CLXXXVIII
Pendant ce revirement du sénat, les troupes fu« gitives de Thapsus, campées sous les murs d' Clique, refusent d'y entrer dans la crainte d'y être cernées par César et de partager le sort d'une multitude mobile et lâche , ne sachant ni se défendre ni se soumettre à propos. Elles demandèrent séditieusement que Caton les commandât et les conduisit dans les montagnes rejoindre l'armée numide de Juba. Caton s'efforça de les retenir ainsi, que les membres du sénat de Rome qu'ils entraînaient déjà loin de la ville avec eux ; ses objurgations et ses larmes les émurent. Il rentra avec ces débris dans la ville , et les distribua , les uns aux portes , les autres dans la citadelle.
Mais le sénat municipal d'Utique, moins compromis dans la guerre que ces restes du sénat de Rome, s'alarma de voir sa ville au pouvoir des soldats et des sénateurs républicains. Ils envoyèrent sommer Caton de se rendre de nouveau dans leur conseil. Caton, désarmé, sortit de la citadelle avec confiance et se livra à eux. Son immense considération lui servait d'escorte et d'otage. Les notables d'Utique lui annoncèrent qu'ils avaient renoncé à se défendre, qu'ils envoyaient des députés à César, qu'ils imploraient sa clémence et qu'ils lui deman-
daient, pour première condition de la reddition d'Utique, le pardon et la \ie de Caton.