LES JACOBINS A NAPLES ET EN PIEMONT
« vemenient républicain. » En conséquence , toute Taocieime armée et les hommes d*arraes des barons , qui auraient procuré une milice exercée , restèrent sans pain , obligés de se ûûre mendiants ou bandits : aussi regrettaient-ils Tancien gouvernement.
Le Directoire vit de mauvais œil Championnet se donner des airs de législateur, et il envoya Faypoult pour administrer la partie économique. Mais le général , qui croyait avoir acquis le droit de tout faire dans un pays conquis par ses armes , commanda aux commissaires de se retirer. Cet acte d*autorité amena sa destitution. Macdonald , assisté de Faypoult, le remplaça , et déclara dévolus à la France les domaines de la couronne , les biens des ordres de chevalerie, ceux des monastères, et les antiquités. Mais ces propriétés , enlevées au roi et aux corporations, ne devaient-elles pas revenir à la nation.'
Les Français, se donnant carrière, envahissaient les États de Lucques avec Serrurier , puis avec Miollis. Les démocrates, encouragés, demandèrent une organisation populaire, et elle leur fut donnée à la française. Pie YI paraissait trop rapproché des États qu'on lui avait enlevés. La Toscane eut donc à rendre compte de Tasile qu'elle lui avait accordé, ainsi que de l'entrée des forces napolitaines dans le port de Livourne : en conséquence , le pays fut occupé. Le grand-duc partit pour Vienne; Gauthier entra en Toscane, Miollis à Livourne; les émigrés français furent chassés; Pie VI se réfugia à Parme, et de là à Valence en Dauphiné , plus dignement escorté dans^ sa noble infortune par les marques de la sympathie populaire , que par les démonstrations de cour dont il avait été l'objet lors de son fastueux et humiliant voyagea Vienne.
Le Piémont était tour à tour agité par les novateurs et par les fugitif, qui ne faisaient toutefois que multiplier les victimes. Mais les rois coalisés stimulaient en vain Charles-Emmanuel : fidèle aux traités , ce prince était résolu à rester l'allié de la France , bien qu'il fût loin de l'aimer. Près de lui résidait , comme ambassadeur, le littérateur Ginguené, chaud et sincère républicain, dissertateur élégant, à qui les belles promesses ne coûtaient rien. Il savait que le Directoire voulait perdre le roi;
aus^ le traitait-il avec la plus dure exigeance. .Une fête fut donnée à la cour, et il y envoya sa femme en simple p£^-6n-/'aîr» 11 perfectionnait Tart des petites persécutions , et tenait les novateurs en haleine. Les soulèvements ne tardèrent pas : Gênes les seconda sur le littoral , la Cisalpine sur le lac Majeur. Un coml>at fut livré près d'Omavasso ; mais les troupes royales eurent le dessus , et la loi martiale frappa beaucoup de gens à Domodossola. Le ministre Priocca 6t des remontrances sur ces provocations ; mais la France prit le ton de l'offensée , parla de stylets, d'émigrés, de barbets, de conjuration pour assassiner les Français. Elle intima au roi l'ordre de cesser les exécutions contre les patriotes , et les expéditions contre les insurgés de la Ligurie. Les exigences s'accroissaient chaque jour; il fallait avilir le roi avant de l'écraser. On réclama enfin de lui qu'il laissât occuper la citadelle de Turin, et il fut obligé d'y consentir (3 juillet) : il se trouva ainsi sous le canon français, et contraint de désarmer. Les patriotes reprirent de l'audace , et vinrent mettre le siège devant la ville ; mais ils furent repoussés avec perte de six cents des leurs. Leur nombre s'accrut cependant de tous côtés, et les insultes dirigées contre le roi allèrent toujours croissant.
Aussitôt que le Directoire eut connaissance de la nouvelle coalition formée contre la France, il pensa que Charles-Emmanuel aurait à cœur de se venger : en conséquence, Talleyrand chargea Joubert , qui commandait dans la citadelle , de renverser ce gouvernement. Le général , ne pouvant obtenir l'abdication du roi, formula une série d'accusations contre lui : il fit venir de la république cisalpine des troupes qui passèrent |e Tésin par précaution; et le gouvernement ayant exhorté lç9 citoyens à demeurer tranquilles , elles occupèrent toutes les forteresses, et firent les garnisons prisonnières*
Charles-Emmanuel protesta et abdiqua (9 décembre). 11 Mt obligé de livrer aux Français son ministre Priocca , le seul capable de le conseiller utilement. Arrivé en Sardaigne , il renouvela ses protestations contre la violence exercée à son égard. Le gouvernement populaire fut institué en Piémont, ou, pour dire mieux , le gouvernement militaire. Les chefs de famille
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nobles furent envoyés en otage à Grenoble; les otijets prédeiu et les joyaux de la couronne, que le roi avait laissés intacts, furent enlevés; on brûla sur la place du palais les titres de no^ blesse, et Ton demanda la réunion du Piémont à la France.
