CHAPITRE PREMIER ÉGLISE
■"-^'insatiable curiosité de l'esprit humain, jointe à sa profonde ignorance, est la source de toutes les erreurs qui troublent l'univers, et en particulier de celles qui , dans tous les temps, ont troublé la paix de l'église; l'orgueil, l'opiniâtreté font le reste, et produisent l'hérésie, maladie de l'esprit dont on n'a pas eu assez de piiié, parcequ'on a été plus frappé de l'indocilité qui en est le principe , que du ridicule qui en est le résultat,
et parceque Dieu, qui, en donnant à l'église l'infaillibilité, lui a promis 1 indéfectibilité , ne lui a pas promis de préserver tous ses ministres des passions qui font naître 1 intolérance. L'incrédule est sans doute encore plus coupable que lhérétique, mais il est moins inconséquent. C'est un voyageur qui, avant besoin de deux guides pour arriver au terme de sa course, n'en veut prendre qu'un parcequ'il le croit suffisant : lautre les croit tous deux nécessaires, sur-tout le second, et il s'obstine à ne les pas suivre. Les deux guides nécessaires à riiomme pour parvenir à la vérité, sont la raison et la révélation ou lautorité de l'église, qui est pour lui une révélation continuée. Lhérétique croit à la révélation, il croit àléglise, et il n'a que la misérable ressource de fermer les veux pour ne la pas voir où elle est, et les oreilles pour ne point entendre sa voix ; il choisit ce qu'il veut croire , et suit son guide où il lui plait.
Cet aveuglement est déplorable sans doute ; mais un aveuglement plus déplorable encore est de persécuter ces insensés. Laissons à TÊtre suprême le soin de les changer ou de les punir. Venger Dieu ne sauroit être la fonction d'un mortel : si ce Dieu , à qui appartient la vengeance, dédaigne ou diffère de lexercer, qui sommes-nous pour prévenir ses desseins?
Parmi les diverses hérésies, toutes également condamnables et déplorables , il en est quelques unes que l'on conçoit plus aisément que les autres : telles sont , ri m- exemple , les interminables disputes qui concernent ia liberté de l'homme , et faction de Dieu sur la créature; ces questions ont été agitées sous différents noms
et sous différentes formes par les philosophes de tous les pays, de toutes les religions , de toutes les sectes ; la raison a quelque prise sur ces matières; elles ont pour nous un intérêt qui nous porte à les approfondir , elles ont un rapport marqué avec la morale , elles ont ce degré de clarté et d'obscurité qui fait que les raisonneurs disputent long-temps , et que les sages craignent de décider. D'un côté , le sens intime nous avertit de notre liberté; de l'autre, nous voyons que les objets ont sur nous une influence puissante, et que les idées et les sentiments qui déterminent nos actions ne dépendent pas de nous , et semblent quelquefois entraîner notre volonté. La foi seule peut éclairer plus sûrement, sur ces questions, les simples même et les ignorants, que la raison n'éclaire les sages; mais la foi, contente de consacrer d'un côté la liberté de l'homme, de Fautre la toute-puissance de Dieu et sa prescience , abandonne le reste à la dispute , et permet à la raison humaine de concilier, comme elle peut , ces vérités par une foule de systèmes, tous insuffisants, mais tous compatibles avec l'orthodoxie.
Les hérésies les plus inconcevables sont celles qui roulent sur les mystères ; car les mystères étant reconnus pour être d'un ordre supérieur à la raison , c'est à notre foi qu'ils sont proposés; il n'y a qu'à savoir ce que la foi enseigne , et s'y tenir.
Les hérétiques s'y sont pris de deux manières pour attaquer les mystères. Les uns ont voulu les réduire à des idées qui tombassent sous les sens , et dont la raison fût l'arbitre. C'étoit détruire l'essence du mystère , et oter tout mérite à la foi ; mais du moins on conçoit en-
core cette erreur; c'est abuser de la raison, en l'appliquant à des objets qui ne sont pas de son domaine.
Une folie plus inconcevable , et qu'on ne croiroit pas possible sans les nombreux exemples qu'en fournit l'histoire ecclésiastique, c'est de vouloir modifier les mystères, sans leur rien ôterde ce qu'ils ont dincroval)le et d'inexplicable aux yeux de la raison, et en s'écartant de la seule autorité qui ait le droit de nous les faire croire, 1 autorité de l'église. Sur quoi autoriser un pareil changement? Pourquoi ce choix fantasque et bizarre entre des objets tous également incroyables si on ne consulte que la raison , tous également respectables pi on se soumet à la foi?
Lorsque Arius, à l'exemple de Cérinthe et de quelques autres hérétiques du premier siècle de l'église, attaquoit ouvertement la divinité de Jésus-Christ, son erreur étoit du premier de ces deux genres, il anéantissoit le mystère de la Trinité. Si Jésus-Christ n'étoit pas Dieu, s'il n ctoit qu'une créature envoyée de Dieu , il n'y a plus de. mystère; mais l'église propose un mystère.
De même, lorsqu'un des sectateurs d'Anus, s'éloignant déjà de la doctrine de son maître, disoit que les noms de l'ère, de Fils et de Saint-Esprit étoient seulement des titres qui exprimoient des qualités différentes d'un même Dieu; rien de pius simple qu'une pareille opinion; il n'y a rien là qui étonne la raison, ni qui exerce la foi.
Au contraire, lorsque les demi-ariens, épuisant toute leur condescendance à convenir que le Fils est dune substance semblable à celle du Pire j refusoient obstiné-
ment d'accorder que cette substance fût la même ; que gagnoient-ils à ce refus? Le mystère n'en subsistoit pas moins dans toute son obscurité; mais cette obscurité cessoit d'être respectable , n'étant plus proposée par une autorité suffisante. Si le Fils étoit d'une substance semblable à celle du Père, il étoit Dieu; voilà la difficulté ; il n'y avoit de sauvé que le terme de consubstantiel.
Mais, disoient-ils , ce terme n'est pas dans l'évangile , on ne peut donc pas être forcé de le prononcer.
Quoi donc! répondent les théologiens catholiques , l'église toujours infailliblement inspirée par son chef invisible, n'a-t-elle pas le droit d'employer des termes qui ne sont pas dans l'Écriture , quand elle les juge les plus propres à exprimer le sens qu'elle attache à de certains passages de l'Ecriture? Tous les termes théologiques sont-ils dans l'Écriture?
Les Anoméens , autre secte d'Ariens, à qui ce terme » de consubstantiel faisoit aussi de la peine, proposoient de le mettre à l'écart, et de s'envelopper dans une proposition si générale, que chacun y donneroit l'étendue qu'il voudroit : il n'y avoit qu'à, selon eux , dire : que le Fils est semblable en tout au Père. C'étoit se montrer accommodants. Mais la vérité, leur répondoit-on, n'admet point ces ménagements et ces réticences politiques , une autorité irréfragable ne les adopte point. L'église vouloit qu'on prononçât le mot de consubstantiel , c'étoit le seul qui donnât une idée juste du mystère; l'éviter, étoit une obstination coupable : et qu'y gagnoiton? le mystère restoit tout entier. Si le Fils étoit. égal en tout au Père, il étoit Dieu.
D'autres proposoient un autre accommodement , car
ces discoureurs traitoient de la foi comme d'un héritage litigieux, ils faisoient des transactions: ils passoient tout ce qu'on vouloit, pourvu qu'on leur passât de ne point user du mot consubstantiel. Ceux-ci demandoient si on ne pourroit pas dire en général que le Fils est semblable au Père, selon les Écritures j sans s'expliquer davantage.
