‹ Histoire de ChantelleChapitre 103 sur 104 · MORIO DE L'ISLE · texte numérisé non relu

MORIO DE L'ISLE

ÛtNtlUt. Ut tiniGADE, BARON DE t.'EUPIRE, OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR . INSPECTEUR DES ARMÉES FRANÇAISES. ETC.. ETC.

mO DR LIStE A POUR PARRALN LE MAUJUIS OB CJIAVANAT — A 0»UM ANi IL EST ELEVE OE MARS - IL AP.-A1SE UNE EMEUTE A PAWS — EXPEDITION PANS 1.83 ILES DU LEVANT- " CAMPAGNES DIVERSES. — BLESSE A CREMONE. — LE PRINCE LOUB-NAPOLÉ0N L'ATIV.UE A SON SERVICE. — GRADES ET DECORATIONS.

— SA LOYAUTÉ. — IL RENTRE DANS LES CADRES DES ARMÉES FRANÇAISES. — LE »\ REÇU AL SOULT LUI ANNONCE LA FIN TRAGIQUE OU GRANO-tCUÏIA . SON FRÈRE. — NWr) DE L'iSIE E-t NOMMÉ GENERAL DE HHIGADE. - IL SE REND A LA GRANDE ARMÉE. — SON PASSAGE A CIIANTEiXB — DÉVOUEMENT A L'EMPEREUR .

— IL SAUVE UN PARC D'ARTILLERIE. — AUTRE TRAIT DE U LA VOUAS. — NAPOLÉON LE CRÉE SUR LE CHAMP DE BATAILLE tttBON DE L'EMPIRE — LES CENT-DURS. — DÉSASTRE DE WATERLOO. — RETRAITE SUR PARU.

— REibTANCB 1IEROÎUUE DEVANT LES ALLIÉ*. — EXIL A CHVNTELLE. — SA IIEINTRÉCRATION. — SA MORT.

e 6 janvier 1779, un petit enfant était porté sur les fonts de l'église collégiale de Saint-Vincent , à Chantelle. Il avait pour parrain, messire Annet, marquis de Chavanat , chevalier, seigneur de Mongours et autres places, conservateur des chasses de Son Altesse sérénissime monseigneur le duc d'Orléans, au pays de Combrailles, chevalier de l'ordre royal du Saint-Sépulcre de Jérusalem, etc. ; pour marraine, Marie de Jarrières des Roches.

Cet enfant, un jour sera le général de brigade Morio de l'Isle, baron de l'Empire français.

Moins brillant que son frère, mais d'un sang froid plus remarquable, Annet Morio a, dans les annales de la bravoure française, une page digne des temps chevaleresques.

I7!H L'Ecole de Mars l'initia aux vertus guerrières (1). On sait que les élèves de Mars,

vêtus à la romaine, campaient sous des tentes, recevaient leurs leçons en plein air, et bivouaquaient comme des soldats en campagne, faisant ainsi de bonne heure l'apprentissage du rude métier auquel on les destinait. De l'Isle élait encore au Charnude-Mars, lorsqu'en 1794, une émeute occasionnée par la cherté des grains hurlait dans Paris. Ne prenant conseil que de son courage, le fougueux élève se met à haranguer la populace, on lui résiste. Il fait un appel à quelques hommes de bonne volonté qui se trouvaient dans la rue ; et avec celte petite troupe improxisée, il parvient à dissiper l'orage. Une telle conduite fut le lendemain mise à l'ordre du jour par le ministre de la guerre.

Les états de service du général Morio de l'Isle sont un brevet parlant d'honneur.

\~m M 179» Dès l'âge de 18 ans, adjoint à son frère dans l'arme du génie, il prit part à ses diverses expéditions aux îles du Levant et dans le département de la Mer-Egée. is*:i> Officier au 5' régiment de dragons, on le voit figurer sur tous les champs de bataille,

en Italie, en Portugal, sur les côtes do l'Océan. L'Allemagne, le Brabanl, la Belgique, la Hollande, la Prusse, la Suède, la Pologne, l'Espagne surtout, verront tour-à-tour ses exploits et sa gloire.

