‹ Histoire de ChantelleChapitre 5 sur 104 · ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

SAi.VT ANT0N1N CONVERTIT LES HABITANTS DE CIIANTELLB, ES L'ANNÉE 255. — VISITE DES BARBARES. — LA VILLE t>E CHAMELLE ILISIEIRÎ IOIS SACCAGEE PAU tVX , RENAIT ENFIN DE SES CENDRES. — C EST LE NOTAI' MOIIV DU BOURBONNAIS. — SIDOINE APOLLINAIRE DESCEND CHEZ LE VIEILLARD GERMANICUS — «(ELÏIS DE CE TEMPS-LA. — ARC1IIPRÊTRR DE CIIA.NTELLE. — IL RELEVE DU DIOCESE DE BOURGES. — SON ORGANISATION ACTUELLE.

BiNTOU-i:, au milieu du III* siècle, était encore livré à toutes les superstitions de la fable, à tjutesles erreurs du paganisme. Les vieilles forêts qui couvraient alors nos collines voyaient le Druide cueillir ;i\ecla faucille d'or le gui de chêne. Des plantes et de \ ils animaux, des dieux de sang et de boue recevaient partout l'encens qui n'est dû qu'au seul Dieu immortel et véritable. Les habitants de Chantelle, nous l'avons dit plus liant, adoraient l'incestueux Jupiter, le voleur Mercure, le féroce Teutatès et ce père dénaturé qui mangeait ses enfants....

Au milieu de cette dégradation des esprits, de cette profanation des corps , descend tout-à-coup des antique» montagnes d'Auvergne, un disciple de Stremonius, un pauvre prêtre nommé Aiitoninus (1). Il apparaît au milieu de notre population, armé d'une simple croix de bois. Celte croix, il la

il , Notice sur Clianlellc-lc-CliAlcau, pur J.-B. Peigue, avocat.

sur la place publique comme un premier trophée, comme le prélude de sa victoire. Les peuples étonnés se groupent autour de ce signe qu'ils ne comprennent pas.

Elevant alors la voix, l'envoyé de Dieu leur dit, avec saint Paul : • Habitants de Chantelle, vous êtes bien les plus légers et les plus superstitieux des hommes. Quelles divinités n'ai-je point remarquées dans vos temples et au coin de tous vos carrefours 1 Le vrai Dieu, celui qui a crée le ciel et la terre, vous ne le connaissez pas encore. Hé bien t ce Dieu incounu, je viens, moi, vous le révéler, je viens vous en manifester les secrets et les bontés. « Et il leur développe le mystère de la croix, et il leur explique les hautes et touchantes vertus qui en découlent, la douceur, la charité, l amour des ennemis, l'humilité, la mortification des sens, le détachement des choses de ce monde.

A ce langage si nouveau pour eux, nos pères émus jusqu'aux larmes, se regardent éblouis de surprise et ne peuvent prononcer une parole. Leurs passions réagissent intérieurement et voudraient les retenir dans les agréables illusions au milieu desquelles ils avaient jusque-là vécu. Mais la grâce d'en-haut a parlé. C'en est fait, ils tombent aux pieds de l'humble apôtre envoyé par l'évêque d'Auvergne, ils abjurent leurs erreurs et réclament à l'envi le baptême.

Religion sainte, c'est ainsi que tu as converti nos pères, puisse ton règne s'affermir parmi leurs enfants! Puissions-nous te chérir et te pratiquer, comme ces hommes vertueux et forts qui nous ont légué leur nom et leur souvenir 1

Ce fut vers l'an 255, qu'eut lieu pour notre pays cette révolution, toute de paix et d'amour.

Saint Antonio fut non-seulement le premier missionnaire qui parut à Chantelle, mais il évangélisa également Aigueperse, Gannat, Cusset et Souvigny (1). 11 fut sans doute aidé dans son pieux ministère par quelque disciple de saint Ursin, l'apôtre du Berry : car notre Eglise fut placée, dès l'origine, sous la suprématie des archevêques de Bourges.

M. de Coiffier pense que Chantelle a été la première conquête du christianisme dans le Bourbonnais ; du moins, c'est l'établissement religieux dont l'existence est attestée par les documents historiques les plus anciens. (2).

Heureux pays, hâte-toi de jouir d'un bonheur si pur et si doux. J'entends, du côté du Nord, comme un bruit étrange de peuples qui se heurtent, se pressent et se précipitent. La terre chancelle sous le poids de leurs épais bataillons, les fleuves

(<) DufraÎMe, Origine des Bglisa de France.

12) UiU. du Bourtorwau, loin. II, p. 62.

tarissent devant les naseaux de leurs cavales, la terreur et l'incendie les précèdent, et de larges traces de sang marquent au loin leur passage.

C'est le Franc, c'est le Bourguignon, c'est le Goth, c'est le Vandale (1).