Si c'étoit l'amour de la paix qui suggéroit tous ces subterfuges, le principe en étoit louable; mais pour avoir la paix, il faut s'entendre. Reconnoissoit-on par cette formule, que les Écritures établissent l'égalité du Père et du Fils, ou laissoit-on ce point-là dans lincertitude? La vérité aime à dissiper les nuages, Terreur aime à les répandre.
Ces folies ( toute fausse théologie ne mérite point d'autre nom ) n'auroient été que lisibles, si elles n'avoient pas toujours entraîné à leur suite l'intolérance et la persécution , souvent des guerres et des massacres ; c'est un spectacle affligeant et propre à ébranler les foibles, que cette alternative continuelle de conciles ou de synodes ariens et catholiques, qui, selon que la partie étoit liée , consacrent et condamnent tour-à-tour Arius et saint Athanase, la foi et l'hérésie, et qui viennent tous également aboutir à la violence ( i ). Elle corn-
(0 Arius fut condamné au concile de Nicée, tenu en 325, sous l'empire de Constantin, et reconnu pour le premier concile œcuménique, où le terme de consubstantiel fut employé dans le symbole pour exprimer le rapport du fils au père. Ce concile fut confirmé, en 38 1 , par le concile de Constantinople, reconnu pour le second concile œcuménique, et où l'on dressa le symbole qui se dit à la messe.
Mais, pour suivre l'ordre des temps, si, eu 325, le concile de Nicée
mençoit dès le concile; celui qui succomboit , étoit poussé ignominieusement hors de la salle , avec cette formule peu charitable : Chassez l'hérétique. Le concile de Rome, tenu en 7G9, pour la condamnation du faux pape Constantin , et auquel assistèrent des évêques
est contraire aux ariens, en 329, le concile d'Antioche leur est favorable.
En 335, concile de Tyr, où saint Athanase est dépose, quoiqu'il eut fait voir qu'une femme, qui l'accusoit de l'avoir violée, ne le connoissoit pas , puisqu'elle prit un de ses diacres pour lui , et quoiqu'il eût fait paroître vivant l'évêque Arsène, qu'on l'accusoit d'avoir tué.
En 342 , concile de Rome , qui justifie saint Athanase.
En 345, concile d'Antioche, favorable aux ariens et aux eusébiens : ceux-ci tiroient leur nom d'Eusèbe, évêque de Césarée, un des plus ardents zélateurs de l'arianisme.
En 3477 concile de Sardique, contraire aux ariens, et où saint Athanase est encore justifié.
La même année, concile de Philippopolis, favorable aux ariens, et où le pape Jules et saint Athanase sont excommuniés.
En 35 1, concile de Sirmium, favorable aux ariens, et où l'on décida que c étoit le jxls qui avoit apparu à Abraham , et qui avoit lutté contre Jacob.
En 353, concile d'Arles, favorable aux ariens, et qui condamne saint Athanase.
En 355, concile assemblé d'abord dans l'église de Milan, puis transféré dans le palais de l'empereur Constance, qui tire l'épée , en plein concile, contre les évêques qui lui résistent. Le résultat fut favorable aux ariens , et saint Athanase fut condamné.
En 35^", concile de Sirmium, entièrement favorable aux ariens.
En 358, concile d'Aneyre, où triomphèrent les demi-ariens, qui n'étoient que des ariens mitigés ou déguisés.
En 359, concile de Rimini, où les catholiques furent surpris par une formule de foi captieuse des ariens, qui, par ce moyen, parurent, pour un moment, avoir pour eux le suffrage de l'église. C'est au sujet de ce concile que saint Jérôme a dit : Ingemuit totus orbis et arianum se esse miratus est. «L'univers s'étonna et gémit de se trouver arien.»
français , envoyés par les rois Charlemagne et Carloman , offre un exemple de cette rigueur qui fait de la peine. Une faction, comme nous l'avons dit, avoit élu Constantin pape, quoiqu'il ne fût que laïc; on fit comparoitre ce malheureux , qui avoit alors les yeux crevés, on l'interrogea sur son intrusion. Après avoir dit que le peuple lui avoit fait violence, et après avoir im-
(S. Hieronym. advers. Luciferianos. Ejus oper. t. 4, col. 3oo, edit. Bénédictin. )
La même année, concile de Séleucie , dont le résultat est assez équivoque.
En 36o, concile de Constantinople, favorable aux ariens, où saint Cyrille, évêque de Jérusalem, fut déposé; c'étoit pour la seconde fois.
En 36i, concile d'Antioche, favorable aux ariens.
En 062, concile d'Alexandrie favorable aux catholiques.
En 363 , autre concile d'Antioche, et en 3G5 , concile de Lampsaque, favorables aux ariens.
En 3jo, trois conciles, à Alexandrie, en Illyrie, à Anticcbe, tous trois favorables aux catholiques, et qui confirmèrent le concile de IN'icée.
C'est cette foule de décisions contradictoires qui servit de prétexte au changement de Julien : on sait que cet empereur, grand prince d'ailleurs, n'épargnoit à ceux qu'il appeloit par dérision les Gahléens , ni les sarcasmes, ni les persécutions.
En 38o, sous l'empereur Théodose, concile de Constantinople, favorable aux catholiques.
Deux autres conciles, tenus successivement à Constantinople en 382 et 383, sous le même empereur, ne produisirent guère que des disputes entre les différents partis ; mais Théodose fut favorable aux catholique?, et la doctrine de l'Eglise prévalut, parcequ'elle prévaut et qu'elle prévaudra toujours. Cependant la plupart des empereurs furent ariens, et l'erreur avoit tellement gagné les puissances, qu'à la fin du cinquième siècle, et au commtncemeiit du sixième, Clovis étoil le seul prince catholique de toute la chrétienté.
DE CHARLEMAGNE. ï3
ploré , avec beaucoup d'humilité, la miséricorde du concile , Constantin cita, pour sa justification, quelques exemples de pareils choix; il dit qu'Etienne et Sergius, simples laïcs, avoient été faits, le premier, évêque de Naples, le second, archevêque de Ravenne. « Les évê- « ques, indignés de cette insolence, dit M. Fleury, le « firent frapper sur le cou , et le chassèrent de l'église. » Cette violence , sur-tout exercée sur un aveugle, étoitelle bien décente? Si les faits qu'il alléguoit , étoient faux ou sans application, ne pouvoit-on le lui prouver doucement, et avec la pitié que son état devoit inspirer? En général , quelle que fût l'erreur de l'hérétique , ou l'obstination du schismatique, qu'on chassoit ainsi de l'assemblée, un traitement plus doux l'auroit peutêtre ramené; cet affront l'aigrissoit; il ne respiroit plus que la vengeance , et souvent il parvenoità faire assembler un autre concile, où sa partie étant mieux liée, il prenoit sa revanche. Plus souvent on ne lui en laissoit pas le temps, on armoit contre lui le bras séculier; les princes , toujours empressés de donner à ces disputes l'espèce d'importance qu'elles ne doivent point avoir, sembloient n'attendre d'un concile que le signal du meurtre et de la violence. Du temps de Tarianisme , on les voyoit tour-à-tour, et souvent les mêmes, frapper en sens contraire et les ariens et les catholiques; cependant leur prédilection la plus marquée étoit pour les ariens, ou plutôt leur fureur la plus acharnée étoit contre les catholiques; les évêques étoient déposés, exilés, emprisonnés, quelquefois assassinés; les prêtres massacrés, les vierges violées, les religieuses jetées toutes nues hors de leur cloître f les monastères sacca-
gés. Encore si les cruautés eussent été abandonnées à l'hérésie , qui n'a de triomphes à espérer que par la violence ! Mais , il faut l'avouer, les deux partis souffroient et persécutoient tour-à-tour au nom de l'erreur et de la vérité ; on faisoit à celle-ci l'outrage de la défendre avec des armes essentiellement consacrées à sa rivale ; les vrais chrétiens , les catholiques , dont le plus beau triomphe fut toujours dans le martvre, autorisoient leurs adversaires à s'arroger cette palme glorieuse.
