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La Sainte-AUiauce pouvait mériter ce titre en abolissant Tesclavage des noirs dans les colonies, et celui des blancs sur les côtes barbaresques. Dans quel plus noble but l'Europe pouvait-elle se réunir, que pour venger rhumanité outragée?
Le besoin d'exploiter les contrées in ter tropicales mit fatale* ment en contact, dès le temps de la découverte, les nègres et les blancs , qui, impuissants à un rude labeur, s'imaginèrent de transporter des noirs d'Afrique en Amérique. Ce fut principalement aux plantations de sucre qu'on les employa.
Il fut établi, en 1783, qu'il y avait quatre cent dix mille nègres dans les possessions britanniques des Indes occidentales ; que les Anglais en achetaient chaque année trente mille sur les côtes d'Afrique , dont dix mille étaient destinés à remplir les vides parmi leurs esclaves, et les autres à être revendus; ce qui donnait lieu ù une exportation de huit cent mille livres sterling en objets manufacturés par l'industrie nationale, contre une importation d'un million quatre cent mille livres. Liverpool, qui était le centre de ce traûc , expédia, de 1730 a 1770, deux mille bâtiments négriers, qui transportèrent, des côtes d'Afrique aux Antilles , trois cent quatre mille esclaves.
Les quakers avaient les premiers demandé en Angleterre la liberté des nègres au nom de la religion , et ils avaient agi en conséquence dans leurs colonies. Guillaume Roscoë, auquel l'Italie est redevable de l'histoire de Lé5n et de Laurent de Médicis , éleva la voix contre ce marché de sang en 1781. Wilberforce, méthodiste ardent , autour de qui s'étaient groupés des Ames tendres, des sectaires, des philanthropes , se proposa pour but, toute sa vie , d'abolir la traite par l'influence des idées religieuses , sans s'inquiéter des considérations politiques. Il se mit en relation avec des hommes illustres de tous les pays. Une société d\imis des .\è(jres se forma à Paris, et compta daus
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son seiu Mirabeau , la Fayette, Coudorcet , Brissot, et Grégoire.
Mais il ne suffit pas d'émouvoir; il faut décider. Fox YJnt en aide à ces apôtres avec des idées plus terrestres et réalisables, en démontrant qu'il y avait là un intérêt de justice et de dignité humaine. Pitt, alors ministre, hésita, et fit ajourner la proposition d'année en année ; car il s'agissait d'un commerce trèsavantageux, devenu désormais le privilège de T Angleterre, grâce à sa prépondérance sur les mers. Mais lorsque le soulèvement des nègres de Saint-Domingue répondit à l'appel de la Révolution française , Pitt se déclara le champion de la philanthropie. On l'accuse d*avoir agi dans des rues politiques et de pur intérêt, d'avoir proclamé l'égalité des races, pour rendre plus absolue et plus terrible la rupture de cette colonie avee la France : aujourd'hui encore on impute à des motifs particolieis les efforts que fit l'Angleterre pour rabolition de la traite. Heureuse, en tout cas, la nation dont les intérêts s'identifient afec ceux de l'humanité !
