‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 158 sur 159 · INSURRECTIONS DE NAPLES · texte numérisé non relu

INSURRECTIONS DE NAPLES

lions pour condamner beaucoup de patriotes au martyre trop fameux du Spielberg. Un seul fut déclaré innocent , d^autres renvoyés pour défaut de preuves , ce cpii les jeta dans la plus déplorable position ; car, tandis que le pouvoir continuait de les tracasser pour justifier les poursuites dont ils avaient été Tobjet , le public ( trop souvent complice de ses maîtres] leur Gt un crime de ce qu'ils avaient été absous; il accueillait les sinistres insinuations que la police répandait sur leur compte ; et il Cnit par voir des ennemis dans ceux que le gouvernement autrichien poursuivait de ses colères.

Les États pontificaux étaient aussi travaillés par les sociétés secrètes. Quand le gouvernement eut repris de la force , il fit beaucoup d'arrestations. On mit en prévention quatre cents personnes, dont un certain nombre furent condamnées à la peine capitale, qui fut commuée toutefois en réclusion. Mais Téchafaiod fut dressé à Modène. A Florence, le grand-duc ne crut pas nécessaire d'y avoir recours , parce qu'il n'avait pas eu peur. Indépendamment de ces misères, et des exils et des longues suspicions , les libéraux firent les affaires de TAutriche , qui vit son vœu s'accomplir; car elle put étendre sa surveillance et presque sa domination sur toute Tltalie , où elle mit obstacle à tous mouvements comme à tout progrès , au moyen d'une armée d'occupation ' .

A la nouvelle de ce prorapt succès , les souverains alliés déclarèrent « qu'il fallait bien moins l'attribuer à des homme< qui avaient fait mauvaise contenance au jour du combat, qu a la terreur dont la Providence avait frappé les consciences criminelles; » et, protestant de leur justice , de leur désintéressement, ils annoncèrent à l'Europe qu'ils avaient occupé Naples et le Piémont, « ce qu'ils présentaient comme une garantie contre les tentatives des perturbateurs. » Ils informèrent leurs ambassadeurs près de toutes les cours, que « le principe et robj»*t de leur politique était de défendre ce qui avait été légalement institué, contre les efforts d'une faction qui prétendait tout rt-

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buite. ÏJà cause de la liberté y était moins compromise par les (iescamisadoi que par les servîtes , et on y commettait plus cl*attentats , le crucifix au poing et le cantique à la bouche, qu*au cbant de la Tragala, En ouvrant les cortès de 1821, le roi prononça un discours très-différent de celui qui avait été concerté avec ses ministres : il y énumérait les outrages qu*il avait reçus; puis, sortant brusquement, il eongédii son ministère et forma un autre conseil. Une pareille rupture vint rendre courage aux ennemis de la constitution comme à ceux du roi ; car elle encourageait les uns à Tabsolutisinc , les autres à la licence. Les premiers dominaient dans TAndalousie et dans PEstramadure. Le curé Mérino, dans la Castille , la société des Martelli à Madrid, promenaient la terreur dans les campâmes, et s*y faisaient les agents d'une justice arbitraire ; d*autres sociétés secrètes bravaient de même l'autorité, notamment celle des Communeras, qui avaient dans chaque village le tour, dans chaque province la merindad; et Texercice immédiat de la souveraineté populaire remplaça le pouvoir représentatif. Morillo, de retour d'Amérique , mit ses efforts à défendre ce fantôme de gouvernement. A ce moment la fièvre jaune dévastait la Catalogue, l'Andalousie, TAragon. On avait enlevé le commandement de cette dernière province à Riego, sans rendre publiques les preuves d'une conjuration dont on le disait le chef. Il en résulta que Cadix et Séville refusèrent obéissance au roi , qui se vit alors obligé de rappeler les cortès. A peine réunie, l'assemblée prit à tâche de réglementer la presse, le droit de réunion, et de refréner la démagogie. Le portefeuille des affaires étrangères fut donné à Martinez de la Rosa ( février 1822) s ministre modéré, qui retarda la chute du pouvoir constitutionnel , et le tint quelque temps suspendu sur l'abîme qu'il ne pouvait fermer. L'énergie des exaltados s'accrut de la faiblesse de leurs adversaires : Riego devint le chef, et Mina le héros de ce parti. (^e qu'on trouve de caractéristique dans cette époque de fennen-

' Le ministère se trouva ainsi , à la même époque , confié dans troi< grands États à trois littérateurs, Martinez de la Rosa, Chat<^aubrian<1, et Canmn^. I