Au reste, larianisme, et toutes ses différentes subdivisions ne furent pas laseule atteinte portée au mvstère de la Trinité; de la seconde personne, on passa bientôt à la troisième. La divinité du Saint-Esprit ne fut pas plus respectée que la divinité du Verbe, et ne devoit pas, en effet, 1 être davantage par les hérétiques assez conséquents dans leur témérité pour ne vouloir point de mystère : ceux-ci placèrent le .Saint-Esprit audessus des anges, comme une créature plus parfaite, mais sans aucune proportion avec la Divinité; on les appela pneumatomaques , ennemis de 1 esprit.
Après le mystère de la Trinité, on attaqua le mvstère de l'incarnation, toujours par la même raison et par la même autorité. La vraie religion est une chaîne; si vous en détachez un chaînon, vous avez le même droit de les détacher tous.
Dès le commencement du troisième siècle, une secte qu'on nomma les dociles , mais qui n avoit eu ni assez d éclat ni assez de durée pour troubler la foi ni la paix , avoit soutenu que Jésus-Christ ne sétoit incarné qu'en apparence : cétoit couper le mystère par la racine. Mais
DE CHARLEMAGINE. l5
ces retranchements de mystères en feroient renaître une multitude d'autres; car, comment l'Etre infiniment vrai, comment le Dieu de vérité nous auroit-il trompés parles apparences dune fausse Incarnation? Comment nous auroit-il dit formellement dans l'évangile, qu'il s'étoit incarné, etc.? Mais c'est trop ressembler à ces raisonneurs que de disputer contre eux.
A la fin du quatrième siècle, et dans le cours du cinquième , on attaqua l'Incarnation avec plus d'acharnement , mais en laissant subsister une partie du mystère , ce qui est , comme nous l'avons dit, la manière d'errer qui rassemble le plus d'inconséquences.
Apollinaire, évêque deLaodicée, vouloit bien que le Christ eût pris un corps humain, mais non pasuneame humaine; il n'en avoit pas besoin, la Divinité lui en tenoit lieu; de plus, ce corps n'avoit pas été pris dans le sein de Marie , il étoit descendu du ciel , et s'étoit évaporé après la résurrection. C'est ainsi, à-peu -près, que les luthériens admettent, au moment de la consécration seulement, la présence réelle du corps de Jésus-Christ , qui disparoît aussitôt. Encore un coup , quand on admet une partie du mystère, sur quoi se fonde-t-on pour en rejeter les autres parties? Apollinaire fit secte, et eut l'honneur d'être condamné à Rome dans un concile tenu exprès pour lui en 3 7 7 .
D'autres sectaires nés de celui-ci , et allant sur son marché, attaquèrent l'honneur de Marie; ils contestèrent à la mère sa virginité , comme on avoit contesté au fils sa divinité; ils accordoient cependant à Marie l'honneur d'être mère de Dieu, mais ils ne l'en jugeoient pas trop digne , car ils avoient découvert que depuis la
ï 6 HISTOIRE
naissance de Jésus-Christ, elle avoit eu plusieurs enfants de saint Joseph , son mari. On les appela les Anticlicomarianites ; ces grands noms, prostitués à des visions telles que celles-ci, sont presque aussi ridicules que les opinions quelles expriment. Mais ce qui étonne le plus dans ces sortes d'hérésies, c'est de voir à quel point elles sont gratuites : énoncer un tel fait ou telle autre rêverie qui passe à travers un cerveau malade , dans un hôpital de fous, c'est absolument la même chose. Les Antidicomarianites (puisque tel est le nom de leur folie) a voient-ils eu des mémoires secrets sur la manière dont saint Joseph vi voit avec la sainte vierge, depuis la naissance du Messie? Qu'on lise tant qu'on voudra Bayle , à l'article indiqué dans des vers connus, on n'v trouvera qu'un exemple monstrueux de l'ancienneté, de L'insolence et de l'absurdité de la calomnie, rapportée comme tel par ce critique judicieux , d'après l'abbé Faydit.
Passons à des hérésies moins obscures , quoique non moins destituées de fondement. Ce qui multiplioit tant alors les hérésies, c'est qu il n'y avoit presque point d'autre littérature que la théologie, et qu'on voyoit la gloire des Athanase, des Cyrille, des Augustin, des Prosper ; mais ces pères , en développant éloquemment la doctrine de l'église, ne l'altéroient point. Imitateur malheureux de leur zèle contre l'hérésie, Nestorius, évêcpie de Constantinople, s'égara en voulant suivre leurs traces; à force de disputer contre les hérétiques, et de les suivre dans les subtilités de la dialectique, il devint hérétique lui-même. Il n'alléguoit point, comme les Antidicomarianites, des faits chimériques et impossi-
DE CI1AIILEMAGNE. 17
Lies à savoir, mais son erreur se rapprochoit assez de celle d'Apollinaire. Selon lui, Maiie étoit mère du Christ , c'est-à-dire de l'homme, mais elle n'étoit pas mère de Dieu. Le Verbe s'étoit incarné, non pas en naissant d'une femme, mais en s'unissant à la chair du Christ, qu'il avoit prise comme un temple pour y habiter; mais c'étoit l'homme et non le Dieu qui étoit mort, et c'étoit le corps de l'homme que le Dieu avoit ressuscité. On voit que le Verbe, ainsi uni au Christ, ressemble bien à la Divinité qui sert dame à l'humanité. C'étoit éviter les difficultés qui naissent de la mort d'un Dieu; mais cette union du Verbe avec le Christ, de la divinité avec l'humanité , laissoit subsister un assez grand mystère , et ce n'étoit pas la peine d'innover. IN estorius trouva dans saint Cyrille, évéque d' Alexandrie, un redoutable adversaire, et il fut condamné, en 43 1 , au concile dLphèse, troisième conciieœcuménique.
Ce qui étoit arrivé à Nestorius, arriva aussi au moine Eutychos ; le zèle contre le nestorianisme le jeta dans une erreur contraire, nommée de son nom ïeutychianisme. Nestorius séparoit trop les deux natures, Eutychès les confondit. Il soutenoit que depuis l'Incarnation, la divinité et l'humanité du fils de Dieu ne sont plus qu'une seule nature; c'étoit, selon lui, la divinité ainsi confondue avec l'humanité qui avoit souffert.