Pitt prononça au parlement (1793) un éloquent discours où non-seulement il peignit sous de pathétiques couleurs les horreurs de la traite, mais exposa l'organisation coloniale , l'état de la population , le rapport du travail libre comparé à celui des esclaves, les moyens de suppléer à ce dernier, de multiplier les bras et les produits de la libre culture. « Pourquoi abolir, disait-il Ja « traite des nègres.^ Parce que c'est une injustice irrémédiable. « li'argument n'a-t-il pas cent fois plus de valeur pour une « abolition immédiate que pour une abolition graduelle ? En lais- « sant cet horrible trafic se prolonger un seul jour de plus, mes « honorables amis n'affaiblissent-ils pas, n'abandonnent-ils pas « leur propre raisonnement ? Si l'iniquité de ce commerce doit le « faire abolir une fois, pourquoi pas tout de suite? Pourquoi « laisser une injustice durer une heure de plus? D'après ce que « j'entends , tous sont convaincus de l'iniquité de ce trafic ; mais « quelques-uns , qui en sont convaincus , ont supposé par cela « même qu'il n'aurait jamais commencé sans une nécessité ir- " résistible. On veut ainsi tranquilliser sa conscience , en met- « tant ce mal à la charge de la Providence. Non , il n*y a de mal « ué.cessavte que celui qu'on ne pourrait écarter sans un mal plus
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« grand. Or, je n'en saurais imaginer un plus grand que d'ar- « racber, chaque année , soixante , quatre-vingt mille humaina « de leur terre natale , par les. efforts com))inés des nations les « plus civilisées , des pays les plus éclairés , sous la sanction des « lois du royaume qui s'intitule le plus libre et le plus heureux « de tous. Ces malheureux fussent-ils convaincus de quelque « grand crime, nous appartiendrait-il d'être leurs bourreaux?... « Mais si nous faisions pis, si nous les amenions à vendre leurs « frères , n*est-il pas clair que par des incursions, par des guerres « injustes, par des condamnations iniques, ils se procureraient a un nombre de victimes toujours croissant, à proportion de a nos demandes ? Les guerres d'Afrique sont-elles pour eux ou « pour nous ? Les armes anglaises , mises aux mains des Âfri- « cains, propagent sur cette terre la désolation. »
Après avoir réfuté tous les sophismes bien connus, il.ajoutait : « Il fut un temps où des sacriGces humains étaient offerts « dans cette île que nous habitons, et l'on y faisait le trafic des « esclaves à peu près comme aujourd'hui se fait celui des Afri- « cains. L'adultère , la sorcellerie , les dettes, fournissaient d'es- « claves le marché de Rome ; on y ajoutait les prisonniers de « guerre ; et quelques misérables , après avoir tout perdu au jeu, « y aventuraient leur propre personne, celle de leur femme, « celle de leurs enfants. Chacune de ces causes est indiquée, « dans les mêmes termes , comme la source de l'esclavage en R Afrique. Or, ces faits et quelques sacriûces humains sont la « preuve prétendue que l'Afrique est naturellement incapable « de civilisation , et que la Providence l'a irrévocablement conc damnée à être une pépinière d'esclaves pour les Européens « libres et civilisés.
« Pourquoi n'aoraiton pu en dire autant des anciens Bre- « tons? Pourquoi quelque sénateur romain, raisonnant comme « quelques membres de cette assemblée , n'aurait-il pu dii:e : « Cest un peuple qui n'arrivera jamais à la civilisation; qui « n^ est pas destiné à élre libre; qui na pas C intelligence des « arts utiles ; qui, abaissé par la main de la Providence au- « dessous du niveau de la race humaine, est créé pour fournir « des esclaves au reste du monde. Et pourtant nous sommes
M sortis de la barbarie depuis si longtemps, que nous oublions « que nous avons été jadis des barbares; uous sommes arriTési m l'état le plus éloigné de celui qu'un Romain aurait pu nous « assigner, et que nous assignons aujourd'hui à l'Afrique. Une « seule chose manque pour compléter ce contraste , et nous « disculper d'agir encore comme des barbares. P^ous continuoDS « toujours le trafic des esclaves , au mépris de nos droits ineon* « testables à la civilisation. Nous avons été jadis obscurs parmi « les nations , sauvages dans nos habitudes , corrompus dans m nos mœurs, dégradés dans notre intelligence autant que les m misérables Africains le sont aujourd'hui. Mais dans une « longue série d'années, par une lente progression, nous sommes
• devenus riches d'une grande variété de biens , favorisés sans «« mesure des dons de la Providence , sans rivaux dans le corn- « merce, éminents dans les arts, plus avancés qu'aucun «otn •• peuple dans les recherches de la pliilosophie et de la scieDoe, « comblés de toutes les bénédictions de la société civile. Kous « i)ossédons la paix, la pfospérité, la liberté ; nous sommes pro- « tégés par des lois impartiales et par une excellente justice} « nous avons un système de gouvernement que l'expérieDce « nous autorise à déclarer le meilleur et le plus sage qui jamais
• ait existé. Nous aurions pu rester pour toujours exclus de «s
• biens , s'il se trouvait quelque vérité dans les principes établis « par plusieurs membres de cette chambre en ce qui concerne « l'Afrique. Nous aurions dû languir jusqu'à ce jour daas la « brutalité et la dégradation où l'iiistoire atteste que furent ré- « duits nos aïeux, et nous serions peu supérieurs , pour la mo- « raie et pour les connaissances , aux grossiers habitants des « cotes de la Guinée.
