CHARLES-LE-SIMPLE
Depuis la mort de Charles-le-Gras, la maison carlovingienne sembloit réduite à deux seuls princes : Arnoul, bâtard de Carloman-Je-Germanique, et Charles-le-Simple, fils posthume de Louis-le-Régue , que plusieurs affectaient de regarder aussi comme bâtard. Cette idée donna naissance à une foule de prétentions nouvelles. Divers seigneurs français , qui descendoient de Charlemagne par les femmes, croyoient valoir au moins deux bâtards, dont l'un l'étoit incontestablement, et l'autre passoit pour tel à leurs yeux. Eudes , comte de Paris et
3 lo HISTOIRE
duc de France , qui venoit de se signaler par la défense de Paris contre les Normands, étoit du nombre de ces descendants de Charlemagne par femmes. Les Français lélurent pour leur roi , et il continua de faire la guerre aux Normands avec sa valeur ordinaire [a].
Arnoul eut la succession germanique. Quant à l'empire et à l'Italie, déjà depuis long-temps divers seigneurs italiens, ou du moins établis en Italie, tels que les ducs de Spoléte et les ducs de Frioul , commençoient à prétendre que l'empire d'occident étant l'empire romain, son siège devoit être à Home, et qu'il devoit appartenir à un Italien, plutôt qu'à un Français ou à un Allemand. A ce titre de convenance ces Français ita-
lianisés ajoutoient l'avantage qu'ils avoient aussi bien qu'Eudes, roi de France, Louis, fils de Boson , roi de Provence, et Raoul, roi delà Bourgogne transjurane, de descendre de Charlemagne par des femmes; car c'étoit alors le grand titre qu'on faisoit valoir; tant cette rage épidémique de guerres, tant étrangères qu'intestines , avoit confondu tous les droits et anéanti tous les principes. C'étoicnt des maisons étrangères qui déchiroient l'héritage de Charlemagne, tandis qu'il restoit un prince de sa maison, réputé légitime au moins dans une grande partie de la nation , un prince à qui tous ces trônes auroient dû appartenir, et qui n'en possédoit aucun; ou, si quelque prince de cette maison en défendoit les droits , cétoit encore un bâtard.
Nous avons dit que la race carlovingienne semblait réduite aux princes Arnoul et Charles-le-Simple , et non
[a] Annal. Metcns.
pas qu'elle Vètoit; car nous ne concevons pas comment, tandis que le bâtard Arnoul jouoit le rôle principal parmi les princes de cette maison, Hébert ou Herbert, comte de Yermandois , et Pépin, comte de Senlis, qui descendoient de mâle en mâle de Charlemagne, par Bernard, roi d'Italie, dont la bâtardise est pour le moins très équivoque, nétoient pas au moins réputés princes du sang, eux dont les branches avoient le droit d'aînesse sur toutes les branches issues de Louis-le-Débonnaire. Nous concevons mieux comment ils étoient rejetés par ceux qui, descendant de Charlemagne par femmes seulement, prétendoient être préférés aux princes carlovingiens, dont la bâtardise étoit ou prouvée ou alléguée.
Ainsi donc Bérenger, duc de Frioul, et Guy, duc de Spoléte, tous deux issus de Charlemagne par des femmes , se disputoient l'Italie et l'empire , et même la France , car Guy, duc de Spoléte , étant venu à Rome à main armée, s'y fit couronner empereur et roi de France.
Le bâtard Arnoul, fds de Carloman-le-Germanique, prétendoit, de son côté, à toute la succession de Charlemagne , parcequ'il étoit , disoit-il , le seul mâle issu de mâle en mâle de Charlemagne , et qui ne fût pas un enfant, car on comptoit toujours pour rien les descendants de Bernard.
