‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 83 sur 159 · LB8 JACOBINS A NAPLES ET SN PIÉMONT · texte numérisé non relu

LB8 JACOBINS A NAPLES ET SN PIÉMONT

Toujours est-il que Mack ne sut pas en profiter. Tournant honteusement le dos, il ne s'arrêta qu*à Capoue et sur la ligne du Vultume. Le peuple de Naples, saisi de fureur, demanda des armes , qu*on lui donna ; et il se rendit maître de la ^ilte , en criant qu'on le trahissait. Alors le roi, la reine, le ministre Acton, s'embarquèrent sur la flotte de Nelson, et firent voile pour la Sicile, emportant vingt millions et les joyaux de la couronne ', sans donner d'ordres, abandonnant tout à la merci d'une populace avide et de citoyens irrités. Ils firent mettre le feu aux vaisseaux et aux brûlots restés dans le port, comme a'ils eussent craint que le peuple ne tentât une déîfense magnanime , dont ils se sentaient incapables !

Les paysans insurgés arrêtèrent Cbampionnet dans sa marche ; mais Mack, qui ne sut pas profiter de l'élan populaire, conclut avec lui un armistice (11 janvier 1709) par lequel il livrait Capoue, en payant une contribution de huit millions. Le peuple jura, par saint Janvier, de mourir ou de ohasser les Français. Ceux que le roi venait d'abandonner, dans la crainte d'en être trahi , se firent ses uniques défenseurs. Le tumulte fut au~ comble dans Naples et dans l'armée , à tel point que Mack se réfugia dans le camp ennemi, et que Cbampionnet fit marcher les jacobins sur la ville. L'assaut fut extrêmement meurtrier; le peuple continua de résister, alors même que le général français était déjà maître par trahison du château Saint- Elme. Mais les bons traitements dont il usa envers un des che& prisonniers , et le respect qu'il montra pour saint Janvier, àéterminèrent le peuple à déposer les armes.

La république parthénopéenne fut proclamée au milieu de cris de joie, sous lesquels les gémissements, les protestations et les plaintes se perdirent. Ceux qui étaient persécutés prirent le dessus , et les troupes françaises se donnèrent jusqu'au nom d*armée napolitaine, « pour combattre avec les Napolitains « et pour eux , ne leur demandant d'autre prix de leur SQy

' D'après la correspondance de Nelson , les seuls bijoux confiés par la reine à lady Hamilton étaient d^une valeur qui dépassait deux millions cfe /ivres sterling-

SECONDE COALITION. Ui

« cours que leur affection et leur conflance. » Ainsi s'exprimait Ghampionnet , et partout ce n'étaient que fêtes , acclamations, arbres de liberté : saint Janvier lui-même , traité de citoyen , fut coiffé d'un bonnet rouge.

Mais la liberté était cbose inaccoutumée , et Tégalité plus encore , dans ce pa3rs de monaix^hie absolue , de féodalité tenace, d'ignorance^ fanatique, qui n'avait pas conquis iaborieusement son indépendance , mais qui l'avait reçue en don. C'était fair» endosser au peuple napolitain un vêtement taillé pour un autre, que de lui imposer la constitution française.

Les fidéicommis et les biens féodaux, source de contestations avec les communes , furent immédiatement aboHs. Les juridictions baroniales avec tout leur cortège furent supprimées , ainsi que les corvées, les dîmes, les chasses réservées , les titres de noblesse. On corrigea les abus des banques , où Ton abolit une grande quantité de papier-monnaie; les droits sur le poisson, les farines et la capitation furent supprimés. Mats la précipitation gâtait le biea; les finances se trouvaient boule* versées par la suppression des taxes , que rien ne venait rem<' placer. Les vingt-quatre membres dont se composait le gouvernement, parmi lesquels figurait le philosophe Mario Pagano, paraissaient pusillanimes , parce qu'ils ne pouvaient suivre dans ses élans un peuple en révolution.

Cependant la France imposait à la nouvelle république une contribution de dix-huit millions de ducats; il fallut les lever par force et d'une façon arbitraire ; à ceux qui réclamaient Ton répondait : Nous taxons topinion. On fit main basse suir l'argenterie et les ornements des églises; le peuple murmura, et Cbampionnet le fit désarmer. La. disette, cortég* ordinaire des désordres politiques, se faisait sentnc; et les déclamations pompeuses, les allusions à Claude et à Messaline , dont on entretenait les lazzaroni, en leur parlant des droits de l'homme^ des destinées de l'Italie, n'y remédiaient guère. Les démocraiisateursy comme on les appelait, étaient haïs dans les provinces , où ils plantaient des arbres de liberté et levaient de l'argent. Le ministre de la guerre avait déclaré « que qui- - conque avait servi le tyran n'avait rien à espérer d'un gou-

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