" Si nous écoutons la raison et le devoir, quelques-uns d'entre « nous pourront vivre assez pour voir les naturels de l'Afrique « occupés à des industries paciflques et à un commerce légitime, « pour voir les rayons de la science et de la philosophie poindre « sur cette terre , qui plus tard peut-être brillera d'une lumière « plus complète. Alors nous pourrons espérer que l'Afrique re- « cevra vers le soir cette félicité qui descendit si abondamment « sur nous'^VV\eute matinale. Alors l'Europe, profitant de ceUe
« amélioration , recueillera la juste récompense desa générosité, a si Ton peut appeler générosité Tacte de ne pas tenir davantage « ce continent sous des ténèbres qui ont diparu de régions plus « favorisées. »
L'abolition ne fut admise alors que graduellement; mais c'était beaucoup que de faire pénétrer ce principe dans une législation si attachée aux errements du passé. Nous avons vu , à propos de Saint-Domingue, comment Napoléon décréta et réglementa Tesclavage. La tranquillité nécessaire manqua ensuite à son règne orageux pour -remédier à un si grand itial. Mais le Danemark avait aboli, dès le 1^ mai 1792, tout trafic de nègres danç ses colonies.
La traite fut prohibée dans le congrès de Vienne , conformément aux idées évangéliques qui le dirigeaient ; mais la réalisation du principe devait être lente. C'est à l'Angleterre et à quelques provinces des États-Unis que revient le mérite des plus grands efforts faits pour y parvenir. •
Déjà le congrès tenu à Philadelphie en 1774 avait condamné la traite des esclaves, et décidé qu'il n'en serait plus importé aucun*. Au mois d'août précédent , les délégués de la Virginie et le congrès provincial de 1* Amérique septentrionale avaient pris la même résolution >. En 1780, la Pensylvanie avait prononcé la liberté des nègres nés postérieurement à la déclaration de Tindépendance ; peu après , les États du nord et du centre défendirent d'en introduire de nouveaux. Mais que faire decçux qui arrivaient en contrebande ? Le parti le plus juste parut de les rendre à l'Afrique. En conséquence, les Américains, après plusieurs tentatives, fondèrent en 1816, sur les côtes d'Afrique, la colonie de Libéria , pour y placer les affranchis des États- Unis.
Néanmoins, le commerce des esclaves s'accrut démesurément après la prohibition ; et l'on évalue aujourd'hui encore à cent cinquante mille au moins le nombre des Africains enlevés chaque année à leur pays. Les deux tiers périssent avant d'être
' Journal ofCongrcss, t. I, p. 32.
' PiTKiw's History, 1. 1, ap. n° 16; Jone's De/ens. o/HivoL, p. 145.
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Utilisés dans les colonies , où ils multiplient beaucoup; mais la mortalité est toujours très-grande parmi eux. Des faits époavantables ont été révélés dans maintes protestations dont la tribune anglaise a retenti par philanthropie ou par raison d'Ëtat Plusieurs nations ont assimilé la traite à la piraterie ; et la Grande- Bretagne, r Autriche, la France et la Russie, mettant tardirement à exécution ce qui avait déjà été proposé an congrès de Vienne, conclurent, le 20 septembre 1841 , un traité pour empécher la traite. L* Angleterre , qui en avait fait un crime capital en 1817 , établit une croisière sur les côtes d'Afrique pour capturer les bâtiments négriers , sous quelque pavillon que ce filt, et mettre les équipages en jugement. La conséquence en fut le droit de visite*, mais les autres gouvernements, y voyant une suprématie usurpée par cette puissance , s'y opposèrent de toutes leurs forces. Les États-Unis , jaloux de leur indépendance, se sont toujours soustraits aux mesures préventifes ainsi qu'à la visite ; et les difficultés de répression ont laissé depuis subsister ce trafic, bien qu'il soit déclaré piraterie'. L'Espagne tolère aussi la traite , autant que le lui permettent les principales puissances maritimes; mais elles ont contraint le Portugal à l'abolir, et à anéantir par là ses factoreries do Congo, qui en vivaient.