Arnoul avoil bien voulu reconnoître pour roi de France le comte Eudes, qui lui avoit fuit des soumissions ; mais il ne voulait pas de même céder l'empire
aux nouveaux concurrents qui cherchoient à l'usurper. Il pas-^e en Italie, il arrive aux portes de Rome , et s'empare de cette ville par un hasard bien singulier. Ses troupes étoient excédées de fatigue; mais les soldats étoient pleins d'ardeur : les chefs insistaient pour qu'on donnât aux troupes quelques jours de repos; les soldats crioient gaiement qu'un assaut les délasseroit. Pendant ce débat, un lièvre sort du milieu du camp; les soldats le poursuivent avec de grands cris du côté de la ville [a]. Les Romains de ce temps , qu'il est presque ridicule d'appeler d un tel nom, persuadés que 1 armée d'Arnoul court à l'assaut, s'effraient, abandonnent la garde des portes et des murailles. Les Germains, ne trouvant point d'obstacle, escaladent les murailles, enfoncent les portes, prennent la ville. Arnoul est couronné empereur par le pape Formose; mais les prétentions des papes faisoient toujours quelque progrès. Formose, en faisant prêter serment de fidélité par les Romains au nouvel empereur, changea la formule ordinaire, et introduisit une restriction qui soumettoit entièrement 1 autorité impériale à 1 autorité pontificale. Voici quelle étoit cette nouvelle formule :
«Je jure, par les saints mystères, que, sauf mon « honneur, ma loi et la fidélité que je dois au pape For- « mo^e, mon seigneur, je serai fidèle à l'empereur Ar- « noul (i). »
[a] Laitprand, 1. 6,c. 8.
(i) L'ancien serount, tel qu'il fut prête, en 82 j, à T.ouis-le-De-
bonn;iire e! à Lothaire, sou fils, contient l>ien une faible réserve de
la fidélité jurée an pabe : Sa h- a fi de quant repromisi domino opostolico;
s il exprime l'engagement le plus fort et le plus étendu à l'e'gard
Ce prince mourut , peu d'années après, de la maladie pédiculaire , et l'empire sortit pour toujours de la race de Charleiaagne, tant légitime que bâtarde.
Le dernier empereur descendu de Charlemagne dans la ligne masculine et légitime fut, comme nous l'avons dit, Charles-le-Gras; le dernier empereur de la même ligne, mais bâtard, fut Arnoul; et le dernier prince descendu de Cbarlemagne par les femmes , qui ait régné dans une partie de l'Italie , en aspirant à l'empire, fut Bérenger, duc de Frioul.
Vers le même temps , le sceptre de la Germanie fut aussi enlevé à la race de Charlemagne, par le choix que fit cette nation de Conrad, duc deFranconie, pour la gouverner. Dans la suite , après bien des vicissitudes et des violences , après des flots de sang versés comme à l'ordinaire , l'empire a passé à des princes germains , et s'est fixé en Germanie avec tous les titres fastueux de l'ancien empire romain et avec des prétentions sur l'Italie, source de discordes éternelles. Dans cette institution singulière, à travers la subversion de tous les droits, on reconnoît encore l'influence de Charlemagne , on voit l'effet de sa prédilection pour la Germanie et des grands établissements qu'il avoit formés dans cette contrée ; on voit la suite naturelle de son indifférence pour les affaires de l'Italie, et des concessions faites ou confirmées par ce grand prince au saint-siége.
Sa race abâtardie ne pouvoit plus disputer que la France , la France affoiblie par des démembrements
de l'empereur, et assujettit formellement l'élection des papes à !a confirmation de l'empereur. Cap. t. I ,/?. 647 et 6 j8.
considérables, la France où, par l'abus de la féodalité, tous les emplois devenoient des domaines et tous les domaines des souverainetés ; encore cette couronne ainsi dégradée étoit-elle enlevée aux princes carlovingiens. La maison de Robert-le-Fort s'élevoit sur leurs ruines, comme autrefois la maison de saint Arnoul et de Pépin sétoit élevée sur les ruines des enfants deClovis. Eudes, fils aîné de Robert-le-Fort , occupoit alors le trône qu'il avoit mérité par ses exploits contre les Normands. Défendre la France de ce fléau , étoit presque alors le seul titre à la royauté , comme le seul devoir quelle preserivoit. Déposoit-on un prince légitime , on lui reprochoit toujours sa négligence à défendre l'État contre les Normands. Se livroit-on à un usurpateur , c'étoit toujours le prix des services qu'on en avoit reçus ou qu'on en attendoit contre les Normands.