Trois fois le féroce Allemand vient s'ébattre sur notre malheureuse province comme sur une proie vouée à sa rapacité. L'atroce Chrocus lui en avait frayé la route (2), et cent ans plus tard, ce même peuple revient à la charge et dévaste complètement Chantelle (3).

Accoutumés à vivre dans les forêts, ces barbares avaient les villes en horreur. Tout exterminer, raser les plus beaux monuments jusqu'au niveau du sol, solo adœquavit (4), ubiqut fœda nastitas esset (5). telle était leur manière de procéder.

Les peuples commmençaient à respirer après tous ces cruels désastres ; mais bientôt apparaissent les Suèves et les Alains, auxquels se sont réunis les Vandales, et pendant trois années consécutives, ces ennemis coalisés désolent toutes les Aquitaines (6).

Alaric, roi des Visigoths, après avoir vainement assiégé la ville épiscopale du romain Sidoine , abandonne nos contrées à l'avidité de ses soldats (7).

Enfin jusqu'au fanatique sectateur de Mahomet, le Sarrazin lui-même vient se promener à son aise sur notre territoire , pillant, incendiant, ruinant tout sur son passage. Etrange calcul de l'ambition ! c'est un duc d'Aquitaine, Odon, qui pour échapper à l'autorité de Charles-Martel, n'avait pas craint d'appeler du fond de l'Espagne, ces dangereux auxiliaires qui pillent ses villes, rasent ses places fortes, brûlent les églises, ruinent les monastères, et font douter un instant si le croissant ne prendra pas, en Europe, la place de la croix (8). Oh! qui redira tout le sang et les larmes qui, durant plus de trois siècles, ont coulé sous les pas de ces terribles visiteurs, les petits enfants égorgés sur le sein de leurs mères, les vierges profanées et souillées, les jeunes hommes massacrés en défendant leur vie et leur liberté !!t

Hordes barbares, troupes indisciplinées, vous étiez réellement le fléau de Dieu !

(I) En 276 sous les règnes de Valence el de Valcnlinien.

(2| (Chronu) umcerttu Galtiat pmagatur , cwctatque adtl gua antiquitùs falniralas fwntnl, a ftmdamcnlà tulxeriii. Gregor. Turon. lib. 4, cap. xxiu.

(3) En 256, d'abord, sous le régne de Probus, puis en 354 et 357, sous le règne de Constance. Ckwlellc est nommément désigne par Barailnn, p. 221 el suiv.

(4) Grégoire de Tours.

(5) Eutrope, Wtlwia nmema.

(fil En 407 et sui».

(7) En 470. Voir saint Sidoine-Apollinaire, eveque de ClermonU

(8) De 330 4 740. Aulun fut pillé, le monastère de Menai /ut ruiné dans l'une des excursions des Sarrazins. Audigicr, //«foire d'A Miwjtw, ln-1», Man. de ta Bibliolb. Imp. tom. VI, fol. 403, V.— De Coilïier, loin 1", pag. SC et 87 ; — Ane. Bwn-6., lom. Il, pag 364.

Quel pays eut à souffrir plus que le nôtre? Situé sur le point de jonction des voies militaires qui venaient de Limoges, Autun, Poitiers, Nantes, Lyon, Bourges, Clermont, Charleroi, Decize et Nevers, c'était à Chantelle que les Barbares se donnaient rendezvous. Tous les historiens s'accordent à les montrer suivant ces routes dont, par sa position géographique, Chantelle occupait le centre.

Aussi, pour clore la liste de tant d'épreuves et de calamités, un auteur que j'ai déjà plusieurs fois cité, parlanld'une multitude d'autres invasions, qui dès le troisième siècle surtout avaient dévasté les villes les plus importantes de notre province, se contente-t-il d'ajouter : « Chantelle a éprouvé le même sort que les précédentes, aux mêmes êjmques, et de la part des mêmes ennemis (1). »

Mais déjà les premiers rayons du Christianisme ont frappé le front et pénétré au cœur de ces Barbares. La torche s'échappe de leurs mains, l'acier perd sou tranchant destructeur. A un régime égoïste et brutal, va bientôt succéder une do ces merveilleuses transformations que l'esprit humain a peine à comprendre.

Dieu a ses desseins cachés, et il faut bien que notre orgueil en admire les résultats providentiels. Il soumet parfois les peuples à des crises terribles, à de solennelles expiations. C'est dans le sang et les larmes qu'il lave toujours les iniquités des générations antérieures. A des hommes amollis, dégradés par les excès d'une civilisation corrompue, il fallait une de ces étonnantes révolutions qui bouleversent de fond en comble toutes les institutions reçues. Il fallait un de ces coups d'en-haut, semblable à ces orages qui troublent un instant le ciel, mais pour en chasser les vapeurs mauvaises, pour y ramener le calme et la sérénité.