Après plusieurs conciles contradictoires, il se tint enfin , en 45 1 , à Chalcédoine , un concile œcuménique, qui porta le dernier coup à l'euthychianisme, et fixa la foi de l'église sur le mystère de l'Incarnation. Cependant on disputa beaucoup et long -temps contre l'au-
l8 HISTOIRE
torité de ce concile; les nestoriens et les cutvchiens, et ceux qui les condauinoient tous les deux, continuèrent à se faire la guerre, et par des écrits, et par les armes. L'empereur Zenon donna, en 482, son Hénoticon ou édit d union, qui ne réunit personne, et qui sembla même porter quelque atteinte au concile de Chalcédoine. Enfin, en 553, le concile de Constantinople, cinquième concile œcuménique, consacra la doctrine des quatre conciles œcuméniques précédents , nommément du concile de Chalcédoine, et condamna aussi quelques écrits infectés de nestorianisme , sur - tout ceux de Théodore évêque de Mopsueste, de Théodoret évéque deCvr, et d'Ibas évéque d'Édesse : c'est ce qu'on appelle X affaire des trois chapitres.
Justinien, qui, comme tous les princes foibleset peu éclairés, donnoit trop d'attention et trop d'importance aux débats théologiques , avoit prévenu le concile de Constantinople, et condamné, de son autorité privée, les trois chapitres dès 546. Cette entreprise sur l'autorité de l'église ne lui avoit pas réussi; ceux mêmes qui peusoient comme lui refusoient de souscrire son édit; l'affaire des trois chapitres devint la grande affaire de l'église. On ne se soumit enfin qu'à l'autorité du concile de Constantinople, et on ne s'y soumit qu'avec le temps. Justinien, mal corrigé par ce premier exemple ( car les disputeurs se corrigent peu ), voulut encore faire des lois en matière de doctrine ; et cette fois il fut encore moins heureux, car il adopta une erreur. Des raisonneurs avoient encore raffiné sur l'Incarnation, et ils avoient trouvé que du moment où le corps de Jésus- Christ avoit été formé dans le sein de Marie , il étoit de-
venu incapable d'altération, de passion, de besoin; il ignoroit la faim et la soif. Pendant sa vie, il mangeoit sans besoin ( par conséquent sans plaisir), comme après sa résurrection. Justinien trouva cette opinion belle et se hâta, en 564, de la consacrer par un édit. L'édit ne réussit point ; on condamna ses protégés sous le nom des incorruptibles ■ il est vrai qu'ils s'en vengèrent, en appelant leurs adversaires les corrupteurs ou les corrupticoles .
De Feuthychianisme, qui subsistoit toujours, quoique condamné, ou parcequ'il étoit condamné, naquit, vers le milieu du septième siècle, le monothélisme , erreur à laquelle le pape Honorius passe pour avoir été favorable. « Du moins, disoient les monothélites, s'il « faut reconnoître deux natures en Jésus-Christ, ii ne « fout reconnoître en lui qu'une seule volonté ; il veut « tout , il fait tout par une seule opération , qu'on peut « appeler théandrique ou déi-virile A c'est-à-dire divine et «humaine tout ensemble; et la distinction des deux « natures n'est que dans notre entendement. » L'empereur Héraclius embrassa le monothélisme , comme Justinien avoit embrassé le corruptibilisme : il donna en 639, en faveur de cette nouvelle doctrine, Fédit connu sous le nom d'Ecthhse, c'est-à-dire exposition. Ces princes étoientbien pressés de faire des édits. Du moins Héraclius désavoua le sien; mais en 648, l'empereur Constant en donna un, connu sous le nom de Type ^ c'est-à-dire formule ou fonnulaire , par lequel il défendoit de parler d'une ou de deux opérations en Jésus- Christ. Si par un édit on pouvoit faire cesser toutes les disputes théologiques, il n'y auroit pas sans doute de
meilleur parti à prendre; mais 1 expérience a fait voir que le remède à ce mal n'est pas de défendre de parler, mais de ne pas s'apercevoir qu'on parle; quand on if écoutera plus ces discoureurs ( chose si facile)! ils se tairont d'eux-mêmes : d'ailleurs, disent les théologien-, ces défenses de parler peuvent-elles concerner l'église? Peut-on exiger qu'elle se taise sur la foi, elle qui doit Fenseigner? Le monothélisme fut condamné au concile de Constantinople , tenu en 680 et 68 1 , sixième concile œcuménique. On y confondit un moine monothélite , nommé Polychrone, par un moyen qui, employé plus souvent et de bonne foi avec certains faiseurs de miracles, auroit pu en diminuer le nombre. Le concile lui ordonna de rendre compte de sa foi , qu'il avoit rendue suspecte. « Ma foi! dit-il fièrement, c est par les œu- ■ vres que je veux la manifester. Faites apporter un « mort, je mettrai sur lui ma profession de foi; vous « pourrez tous la lire, et si le mort ne ressuscite à Finci stant, par le seul attouchement de cette cédule, le con- « cile et l'empereur feront de moi ce qu'ils voudront. » On apporta un mort ; le moine étala sur le corps sa profession; elle étoit toute monothélite : le mort ne ressuscita point; le moine, et sa profession, et le monothélisme, furent proscrits; ce qui n'empêcha pas l'empereur Philippique de se déclarer, long-temps après, pour le monothélisme, et de faire condamner ce concile oecuménique de Constantinople par un concile particulier, tenu dans la même ville en 712. Un autre, tenu aussi dans la même ville en 7 1 4, et sous l'empire d Anastase N, condamna de nouveau les monothélites , et réhabilita le concile œcuménique de Constantinople.
DE CHARLEMAGKE. 21
On n'en étoit pas encore au mystère de la Rédemption , et ce n'est que dans des temps très postérieurs à ceux que nous examinons qu'on y a porté atteinte, en voulant que Jésus-Christ ne fût pas mort pour tous les hommes, et en abusant de quelques expressions de l'Ecriture pour établir qu'il n'étoit mort que pour plusieurs [a] ; mais on nepouvoit laisser en paix le mystère de l'Incarnation; on ne pouvoit marcher entre le nestorianisme et l'eutychianisme, sans pencher un peu d'un côté ou d'un autre. Ces deux natures unies sans confusion, ces deux opérations, ces deux volontés, dont lune ne contrarie jamais l'autre, faisoient quelque peine aux théologiens inquiets; des restes de monothélisme subsistoient encore du temps de Charlemagne, et il s'éleva sous son régne une nouvelle hérésie concernant le même mystère.
La plupart des hérésies que l'église avoit eues à corn battre jusqu'alors venoient de l'esprit subtil et minu. tieux des Grecs modernes , aussi différents des anciens que les Italiens le sont des Romains du temps de la république. Arius étoit Africain, mais il dogmatisoit à Alexandrie, qui est de l'église grecque, et la plupart de ses sectateurs et de ses adversaires étoient des Grecs [&]. L'hérétique Apollinaire étoit évêque de Laodicée; Nestorius étoit évêque de Constantinople; Eutychès étoit un moine grec, voisin aussi de Constantinople. L'hénotique, l'echtèse, le type, le monothélisme, tous ces
[fl] Tillemont, Histoire ecclésiastique , t. 5, p. 56r. Fleury, t. 9, ann. 58 1 , 1. 40, n. 25. Tom. 1 des Conc. p. 989 et suiv.