11 est impossible de rapporter eu détail toutes les batailles où il s'est trouvé, les périls sans nombre auxquels il échappa toujours comme par miracle. B'.essé d'un coup

7 juin tsoo ( ] n f eu a i a (gte au combat de Crémone, au moment où il attaquait le régiment de Bussi, noire intrépide chantelois tombe de cheval, baigné dans sou sang. On veut le portera l'ambulance : mais lui se contente de bander sa plaie avec son mouchoir, se remet en selle, en disant : o l'ennemi me le paiera cher ! • et il continua l'attaque, jusqu'à ce que les bataillons autrichiens fussent entièrement dissipes. La croix des braves recouvrit bientôt de si nobles cicatrices. De l'aveu de tous les rapports et dos diverses administrations militaires, l'officier Morio de l'Isle s'eut distingué dans toutes le* occasions Ç2).

Soult, lié, ainsi que nous l'avons dit plus haut, d'étroite amitié avec le ministre de Westphalie, protégea le jeune Morio d'une manière toute spéciale. Il venait de le choisir

{\) Voir a lu fin du volume ses élats de services, pièce P.

(2j Note annexée aux «ilaU de service ; — Journal <ks Malt du \" mars : - t VfWrei <i cw/t«to, loin. XXII. jjciMini; - Campagnes de 4812 H de 1813, M. du Ségur.

pour son aide-de-camp : « Et moi aussi, brave de l'isle, reprend le prince Louis Bonaparte (1), alors connétable de France, je vous nomme mon aide-de-camp ! voyons, à qui donnerez-vous la préférence? »

De l'isle s'attacha au service du prince qui devint deux ans après roi de Hollande. t»oc Il le suivit dans son royaume, reçut les diverses décorations de ses ordres, fut bientôt nommé colonel, général-major, gouverneur de Groningue et des villes anséatiques.

Dans celte dernière position, sa délicatesse fut miseàde rudes épreuves : que d'offres 1sw ne lui Crent pas les Anglais pour l'engager à favoriser l'entrée de leurs marchandises dans les ports qui étaient confiés à sa garde ! « Non, répondait le brave de l'isle, je l'ai promis à l'Empereur : le blocus continental sera respecté. »

Cependant, un système si exclusif avait ruiné le commerce des Hollandais. Le roi ayant voulu se relâcher de sa rigueur première, l'Empereur lui avait enlevé sa couronne, et la Hollande était réunie à la Franco. De l'isle partagea la disgrâce de son bienfaiteur et rentra en Espagne pris du maréchal Soult avec rang de simple colonel au lti" isio régiment d'infanterie légère.

L n jour Soult l'aborde triste et pensif et lui dit : « Colonel avez-vous lu les journaux ! jarrnor Isia

— Non, maréchal.

— C'est bien, après la rewie vous viendrez déjeûner avec moi. »

De l'isle s'aperçoit que le maréchal ne mangeait pas, que de grosses larmes roulaient dans ses yeux.

— Qu'avez-vous donc, maréchal! Vous serait-il arrivé quelque malheur !

— Oui, mon ami, un très-grand malheur vous est arrivé, à vous et à moi. Votre

frère a été assassiné en Westphalie vous perdez un frère, ajouta-il, en lui tendant

la main, mais en moi, sachez-le bien, vous retrouvez un père.

Et il le lui témoigna ; et sur un rapport adressé à l'Empereur, le 30 mai 1813 de l'isle fut élevé au grade de général de brigade au A* corps de la grande-armée.

C'est en cette qualité qu'après le désastre de Moscou, il passa par Chantelle se rendant à la campagne de Saxe.

— Nous avons éprouvé des revers, disait-il à ses compatriotes qui le félicitaient de son avancement : mais si l'Empereur avait des hommes dévoués comme moi, le mal serait bientôt réparé.

L'histoire a enregistré plusieurs (rails de valeur qu'il fit dans cette campagne où nos armes furent si malheureuses. Mais plutôt, laissons parler les Victoires et Conquêtes que nous citons presque littéralement : « Le 2G octobre 1813, au combat de Vachau se distingua le général Morio de l'isle, voici comment : à la gauche de l'Elster, le général Giulay avait réussi, après 7 heures de combat, à se rendre maître de

i l) le pire de l'Empereur atlucl, Nupcléon III.

l'Iagswilz ; mois tous ses efforts avaient échoué sur Lindeuau, vaillamment défendu par la brigade du général Morio de l'Isle (1 ).

