Delibi-ralion* consistoires 13/ De Pradl
population a doublé. Attende* la construction des chemins de fer qui doivent s'établir dans notre voisinage, peut-être à Chantelle même ; et vous verrez quel nouvel élan recevra notre industrieux et intéressant pays.
Terminons notre excursion par le faubourg le plus ancien de Chantelle, à en juger du moins par l'apparence de ses maisons. Toutes, comme celles de la ville, offrent le style du XV* siècle , mariées aux constructions modernes , ce mélange ne saurait s'harmonier. On dit qu'à quelques exceptions près, un pays se renouvelle entièrement en l'espace de quatre cents ans, édifices, arbres, paysages marnes. Je n'ai pas de peine à le croire, depuis ce que j'ai vu s'opérer en moins de dix ans sous mes yeux. Le temps détruit le ciment et la pierre. Les idées sont plus dissolvantes encore : ce qui était merveilleux hier, est insupportable aujourd'hui. Et de là, des ruines, toujours des ruines...
La première maison que nous rencontrons en mettant le pied dans Bourgneuf (la maison Darmangeatl, appartenait au garde-chasse de Monseigneur le Connétable. Les armes des Bourbons se voient à la boiserie sculptée qui encadre la cheminée : la forme des croisées et des portes indique très-clairement une construction de cette riche période.
Un fief puissant existait autrefois à l'entrée de B)urgneuf, le fief de Bouillé. La petite place, située devant l'ancien manoir (1), s'appelle par corruption la Chaume Bouilli. Ce fief appartenait à la famille de ce nom. Dans un acte de 1594, Claude de Bouillé, chevalier, gouverneur au duché de Mayenne, prend la qualité de seigneur de Bourgneuf (2). Deux privilèges étaient réservés à ce haut personnage : outre des dîmes importantes, le droit d'abord de vendanger quand bon lui semblait, puis le droit de pressoir ; tous les habitants du quartier devaient venir faire extraire leur second vin dans les ateliers du sire de Bouillé. Mais ce seigneur était feudutaire a son tour : il relevait du château de Buchepot, et, une fois chaque année, il allait y prêter foi et hommage (3).
La place de Bourgneuf porte un nom cher aux amis de l'humanité souffrante : Plac e de F Hôpital. Un général du génie, le comte Morio, après la bataille d'Austerlitt, éleva ce petit palais contigu qu'il n'eut point le temps d'achever. Son frère, le général Morio de l'isle, en devint acquéreur en 1812, et y fit des embellissements considérables. Après plusieurs ventes successives, ce gracieux édifice va recevoir enfin une destination permanente. Avant peu, si parva licet componere magnis, il sera \ Hôtel des Invalide* du canton de Chantelle.
(Il A M Peut Simon .
(il Anh. de t'Emp. r. 405. p. 4. — BêtliMCoun. Aon» ftoduiu- (3) T«mcrdc Buchepol
C'est un rez-de-chaussée qu'en style architectural on appelle Chartreuse, de 21 mètres de long sur 10 de large. Dn double escalier aboutissant à un large perron, vous conduit dans le salon, éclairé par six croisées des plus grandioses. A droite, est la salle des hommes, à gauche celle des femmes. Une vingtaine de lits peuvent y être facilement placés. Un appendice, fait postérieurement, servira de lingerie et de pharmacie ; un autre le sera bientôt et ofTrira aux malades aisés des chambres payantes. Ces ajoutés déparent quelque peu l'harmonie de cette élégante construction, à la façade en pierres d'appareil, à la toiture d'ardoises, que domine une girouette dorée du prix de six cents francs.
