolleMi-Hechingea ; 28" Lichtenstein ; 29'' HobenzoUern- Sigmaringen; 30° Waldeck ; 31° et 32** Reuss , lignée ancienne et lignée raJetle; 33'» Schaumbourg-Lrppe ; 34*» Lippe-Dctmold ; 35° Lubeck; 3(î" Francfort • 37° Brome ; 38" Hambourg.
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ritalie et vers les Slaves. Le catholicisme , réduit aux deux seuls votes de F Autriche et de la Bavière , n*a plus qu^un nung sobaiterne dans cet empire, qui, au moyen âge, était à la tête de b chrétienté '. En conservant Tunité de la race germanique, on ne •Inquiéta pas de Tunité qui résulte des lois, des institutionset des f<aranties communes. Il n*y eut point de concentratioo; tons les défauts de l'ancien empire subsistèrent , moins le prestige dont le temps Pavait entouré ; et rAllemagne se trouva dépouillée de ses antiques libertés , sans obtenir celles au nom desqneHei elle avait couru aux armes.
Tant d'espérances trompées ou différées firent silenee cepodant; on prit patience, car le vœu général dHinîté et de nationalité se trouvait satisfait. L'affranchissement du joug étranger faisait fermer les yeux sur tout le reste ; et quoique cet acen»sement de petits trônes augmentât la dépense, les armées, les cours , et que tous fussent trop faibles pour agir isolément, F Allemagne recouvrait son indépendance et ses anciennes firootières. Elle n'avait pas à craindre l'ambition autrichienne ob prussienne , car la France et la Russie étaient là pour l'enrayer. On voyait avec plaisir tous les États obligés de se lever comme un seul devant Tennemi du dehors, et n'avoir pour maîtres qoe des princes allemands.
Les Pays-Bas furent annexés à la Hollande , « à titre dV croissement de territoire. » On pensa que celle-ci avec ses flottes, ceux-là avec leur armée , se trouveraient assez forts et en bonoe posture entre la France et le Nord , d'autant mieux que ce nouveau royaume pourrait facilement donner la main à ii Prusse. La maison d'Orange prit la couronne, en octroyant une constitution par laquelle elle chercha à réunir des peuples # férents d'origine , de culte et de langage. Les colonies de Surinam, Curaçao, Saint-Ëustache, Saint-Martin , Batavia, Banca
■ Le roi de Saxe est catholique , mais la prédominance des protestail' dans son pays Poblige à agir dans leur sens. HohenzollenirSiginariBse>< Hechingen et Lichtenstein , qui sont catholiques , ont un vote ptrias^ avec cinq États protestants. Il y a cependant quinze millions de catholiques et VTe\i^\ii\V\\Qm d« protestante.
et les Moluques , qui furent restituées à la Hollande , restèrent sujettes du roi seul.
L'Autriche s'était montrée la plus opiniâtre dans une lutte presque sans relâche de vingt-deux ans, où elle n'avait regardé ni aux dépenses, ni aux sacrifices, ni aux affections : toujours la dernière à se retirer du champ de bataille, préparant ' la guerre au sein de la paix , elle avait fait alliance avec Tennemi , mais c'était pour mieux épier l'occasion de le trahir. On trouva donc juste qu'elle sortît de cette lutte plus grande et plus forte. La Prusse était jadis sa rivale , elle venait de s'en Élire une alliée; l'Empire était devenu pour elle un fardeau, elle l'avait rejeté. Ses provinces formaient un amalgame de hasard : elle les réunit sous un titre pompeux. La Belgique, possession éloignée , lui rapportait peu , elle était difficile à défendre , et lui coûtait plus en une année de guerre qu'elle ne pouvait en tirer en dix ans de paix; déjà elle avait tenté de réchanger avec la Bavière en 1778 : sa perte ne lui était donc pas dommageable. Mais voyant qu'elle trouverait des obstacles à s'agrandir en Allemagne, et se souciant peu de s'étendre vers le Levant, où sou système patriarcal aurait pourtant servi à arracher les peuples à la barbarie, elle tourna ses vues vers l'Italie, où elle obtint un royaume étendu et florissant.
