‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 42 sur 159 · A LA FIN DU XVII 1* SIÈCLE · texte numérisé non relu

A LA FIN DU XVII 1* SIÈCLE

qu'aux assemblées provinciales. T^e conseil d'fXoX avait le pouvoir exécutif. Le stathouder devait être protestant ; il s'appuyait sur les Anglais; les états généraux inclinaient vers la France; il en résultait deux factions qui Be contrariaient Lorsque la paix eut été assurée par le traité des Barrières, on diminua Tarmée : et comme on trouva que TAngleterre étant désormais Talliée de la Hollande , il était inutile d'entretenir la flotte , elle tomba dans un état déplorable. Aussi disait-on , d'ordinaire , que la Hollande pouvait payer toutes les armées de l'Europe , et qu'elle ne pouvait résister à aucune.

Pendant les dix premières années, Guillaume V marcha d'accord avec les états généraux ; mais on vit reparaître le parti des patriotes, qui tendait à renverser la maison d'Orange. A ce parti appartenaient les principaux négociants et les mennofiistes , espèce d'anabaptistes d^une exaltation excessive , d'une humilité affectée, et les malcontents , dont la foule s'était grossie de tous ceux qui avaient en vain espéré obtenir du prince des charges et des récompenses. La multitude les secondait, parce qu'ils criaient fort.

Les oligarques qui commandaient dans les villes, et dont la révolution de 1 748 avait restreint les pouvoirs , la voyaient de mauvais oeil. Les orangistes n'étaient pas satisfaits non plus de voir Guillaume favoriser de préférence ses anciens adversaires, dans l'espoir de se les concilier. Les princes d'Orange héritaient , comme parents de la famille royale d'Angleterre, des haines et de la faveur dont elle était l'objet. Lorsque la guerre d'Amérique éclata , le pays se divisa en deux partis : les patriotes demandaient i'augmentation des forces maritimes, pour protéger le commerce contre les Anglais ; les orangistes voulaient des armées déterre, pour leur fournir les secours qu'on était oblige de leur donner. Les choses plièrent au point que l'Angleterre répondit à la demande de neutralité par une déclaration de guerre.

Le coup fut terrible pour les orangistes. Y.'^assemblée des régents patriotiques rédigea un projet de réforme qui conservait les états généraux et le stathouder, mais en donnant aux premiers la pleine souveraineté , une indépendance absolue , la di-

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rection de l'armée ; tandis que le stathouder, exclu de leurs séances^ c'est-à-dire du gouvernement, n*eut à nommer ni fonctionnaires pul)lics ni ofGciers supérieurs. Conformément à ce projet, il fut institué des compagnies franches de citoyens ; tout catholique fut écarté du gouvernement; et des calomnies , des libelles se répandirent à profusion contre eux. L'irritation des Hollandais n*eut plus de bornes lorsqu'ils virent leur marine désorganisée au moment où la guerre éclatait avec rAngleterre. Ils renouvelèrent alors leurs anciens prodiges, et armèrent quatorze vaisseaux de ligne, dix-huit frégates, portant douze cent quatre-vingts bouches à feu et huit mille hommes. Ils déployèrent encore a la bataille de Dogger-bank un courage héroïque. £n même temps ils se livraient à un commerce trèsactif, à tel point qu'en 1780 deux mille cinq cents navires hollandais franchirent le Sund, dont les puissances du Nord repoussaient tout bâtiment de guerre ou de course. A la paix, les Anglais leur restituèrent toutes leurs possessions, mais après avoir ■causé au négoce un dommage immense , et obligé la république à laisser le commerce libre avec ses colonies.

Les esprits aigris se déchaînaient contre le gouvernement. Jusqu'alors Topposition avait été composée d'aristocrates ; les démocrates aussi l'attaquèrent, et voulurent un gouvernement plus populaire : la France les soutint , pour ruiner l'influence anglaise. Le peuple criait à la trahison , et reprochait au stathouder d'avoir négligé la marine par connivence avec l'Angleterre. On voulut donc le renverser, et tous les coups se dirigèrent sur le duc de Brunswick , son bras droit. £n vain Guillaume , indigné , provoqua-t-il des enquêtes qui démontrèrent son innocence : il fut forcé de quitter le pays, sans que les journaux cessassent pour cela de le harceler- . Le prince d'Orange présenta aux états généraux un. premier mémoire, dans lequel il exposait avec force et simplicité l'état du pays , ce qu'il avait fait pour relever la marine ainsi que pour éviter la guerre. Il demandait des lois qui le missent à couvert des attaques calomnieuses et des scandales incessants qui entravaient toute bonne mesure, et que le stathouder ne fût pas seul dans le pays obligé de recevoir impunément des injures.