[b] Eginard, Annal, ann. 792. Cod. Carol. 97. Fleury, liv. 44 5 a- 5o et suiv. liv. 45, n. 9 et i3.
noms grecs annoncent le pavs qui avoit donné naissance à toutes ces idées , et où Ton s en occupoit. L'hérésie que vit naître Charlemagne vers la fin du huitième siècle venoit de l'Espagne. Ses auteurs étoient Élipand archevêque de Tolède , et Félix évéque d'Lrgel. Le Christ, considéré dans sa divinité, est fils de Dieu ; considéré dans son humanité , il est encore fils de Dieu. Les deux évéques espagnols trouvoient que cétoit mettre trop d'égalité entre les deux natures, ils demandoient une différence plus marquée : que le Christ, dans sa divinité, fût pleinement et entièrement fils de Dieu, ils y consentoient; mais ils demandoient que comme homme il ne fût que son fils adoptif. Cétoit déroger très peu au mystère, et par conséquent c étoit d autant moins la peine de s'écarter de la foi de 1 église. Le zèle de Charlemagne s alluma contre ces novateurs : Charlemagne étoit le plus grand théologien de son siècle, pareequ il en étoit 1 homme le plus savant, et qu'alors iln'y avoit guère d'autre érudition que la théologie; il convoqua contre eux, dans ses Etats, divers conciles , à Narbonne, à Ratisbonne, à Francfort sur le Mein \a\\ il disputa lui-même contre eux, et verbalement , et par écrit; il fit écrire aussi contre eux par le savant Alcuin, et par Paulin patriarche d Aquilée, qui lui dédia ses ouvrages; il manda aux Espagnols, qu'en souffrant parmi eux cette hérésie, ils sétoient rendus indignes du secours qu'il avoit eu intention de leur fournir contre les SarrasioSi C'étoit pousser le zèle jusqu'à confondre les principes des choses, que de faire dépen-
DE CUAP.LEMAGNE. 23
dre ainsi d'une opinion théologique les intérêts politiques : mais comme la théologie étoit alors la seule science, elle étoit aussi dans tous les esprits le premier des intérêts, elle décidoit des alliances et des guerres; cependant on pouvoit trouver le zélé de Charlemagne inconséquent, même sous ce point de vue. Quelque condamnahle, en effet, que pût être l'hérésie d'Ëiipand et de Félix, l'erreur des Sarrasins étoit bien plus importante et bien plus funeste au christianisme; mais en matière d'opinions religieuses, celles contre lesquelles on s'élève avec le plus de force, sont précisément les plus nouvelles et les plus voisines de la foi qu'on professe, comme c'est contre ses parents et ses voisins qu'on a les procès les plus acharnés. Félix d'Urgel quitta et reprit plusieurs fois son erreur; il paroît qu'il étoit plutôt irrésolu et changeant , qu'opiniâtre. Enfin , après plusieurs variations, il se laissa engager à venir plaider sa cause au concile d'Aix-la-Chapelle; l'empereur lui promit toute sûreté , et lui tint parole , ne pensant pas comme un de ses successeurs ( Sigismond ), que cette fidélité dans les promesses ne fût pas due aux hérétiques : Félix allégua ses raisons et ses autorités; elles furent réfutées avec douceur; cependant, à cause de ses fréquentes rechutes, Félix fut déposé de i'épiscopat, et relégué à Lyon pour y finir ses jours, il n'en publia pas moins un rétractation adressée à son clergé et à son peuple d'Urgel, où il se qualifie jadis évéque. La franchise de ce procédé méritoit qu'il fût rétabli, ou du moins rappelé de l'exil. On dit cependant qu'il laissa en mourant un écrit, par lequel il désavouoit sa rétractation.
Pour Élipand, on sait, par une lettre qu'il adressoit à Félix, que dans sa quatre-vingt-deuxième année il persistoit dans son erreur. Les Espagnols disent qu'il n'y mourut pas.
Une autre hérésie agitoit depuis long-temps léglise, et étoit dans toute sa force du temps de Charlemagnp , c'est celle des iconoclastes ou briseurs d'images : elle n'avoit aucun rapport avec les trois grands mystères de fîotre religion; et quoiqu'elle fût née chez les Grecs, ainsi que la plupart des précédentes, comme son nom l'atteste, elle étoit sans aucune subtilité, la matière n'en étant pas susceptible. C'étoit une erreur du cœur plus que de 1 esprit, et le premier iconoclaste dut être une ame froide et dure. Il est si naturel de vouloir conserver et révérer, au moins dans leurs images, les objets de sa tendresse et de sa vénération; il est si heureux qu il existe des arts capables de les reproduire, et de nous en entretenir encore lorsqu'ils nesontplus, que l'église avoit bien naturellement adopté un usage si propre à nourrir des sentiments d'affection et de piété. Le même principe qui nous fait désirer d'avoir le portrait dune mère, d'un fils, d'un ami, de tous ceux dont le commerce a pu contribuer à la douceur de notre vie, fit qu'on désira d'avoir les portraits de ceux qui avoient édifié le monde par leurs vertus, ou qui l'avoient éclairé parleurs lumières; de là les images et le culte des saints.
« Les images, disoient le pape Grégoire III, dans une « lettre à l'empereur Léon l'isaurien [a], et saint Ger- « main, patriarche de Constantinople, dans une lettre à
|r/l Tom. 7 des Conc. p. s3.
« Tcvêque de Claudiopolis (qui s'étoit déclaré contre les « images ) [«], facilitent au peuple la connoissance de «l'histoire de la religion; la peinture est une histoire « abrégée; les mères montrent ces tableaux à leurs en- «fants, et les leur expliquent : elles-mêmes, à cet aspect, « élèvent leur esprit et leur cœur à Dieu. Au moyen de «cette représentation, le mystère est plus présent et «plus sensible; le fait saisit l'imagination, et se grave « dans la mémoire. Privé de ces objets édifiants, le peu- « pie adoptera des fables, que la représentation de l'objet « ne pourra plus rectifier. »
Mais , disent des esprits farouches , ce culte est une idolâtrie.
Il est vrai qu'il peut avoir le danger de dégénérer en idolâtrie chez le peuple ignorant, dont cependant la dévotion peut le moins se passer des images; il est vrai que, dans les premiers siècles du christianisme, il n'y a voit point d'images dans les églises, de peur que ce ne fût pour les néophytes une occasion de rechute dans l'idolâtrie, dont ils étoient à peine sortis. A mesure que le temps dissipa cette crainte, la vénération et l'amour multiplièrent les images; et l'église, en consacrant cet usage, a jugé que, renfermé dans de justes bornes, il est exempt du vice d'idolâtrie , et par sa doctrine elle a prémuni contre ce vice les fidèles , en leur enseignant que le culte s'adresse au saint et non pas à 1 image et que le culte qu'elle appelle de latrie , c'est-à-dire d'adoration, est réservé à 1 Etre suprême.
Mais onj?peint jusqu'à Dieu même et ses anges qui
] Tom. i desGonc. p. 298.
sont de purs esprits, et on les représente sous une figure humaine; c'est être anthropomorphite!
On les représente sous la forme que 1 Ecriture même nous enseigne qu'ils ont daigné prendre, quand ils ont voulu se communiquer aux mortels.