Pendant la Révolution l'Italie avait été refondue, de gré ou de force; les systèmes politiques et les idées s'y étaient succédé. Napoléon avait fractionné des peuples dont la patrie et la langue étaient les mêmes , pour constituer un royaume qui ne pouvait marcher que par des moyens artificiels , et n'avait en lui-même aucune chance de durée ; car s'il restait faible , il devait être absorbé par la France; s'il devenait fort, il absorberait les pays qui en avaient été détachés. Napoléon aurait pu , sans les violences qu'il exerça envers le pape , constituer dans la Péninsule trois États confédérés entre eux , sans intérêt à offenser les autres puissances , en même temps que la jalousie de l'Autriche et de la France aurait suffi pour garantir leur indépendance. Le courage lui manqua pour faire ce grand pas vers l'unité. Les rois coalisés avaient aussi caressé chez les Italiens l'immortel désir de Tindépendance ; leur union , ainsi
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que l*accroisseinent de leur force et de leur industrie, en démontraient assez la possibilité ; mais quand vint le moment d'agir, ils sVn reposèrent sur ces promesses , et ce qu'ils avaient xèsé leur échappa encore une fois.
Quelques États disparurent dans ce remaniement, d'autres s'arrondirent. L'Autriche, qui, dans le siècle précédent, w possédait que le Milanais, se trouva y gagner un royauuiede cinq millions d'hommes et de quatre-vingt-quatre millions de revenu, comprenant la Lombardie et les États vénitiens, avec trois cents milles de côtes , des forêts et des hommes propres à lui constituer une force maritime. Elle se ménageait, d'an côté, Taccès ouvert en Suisse ainsi qu'en Piémont, faiblement défendu par le Tésin ; de l'autre , ses garnisons de Fenare, de Plaisance et de Comacchio lui assuraient le passage du Pô: ses provinces de chaque côté des Alpes se trouvaient unies par la Valteline et le Frioul. Les trônes de Toscane, deModèoeet de Parme étaient occupés par des princes autrichiens , ce qui assurait son influence sur l'Italie centrale. La seule difficoltr qu'elle rencontrât était dans les idées peu concordantes à son système, qui s'étaient propagées durant la domination française dans les pays où elle devenait maîtresse ; et de là résultait pour elle la nécessité de les satisfaire ou de les réprimer.
La Toscane eut eu partage les Présides, et cette portion df File d'F.ibe qui avait tant coûté à Naples; puis la principauté de Piombino et les Cefs impériaux. Parme, Plaisance et GuastallJ furent donnés en souveraineté viagère à Marie-Louise, cette veuve d'un empereur vivant. Lucques, qui gardait encore sfi souvenirs de république, fut occupée quelque temps par les Al lemands ; puis elle fut attribuée, comme possession temporaire. à Tancien roi d'Étrurie, à qui durent revenir, à la mortdCiMa rie-Louise, Parme et Plaisance, en échange de cette principauté, qui retournerait dès lors à la Toscane.
La maison de Sardaigne, qui s'était montrée si hostile à la Révolution contre ses propres intérêts , conserva non-seulement tous ses États au delà et en deçà des Alpes , mais obtint de plu^ Gènes, sous l'obligation d'y conserver un port franc et quelque* autres droits. On voulut par là fortifier le gardien dos AlpfS
contre ses deux puissants voisins ; mais ce ne fut pas encore assez pour la sécurité de cette seule dynastie italienne.
Modène fut rendue à Tunique descendante de la maison 4'£ste , qui la transmit à un prince autrichien.
Il y eut de longs débats à Tégard des États pontificaux ; enfin il fut convenu de considérer le pape comme n'ayant point pris part à la guerre, et le traité de Tolentino fut regardé comme non avenu. Leur intégrité fut donc reconnue, sans excepter même les deux possessions enclavées de Bénévent et de Ponte-Corvo. Seulement la France conserva Avignon , et TAutricbe le droit de tenir garnison à Ferrareet à Comacchio, qui lui donne un pied de Fautre côté du Pô. Le pontife protesta, et refusa pour ce motif de reconnaître les traités de Vienne. On n'aperçoit dans tous ces arrangements ombre de légalité ni de légitimité, rien que de pures conventions politiques.
