A LA FIN DU XVIII^ SIÈCLE
Mais d'abord la langue de ce pays était peu répandue ; puis il s'agissait d'améliorations à introduire dans quelques lois intérieures; tandis que, dans les discussions abstraites et spérulatives des écrivains français, il était question d'une grande et gàiérale réforme , qui devait passer à travers tous les obstacles de la réalité et de la nécessité.
Les peuples, séduits par ces doctrines , et pliant sous leurs fsurdeaux , sentent chaque jour davantage l'injustice de laisser en dehors des charges publiques tant de personnes et tant de biens ; ils voudraient détruire ces castes privilégiées sur lesquelles Taocien édifice est appuyé ; ils envient les institutions qui mettent un frein à l'augmentation arbitraire des impôts ; ils éprouvent le besoin de ces formes administratives qui provoquent la manifestation de tous les besoins réels ; ils invoquent la liberté , comme élément ou garantie de bonheur. Les gouvernements, de leur côté, voulant se réserver seuls tous les actes de l'autorité pu* blique , c'était sur eux que retombaient tous les torts; on croyait que seuls ils retenaient Thumanité, prête à se lancer dans les voies de la perfection. 11 fallait donc ou les renverser ou les réformer.
La souveraineté du peuple n'était plus une affaire seulement de livres; l'indépendance américaine lui avait donné la sanction. Des troubles avaient éclaté dans quelques pays ; ailleurs c'étaient des révolutions. En Portugal , à la mort du roi Joseph , l'opinion générale se souleva contre la réforme de Pombal; la reine Marie cassa le tribunal àHnconfidenza , et renvoya le ministre. A toutes les accusations il pouvait répoudre : « Le roi Fa voulu ainsi. » Pombal mourut peu de temps après, en butte aux poursuites de huit cents personnes qui venaient de sortir des prisons d'Ëtat. Tous les pays placés sous le sceptre de Joseph II étaient en révolte contre ses réformes, ou mécontents à ce point que son frère Léopold , en lui succédant, n'eut rien de plus pressé que de les abolir, et de consulter les peuples sur leurs besoins. En Suisse, les campagnes étaient en insurrection contre les villes, les sujets contre les suzerains. Frédéric-Guillaume, successeur de Frédéric II, mit un frein à l'irréligion, s'appliqua à maintenir la paix ; mais il se laissa engager imprudemment dans les troubles de la Hollande.
28G ÉTAT DE L'EUBOPB
Cette république conservait Tamour de la patrie et de ses anciens usages. Les lourds impôts établis sur les terres, sur les contrats , sur le luxe , sur les objets de consommation, en même temps qu'ils portaient les habitants à une vie économe et réglée, y stimulaient Feffort de l'industrie, chaque ville cherchant à exceller dans quelque spécialité. Maîtres des Sf4es de la Perse et des drogues de TAsie , les Hollandais s'habillent d'étofifes de laine , vivent de poisson et de fruits ; leurs maisons n'ont pour ornement que des fleurs et une extrême propreté ; mais ils ne connaissent pas l'économie lorsqu'il s'agit de bi^faisanee publique ou d'instruction. La presse y était entièrement libre. L'avènement de l'un de ses princes au trône de la Grande-Bretagne engagea de gré ou de force la Hollande dans tous les mouvements de l'Europe , lors même qu'elle n'y avait dueun intérêt. L'acquisition des places fortes ne lui apporta en résultat . que de lourdes dépenses et de nouvelles hostilités ( 1747 ) , et les guerres contre la France, mal conduites qu'elles furent, y produisirent une révolution intérieure.
Bien que la maison d'Orange ne dirigeât plus le gouvernement depuis le commencement du siècle, elle ne cessait d'intriguer, et d'influer beaucoup dans les affaires publiques. Enfin (1748) Guillaume IV, soutenu par des troupes autrichiennes et anglaises, fut prociamé stathouder générai, charge héréditaire même pour les femmes, et à laquelle fut réunie celle de gouverneurdes Indes orientales. Prince vertueux,. Guillaume favorisa ce qui était l'âme de son pays , les manufactures et le commerce, sans négliger les sciences et les arts ; car il était fort instruit lui-même. Généreux et tolérant , il jouit d'un grand pouvoir, parce qu'il était aimé ; mais tl en jouit peu.
( 1751 ) Guillaume V, son ûls, lui succéda à Fâge de trois ans, soiis la tutelle d'Anne sa mère , fille de George II d'Angleterre. Il eut après pour tuteur le duc Louis de Brunswick^ avec qui advint la décadence de la république. La plupart des villes étaient régies aristocratiquement ; chacune des sept provinces était sur un pied différent d'administration et d'élection. Leurs députés réunis formaient l'assemblée des états généraux et le conseil d'État. Mais la souveraineté appartenait moins aux premiers