‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 44 sur 159 · DE LA RÉTOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA RÉTOLUTION FRANÇAISE

almanachs, dM théâtres, des romans. Les journaux s'embarrassent peu de discussions sérieuses , mais ils s*emploient à comnranîqUer de proche en proche les idées qui pullulent , a les rendre rapides, à faire jouir plus tdt de leur effet. Un voyageur, à qui Ton demandait ce qu'il avait vu de nouveau à Paris, répondit : Bien , sinon que ce gui se disait dans les saUms se répète aujourd'hui dans les rues. C'était partout un amour larmoyant d'humanité, un débordement subit de bergeries; c'était en retombant dans l'enfance que la société semblait vouloir se rajeunir. Robespierre, Marat, Saint- Just, Gouthon, Barrère, débutèrent par les plus fades pastorales; tout cela n'était qu^une sorte de manifeste contre toutes les traditions du passé.

Louis XV avait déjà dit : j4prés nous la fin du mondé ; nos successeurs seront bien embarrassés, Rousseau écrivait en 1760 : « Je crois impossible que les grandes monarchies subsistent encore longtemps. Nous approchons de la crise, du siècle de la Révolution. Je fonde mon opinion sur des raisons particulières; mais il ne convient pas de tout dire, et puis tout le monde ne le voit que trop. » Voltaire disait aussi au marquis de Chauvelin, dans une lettre du 2 avril 1762 : « Tout ce que je vois jette les semences d*une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. La lumière s'est tellement répandue , qu'à la première occasion il y aura une explosion , et alors ce sera un beau gâchis. Heureux les jeunes gens ! que de choses ils verront ! »

Louis XV!, homme de bien , se trouve obligé de changer souvent de ministres , c'est-à-dire de système; les mauvais lui nuisent, les bons ne lui profitent pas. Se défiant de lui-même, s'en rapportant souvent à des gens qui avaient bien moins de capacité que lui et surtout beaucoup moins de probité ; ballotté entre ses ministres , ses courtisans , sa femme , les traditions et la philosophie, Louis XVI louvoya au hasard, et n'inspira d'intérêt qu'au moment où il cessa d'agir pour commencer à souffrir. Une cour imprévoyante avait succédé à la cour corrompue de Louis XV ; incapable de mettre le roi à la téta du mouvement, elle voulut qu'il l'arrêtât, mais sans lui inspirer Ténergie nécessaire. On vit alors dans le gouvernement ce mélange

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d'injustices et de faiblesses qui irrite la résistance sans la dompter.

La guerre d'Amérique remplit le pays d'idées d'insurrection et de liberté ; elle introduisit dans l'armée, qu'une longue paix avait ramenée aux habitudes civiles, les idées de la natkm ; l'indépendance du citoyen y remplaça les qualités militaires. Lés finances se trouvaient daos le plus grand délabrement. Appelé à les rétablir, un ministre qui savait conquérir la popularité , JNecker, n'osa découvrir des plaies qui appelaient un prompt remède; il n'osa pas réclamer les réformes suffisantes; obéissant aux habitudes de sa profession comme aux penchants de son caractère, il édifia les finances sur le crédit, et le erédii &ur la confiance inspirée par le ministre. Peut-être espérait-il un temps d'arrêt, pendant lequel il pourrait arriver à quelque chose de mieux ; mais il ne l'eut pas ; et, de même qu'un malade impatient de guéjir s^abandonne à un charlatan, la cour s'en remit aux conseils de Galonné.

Prodigue par nature, par système, par complaisance « Galonné ressemblait à ces négociants qui déploient un luxe éblouissant à la veille d'une banqueroute. Il semblait qu'il voulût enivrer la nation par une prospérité fictive , afin de maîtriser les esprits quand viendrait l'heure des propositions hardies à l'aide desquelles il croyait remettre les finances à flot. Il poussa le roi à convoquer V assemblée des notables^ pour lui soumettre ses mesures de salut. Cette assemblée différait des états généraux en ce que les membres en étaient désignés par le roi ; et, quoique représentant les trois ordres , elle n'avait pas le droit d'ordonner, mais celui de conseiller simplement. Les représentants du tiers état , d'ailleurs en très-petit nombre, étaient tous nobles; pouvait-on les croire disposés a restreindre les privilèges de leur classe ? Les notables avaient été convoqués par Henri IV , puis par Richelieu; mais ce n'étaient plus les temps du premier, et Calonjie était loin de valoir le second.

A la séance d'ouverture de l'assemblée, qui eut lieu à Versailles (22 février 1787), le ministre prononça ces paroles au nom de la couronne : « On a dit jusqu'à présent, Si veut le rtn, si veut la loi; on dit aujourd'hui : Si veut le bien public, si

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