Les Bourbons de JNaples, qur avaient pendant vingt ans combattu par les armes et par les supplices les hommes et les idées de la Révolution, n'avaient pourtant pas recouvré, lors du premier congrès , le royaume de Naples. Il fallut , pour le leur rendre, la tentative avortée de Murât. Alors la terre ferme fut rattachée à la Sicile; mais sans accroissements, cojnme en avaient eu les autres princes. Seulement, on assure que les Marches leur avaient été promises, tandis que TAutriche aurait mis la main sur les quatre légations. Par égard pour la vieillesse du pape, on convint de tenir Taccord secret jusqu'à sa mort. Alais quand Pie VII mourut , on sut éluder les espérances de la maison de Naples. Les Présides de Toscane, Piombino, et une partie de l'île d'Elbe, que Naples possédait depuis trois siècles, en furent détachés pour être donnés aux Autrichiens de Toscane. Néanmoins quand les rivalités de pays seront éteintes, le royaume des Deux-Siciles restera un grand corps , capable de peser dans la balance non-seulement de l'Italie, mais de l'Europe.
La Russie pouvait avoir ses prétentions sur les îles Ioniennes ; mais le désintéressement d'Alexandre ou la jalousie de ses alliés les firent ériger en république, sous le protectorat de l'Angleterre. Cette puissance , qui y tient garnison avec un lordcommissaire, nomme le président du sénat. Les îles Ioniennes,
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dont la population ne vit que de commerce , furent ainsi données à la plus commerçante des nations.
Ainsi, à partir de cette époque, le droit féodal cessa d'exister comme droit public européen : les princes d^Allemagne et les cantons suisses devinrent égaux entre eux; les républiques do moyen âge disparurent, sauf quelques-unes, qui furent modifiées ; le principe de la légitimité avait été proclamé à Yipd des d}'nasties, mais non à T^ard des peuples, qui furent répartis à titre de satisfactions et d*indenmités. Les républiqoa dltalie et d'Allemagne furent effacées , même lorsque le prétexte de l'occupation eut cessé. On soumit des nations à da étrangers , des républiques à des royaumes ; il ne fut rien statué ni sur le clergé ni sur Texerdce de l'autorité papale; la Belgique catholique fut assujettie à la Hollande calviniste , les andeu électorats ecclésiastiques à la Prusse réformée, la Pologne catholique a la Russie grecque: autant de germes de dissensions.
Le parlement anglais tonna contre cette distribution arbitraire des peuples, arrachés à des souverains qu'ils aimaient pour passer sous de nouveaux maîtres , comme l'avait fait fïa* poléon; réduisant ainsi la paix de l'Europe à un calcul numérique, sans égard aux sympathies et aux droits. Les hommes politiques demandaient pourquoi , sans respect pour les principes proclamés, on avait séparé la légitimité des dynasties de celle des nations? Pourquoi unir la Suède et la Norwége, la Belgique et la Hollande.' Pourquoi ne pas rendre à Gènes et à Venise leur existence ? le prétexte de leur occupation n'avait-il pas cesse d'exister depuis qu'on avait repris à la France toutes ses conquêtes? Pourquoi laisser à la Saxe le nom de royaume, en la démembrant? Pourquoi ne pas reconstituer la Pologne? La haine et la rancune avaient donc remplacé la prévo}'aDce politique? S'effrayant des périls passés, mais' imprévoyant des dangers futurs , on s'efforça de transiger entre la peur de la veille et l'ambition présente , entre le désir de réaliser des promesses de liberté et celui de se maintenir absolus.
Ou ne décida rien sur le sort de la Turquie , cette proie prédestinée à qui on laissait, en attendant, torturer la Grèce Aucune Té.soV\A\OTv w'iivtervint non plus quant aux colonies de
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I r Amérique méridionale, qui pourtant étaient toutes alors en état d'insurrection : on aurait pu néanmoins faire avec elles I des conventions commerciales avantageuses, prévenir de nom- H breux massacres, ouvrir un asile à une foule de gens que la ^ paix laissait inoccupés , en substituant à l'esprit militaire les 0 habitudes du négoce , et enrichir l'Espagne par ce qui devait achever de la ruiner.