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Frédéric II s'interposa plusieurs fois pour réconcilier les factions; il fit entendre qu'il était disposé à défendre le stathouder conjointement avec l'Angleterre : mais les novateurs comptaient sur la France , qui promettait d'empêcher toute intervention. Les journaux se déchaînaient avec une fureur toujours croissante; les sociétés secrètes se multipliaient; les corps francs de citoyens armés, qui devaient soutenir les prétentions des patriotes , étaient en grande partie composés d'ennemis du prince d'Orange; ils s'exerçaient sans cesse au maniement des armes : c'étaient chaque jour des demandes nouvelles et des rixes avec les garnisons. Les soixante-seize régents formèrent une confédération qui devait pourvoir aux dangers de la patrie, restaurer le protestantisme et le véritable gouvernement républicain. Quelques désordres, survenus dans la province d'Utrecht à l'occasion des élections municipales, furent imités ailleurs , et donnèrent le branle à la guerre civile. Guillaume ayant voulu rétablir l'ordre par la force , les états de Hollande le suspendirent des fonctions de capitaine général de leur province, bien qu'aux termes de la constitution il fût inamovible et souverain.

Son autorité était tellement restreinte , qu'il ne pouvait augmenter la garnison d'une forteresse sans le consentement des états. £t pourtant il était entoura d'une pompe royale; ses armoiries flottaient sur les drapeaux avec celles de la république; on ne rendait qu'à lui les honneurs militaires dans le pa-^ lais des états, qui était sa résidence, et dont une porte ne s'ouvrait que pouf lui. Il était donc difficile qu'il n'ambitionnât pas une autorité plus réelle , d'autant qu'il avait pour lui la multi-. tude. Enfin les partis en vinrent aux mains dans Amsterdam (1786). Le cabinet de Versailles encourageait les espérances des républicains, et Guillaume fut déclaré déchu des fonctions de stathouder et d'amiral général.

La princesse sa femme, qui l'avait encouragé à la résistance , résolut de se rendre en personne h la Haye, dans l'espoir d'obtenir un accommodement. Mais, arrivée à la frontière , elle fut renvoyée sous escorte. C'était un affront inouï : elle en demanda vengeance au roi de Prusse , qui , n'ayîint pas obtenu satisfaction, déclara la guerre à la république. Les Prussiens ,

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^'avançant par ?]imègue, se jetèrent hardiment sur le territoire de rUnion , et terminèrent en trois semaines la conquête d'un pays que les Espagnols n'avaient pu soumettre en quatrevingts ans , ni Louis le Grand en plusieurs campagnes. Enfin Amsterdam ayant été réduite à capituler, les états généraux s'y réunirent, et cassèrent les actes dirigés contre le prince d'Orange , qui fut rétabli (1787 ) ; mais il n'obtint pas ces accroissements d'autorité qui suivent les révolutions manquées. Guillaume lui-même se montra modéré. Quant au roi de Prusse, il n'exigea rien pour lui , pas même les frais de la campagne. Mais une alliance fut signée entre lui , la Hollande et l'Angleterre; d'où il résulta que la France, après avoir vainement intrigué et vainement menacé, perdit honteusement le fruit des sacrifices qu'elle avait faits.

Tous les mouvements de la Belgique, de la Hollande, de Genève, tournaient les esprits vers la démocratie. L'humanité entière semblait aspirer à un changement social qui mtt la puissance politique dans la main des nations , et réalisât ce qu'il y avait de juste et de vrai dans la philosophie du temps.

Ainsi toute l'histoire du siècle était un acheminement à une révolution. La secousse devait être d'autant pkis forte que les constitutions avaient été dénaturées ; que, sans garanties, elles dépendaient du bon plaisir des princes ; qu'il n'y avait pas de peuple , sauf en Angleterre ; que partout manquaient et la liberté et l'ordre ; que la monarchie était un mensonge, de même que la hiérarchie ecclésiastique et la féodalité ; et qu'il y avait un abtme au-dessous.

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