• TroiB jours après, eut lieu l'affaire de Leipsick. La brigade Morio faisait partie de la garnison de la ville. Elle avait franchi la rivière, lorsque par suite d'une méprise, le |K>nl sauta.

• Poursuivi, harcelé par un ennemi nombreux, le 4* corps, après avoir battu Giulay sur les hauteurs de Kocsen, rejoignit l'armée pondant la nuit, à Ekardaberg. Un engagement eut lieu, et les Français lâchèrent pied. Morio voyant que les Bavarois allaient s'emparer du parc d'artillerie, rallie les fuyards : — Vous n'êtes donc plus français, leur criait-il ! Eh bien 1 je vais me faire tuer à l'ennemi, et nous verrons si vous serez assez lâches pour abandonner votre général !

• Ses paroles et ses exemples les ramènent au combat. I.e général Morio do l'Isle, dit en toutes lettres l'ouvrage que j'ai déjà cité, se distingua en cotte occasion en sauvant le parc d'artillerie du 4* corps d'armée que l'ennemi attaquait vivement (2). »

Mais continuons. • Après le combat do Hanau, les Français se replièrent sur Francfort. Indivision Guilleminot, avec la brigade commandée par le général Morio de l'Isle, occupèrent le pont de Lamboi.

• Lo général bavarois de Wrède voulut l'attaquer, il reçut une blessure dans le ventre, Fresnel lui succéda-, il s'engagea une forte canonnade. Les Français, avec une douzaine de pièces, résistaient à .'10 et tenaient toujours ferme, lorsque mille à douze cents ennemis s'élancèrent sur le pont. Les Français accueillirent ces assaillants à coups de baïonnettes et les précipitèrent dans la rivière. Ils firent deux cents prisonniers, l'ennemi déconcerté se retira, et les Français victorieux continuèrent tranquillement leur marche sur Francfort (3) . •

Un si beau fait d'armes fut du encore au sang-froid et à l'intrépidité du brave Morio de l'Isle. Il avait eu raison de dire en partant de Chantelle que si Napoléon avait eu des hommes fermes et dévoués comme lui, jamais l'étranger ne serait parvenu à nous dicter des lois.

— Général, vous avez fait votre devoir, lui dit l'Empereur après cette campagne ; dès aujourd'hui, vous êtes baron do l'Empire (4).

Les Cent Jours trouvèrent le baron de l'Isle Ddèlo à son drapeau. Il fut un de ceux qui salua avec le plus d'enthousiasme le retour du maître. 18K> L'armée de la Moselle le compta au nombre de ses principaux commandants. A

Waterloo il était sous les ordres du général Groucby. « Groucby n'a point trahi

II) Vitioirrt rf tompHa, t XXII, pag 151.

(2| Tom. XXII, pag;. t52.

<3j Yict. et cm*/., i. XXII. 157. Voir également *ur ton* ee» fcul* M de Séjtur.

|t) Omet impérial du l'J novembre 1812. eonlirmi' par kllrcs pnteiile» royales du 2< féirier 18t3.

l'Empereur, disait-il tout haut à ceux qui voulaient l'entendre : il a été trop ûdèle ol>servateur de sa consigne. »

Isolés du reste de l'armée, aucun ordre n'était parvenu & ces hommes, confinés à un poste de réserve. Ils entendaient gronder le canon dans la direction de Waterloo, ils frémissaient de rage :' mais ils n'osaient bouger. Napoléon leur avait enjoint de rester là, pour surveiller les mouvements de l'armée prussienne.

Quand enfin, la fatale nouvelle commenta a leur arriver ; — Tout n'est peut-£trc point désespéré, s'écria Morio ; partons, dit-il à deux deses amis, comme lui généraux de brigades. Et ils s'embrassèrent à ce moment solennel, et cette accolade fut la dernière : car ces deux braves trouvèrent à quelques pas de là une mort glorieuse, Morio eut deux chevaux tués sous lui, mais il n'éprouva aucun mal.