Les diverses pièces, achevées jusqu'ici, sont lambrissées, plafonnées et parquetées. Les plâtres ont été travaillés par d'habiles ouvriers italiens ; certains bois ont été apportés par le général-architecte, des extrémités de la Turquie. Sur toute I étendue du bâtiment règne une cave, remarquable par la hardiesse de la voûte. Une source abondante et pure y coule perpétuellement. Les deux ailes de ce magnifique hôpital sont, d'une part, l'ancienne maison où sont nés les généraux Morio, et qui logera maintenant le personnel de l'établissement ; elle contiendra en outre la buanderie, une salle de bains, et une Irés-jolie petite chapelle. De l'autre côté, c'est une grange de cent pieds de longueur qui pourra facilement être convertie en ouvroir et en asile pour les vieillards. Toutes ces constructions, qui n'ont pas coûté moins de quatre-vingt mille francs, ont été livrées avec l'enclos, de plus d'un hectare d'étendue, pour la gomme modique de vingt-trois mille francs. C'est le ciel lui-même qui a préparé cet asile, que l'on doit, avec plus de raison, appeler YUôtel-Dieu du canton de Chantelle. En effet, le saint jour de Noël 1852, fêle commémora tive d'une charité sublime, vit éclore ce projet qui a obtenu de si admirables sympathies. Trois hommes, ne prenant d'inspiration que dans leur coeur, ouvrirent une souscription qui , spontanément, produisit un chiffre d'environ quatre-vingt mille francs. Riches et pauvres, ouvriers, cultivateurs, simples domestiques, chacun voulut fournir sa pierre au charitable édifice.
On sera bien aise ici , de connaître le lévier qui détermina ce mouvement remarquable :
CIRCULAIRE ADRESSÉE A CHAQUE FAMILLE DU CANTON. Messieurs,
L'œuvre vraiment grande et chrétienne pour laquelle dou» sollicitons votre g.'tiiTO.Mlé. la fondation d'un Hôpital à Chantttle, était depuis longtemps désirée ; mais on s'arrêtait devant In difficulté de l'accomplir.
Bien que la necessiu 4 d'un tel établissement ont frappe tous les regards, il fallait attendre un jour propice pour ouvrir a nos populations cet asile protecteur dont la piété de leurs ancêtres a doté tontes les villes voisines.
Personne n'ignore le son Affligeant que la maladie réserve au peuple des campagnes : il ne peut, il ne sait pas se soigner. Sa misère lui refuse souvent les remèdes indispensables a son saint, et s'il parvient à se les procurer, son ignorance en fait une arme meurtrière. Pressé par le besoin quand le mal le gagne, il l'aggrave par de funestes lenteurs. Pour se guérir, il lui faudrait du temps, du pain en réserve et des soins éclairés ; il n'en a pas, il ne s'alite que pour mourir.
Il est d'ailleurs certaines maladies redoutables, fréquentes parmi nous, qui demandent chaque jour la visite du médecin, des appareils compliqués, l'assistance prévoyante de la sœur de charité. Où trouvera-t-il ces choses? Est-ce dans une cabane humide et nue, au fond de ces hameaux oubliés cl insensibles? Non, tout cela ne se donne qu'a l'hôpital.
Il serait trop facile, si ces lignes s'adressaient à des coeurs durs ou indifférents, de faire une peinture navrante de misères ignorées de tous, excepté du médecin et du prêtre ; mais pourquoi étaler ces tableaux outrageants pour notre civilisation ? Pourquoi, s'ils sont a la veille de disparaître?
Nous avons pensé, en effet, qu'il était au pouvoir comme à la volonté de nos compatriotes d'y mettre un terme, et nous avons résolu de demander à leur générosité, les moyens d'ériger un hospice cantonal.
Cette entreprise n'offre pas do grandes difficultés-, elle est, au contraire, modeste et facile.
Il existe, a Chanlelle, un vaste et monumental édifice, bâti par l'un de ses glorieux enfants, le général Morio. Un riche enclos, des sources abondantes, des dépendances propres à divers usages, une situation salubre, aux portes de la ville, font de celte demeure un temple, élevé d'avance à la santé Nous en avons fait l'acquisition conditionnelle, dans l'espoir, ou plutôt avec la certitude que la générosité do nos concitoyens remplirait les engagements que nous avons pris en leur nom.
Un tel établissement n'est pas nouveau dans notre pays ; ce qui étonne, c'est de ne l'y plus voir. Nos vieillards se rappellent l'Hotel-Dieu de Charnelle, fondé par un héros et un saint, le roi Louis IX, doté par le grand Condé, desservi par l'ordre des Bénédictines; sa chùtê date de 93.
Notre œuvre compte donc d'illustres aïeux; il importe à notre honneur et a nos plus chers intérêts, qu'après avoir été ensevelie dans un désastre publie, elle renaisse et se relève, comme notre vieille église, antre victime de cette époque néfaste, va renaître sous la main pieuse des vierges de Pradines. Le jour où Dieu rentrera dans son temple, il faut que les membre* touffrantx du Christ retrouvent comme autrefois, un toit hospitalier, et en même temps que les filles de saint Benoit prieront pour les besoins do nos âmes, celles de Vincent-dc-Paul, leurs dignes émules, verseront l'huile et le vin sur les plaies de nos corps.