he remède radical contre la traite sera l'abolition de l'esclavage , et l'humanité devra encore ce bienfait à la politique de l'Angleterre. Un ami de Wilberforce , Fowel Buxton , soumit cette question au parlement en 1823 : il y expliqua de quelle manière l'affraochissement graduel avait été fait dans quelques parties des Etats-Unis. IVIais il n'obtint qu'un certain nombre d'améliorations, telles que Tinstruction religieuse et des écoles pour les esclaves; leur admission à tester dans les affaires civiles ou criminelles ; la faculté pour eux de se racheter à un prix raisonnable , de posséder et de transmettre leurs propriétés ; la lé-
> Les États-Unis en 1820, et TAngleterre en 1824, décidèrent qoe la traite serait assimilée à la piraterie , et punie de mort. Ces principes furent adoptés par la plupart des États européens , dans les congrès de Vienne et Ae N^ot». (ku. ^. ^
gitimation de leurs mariages, Tobligation de ne pas séparer les familles lors des ventes; un adoucissement à Tautorité des maîtres , et plus de régularité dans la justice.
Ce pas fait ne contenta personne. Mais, en 1831, le gouvernement prononça la libération immédiate de tous les esclaves de la couronne, et créa des magistrats protecteurs. Enfin le gouvernement, sans s'arrêter devant les plaintes des colons, fit décréter Tabolition de Tesclavage dans les colonies occidentales pour le l^** août 1834, sous la condition d'un noviciat de quatre ans pour les esclaves domestiques , de six ans pour les cultivateurs, en les obligeant de continuer en attendant à travailler pour leurs maîtres ,. sans que Ton pût exiger d'eux plus de quarante- cinq heures de travail par semaine. Vingt millions -de livres sterling furent affectés à indemniser les colons , à raison de trente-cinq livres par tête ; et le nombre des esclaves s'élevait à sept cent mille.
Les injustices invétérées ne s'extirpent pas sans qu'il en coûte, et sans qu'il faille se résigner aux maux qui suivent toujours la cessation du mal. En effet, outre les énormes dépenses du trésor, les terres du domaine public restèrent improductives, et beaucoup de propriétaires furent ruinés. Les nègres ne tinrent pas compte du bienfait, ou ils en abusèrent; et ils considérèrent comme un privilège de la liberté de se livrer ii la fainéantise , comme les maîtres. Le commerce déclina à ce point , que le gouvernement britannique fut réduit à payer six millions de francs par an à ses bateaux à vapeur qui faisaient le trajet des Antilles, et à protéger, à l'aide delroupes nombreuses, les colons européens contre les nègres affranchis.
Les bras manquant partout, il fallut y pourvoir jusqu'à la transformation complète de la méthode de culture; on y sup« pléa en transportant d'Afrique des travailleurs volontaires, et en favorisant les émigrations d'Irlandais et d'Écossais. Il surgit une foule d'abus dans la pratique , lorsqu'il fut question d'exécuter l'acte du parlement, ce qui détermina les législatures locales à préférer l'émancipation immédiate et générale aux mesures partielles et préparatoires. L'émancipation fut prononcée le r^ août 1837, au milieu de fêtes religieuses; et sept cent
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mille êtres privés de leur liberté redevinrent hommes, sans que les colonies fussent bouleversées. Depuis lors, les mariages remplacent la promiscuité, les bons sentiments reprennent leur empire; et les noirs affranchis , qui se livrent à la culture et au commerce de détail , recherchent et se procurent les petites aisances de la vie.
Robert Peel, qui n'était pas favorable à l'abolition de Pesclavage, rappelait pourtant , depuis, « la réforme la plus heureuse dont le monde civilisé puisse offrir l'exemple; » et lord Stanley disait au parlement ( 22 mars 1842 ) : « L'effet de cette grande « expérience a dépassé toutes les espérances des amis les plus » zélés de la prospérité coloniale : non-seulement le bien-ftre « matériel de chaque île s'est grandement accru , mais il y a eu « progrès dans les habitudes industrielles, perfectionnement « dans le système social et religieux ; les qualités du cœur et de « Tesprit , bien plus nécessaires au bonheur que les objets ma- » tériels de Texistence, se sont développées chez les individus. >
Mais la traite n'en continuait pas moins, et semblait redoubler d'ardeur: Une société puissante se fonda à Londres en 1839 pour la combattre , en faisant pénétrer la civilisatron en Afrique. Elle acheta des bateaux à vapeur qui remontèrent les fleuves, conclut des traités avec les chefs noirs, et n'épargna rien pour stimuler chez eux des idées d'humanité fort inconnues. Mais tous ses efforts échouèrent ; elle y dépensa en pure perte plus de trente millions; si bien qu*en 1838, Tannée même de l'émancipation, qui coûta cinq cents millions à F Angleterre, la traite se fit plus largement que jamais , surtout par l'entremise des Portugais ; on compta, cette année-là , jusqu'à cent cinquante mille esclaves vendus en Amérique, et cinquante mille sur les marchés mahométans.