Une révolution qui avait commencé par la démocratie aboutissait à la destruction des gouvernements populaires ainsi que des États électifs, et elle avait pour but de consolider les monarchies. Un empire qui avait tout renversé aboutissait à un immense agrandissement de ses ennemis. Par lui l'Autriche se trouvait maîtresse de l'Adriatique; le Piémont, de la mer de Ligurie. La Prusse , à qui Napoléon avait offert les villes hanséatiques \ comme il lui donna le Hanovre en haine de l'Angleterre, la Prusse domina sur le Rhin ; la Russie lui fut redevable delà Finlande, c'est-à-dire de la mer Baltique; et il fournit à l'Angleterre uue occasion ou un prétexte pour abattre toute puissance rivale.
Avant la Révolution, les États européens se .faisaient réellement équilibre entre eux. La France rivalisait avec l'Angleterre, et leurs succès se balançaient en Europe comme dans les colonies. L'Autriche restait, par la possession de la Belgique, sous la menace de la France et sous celle de la Prusse, comme elle était sous le coup de la Turquie et de la Russie du côté du Levant. Ces deux dernières puissances se tenaient réciproquement en respect. 11 en était de même de la Suède et du Danemarck ; la Finlande donnait une telle prise sur la Russie, que l'altière Catherine trembla un moment devant Gustave III. Les faibles une fois dépouillés , il ne resta plus que les colosses. La puissance qui avait le plus acquis fut réduite à rien, et ceux qui avaient le plus perdu furent les mieux agrandis.
Mais si la France restreinte , abaissée , désarmée , envahie, cessa de faire peur, d'autres étaient là pour menacer l'Europe à sa place. L'Autriche et la Prusse furent occupées à se défendre elles-mêmes contre leur position géographique et contre les dispositions des peuples ; mais la Russie et l'Angleterre devinrent
formidables. La première, une fois la Vistule franchie, toucha à 1* Allemagne , mal garantie par la Saxe démembrée ; elle ne fat qu*à quelques journées de Dresde, de Berlin, de Vienne, et elle put choisir ses ennemis en Asie ou en Europe. L'Angleterre, à qui sa situation interdit d'étendre son territoire , se tiomil mattresse de positions qui lui assuraient le sceptre des mers.
Deux puissances invulnérables s'étaient donc substituées à la puissance éphémère de Napoléon : l'une , qui prétend à la suprématie maritime sur toute l'étendue du globe; l'autre, qoi veut soumettre l'Europe à la loi du glaive. Tantôt unies , tantôt rivales pour d'autres motiOs que pour des idéesde justice, elles menacent le monde de deux servitudes différentes.
Kt pourtant , par l'œuvre de Vienne , on prétendait foire revivre le passé et reconstituer l'équilibre : à ce but on sacrifia des droits anciens , des souverainetés historiques , des convenances morales , des intérêts religieux. Mais les souverains ou leurs ministres s'inquiétèrent bien moins de discuter des principes que de tenir compte d'événements accomplis , placés comme ils étaient entre l'obligation de remplir leurs promesses et la nécessité de fonder un ordre quelconque ' . L'embarras de remplir les engagements contractés pendant le conflit , la nécessité d'assurer immédiatement la paix , ce premier de tous les voeux, la crainte que la France inspirait encore; ajoutons-y l'orgueil d*uoe victoire qui avait dépassé toutes les espérances ; tout cela Gt qu'avec des intentions droites au début on n'arriva qu'à un replâtrage de circonstance, qui ne satisfit ni les peuples ni les princes, et contre lequel les faits et les idées protestèrent pareillement
■ M. de Pradt juge avec sévérité les actes de cette assemblée daas son ouvrage intitulé le Congrès de Vienne ( Paris, 1815, 2 vol. ). Auoe époque où les passions étaient encore vives et i^avenir , il en montra les erreurs, et en devina toutes les conséquences. Doit-on dire pour cela que son intelligence privée remportât sur celle de ces archimandrites' Non; mais il écrivait dans son cabinet, et organisait PEiirope selon ce qui lui paraissait plus juste et plus conforme à l'intérêt général , sans avoir à lutter contre des intérêts particuliers. — Les dépenses du congre» ne coûtèrent pas moins de quarante millions à rAutriche. La table im* pér\a\e cotiUil Uois cent mille francs par jour.