La domination romaine avait traîné à sa suite tous les vices , tous les excès. Le corps social tombait en dissolution. Quelques Barbares venus on ne sait d'où, suffirent pour injecter dans ces membres envieillis un sang pur et généreux, suffirent pour opérer l'œuvre de Dieu.

Clovis, premier roi chrétien, avait soumis les Aquitaines et changé la face de la Gaule. C'est vers celte époque, d'après quelques auteurs , que le territoire de Chantelle fut érigé en seigneurie (2). Selon Guy Coquille, Chantelle a été, avec Bourbon, Hérisson, Murât, le noyau du Bourbonnais (3).

Hl Barailon. pa ? . ÎI9.

|2) Jacq. Foderé. visiteur des conielivrs, Narrations historiques. 13} Hist. du pnyt et (Uichi du Sirtntait : — Ane. Bourbonnais, elc.

Le Dieu de Clotilde bénissait le royaumo des Francs. Le christianisme jclail partout des racines profondes.

L'Eglise de Chantclle avait acquis suffisamment d'importance vers le milieu du V siècle, pour qu'un évêque de Clermont vînt la visiter. Ce fut à son retour de Bourges où il était allé installer l'archevêque Simplicc , que Sidoine-Apollinaire s'arrêta à Chantclle. Il descendit chez un nommé Gcrmanicus, vieillard respectable, qui jouissait de la plus haute considération parmi ses concitoyens. « Maigri son grand dge, dit le spirituel évêque, il est très-coquet, portant un attentent qui lui serre la taille, un cothitrne bien tendu, une chevelure taillée en forme de roue. »

Les rasoirs n'étant pas alors connus , le fashiouablc vieillard y suppléait de sou mieuv en se coupant la barbe avec des ciseaux fins, qu'il glissait adroitement entre les rides qui lui plissaient les joues.

Les soins hygiéniques auxquels il s'assujétissait lui avaient consené une santé de jeune homme, des gencives saines, et des dents blanches comme le lait.

L'évêque lui recommande toutefois de n'attacher point trop de prix à ces dons frivoles, mais de se retremper dans une innocence nouvelle, et tout en devenant vieux par les années, de se rendre jeune par ses vertus.

Cette lettre, où respire un parfum précieux des mœurs antiques, est adressée à l'un des amis de Germanicus, le nommé Yectius, personnage illustre habitant les environs de Chantelle. C'est le même dont saint Sidoine fait ailleurs un si beau |K>rlrait (I).

Rien n'est touchant comme la correspondance de ces hommes primitifs, se visitant d'une manière simple et patriarcale, «'écrivant, s' encourageant mutuellement au bien, «'adressant même de pieux et tendres reproches.

Germanicus était fils d'un pontife et père d'un prêtre. l e savant prélat tire de cette double circonstance un parti admirable : • Prends garde, dit-il à Vectius, c'est un devoir auquel tu ne saurais faillir : observe à notre ami commun que, s'il n'est pas saint, il est semblable à un buisson qui, né des roses et produisant des roses, et formant le milieu entre les fleurs par lui produites et celles qui l'ont enfanté, reste toujours néanmoins lui-même entouré d'épines > 2). • Quelle gracieuse image! Quelle comparaison poétique !

Quoique Chantelle ait reçu la visite de saint Sidoine, Cantillensem ecclcsiatn imperi, il ne faut pas en conclure que cette iKiroisse apjurlînt au diocèse de Clermont , elle

(l| Lcllre IX, à Jndu&irius. liv. IV.

(2, Lih. IV, £jm»/. Mil Voir celle Mire il h lin du volume, i>iOcc A.

relevait du diocèse de Bourges (I) dont clic n'a cessé de fairo partie jusqu'à l'époque du Concordat.

C'était, comme administrateur pendant la vacance du sirjrc archiépiscopal, et comme premier suffragant, que Sidoine-Apollinaire en aurait exercé l'inspection. Il a dans celte circonstance, en outre, rempli un devoir d'amitié et de bon voisinage envers un homme distingué qu'il enveloppait de son estime et de son affection.

Le diocèse de Bourges embrassait autrefois une partie de notre province , il s'étendait sur la rive gauche de l'Allier, et comptait entre autres paroisses et communautés célèbres : Bourbon et Saint-Menoux, Souvigny, Colombier et le Montelaux-Moines, Montluçon, Néria, Chantelle, etc.

Il n'y avait que 20 archiprètrés dans tout le diocèse, et Chantelle avait l'honneur d'être de ce nombre (2).

L'arehiprêtré de Chantelle était borné, au Nord, par celui de Bourbon ; à l'Est, par celui de Souvigny ; l'arehiprêtré de Li magne le délimitait au Sud-Est, et à l'Ouest, ceux de Montluçon et d'Hérisson.

Voici les paroisses sur lesquelles portait sa juridiction (3) :

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