Les constitutions de l'Amérique du nord ne fout aucune mention de droits politiques en ce qui concerne les esclaves. liCS droits civils leur sont refusés, ils ne peuvent faire de contrat valable ; cette prétention entraîne même parfois un châtiment. Quant aux droits naturels , ils varient : les noirs sont considérés comme choses et comme propriété mobilière à la Caroline, iinmobiViète a Xîx \Ai\iSsv\vw^v \l est en conséquence défendu de les
instruire. Dans de certains États, le maître qui leur donne les connaissances les plus élémentaires est passible d'une peine. Ils ne peuvent fuir, attendu que, dans les États même où l'esclavage est aboli , les fugitifs sont repoussés et livrés ^ A la Ca* roline, il est permis de les prendre et de les fustiger; dans la Liouisiane^ de tirer sur eux. La pénalité diffère du maître à l'esclave. Le blanc qui blesse un nègre est passible d'une amende de quarante schellings; l'esclave qui blesse un homme libre est puni de mort. Le nègre , n'ayant pas de propriété, ne peut être puni d'une amende; le retenir prisonnier, ce serait faire tomber le châtiment sur le maître seul : il ne reste donc que la mort , en payant au maître la valeur du condamné. Or, te maître préfère le châtier lui-même sans frais et sans perte de temps. Ainsi, contrairement à toute bonne législation, ils ne sont pas jugés parleurs pairs, d'après des lois positives, portant des peines déterminées; ils restent à la discrétion de l'offensé.
Le code le plus récent des États-Unis, celui de la Louisiane, qui date de 1825 , attribue ( art. 226 ) aux enfants illégitimes le droit de rechercher leur père , pourvu qu'ils soient libres et blancs; les jeunes mulâtres ne peuvent exercer cette recherche que parmi les hommes de couleur. Les esclaves, dit Fart. 461, bien que propriété mobilière de leur nature , sont tenus pour iouneubles , par disposition de la loi. Le^ petits des animaux et les enfants des esclaves appartiennent au propriétaire de la mère , par droit d'accession ( § 442 ).
La démarcation est aussi profonde dans toute l'Anoiérique du nord, entre les blancs et les hommes de couleur, qu'entre les différentes castes- de l'Inde. Quelque riches qu'ils puissent être, la loi leur interdit d'avoir une voiture ; certains vêtements leur sont défendus. Dans les cafés, dans les théâtres , sur les bancs des églises , ils sont obligés par l'usage de se placer à l'écart. Bref, ils sont partout traités comme des êtres d'une nature inférieure , et l'on en donne pour preuve ou pour excuse leur naturel malfaisant.
Personne, dans ces contrées, ne s'indignera de voir des nègres
' Cela Tut confirmé de nouveau en 1850.
conduits sur le marché. Des chrétiens , des républicains tobi acheter de petits esclaves , pour les élever et les revendre à gra béncRce, comme faisait le vieux Caton. Ceux-ci les louent à à» tailleurs, à des cordonniers, à des cochers; ceux-là laissent à leurs noirs la liberté d*aller ramasser de Pargent comme ils pes* vent, pourvu que le soir ils rentrent au logis avec une piastre oi deux. Mais la condition la plus rude est celle du noir cultivateur : Tesclavage aux États-Unis est encore de fait aujonid'bui ce qu*il était il y a un siècle dans les colonies européennes; l'esclavage , dans ce pays si fier de sa liberté , offre encore aujourd'hui le même cortège de sévices et d'horreurs. Le noir, sur aucune terre, n'a peut-être plié sous un maître plus méprisant, plus inhumain que ne l'est le républicain de la Caroline, de In Floride ou de la Louisiane.
