RUINES DU CHATEAU
LE CHANCEUE* DUPRAT S'APPROPRIE LES RICHES MEUBLES DO CONNÉTABLE - LE CHATEAU DE CHANTELLE EST DEMANTELE — LEGENDE. — OBJETS D'ART TROUVES DANS LES FOUILLES. — LE CARROUSEL. — .UISENAUX. — GARENNE DE MADAME. — LOUANCBII GRAND-CONNETABLE. — LE PRIEURE — STATUES DE SAINT PIERRE, DE >AU»TE ANNE, ET DE SAINTE SUZANNE — TOUR NOTRE-DAME. — REVERIES. — INSCRIPTIONS GRECQUES ET LATINES. — GARDE-MEUBLE D'ANNE DE REAWEU. — TOUR CHARLES. — LE COURS DES GENOVÊFAIXS. — GALERIES SOUTERRAINES. — ÉVOCATION. — CHANT D'UN TOURISTE - SOOVHMEOM DU CHATEAU. — UEGUIENTS QUI ONT TENU GARNISON A CHANTELLE
tPiAT, le plus méchant des hommes, omnium bipedum nequissimus (I), se hâta de faire exécuter la sentence extorquée contre son rival. Cet orgueilleux cardinal qui, pour braver le Connétable, avait bâti non loin de Chantelle une demeure véritablement princière, eut lu bassesse de s'approprier les dépouilles du proscrit. Tous les meubles, ramassés depuis trois siècles à Chantelle, et qui étaient bien, dit du Bellay, les plus beaux qui fussent en maison ou prince de chrétienté.
Kl BekariM, lib. XVII.
les plus muynifitjim et les plus somptueux de CEurope, ajoule Désormeaux (1), furent sans pudeur transportes à Verrières. Il fallut ensuite s'acharner contre les murailles ; la sape et la mine jouèrent longtemps. El l'imprenable forteresse, et la splendide résidence où les princes d'un haut lignage, avaient accoustumé de faire démettre plus
MHia-nl yue .ptn-i-s <nlh i/,:s <;!) fut démantelée et détruite. Cent ans plus lard, un antre cardinal lui aussi ministre absolu, mais ministre d'un roi sans volonté. . ariiiehera la dernière pierre laissée sur ce terrain célèbre.
Ce n'est point avec ia poudre que l'on connaissait déjà qu'a été ruinée la place de Clianteile : le pied des murailles et des tours était d aliord déchaussé, puis fortement élaiiconné avec des poutres mises debout que l'on enduisait de goudron ; i i; le vide était garni avec des sarments imbibes d'essence, l ue fournaise instantanée réduisait en cendres ces diverses pièces, Privées de leur point d'appui, les tours s'affaissaient sur elles-mêmes et se déebiraicnl quelquefois de la base au sommet. C'est ce «pu explique ces masses énormes «pie leur propre poids a portées si loin. Plusieurs Idoes ont jusqu'à quarante-cinq pieds de diamètre.
A l'aspect de us ruines, triste fruit des révolutions humaines, un écrivain célèbre que nous avons déjà cité, a l'ait une réflexion très-jusle que voici : ■ I/s vides que laissent entre eux ces fragments, s. ; 1 1 1 oteupés aujourd'hui par quelques malheureux qui s'y louent. C'est un contraste piquant de voir la pauvreté habiter sous les ruines de cette forteresse, jadis l'asile de la magnificence féodale. i-,i .
l ue note manuscrite trouvée sur un vieux plan de Chantelle (tii et qui porte avoir élé extraite d'une /u-foirr sem'te du C oimétuble. renferme sur les derniers moments de noie château quelques circonstances intéressantes que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire :
>• Ce ehàtenu, y est-il exprimé, l'ut détruit d'après la défection de Charles de liuiirboii, connétable de France, d'où il partit en 1:>2'!, pendant la nuit. Avant son départ, il extermina une bande de hrijjands que l'on nommait les ri m/ mille diubh-s . lesquels avaient l'ait un grand dégât dans les Marelies-en-Combrailles. aux environs de Montluçon. En partant pour l'Italie, il fit ferrer se* mulet* n contre pied, et emporta ses trésors. I.e maréchal de Chabanms. à la tète de T. 000 hommes, marcha pour la défaite du Connétable qui mourut au siège de Home, commandée par M. de l.annoi qui l'avait conquise. ,
I, Tome- I". IV- 334
■2. thaiie et'uifruiu-hisfini ni Ch„u!,ll.. «nlnu-s mu,,u ,1, M.mims. IW 1.
U cardinal de Ridn-licu. artti. Ai- y. ,1c I'MIki . 1,,,.,,1,-ir, ,ws..it>u. \nv. 210 <•'. 21t. :!i fr,!',Tif(ji,, n;i*--mu, y 210 rt 211.
.ni .\|,|.vnciuiil ;i M. < iimillc SuSlxt.
Deux auteurs nous ont laissé de Chantelle une peinture précieuse : l'une antérieure, l'autre postérieure à la démolition de son château. La première est de Jean Fcraull, qui vivait à la fin du XV* siècle : son manuscrit, conservé à la bibliothèque impériale, n'a jamais été reproduit par les écrivains qui se sont occupés de notre résidence ; quant à la description de Nicolaï, elle est connue de tout le monde. Faisons parler d'abord l'auteur de la Topographie du ducM de Bourbonnais :
» Chantelle est une petite ville de cent a six-vingt feux, mais il y a un très beau fort ehastcau tant de son assiette que par artifice, lequel est basty sur vng grand rocher. Il se recougnoist que Pierre duc de Bourboanoys et Anne de France sa femme l'ont fait fortifier. Il a de longueur du su au nort, six vingts toises, de l'est à l'ouest 53, et en son circuit 400 toises. Le donjon est du coste de la ville lequel consiste en une grosse tour fortifiée d'une enceinte de murailles ayant cinq angles, et à chaque angle une tour pour défendre deux faces de la muraille. Les courtines en sont deffandus tant par les sus dittes 5 tours qui servent de boulevards que pour le donjon. Aux ditles extrémités du donjon, du costé de la ville , il y a une muraille de pierres taillées en pointe de diamant de quarante toises de front et en largeur hont une grosse tour servant de boulevart tant pour la deffance de la dicte muraille que de sa courtine. Au fond du fossé qui est taillé dans le roc , il y a vng glaciz et des casemates pour la deffance de la muraille. Les tours à l'enceinte du donjon outre cela , servent de cavaliers pour la deffance tant de la courtine que des boulevards . Des autres 'cfltés, ce sont des précipices desquels il ny a moyen d'approcher, et toutes les murailles qui sont taillées dans le roc sont deffendues de bonnes et grosses tours flanquées pour la deffance de la courtine et de la dite enceinte (I).
Un demi siècle plus tard, un gentilhomme de la chambre de Charles IX, Nicolas de Nicolaï, seigreur d'Arpheuilles et géographe ordinaire du roi, est chargé de faire, lui également, une description de Chantelle. Sur ce terrain s'était livré le dernier duel, duel à mort entre la féodalité et la monarchie. Le palais des anciens Bourbons avait succombé dans la lutte : toutefois, la narration de Nicolaï respire encore un reste de grandeur.