Mais la France n*avait plus sous sa main le général en quiell» avait mis son espoir, et Torage menaçait de tout côtés; les Russes étaient entrés en Moravie , et les principes de liberté et d'autorité allaient de nouveau entrer en lutte.
La loi de la conscription , votée sur le rapport de Jouidan, astreignait au service militaire tous les Français de vingt à vingt-cinq ans, sans exception, au fur et à mesure des besoins, en prenant d'abord les plus jeunes, mais sans distinction d*âge en temps de guerre. Le plus difficile était de trouver de l^argent pour les entretenir : on recourut aux expédients ordinaires, qui eurent les mêmes résultats, c'est-à-dire d'enrichir les habile, et d'appauvrir le plus grand nombre.
La France se trouvait dans une position difficile : sa meilleuie armée et ses meilleurs généraux étaient en Egypte, et il ne lui restait pas plus de cent cinquante mille hommes effectifs. Les finances étaient épuisées, par suite de l'abolition des droits indirects; la perception des contributions directes, conflée aux communes , avait aussi diminué notablement les revenus. Il y avait peu de subordination ; la lutte continuait entre les diffé* rents partis; l'administration était livrée à des mains infidèles, et les dilapidateurs faisaient seuls leurs affaires dans les pays protégés, c'est-à-dire asservis.
Les grands généraux étaient éloignés ou morts ; Moreau était suspect. Joubert et Bernadotte refusèrent le commandement, parée qu'on voulait mettre des bornes à l'autorité discrétionnaire des états- majors. On jeta alors les yeux sur Schérer, ministre de la guerre , qui s'était signalé en Belgique et dans les premières campagnes d'Italie, pour commander l'armée d'Italie; mais il était âgé et peu goûté, parce qu'il réprimait la rapacité militaire. L'armée de Naples fut confiée à Macdonald, celle de Suisse à Mdsséna. Jourdan alla commander sur le Danube , Bernadotte sur le Rhin , et Brune en Hollande. Ainsi cette ligne d'opérations s' étendait du Texel au détroit de Messine ; car
une longue expérience n^avait pas encore appris, en démontrant la véritable nature de ces contrées, à concentrer les armées, et à porter les coups décisifs sur le Danube.
Le congrès de Rastadt, où Ton trafiquait du sort de TAIlemiogne, venait alors définir (28 avril 1799); et les plénipotentiaires français, assaillis au moment de leur départ, avaient été massacrés. Tout ce qu'il y avait d'hommes loyaux parmi les Allemands se hâta de décliner toute complicité dans une infamie que Ton imputait à TAutriche ; et Tarchiduc Charles promit à Masséna de punir les hussards autrichiens, qui avaient été les auteurs de cet assassinat.
L'influence anglaise décida Paul V^ à déclarer à l'Espagne une guerre tout à son profit ; car l'Angleterre ayant tout à gagner sans avoir rien à perdre, étendait sontsommerce et ses possessions ; elle brûlait d'y ajouter l'Egypte , la Sicile et la Hollande. La Russie songeait sincèrement à rétablir les mo* narques détrônés : il n'en était pas de même de l'Autriche, qui n'avait pour mobile que ses convoitises, et l'espoir de se procurer une meilleure ligne tant en Suisse que sur le Rhin.
Résolue à tenter un dernier effort, l'Autriche pouvait mettre en mouvement deux cent vingt-cinq mille hommes ; plus, les nouvelles levées. La Russie y ajoutait soixante mille hommes commandés par le fanatique Souvarow, à qui l'intrépidité tenait lieu de génie , et qui suppléait à l'art par le principe d'aller toujours en avant. C'était une armée terrible que la sienne, sans instruction et sans artillerie, mais se faisant tuer plutôt que de reculer; civilisée dans les chefe, barbare dans les soldats;' ayant dès lors toute la force que procure la barbarie au service de rintelligence. Mais le plan de la guerre avait été conçu à Yiettie d'après l'ancien système, et l'Italie en était le but principal. On avait fait moins d'efforts sur le Danube; mais le prince Charles y commandait. Jourdan, qu'il avait en face de lui, n'avait à sa disposition que des moyens extrêmement faibles : il passa néanmoins le Rhin (t®^ mars). Masséna envahit le pays des Grisons, qui avaient appelé les Autrichiens. Chargé de défendre la ligne de Dusseldorf au Sainl-Gothard , il prit une forte position derrière la Limât; et les premiers engagements furent
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à Pavaiitage des républicains. Mais la malheureuse journée de Stokach obligea Jourdan de battre en retraite, et il ne dut son salut qu'aux fautes de Fennemi.
Pendant ce temps le général Kray opérait contre Schérer, dont les plans tournaient à mal, et qui se faisait battre à Magnano. Les républicains étaient donc aussi en retraite de ee côté.