Les lois ont essayé , dans quelques États, d'apporter un palliatif à l'excès de ces misères; mais l'ignorance où l'esclave est tenu fait qu'il les ignore , et le maître s'embarrasse peu de l'éclairer à cet égard. L'oppression sous laqueUe il a vécu depuis sa naissance lui persuade qu'il est d'une nature inférieure, voué à la peine et à Tobéissance. Il n'y a que l'excès du mal présent qui le jette dans la rébellion : alors il s'enfuit dans les forêts , fait une guerre mortelle aux blancs , tue, incendie, empoisonne*, des chiens dressés pour la chasse de ces esclaves fugitifs sont lancés à leur poursuite, et mettent en pièces ceux qu'ils peuvent saisir.
Cependant Tesclavage tend à diminuer dans la plupart des Ktats de l'Union par l'influence des idées religieuses, parrœum de quelques sectes qui s'y consacrent entièrement ; par les progrès de la civilisation , qui font rougir un peuple libre de tolérer ce régime barbare , et par la conviction que les États ou l'esclavage a été aboli ont accru leur prospérité , en arrachant à l'oisiveté la portion la plus intelligente des habitants, c'està-dire les blancs. Mais on discute encore sur les movens d'en sortir. On a proposé de racheter les nègres aux frais du trésor; mais le recensement de 1830 en portait le nombre , dans toute rUnion , à deux millions neuf mille : ce serait donc une dépense de. cenl millions de francs , en ne les évaluant qu'à cent dol-
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lars par tête. Combien ne serait-il pas dangereux en outre de placer tout à coup cette population , aigrie par de longues souffrances , à coté des anciens oppresseurs ! Le conseil de Jefferson, qui proposait de les installer sur un territoire à part, aurait créé deux sociétés hostiles , et apporté aux États-Unis un mal donf la nature les a affranchis, le voisinage d'ennemis dangereux. Les transporter de nouveau en Afrique coûterait immensément. D'ailleurs , dans les États du sud , toutes les fortunes reposent sur le travail des esclaves , et nulle indemnité ne saurait en compenser la perte. Reste à déclarer libres ceux qui naissent : mais si cette mesure diminue les inconvénients , elle ne les détruit pas ; car les pèrçs sentiraient plus vivement le poids de leurs chaînes, et rénorniité de l'esclavage en ressortirait davantage, quand il pèserait sur les pères en épargnant les enfants.
A Saint-Domingue , cette fie si florissante sous les Français , les deux races , depuis le moment de Taffranchissement , sont restées en présence , déplorablement armées Tune contre Tautre. Mais outre les inimitiés de couleur, on y trouve aussi celles de religion; et en 1843 l'égalité des cultes ayant été proclamée, les Espagnols naturjalisés protestèrent les armes à la main, ne voulant d'autre religion que le culte catholique; ils ont fondé la république dominicaine, qui a été attaquée, à diverses reprises, par les chefs du gouvernement d'Uaifti.
L'esclavage a toujours été moins pesant dans les colonies espagnoles , où rinfluence du clergé a grandement adouci la sévérité des maîtres , et contribué à rendre les esclaves meilleurs'. Lorsque les Américains du sud eurent recouvré leur indépendance , ils eurent recours à mille moyens pour arriver à ilétruire ce fléau, et pour le rendre, en attendant, le moins dommageable possible. Il fut décrété ( 1931), dans la Colombie , que les enfants à naître des femmes esclaves seraient libres , et que les maîtres nourriraient et vêtiraient ces enfants, qui , en retour, les serviraient jusqu'à l'âge de dix-huit ans. I^ traite fut défendue, ainsi que l'importation de nouveaux nègres dans le pays. Il fut établi un fonds pour racheter les anciens , et une commission chargée d'en délivrer un certain nombre aux anniversaires de la liberté nationale.
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Au Mexique , tout bâtiment portant des esclaves est confisqué, et les capitaines punis de dix ans d'emprisonnement. Dans le Guatemala , on a prononcé raboHtion de resclavage , et les maîtres ont refusé îlndemnité qui leur était allouée.
L'esclavage subsiste dans les colonies espagnoles et portugaises, quoique mitigé par le catholicisme, et par le zèle qu'apportent les curés à donner renseignement auinègresetà favoriser les mariages. A la Havane , la traite a été défendue sous peine de dix ans de galère ; et l'on décréta que Tbabita* tion sur laquelle il serait trouvé de nouveaux nègres serait confisquée ; que les esclaves recouvreraient leur liberté après un apprentissage de quatre années. C'est dans ce pays pourtant que la traite a le plus d'activité. Le terme de l'esclavage dans les colonies françaises avait été fixé, par une loi, à 1853 ; elle avait prescrit des mesures préparatoires à l'émancipation ; elle aiait conféré aux noirs le droit de posséder, de se racheter. Mais la révolution de 1848 est venue brusquer les choses, et un décret du gouvernement provisoire y a aboli l'esclavage sans transition.