Si le passé répond de l'avenir, nous devons avoir une entière confiance dans le succès, et nous l'avons ; carde pareils projets n'échouent jamais.
En contemplant les édifices somptueux que les pères de ce peuple que nous aimons tant nousmêmes, ont élevé & ses misères comme à ses gloires ; les merveilles enfantées de nos jours par une haute philanthropie: les crèches, les salles d'asile, les écoles gratuites, les oovroirs, les monts-de-piélé, les maisons de refuge, les colonies agricoles, les infirmeries, les hospices, la bienfaisance étendant son aile protectrice sur le berceau de l'homme, et le suivant dans toutes les phases de son existence, jusqu'aux sombres portes de la vieillesse dont elle soutient le corps chancelant; en voyant, enfin, autour de soi, à ses côtés, le dévouement sous toutes les formes et h tous les degrés ; le château consolant la chaumière; l'aumône accourant vers le pauvre, l'espoir au chevet du malheureux, l'appui à celui qui s'égare ; l'âme s'ouvre aux vastes espérances, et se
dit que la charité est au coeur de la Sociétô française, une source toujours vive, où peuvent puiser toutes les infortunes, sans l'épuiser jamais; qu'il suffit de lui signaler le bien pour qu'elle le fasse, un oubli pour qu'elle le répare.
Devant les luttes éteintes et l'auror- d'une longue paix, l'heure est venue d'arracher le germe des révolutions, en donnant satisfaction a des besoins légitimes.
L'exemple est donné par le chef de l'Etat, sans cesse occupé du sort des classes souffrantes. M. le préfet de l'Allier, digne interprète des intentions de l'Empereur, nous a promis son concours avec un généreux empressement.
Mgr l'évéque de Moulins, dont les fastes de la charité proclament le nom, se place à la téte de nos protecteurs.
L'institution si sage des médecins cantonaux nous est un sûr garant des futures libéralités du Conseil général. Fidèle a ses habitudes, le gouvernement nous viendra puissamment en aide ; mais l'Etal ne peut pas tout faire; il y a quelqu'un de plus riche que lui, c'est tout le monde. Dans ce fonds commun où le plaisir, l'ambition, la vanité moissonnent, il est permis à la charité de glaner.
Nous faisons donc appel a toutes les communes, à tous les dévouements.
II s'agit de panser nos blessés, il s'agit de donner à nos vieillards infirmes l'asile que nous les forçons de demander à des villes, étrangères a notre canton. Pour cette œuvre sublime, aucune main ne restera fermée, aucun nom ne manquera sur une liste qui sera éternellement couverte des bénédictions du pauvre et de la protection de Dieu.
Agrées, Messieurs, nos respectueux hommages,
BONNETON, (notaire et maire de ChantelU).
BOUDANT, (curé, chanoine honoraire).
Docteur A. MIGNOT, (Laurent de Cltutitut).
Mot* — t*. On fera passer prochainement une liste de souscription Lorsqu'elle sera couverte d'un nombre suffisant de signatures, les souscripteurs seront convoqués en assemblée générale.
3* Cne commission composée de souscripteurs, à l'effet de concourir a l'oeuvre, sera formée dans chaque commune
9* Les communes du canton et les particuliers auront, dans la répartition des lits, un droit proportionnel à leur offrande.
4* Du laps de deux ans est accordé pour acquitter les somme* promises.
5° Le nom de tous les souscripteurs sera mentiouné sur des registres spéciaux, conservés dans lesarcbivet
de l'hospice.
6* Le nom des souscripteurs dont l'offrande atteindra tOO fr. sera, ainsi que le chiffre de la somme par eux offerte, gravé sur une table de marbre en lettres d'or.
N'est-ce point un acte de haute justice, maintenant, que de signaler à la reconnaissance publique, les personnes qui ont été la pierre fondamentale de cette œuvre, la première en ce genre tentée non-seulement en France, mais encore à l'étranger? Si quelque variante existe entre notre liste et celle qui a, dès le début de l'œuTre, paru dans les journaux ; c'est que des offrandes nouvelles sont parvenues
si