CONCLUSION
oiu Cliautelle. L'étranger qui vient pour la première fois s'asseoir sur ses ruines, est ému tour à tour de ses gloires anciennes et de ses gloires modernes ; il compare ses institutions et ses tendances nouvelles, avec ses grands el impcrissablessouvenire.queniletcmps, ni les orages ne pourront effacer.
Quod non imber edax, non aquilo iitipotens, Possit diruere, aut innamerabilis Annorum séries, el fuga temporum.
Quand on visite Chantelle, on se sent ta cœur serré, l'esprit même se lasse et se fatigue bientôt. Il y a là tant de choses à voir, à étudier, à analyser! tant de faits s'y sont passés !
tant i!c résolutions s'y sont accomplies ! Moi qui écris ces lignes, qui, à chaque instant du jour, revois ces objets que je viens rapidement d'esquisser, eh bien! je le confesse, ce n'est jamais sans émotion, que je marche sur cette terre si travaillée, si tourmentée, que je contcmplo ces ruines qui sont pour moi toute une histoire de religion et de chevalerie, inscrite et hurinée sur la pierre.
Ces ruines, je les aime : l'âme si tragiquement éprouvée de Bourbon les anime, le pas du moine Liane retentit encore sur les dalles usées de ses cloîtres, j'entends sa
psalmodie qui fait saintement parler les échos de la vieille basilique Que d'autres
cherchent, s'ils le veulent, ces créations d'hier, où le temps n'a rien imprimé, où tout est régularité et froide symétrie.
N'y a-t-il pas plus de poésie, je le demande, sur les débris du Parthénon, parmi les fragments de Thèbes et de Mcmphis, qu'en face de la colonnade du Louvre, ou au milieu du palais de Versailles?
L'homme est une ruine : tout ce qui s'harmonise avec sa mystérieuse destinée, plaît nécessairement au poète, au philosophe.
O vous donc, qui que vous soyez, qui venez un instant rêver sur ce théâtre où se sont passées tant de scènes diverses, puissiez-vous sentir au cœur quelques-unes des émotions qui me vibrent si doucement à l'âme 1 Puissent-elles vous dédommager de ces tristes réalités, de ces innombrables déceptions auxquelles nous sommes tous en butte dans ce siècle d'égoïsme et de sottes cupidités! Du moins, qu'une pensée philosophique vous accompagne au sortir de ces lieux.
Rien n'est stable sur cette terre, hommes, monuments, institutions, tout passe
Que les choses périssables et fragiles n'absorbent point notre cœur, ne captivent jamais noire intelligence. A travers toutes les phases, toutes les péripéties de la vie, que l'Etre seul immuable, que le grand restaurateur des hommes et des choses nous prenne sous sa main, et nous réserve pourd 'éternelles et meilleures destinées!...