Charles-ie-Simple disputoit encore la couronne au roi Fludes; celui-ci, selon quelques auteurs, n'étoit, au moins dans l'intention de la nation , que régent du royaume sous le roi Charles [a]. S'il est ainsi , le régent vouîoit conserver pour lui seul l'autorité rovale,et n'en faire aucune part à son pupille; il avoit pour lui son âge et ses exploits ; il étoit contre les Normands ce que Charles Martel avoit été contre les Sarrasins, et il étoit à l'égard des princes carlovingiens de son temps, ce que Charles Martel avoit été à l'égard des derniers rois mérovingiens; Charles n avoit pour lui que ses droits, et ils suffirent pour lui donner un parti. Des grands , mécontents du gouvernement d Eudes, ou plutôt de sa fer-
|V/I Annal. Metens. Chron. brcve apud Duclicsric , t. 3.
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meté à maintenir les droits de l'autorité souveraine, qu'il avoit usurpée, nommément Herbert et Pépin, descendants , comme nous l'avons dit , de Bernard, roi d'Italie, placèrent sur le trône le jeune Charles, et le firent sacrer par l'archevêque de Reims; mais ils lui vendirent bien cher la couronne qu'ils lui rendoient ; ils partagèrent entre eux la souveraineté; et de concessions en concessions, d'usurpations en usurpations, dinféodations en inféodations, se forma ce fameux régime féodal qui a , dit-on , encore dans la noblesse quelques partisans secrets, mais qui laissa aux rois capétiens l'autorité tout entière à conquérir lentement et par degrés.
Le régne de Charles, qu'il employa tout entier à mériter dans le plus mauvais sens le surnom de simple , est l'époque de la plus grande décadence de la maison carlovingienne. On parvint d'abord à concilier les intérêts des deux prétendants, et à partager entre eux le royaume. Eudes eut le nord , Charles le midi.
Eudes mourut peu de temps après ce partage. Robert son frère hérita de ses titres, de sa puissance, et de son ambition; il disputa aussi la couronne àCharles. Celui-ci, hors d'état de résister et aux ennemis domestiques et aux ennemis étrangers, fit, en 9 i 2, avec les Normands, ce honteux traité de S.-Clair-sur-Epte, qui leur assura la partie de la Neustrie nommée aujourd'hui de leur nom Normandie, et par lequel Roiion , cet illustre chef des Normands, devint le gendre et le vassal redoutable d'un roi méprisé.
Charles avoit un ministre, nominé Haganon, qui le servoit aussi bien qu'on peut servir un roi foibie , et qui gouvernoit aussi sagement qu'on peut gouverner un état déchiré; on ne lui reprochoit guère qu'une naissance obscure, et cétoit alors un reproche grave pour un ministre. Les grands ne pardonnoient qu'aux grands d'avoir de la faveur et de la puissance : ils furent plus blessés du crédit d'Haganon que du traité de Saint-Clair; ils obligèrent le roi d abandonner son ministre; et dans une assemblée des grands, où Charles comparut plus qu il n y présida, et où Robert, son concurrent, se lit son accusateur, on lui déclara que par condescendance, et en faveur du sacrifice qu'il faisoit d'Haganon , on vouloit bien lui continuer pour un an l'obéissance qui lui avoit été rendue jusqu'alors. C'est ainsi qu'on traitoit les restes du sang de Charlemagne.
Tant d'affronts rendirent à Charles un peu de courage, il osa se révolter contre Robert, car c étoit le roi qui se révoltoit alors ; et dans une bataille qu'il lui livra, Robert périt, quelques auteurs disent même que ce fut de la main de Charles.