Dans ces pays même où l'affranchissement existe ou se prépare, le préjugé de couleur subsiste ^ et le blanc ne supporterait pas l'égalité avec l'ancien Africain. Les deux races vivent distinctes, non-seulement au tribunal , mais au théâtre, dans ie temple , dans les prisons ; elles sont séparées même dans les cimetières. Le temps seul pourra effacer, non pas cette aristocratie empreinte sur la peau, mais faire disparaître la race étrangère par le mélange du sang». Le temps seul aussi parviendra à vaincre l'orgueil des blancs , et leur obstination à sui>Te les vieilles méthodes, qui exigent plus de force que d'intelligence. Le respect pour la nature humaine leur persuadera que la Providence n'a pas donné à une terre le privilège de certains produits, pour les payer avec le sang humain; qu'elle n'a pas (ait
' Macaulaj disait cependant à la chambre des commuoes , en uan 1844, qu^au Brésil la religion surmonte ce préjugé; car on y voitsoovent un blanc agenouillé devant un confesseur nègre , et les blancs et lei no\r& commvkUxeT «h^^rvV^Va.
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rhoinme pour les seules jouissances matérielles ; que l'homme est un être intelligent, dont le bien suprême est la dignité.
L'introduction de la civilisation en Afrique sera une barrière puissante contre la traite. La colonie de Libéria y prospère , et un nègre de cet établissement dirige en ce moment une habitation modèle au confluent du IXiger avec la Ciadda. Les noirs affranchis de l'Amérique envoient des fonds pour soutenir les missions dans Tintérieur de l'Afrique; les princes de cette contrée commencent eux-mêmes à comprendre qu'ils auront plus de profit à faire travailler les vaincus qu'à les vendre. Il résultera de là une espèce de servitude de la glèbe , qui sera un acheminement au travail libre. On a calculé même que la seule huile de palmier produira à l'Afrique plus que la traite. Aux missionnaires chrétiens il s'en joint maintenant de musulmans , qui, partant de la capitale de l'Egypte, traversent l'Afrique jusqu'à Tombouctoo , et qui , descendant le ISiger, établissent des mosquées à côté des églises.
La Perse , la Turquie , l'Egypte , les autres pays maliométans, conservent des marchés humains ; les Arabes de cette lisière du Sahara, qui s'étend de Tripoli à Ceuta, continuent à tirer, comme le faisait Carthage , des esclaves noirs du pays des Ga* ramantes. Les caravanes égyptiennes qui fréquentent le Darfour en achètent , les échangeant contre du sel , du tabac , des figues, des étoffes, des cornalines. La ruine imminente dé l'empire ottoman Êivorisera aussi de ce côté l'émancipation; et déjà la Grèce , rendue à la liberté , a prononcé des peines trèssévères contre la traite : il est vrai qu'elle se fait encore sous pavillen turc.
La résolution prise par le bey de Tunis d'abolir le marché aux esclaves, et d'affranchir ceux qu'il possédait, est un fait très-important. Quand l'imam de Mascate , en guerre avec les Égyptiens, réclama l'assistance des Anglais , il dut abolir la traite ; mais elle continue avec activité à Madagascar et dans la Malaisie.
L'Angleterre conserve , dans ses colonies d'Orient , non-seulement l'esclavage, mais même la traite : aussi ses rivaux le lui reprochent ils , comme une preuve qu'elle n'a proclamé rémau-
VJO LES iNÈGUËS.
nipation en Amérique que parce qu'elle peut produire , à Taidf des machines , ce que les autres n'obtiennent qu'à force de bras, <*t parce qu'elle a besoin de trouver dans les colonies un débouché à Texcédant de sa population , bien certaine que la miiif des colouies rivales n'en fera que prospérer davantage celles qu'elle possède en Asie. Mais si l'esclavage dans les Antilles est une institution civile , il est dans l'Onent une institatioQ religieuse inhérente à la société; et son abolition n'atteindrait pas là seulement un petit nombre de colons , mais cent cinquaDte millions de naturels.