Il y a dans lhistoire de cette hérésie une chose remarquable , c'est qu'on la voit d'abord paroître sur le trône, au lieu que toutes les autres étoient nées dans l'école. On raconte que l'empereur Léon l'Isaurien n'étant encore qu'un simple petit mercier portant ses marchandises de village en village sur un âne, deux Juifs lui prédirent qu'il parviendroit à l'empire, et lui demandèrent, pour prix de leur prédiction, d'abolir dans ses Etats le culte des images. Cette histoire, très contestée, sur-tout par un homme qu'on accuse d'avoir quelquefois débité pour histoire des fables vraisemblables, mais qui du moins a combattu avec succès toutes les fables absurdes; cette histoire, réduite à ses éléments , signifie peut-être que Léon llsaurien avoit reçu quelques instructions des Juifs, à qui leur loi défend de faire aucune représentation de la Divinité, que Léon avoit adopté ce principe, et qu'il l'avoit étendu aux images des saints. Quoi qu'il en soit, le 7 janvier 780, l'empereur Léon proscrivit, par un décret solennel, toutes les images et les représentations , soit de la Divinité, soit des saints, comme des monuments d'idolâtrie, et ordonna de les renverser dans toute l'étendue de son empire. Un ordre si contraire et à la nature et à l'habitude, ne pouvoit s'exécuter sans contradiction, et le cruel Léon eut toutes les occasions qu'il cherchoit de persécuter. La résistance vint d'abord du patriarche
de Constantinople , saint Germain ; l'empereur le chassa, le fit déposer, et fit nommer à sa place un homme qui étoit dans ses intérêts et dans ses principes. Il voulut ensuite donner à ses sujets l'exemple d'exécuter son édit , et d'abattre les images ; il commença par un grand crucifix qui étoit dans le vestibule de son palais, il le fit abattre en sa présence, devant tout le peuple, par un de ses écuyers nommé Jouin [a]. On ne put soutenir ce spectacle, les femmes sur-tout se soulevèrent, et renversant l'échelle sur laquelle Jouin étoit monté, elles le firent tomber , se jetèrent sur lui, et le mirent en pièces : l'empereur les fit périr dans les supplices. L'église grecque les honore comme martyres; mais des martyres ne dévoient pas commencer par être des bourreaux. L'objet de leur zélé étoit juste, les effets étoient coupables.
Les empereurs étoient encore alors réputés maîtres de Rome et d'une partie de l'Italie; mais ilsnégligeoient fort le gouvernement de cette contrée, qui , de sa part > chanceloit dans son obéissance. L'imprudente innovation de Léon excita un grand soulèvement parmi les Italiens ; ils conservèrent les images des saints , ils renversèrent celles de l'empereur; et l'empereur, qui renversoit celles de Dieu et des saints, trouva mauvais qu'on ne respectât pas les siennes : il voulut châtier l'Italie; il envoya contre elle une flotte, lui qui n'en avoit jamais envoyé pour la défendre des incursions des Sarrasins ; elle fit naufrage dans la mer Adriatique , et Léon fut obligé de borner ses persécutions à l'Orient. Il avoit
[<t] Tom. 7 des Conc. p. 19. Vit. S. Steph. Auxenc.
tenté inutilement de faire assassiner le pape Grégoire H, à qui les Romains donnèrent en cette occasion, sur la ville et le duché de Rome, une sorte de surintendance et d inspection générale, qu'on a regardée comme le principe de la souveraineté acquise peu de temps après par les papes.
Quelques années auparavant, un Juif de Laodicée avoit persuadé au calife Yézid d'ordonner aussi le renversementdesimagesdans toutes les églises chrétiennes de ses Etats, et pour cette œuvre méritoire, il lui promettoit trente ans de régne; les Juifs et les Arabes se rendirent les instruments de cette profanation; le calife mourut dans Tannée [a].
Le pape Grégoire II [ , qui succéda , le 18 mars 7 3 r , à Grégoire II, écrivit à l'empereur des lettres de reproches et de plaintes sur son hérésie et sur son schisme ; car Léon usurpoit le sacerdoce et le patriarcat, et s'arrogeoit la suprématie. Ces lettres (car on les a) sont éloquentes, et la cause de la vérité y est très bien défendue [b]. Peut-être Grégoire pouvoit-il se dispenser de dire à l'empereur, alors son souverain. «Comme « vous êtes grossier et ignorant , nous sommes obligés « de vous parler avec force. »
Peut-être ne devoit-il pas lui dire non plus : « Vous «nous avez écrit d'assembler un concile œcuménique, « mais nous ne le jugeons pas à propos. ■
( n prêtre, nommé George, fut charge de porter ces lettres. Lorsqu'il eut pris des instructions sur les lieux , et qu il sut à quel prince il avoit affaire, il prit le parti
[«] Anastas. in Greg. II. [6] Tom. 7 des Conc.
DE CHARLEMAGKE. 29
de revenir sans avoir rempli sa mission : à son retour , il subit la pénitence pour cette inexactitude, et on le renvoya exécuter son ordre; l'événement prouva que sa prudence n'avoit pas été excessive : l'empereur ayant su sa marche , le fit enlever en Sicile , et l'envoya en exil . On renvoya un autre homme porter d'autres lettres , ce qui n'étoit pas fort prudent. L'empereur retint celuici une année entière en prison. Enfin l'Italie en corps envoya des députés présenter à l'empereur une requête pour la conservation des images; l'empereur retint les députés pendant huit mois, et les renvoya sans réponse.
Cet empereur étoit en effet ignorant et ennemi des sciences, comme tous les persécuteurs; il sembla prendre plaisir à détruire tous les monuments et de la doctrine et de la piété de Constantin. Il y avoit à Constantinople une bibliothèque de trente mille volumes , fondée près du palais par les empereurs ; un homme distingué par son mérite étoit à la tête de cet établissement, et avoit sous lui douze hommes choisis, qui enseignoient gratuitement les lettres , tant sacrées que profanes. Les empereurs précédents consultoient souvent ces savants hommes, et sur toute sorte de matières. Léon, sentant malgré lui de quel poids pouvoit être leur suffrage, voulut les engager à se déclarer contre les images. Sur leur refus, il fit entourer la bibliothèque de matières combustibles, il y fit mettre le feu, et réduisit en cendres et les livres et ceux quiles gardoient [a]. Ce trait est si fort, qu'on seroit tenté de le prendre pour
[a] Constantio Mariasses. Fleury* Histoire ecclesiast., t. 9, p. 23o.
3o HISTOIRE
une de ces imputations de parti, toujours fréquentes dans les temps de trouble, et qui échappent alors par erreur ou autrement aux défenseurs mêmes de la vérité. La bibliothèque a été brûlée; on ne peut ni s'être trompé, ni avoir voulu tromper sur un fait tel que la destruction d'un pareil monument. Mais fut-ce par Tordre de l'empereur? Voilà ce qui pourroit être une imputation de parti : d'un autre côté , ce qui pourroit aider à croire au récit des historiens, c est le soulèvement presque général qu'on voit ensuite dans les esprits contre Léon.
Un concile, tenu à Rome en 7 32, consacra le culte des images , et l'empereur à Constantinople redoubla d'efforts pour l'abolir. Il mourut dans son impiété en 741.
La persécution continua et augmenta sous Constantin Copronyme son fils, et sous Léon Chazare ou Porphyrogenête, son petit-fils.