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tation, c*est UD mélange tout particulier d'anciennes idées nationales et d'emprunts faits à la convention française. On eût pu se croire au temps deTorquemada, quand les attentats contre la religion furent assimilés à ceux contre la constitution ; on eût pu se croire aux jours de la terreur, lorsqu'il fut décrété qui» les accusés seraient traduits devant un conseil de guerre, jugés dans les six jours, et exécutés, sans appel ni grâce, dans les quarante-huit heures; quand Mina dt^truisait tout un village, et qu'il y inscrivait : « Peuples, apprenez à ne pas donner asile aux ennemis de la pairie! » C'est «nsi qu'on allait dudespostisme a l'anarchie, avec un peuple sanguinaire , un roi avili qui courbait la tête sous les outrages d'une démagogie sans frein.

Enûn la guerre civile éclata , et le gouvernement donna la main aux royalistes, dont une bande avait pour chef Quesada. Une autre, commandée par le Trappiste , qui marcha a sa téta le crucifix à la main , s'en alla prendre la Seu-d*Urgel ( 22 Juin 1822), et les cris de yive le roi absolu! rendirent la joie à Ferdinand ; mais il n'eut ni le courage de vaincre , ni la fermeté qui se résigne à la défaite. Dans Madrid même, les deux partis en vinrent aux mains : Morillo défendait l'ordre , Riego (7 juillet) la révolution; et Ferdinand n'avait plus que le titre de roi. Un gouvernement royaliste, qui siégeait à la Seu-d'Urgel, accomplissait , d'un autre côté , une contre-révolution , et entreprenait de gouverner « pendant la captivité de Ferdinand VII ; » mais les membres de cette junte , bientôt expulsés par Mina ( septembre), se réfugièrent en France.

Au milieu de tous ces revirements , les souverains alliés se décidèrent à tenir un nouveau congrès à Vérone, où se réunirent tous les rois de l'Europe et les diplomates en renom. Cinq questions y furent traitées : la traite des nègres, la piraterie dans les mers d'Amérique, le débat entre la Russie et la Porte, lorganisation de l'Italie, la révolution d'Espagne ; d'autres questions particulières s'y rattachaient : la navigation du Rhin, finsurrectien de la Grèce, les prétentions de la régence d'IJrgel, qui se présentait au congrès comme pétitionnaire.

L'abolition de la traite intéressait vivement l'Angleterre ; mais romme son but semblait ttre de substituer â tous les autres

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produits ceux d« mi ooloniet indiennes, sa prétendue philanthropie sonletait beaoooap de méOances. Nous avons vu quelle avait été llssoe des mouvements de Tltalie ; FAutriche fût invitée à évacuer le Piémont, et à abréger roccapation dn royaume de Naples. Les députés de la Grèce ne furent pas même entendus; et quant à la Turquie, comme sa chute eût accru démesurément la puissance russe, sa conservation importait à tous.

Les souverains assemblés établirent tous les cas pour lesquels ils se devraient réciproquement assistance. Alexandre, qui avait pourtant reconnu les oortés en 1813 , fat amené par ses alliés à les renier. Le gouvernement français , qui craignait de voir Tincendie espagnol gagner ses populations, dont les dispositions le tenaient en inquiétude , demanda Tautorisation de Fétouffer; T Autriche s'y opposa, dans la crainte que la Franee ne recouvrât par là Tinfluenoe qu'elle avait perdue ; l'Angleterre , représentée par Wellington , fut d'avis de garder les frontières , mais de ne pas les franchir, et de concéder quelque chose aux peuples en révolution.

Le congrès enjoignit alors à l'Espagne , si elle voulait conserver de bonnes relations avec les puissances , de rendre la liberté au roi , et « de changer un gouvernement ccmtraire à ses mœurs , à la loyauté connue de ses habitants , à ses traditions tout 'h fait monarchiques. » Cette sommation resta sans effet , et les hautes puissances rappelèrent leurs ambassadeurs ( 28 janvier 1823).

Mais tandis que les libéraux français faisaient retentir la tribune et la presse de leurs clameurs contre cette violence projetée envers l'Espagne , le ministère où figurait Chateaubriand voyait là une trop belle occasion de donner au drapeau blanc ce lustre militaire qui lui manquait. En conséquence , Louis XVIII fit entendre ces paroles à l'ouverture des chambres : « Cent mille Français , commandés par un prince que 1 mon cœur se complaît à appeler mon fils, sont prêts à raar- « cher, en invoquant le nom de saint Louis , pour consener « le trône d'Espagne à un petit-fils de Henri IV, pour préserver « ce beau royaume de sa ruine, et le réconcilier avec l'Eu- « rope *, «^l^ur laisser Ferdinand libre de donner à ses peu-

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« pîes les institutions qu'ils ne peuvent tenir que de lui seul. »

Ce principe de Tintervention ne pouvait être admis par le cabinet anglais , et les deux chambres du parlement protestèrent énergiquement. Ganniug, alors ministre, menaça, du haut de la tribune , de reconnaître Tindépendance des colonies espagnoles ; mais il n'alla pas jusqu'à s'opposer par la force des armes à l'expédition, -quoique l'opposition réclamât un parti plus énergique, plus conforme à la dignité de la nation.