On songea aussi, dans le congrès de Vienne, à délivrer la Méditerranée des pirateries des croiseurs barbaresques.
L'Afrique septentrionale tend à devenir de plus en plus un appendice de l'Europe. Placée entre la Méditerranée, rAtlaotique et le désert , elle touche presque à TEspagne ; à Test du eap Bon, elle a la Sicile en vue; le cap Rouge s'avance vers la Sardaigne. Les Maures qui l'habitentn'ayant jamais cessé de oowir sur les bAtimcnts européens et d'infester les cotes de la Méditerranée , les Espagnols dirigèrent souvent contre eux des expéditions, et les chevaliers de Malte, ceux de Saint- Etienne, el d'autres encore , se proposèrent pour but de les réprimer.
On comptait à Alger, en 1622, trente-cinq mille chrétiens, et , en outre, dëax mille familles de Maures chassés d'Espagne, et six mille renégats , c'est-à-dire qu'ils formaient les trois quarts de la population de cette ville. Sa marine se composait, en 1588, de trente-cinq galères, dont quatorze seulement appartenaient à Alger, vingt à des renégats européens '.
Ces États, connus sous le nom de Barbaresques, violaient toutes les lois des nations : ils ne respectaient le pavillon d'aucune puissance , et donnaient la chasse aux bâtiments qui pa^ <'X)uraient la Méditerranée, pour enlever les hommes elles femmes; ils n'étaient rendus que moyennant une grosse rançon , faute de quoi on les réduisait en esclavage. L'Europe st résigna longtemps à payer un tribut à ces barbares , pour leur faire respecter tel ou tel pavillon. De temps à autre, quelque
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puissance leur faisait la guerre^ pour les châtier plutôt que pour les anéantir.
En 1 806, les Anglais proposèrent au dey d'Alger de leur céder cette régence contre une pension annuelle de onze mille livres sterling : c'était en vue de s'en faire un appui pour Malte ; mais le dey n'écouta pas ce^ propositions. Le blocus continental accrut l'audace des Barbaresque:?^ La paix étant venue , l'Angleterre fut chargée par le congrès de Vienne de négocier l'abolition de l'esclavage des chrétiens. Elle s'en acquitta mesquinement, et négocia des rachats , au nom de Naples et de la Sardaigne. Résolue enfin à s'affranchir de ce honteux tribut , elle envoya lord Exmouth dans ces parages , pour exiger la délivrance des chrétiens sans rançon, et mettre un terme aux entreprises des corsaires barbaresques. A son apparition, Tunis et Tripoli effrayées s'engagèrent à respecter le pavillon chrétien. El-Hussein , dey d'Alger, temporisa, sous, prétexte de soumettre le cas à la décision du Grand-Seigneur; mais à peine l'amiral eut-il repris la mer, que les prisonniers furent en butte à de nouvelles cruautés. Lord Exmouth revint alors, et bombarda Alger, qui, après avoir vu incendier sa flotte , se résigna à traiter ( septembre 1816 ), abolit l'esclavage des chrétiens, et rendit les Européens capturés par ses corsaires. Il se trouvait à Alger mille esclaves chrétiens , et quarante-neuf mille dans tous les États barbaresques.
L'Europe inscrivit ce triomphe dans les fastes de la Sainte- Alliance; mais ce ne fut qu'un succès éphémère, car ses décrets n'empêchèrent pas la piraterie de continuer, jusqu'au moment où l'insulte, poussée à l'excès, amena la prise d'Alger par les Français.
Le Maroc , qui a des cotes très-étendues et des relations faciles avec l'intérieur, redoutait peu les menaces des puissances ; aussi les insultait-il audacieusement, et les traités de l'Europe avec cet empire étaient autant d'humiliations. Venise lui payait cent mille livres par an. L'Autriche n'ayant pas voulu continuer à subir ce tribut, les Marocains prirent un de ses bâtiments. Ij'escadre qu'elle envoya alors sur ses côtes y croisa (|ueique temps sans résultat : ayant enfin perdu beaucoup
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dMiommes sans recueillir autre chose que des insultes , le goavemement autrichien se décida à transiger, et obtint, moyennant un présent , la restitution du bâtiment capturé.
Cependant la question d* Alger entraîne à sa suite celle do Maroc, et l'Europe porte maintenant son attention sur la solution d'un litige qui n'importe pas tant a la politique qu'à rhumanité.