En 754, Constantin Copronyme fit tenir à Constantinople un grand concile iconoclaste, qui ordonna la destruction des idoles , rendit grâces aux empereurs grecs , qui , a V exemple des apôtres , assoient considérablement avancé ce grand ouvrage, et anathématisa saint Jean Damascène , le docteur de l'Orient, qui avoit écrit contre les iconoclastes. Qioique personne n'eût assisté a ce concile de la part de Rome, et qu il ne s'y fût trouvé aucun patriarche, il ne s'en intitula pas moins le saint et grand concile œcuménique de Constantinople . Il est vrai qu'il étoit composé de 338 évêques (1) , tous élevés
(1) Ce concile e'toit plus nombreux même que le premier conc;l«
DE CHARLEMAGNE. 3l
dans la foi du culte des images [a], et dont aucun n'eut le courage de réclamer pour la vérité contre Terreur armée du pouvoir suprême.
Copronyme étoit encore plus violent persécuteur que son père, sur-tout à l'égard des moines , les plus ardents défenseurs des images ; il les avoit pris dans la plus grande aversion , et ne les appeloit jamais que les abominables ; il fit tuer à coups de fouet, en sa présence , André-le-Galybite, pour quelques remontrances que ce moine célèbre par ses vertus avoit osé lui faire. Un gouverneur de l'Asie mineure, nommé Michel [b], assemble dans une vaste plaine les moines et les religieuses de son gouvernement, et leur déclare qu'ils ne rentreront plus dans leurs cloîtres ; qu'il faut se marier à l'instant, ou se résoudre à avoir les yeux crevés, et à être transportés dans l'île de Cypre. Plusieurs cédèrent, mais plusieurs se dévouèrent au supplice; il y en eut même de traités plus cruellement qu'on ne Favoit annoncé; on en fit périr un grand nombre ; on assaisonna cette barbarie de plaisanteries exécrables : il y eut quelques uns de ces religieux à qui on se fit un jeu d'oindre la barbe d'huile et de cire fondue , on y mettoit ensuite le feu , on leur brûloit le visage et la tête. Le gouverneur mit à l'encan les monastères et tous leurs biens , et en envoya le prix àl'empereur, qui lui écrivit des lettres de remerciement, soit que le gouverneur n'eût fait qu'exécuter ses ordres, soit qu'il eût imaginé de luimême ce moyen de faire sa cour.
œcuménique de Nicée; celui-ci n'étoit composé que de trois cent dixhuit évêques.
[a] Fleury, Histoire ecclésiastique. [b] Théophanes, p. 375.
32 îiisTuint
Copronvme inventoit tous les jours pour les moines quelque tourment ou quelque affront nouveau. Ceux dont il épargna la vie, il s'attachoit à les rendre ridicules. Il les fit tous passer en revue dans l'Hippodrome, un à un , tenant chacun , malgré soi , une femme par la main, apparemment pour les punir de n'avoir pas voulu en prendre. Le peuple, appelé à ce spectacle, leur crachoit au visage , et leur jetoit de la boue. Le supplice de saint Etienne , abbé ^ qu'on nomme le Jeune ou saint Etienne dAuxence, pour le distinguer du premier raartvr du même nom ), est accompagné, ainsi que le supplice d'une foule d'autres martyrs du même temps et de la même cause, de circonstances d'atrocité qui doivent égaler le nom de Constantin Copronvme à celui de Néron. Peut-être, encore un coup, ces circonstances sont-elles des imputations de parti, ou peut-être sontelles seulement des effets naturels de la brutalité des subalternes.
Nous avons dit que la persécution, sous Constantin Copronyme, et sous Léon Porphyrogenéte, s'étendoit jusqu'à 1 impératrice Irène, femme de Léon. Qu'elle éloit intéressante alors! Combien une princesse jeune, belle, cherchant à plaire, opprimée par un beau-père et un mari odieux, pour la cause commune des âmes pieuses et sensibles , devo;t être chère à la nation ! Nous avons dit quels movens moins intéressants elle étoit soupçonnée d'avoir employés pour se délivrer promptement de cette persécution. Devenue maîtresse absolue par la mort de son mari, par le bas âge de son fils , et par l'affection des peuples, son premier soin fut de mettre en liberté des sentiments qu'elle savoit être ceux
de la plus grande partie Je ces sujets ; et avec le secours d'abord du patriarche Paul, qui s'accusa en public de la foibles^e qu'il avoit eue de déguiser jusqu'alors ses vrais sentiments ; par la crainte de déplaire aux empereurs précédents, et qui s'en punit en se déposant luimême ; ensuite, avec le secours du patriarche Taraise , successeur de Paul , elle parvint à rétablir pleinement le culte des images [a]. Elle voulut consacrer ce dogme par la solennité d'un concile œcuménique, tenu dans le même lieu que le premier des concdes œcuméniques , celui où l'hérésie d'Ârius avoit été foudrovée, et la vraie foi de l'église sur la Trinité solidement étabiie , c'est-adire à Nicée en Bithynie ; elle écrivit en son nom , et au nom de l'empereur Constantin Porphyrogénéie son fils , au pape Adrien, pour le prier d'assister au concile en personne ou par ses légats : elle manda aussi tous les patriarches; mais ils ne purent s'y trouver, et on ne put même parvenir jusqu'à eux pour leur porter les ordres de l'impératrice, par la crainte des Sarrasins, qui infestoient toutes les mers. Le pape fut représenté par deux légats , et les patriarches par des moines. Le concile se tint en 787. On établit le culte des images , et on en fixa les principes. On apporta une image de la Vierge au milieu de l'assemblée ; elle y fut saluée par tous les évêques , et on brûla devant elle les écrits des iconoclastes. Le même concile tint ensuite une session publique , à Constantinople, dans le palais de Magnaure : on y lut à haute voix , en présence du peuple , les décrets faits à ÎSicée; ds furent souscrits
[a] Concil. t. 7, p. 5r et suiv. Théophane, p. 386-387- 2. 3
par 1 impératrice , et par l'empereur son fils. Le pape Adrien, très content de ce concile, et de la part qu il v avoit eue par ses légats, s'empressa d'en envoyer les actesàCharlemagne son ami. Sa surprise et sa douleur furent extrêmes de voir que Charlemagne, loin d'y applaudir, composa, ou fit composer par les évéques de sa domination , auxquels il avoit donné ces actes à examiner, un ouvrage, dans lequel il rejetoit les décisions du second concile de Nicée , comme contraires à l'usage et à l'opinion de 1 église d Occident , et s efforçoit de prouver que ce concile n'étoit point oecuménique [a]. Cet ouvrage que nous avons , et qui est fort connu sous le nom de livres Carolins , n'est ni sans fiel, ni même sans quelques légères erreurs. Il respire, en plus d'un endroit, la prévention et l'aversion contre les Grecs. L'auteur, quel qu'il fut, ne montre pas toute l'érudition ecclésiastique nécessaire, lorsqu'il avoue qu'il ne connoît ni la personne ni les écrits de saint Grégoire deîSysse, dont l'autorité étoit réclamée par le concile de Nicée.
Au reste, Terreur principale de Cbarlemagne et de ses évéques, sur la doctrine de ce concile, étoit très naturelle; elle venoit de limpéritie du traducteur des actes. On y avoit lu, avec autant d étonnement que de scandale, cette formule : « Je reçois et j'honore les images, « et je leur ronds la même adoration que je rends à la h sainte Trinité. » On jugea en France que la haine pour les iconoclastes avoit jeté les pères de >icée dans l'idolâtrie. L'original grec portoit au contraire : « Je reçois
[n] Concil. L ;. Fleury, 1. 44-
« et j'honore les saintes images ; mais je ne rends qu'à « la seule Trinité l'adoration de Intrie. » Ce qui étoit conforme à la doctrine que l'église avoit professée dans tous les temps.