Le duc d'Angouléme entra en Espagne (23 avril),, en proclamant la délivrance du pays. Il se vit bientôt entouré de tous les mécontents , prêtres , moines, gens du peuple. Ceux qui avaient chassé intrépidement les Français du sol sacré de l'Espagne les y ramenaient alors, tant l'ordre nouveau avait peu pénétré dans ce pays de traditions , tant étaient peu populaires ces doctrines métaphysiques qui ne savent point compter avec le passé ! En effet , les libéraux jouaient , aux yeux de la multitude, le même rôl,e que les Français en 1810 : ils menaçaient la religion et le roi. Aussi le duc d'Angouléme entra-t-il sans résistance à Madrid , et le gouvernement se transporta à Cadix avec le roi. Mais la régence royaliste déclara ce gouvernement coupable de félonie; elle remplit les prisons, rétablit les abus, et stimula l'ardeur des vengeances.

Lorsque les chefs eurent abandonné le champ de bataille, faute de se voir secondés par le peuple , et que Ballesteros et IVIorillo eurent déposé les armes , Riego alla prendre le commandement de l'armée de Catalogne , la seule qui eût fait tête à l'ennemi. Il leva des contributions de guerre , mit en réquisition les vases sacrés, et combattit en désespéré; mais, ses ressources épuisées , il se vit contraint de fuir. Cadix, défendu par quinze mille hommes et deux mille canons , fut pris par l'armée française ( octobre ) ; et le roi, délivré de l'obligation de maintenir les lois qu'il avait jurées, déclara nul tout ce qui avait été fait. Ferdinand n'écouta ni les Français , qui voulaient une amnistie, ni les puissances, qui lui conseillaient de donner de bonnes institutions. Des commissions militaires fonctionnèrent partout, et ne pnrdonn(>rent ni au sexe ni à VÙ^e.

Vn prand nombre d'Kspagnols compromis dans ces cvénc-

4C4 * HfSCaBECTlOMS DE NAPLIS ET DU ^lÉHOnT.

ments avaient réussi à s*enfuir; mais Riego, arrêté dans sa fuite, fut conduit an gibet monté sur un âne. Cinquantcàeui compagnons de Torijos , arrêtés par trahison, furent immolés.

Les libéraux, qui partout s'étaient habitués à voir dans la France un appui pour les idées de liberté et de progrès, la virent avec stupeur se faire Texécutrice des décrets du !Nord, restaurer un roi absolu, et assister, l'arme au bras , au supplice des patriotes. Les royalistes, de leur c6té, firent grand bruit de (vs cent mille hommes qui Tenaient de traverser impunément l'Espagne , inaccessible à Napoléon, pour aller à son extrémité arracher le roi d'une presqu'île inexpugnable , et qui s'en retournaient au bout d'un mois , sans rien emporter que leurs armes. Cette victoire sans gloire , qui trouva ingrats ceux-là même qui en eurent le profit, valut au duc d'Angoulême l'honneur qu'avaient obtenu les victoires de don Juan d'Autriche , de Sobieski et d'Eugène de Savoie , sur les Turcs : le pape lui envoya les mêmes présents qui jadis avaient été la récompense de ces liéros.

Le Portugal subit le même sort que T Espagne ; le peuple n'y était pas façonné aux idées constitutionnelles. Au milieu des élans de la liberté, on prétendit replacer le Brésil sous le système colonial ; mais dou I^dro , cité devant les cortès , fut proclame empereur de l'autre côté des mers. Il en résulta une guerre entre le Portugal et le Brésil , qui réjouit fort la Sainte- Alliance.

La reine était, à Lisbonne, à la tête des absolutistes ; le comte d'Amarante , qui se déclara pour ce parti , s'unit aux Français d'Espagne et à don Miguel , second fils du roi ; et le gouvernement absolu fut proclamé.

C'est ainsi que partout succombait le parti libéral , mais non pas la liberté, ce Juif errant qui chemine toujours sans arriver jamais, et qui jamais non plus ne désespère.

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