Atteinte bientôt par cette petite troupe déterminée, l'arrière-garde de Blucker fut hachée et taillée en pièces La charge fut si terrible, répétait souvent notre compatriote qui n'exagérait pas, qu'un ruisseau voisin ne roulait plus que du sang.

Forcé de se replier sur Paris, le général Morio eut devant Versailles un cheval traversé en plein poitrail paruu boulet de canon : • Ce n'est rien, mes amis, disait-il à ses soldats qui le croyaient lui-même mortellement atteint: Courage! il ne sera pas dit que les Cosaques viendront à notre barbe souiller la capitale. •

Pendant ce temps, son neveu, le jeune Achille Bouneton, élève de l'Ecole Polytechnique, dirigeait une batterie sur les buttes Montmartre. Le feu prend à un caisson et le jeune chantelois est lancé dans les airs, à moitié consumé par la poudre. Il ne perd pas courage, et resté seul au poste qui lui avait élé confié, il fut décoré sur place de la main même de l'Empereur.

Durant cette campagne, le général Morio eut pour premier aide-de-camp son jeune frère, le capitaine Prosper, ancien ofificier d'ordonnance du roi Jérôme, et à qui sa belle conduite à la bataille de la Mojaïsk, avait Tait décerner le ruban westphalicn (I).

Prosper Morio est mort à Nantes, le 4 janvier 1835, au moment où lui parvenait la croix de la Légion-d'llonneur; il n'eut que le temps de la porter à ses lèvres en disant : elle me suivra dans le tombeau.

L'empire était pour la seconde fois brisé, el le baron de l'Isle remettait son épée dans le fourreau.

Exilé à Chantelle, il fui confié à la surveillance active des autorités locales. Mais tous les partis saveDt rendre justice à la bravoure et à la loyauté. Les Bourbons réintégrèrent bientôt dans tous ses grades leur généreux et intrépide adversaire, qui remplit jusqu'aux dernières années de sa vie les fonctions d'inspecteur-général d'infanterie.

Il mourut à Vanves, près Paris, le 2 i février 1 8'28.

|l Etal de nervice de M Mnriu Pro*pcr.

Toute la presse de l'époque a payé un juste tribut d'éloges à la mémoire du général

de l lsle

.Nous ne ferons qu'une seule citation :

Ertraitdu Journal des Débats, du i" mars 18i8.

« L'armée vient de perdre un de ses anciens officiers-généraux, en la personne du baron Morio de l'Islc, officier de la Légion-d'Honneur et chevalier de Sainl-Louis

« Entré a 15 ans dans la carrière des armes, le jeune Morio fit avec honneur les campagnes de Suisse, des Grisons et presque toutes celles de l'Italie où il fut blessé gloricusomcnt au siège de Crémone Officier au S» dragons, il servit successivement dans toutes les contrées où s'illustra le nom français, jusqu'au mois de juin 1800.

« A cette époque, appelé auprès du prince Louis en qualité d'aide-de-camp, il le suivit en Hollande. Le roi le nomma général-major; sa modération et sa justice dans les fonctions de gouverneur de la Frise-Orientale, lui méritèrent l'estime générale des habitants. Rentré dans le cadre de nos armées, après la réunion de la Hollande a la France, il ne cessa de servir activement jusqu'en 1815, époque où il se distingua sous les murs de Paris.

- Depuis ce temps, employé souvent comme inspecteur-général, il était en disponibilité, quand la mort le frappa le 24 février dernier : il emporte dans la tombe, les regrets de tous ses frères d'armesqui appréciaient la loyauté de son caractère, comme sa bravoure personnelle sur le champ de bataille •

Ce digne compatriote repose dans le cimetière du Père-Lachaise, au milieu des généraux et des maréchaux de l'Empire, tout près de Suchct et de Masséna, avec lesquels il avait si souvent combattu. Son portrait se voit dans les galeries du Musée de Versailles, parmi les officiers supérieurs que lo célèbre David a groupés dans les tableaux du couronnement de l'Empereur.

Deux fils, héritiers de ses vertus, perpétueront un nom si cher à notre pays : l'aine est Sous-Préfet à Compiègne, le plus jeune, Préfet du Palais de l'Empereur.

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