Alcuin avoit aussi écrit, contre le second concile de Nicée, une lettre qu'il avoit fait approuver par les princes et les évêques d'Angleterre.
Il paroît que l'erreur de Charlemagne ne fut pas promptement dissipée; car au concile de Francfort sur le Mein, qui se teint en 794 , et où il rassembla les évêques de toutes les provinces de son obéissance, le second concile de Nicée fut rejeté , toujours sur le fondement de la même erreur. Cette opposition de deux conciles , tous deux très nombreux et très solennels, fit redouter dès- lors au pape Adrien la séparation des deux églises , qui ne devoit avoir lieu que dans le siècle suivant; il craignoit de voir naître ce schisme, d'un malentendu , dans le moment où l'église grecque, abjurant l'erreur dont on avoit voulu l'infecter, se réunissoit à l'église romaine sous une impératrice orthodoxe , et prenoit avec le saint siège de nouveaux engagements. Adrien écrivit contre le livre de Charlemagne , non en controversiste , mais en père commun, et en pacificateur; sa lettre à Charlemagne [a] est d'un ton aussi doux , aussi aimable , aussi paternel , et en même temps aussi respectueux que celui des livres carolins est aigre et amer. Il est vrai que le saint-siège ne pouvoit trop ménager un bienfaiteur tel que Charlemagne : mais enfin Adrien eut sur lui un avantage marqué dans cette
[a] Tome 7 des concile»,
dispute. Le mal-entendu cessa enfin , et la paix se maintint entre les deux églises, comme entre les deux empires ; lorsqu'on proposa le mariage de Charlemagne avec Irène, l'orthodoxie de cette princesse fut une des raisons qui facilitèrent les négociations. Nous avons dit ce qui empêcha la réunion des deux couronnes impériales.
L'article de la procession du Saint-Esprit , qui devoit un jour être compté parmi les causes du grand schisme d'Orient, commençoit depuis long-temps à exciter des disputes. Le Saint-Esprit procédoit-il du père seulement, ou du père et du fils à-la-fois , ou du père par le fils? L'église seule pouvoit le savoir, et les simples lumières de la raison ne fournissoient rien sur ce point à opposer â son autorité; mais l'église grecque et l'église latine différoient sur ce même point et de doctrine et d'usage. Dès le régne de Pepin-le-Bref , il s'étoit tenu à Gentilly , près Paris , un concile , dans lequel on agita principalement deux questions ; l'une concernoit le culte des images (question dominante alors); l'autre étoit la procession du Saint-Esprit : l'empereur Constantin Copronyme envoya des ambassadeurs à ce concile; ils eurent de grandes contestations avec les légats du pape sur les deux articles; mais ils se plaignirent principalement de l'usage qui s'étoit introduit dans l'église de France, d'ajouter le mot ftliocjue au symbole de Constantinople.
Cette addition du iwoifilioqueïvit encore agitée, sous Charlemagne, dans le concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 809. Charlemagne, l'oracle des théologiens, par sa doctrine autant que par sa puissance, ne se jugea pas
DE CHARLEMAGNE. 3j
en état de décider la question; il eut recours à la source la plus naturelle de lumières en pareille matière; il fit partir pour Rome Bernard, évêque de Vormes, et Adclard, abbé de Corbie, prince du sang royal ; ils eurent avec le pape Léon III une longue conférence où la matière fut épuisée. Le pape déclaroit qu'en son particulier il étoit persuadé que le Saint-Esprit procédoit du fils comme du père, que par conséquent il approuvoit ce qu'exprime Yadâiùonjîliogue; que cependant il n'étoit pas d'avis qu'on fît cette addition , parcequ'elle pouvoit fournir aux Grecs , déjà mal disposés, le prétexte d'alléguer une innovation , et de se séparer de l'église; on pensa en France que, s'ils étoient disposes à saisir un si foible prétexte, ils n'en manqueroient jamais , et que le mal étoit déjà fait ; que par conséquent la condescendance seroit en pure perte; que cependant le retranchement de cette addition donneroit lieu de croire qu'elle contenoit une doctrine erronée.
Le pape insista , et dit qu'il ne proposoit point de faire retrancher avec éclat cette addition de tous les missels ; mais il demanda si on ne pourroit pas du moins cesser de l'employer dans la chapelle du roi, sous prétexte de se conformera la pratique de l'église romaine? Nousignoronsceque lacourdeFrancepensade cet expédient , mais l'addition filioque est restée ; Rome même l'a depuis adoptée dans l'onzième siècle, et le concile de Florence, tenu en io55, l'a consacrée. Mais dans le temps de la conférence dont nous parlons , Léon III , pour montrer qu'il n'approuvoit pas qu'on eût fait cette addition, fit graver le symbole sans l'addition sur deux grands écussons d'argent, en latin sur l'un . en grec sur
l'autre, et il fit suspendre ces deux écussons à droite et à gauche de la confession ou du tombeau de saint Pierre, comme des monuments publics de l'attention de l'église romaine à conserver le symbole tel qu'elle
I avpit reçu. C étoit condamner bien hautement un usage qui a fini par être universel dans l'église latine.
Telles furent les questions théologiques qui occupèrent 1 église sous le régne de Charlemagne, et telle est la part que ce prince v prit. Au reste, toutes les sectes , lous les partis ont cherché, dans tous les temps, à s'appuver de l'autorité de Charlemagne : un docteur protestant, nommé Chrétien Nifanius, prétendit prouver, dans le dernier siècle , que Charlemagne n avoit pas été ce qu'il ay>pc\o\t papiste , c'est-à-dire catholique (i).
II trouvoit dans les règlements faits par Charlemagne pour les églises de la Saxe des choses contraires au rit romain , et conformes aux idées de Luther. Un zélé catholique, nommé Nicolas Schatenius (2), ne souffrit poiui qu on imprimât cette tache à la mémoire d un si grand prince; il réfuta Nifanius, et prouva le catholicisme de Charlemagne. Nifanius ne se tint pas pour réfuté; il revint à la charge, et donna plus affirmativement encore Charlemagne pour un confesseur de la rente éyattgéliçue; beaucoup de docteurs de l'un et de l'autre parti entrèrent dans la querelle; les uns faisant toujours de Charlemagne, selon Nifanius, un te-
1 1 '' ; \ !ar,u ostensio qubd Carolus Magnus non jueric papista.
! ! urofurîi, 1670, 111-8°.
(2) C'est le P. Schaten. jésuite. Son ouvrage a pour titre : Carolus V. Romanorum Jmpcrator tt Framcomm. Rex Romano-CathoUçus ezpliù'cfllUi aUversùs Christianum Xifanium.
moin de la vérité; les autres , selon Schatenius , un parfait catholique romain. Un docteur, nommé Henri Thana, prit un parti mitoyen; il convint que Charlemagne étoit catholique, mais il prétendit que ce prince n'avoit pas beaucoup de religion. Hoffman a extrêmement loué la piété que Charlemagne fit paroître dans la conversion des Saxons ; il seroit à désirer qu'on pût louer autant son humanité envers eux. Quoi qu'il en soit, l'église de France fut préservée d'erreur; mais la discipline intérieure de cette église, tombée dans le plus grand relâchement par l'esprit de licence et de désordre qu'avoit introduit la continuité des guerres tant civiles qu'étrangères , fournissoit au zélé de Charlemagne une ample matière de règlements et de capi« tulaires.