Hugues-le-Grand, fils de Robert, n'en gagna pas moins la bataille : et il se fut fait couronner, s il lent voulu. On dit que, content du pouvoir, il traita ce titre de roi avec tant d'indifférence, quil demanda froidement à Erame sa sœur, qui elle aiinoit mieux voir roi , de lui ou de Raoul se * mari, et qu'il lui en laissa le choix.
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La réponse d'Emme, selon Glabert (i), fut quelle ai- ?noit mieux baiser les genoux d'un mari que dunjrere; en conséquence , Raoul fut roi.
Herbert, comte de Vermandois, alla offrir ses services au malheureux Charles, il lui prodigua les respects; il frappa son fils, parceque celui-ci recevoit debout le baiser du prince, et quand il eut gagné sa confiance par ces démonstrations de zélé, il le retint prisonnier, et alla trafiquer de son crime et de sa proie à la cour de Raoul. Raoul ne lui en ayant pas d'abord payé le prix qu'il desiroit, il remit, pour s'en venger, son prisonnier sur le trône; puis Raoul s'étant empressé de satisfaire un homme qu'il étoit si dangereux de mécontenter, Herbert remit son fantôme de roi du trône dans les fers, où le malheureux Charles-le-Simple mourut au bout de quelques années ( le 7 octobre 929. )
Ogine sa veuve, sœur d'Adelstan roi d'Angleterre, emmena Louis son fils dans cette île, et montra d'abord un grand courage et beaucoup de zélé pour son mari et pour son fils : mais dans la suite, afin qu'il ne manquât aucun genre d'humiliation ni d'abandon aux princes carlovingiens , elle devint amoureuse du comte de Troyes, fils de cet Herbert, l'oppresseur de Charles-le- Simple, et elle l'épousa, se rendant ainsi, après coup, complice de la mort de son premier mari.
Raoul régna encore quelques années après la mort de Charles ( jusqu'en g'$6 ); mais jamais il ne fut universellement reconnu : on cite une multitude d'actes datés de telle ou telle année depuis que Charles , roij a
(1) Glab. 1. ï . c. 2,
été dégradé par les Français , et Raoul élu contre les lois, ou bien, depuis la mort de Charles , Jésus-Christ régnant , en attendant le légitime roi; et du moins, après la mort de Raoul, cène fut point Herbert qui lui succéda , quoique ce fut peut-être celui qui avoit le plus de droit au trône ; l'horreur qu'inspiroit sa perfidie le fit exclure unanimement.
Hugues-le-Grand, persévérant dans son indifférence pour le titre de roi, fit venir d'Angleterre Louis, fils de Charles-le-Simple, qui en eut le surnom de Louis d'Outremer, et le remit au trône de ses pères. Hugues-le- Grand disposoit des derniers rois carlovingiens, comme Pépin et Charles-Martel a voient disposé des derniers rois mérovingiens; mais il s'en falloit beaucoup qu'il ne fût comme eux le maître de l'Etat. La mairie avoit autrefois conservé et réuni l'autorité dont elle avoit dépouillé les rois. Sur la fin de la seconde race, au contraire, le système féodal avoit partagé cette autorité entre les grands vassaux. Tout le monde étoit roi, et personne ne fétoit; celui qui portoit ce titre stérile étoit moins puissant que plusieurs de ses vassaux. Pépin et Charlemagoe, en se substituant aux rois mérovingiens , furent d'abord des rois puissants. Hugues Capet et ses successeurs eurent toute la puissance royale à conquérir; ainsi les Carlovingiens avoient perdu, avec Leur autorité, la puissance même de l'État; non seulement toutes les conquêtes de Charlemagoe étoient perdues, mais la France elle-même, démembrée, morcelée, n'avoit plus de gouvernement, plus de consistance; ce n'étoit plus un royaume > c'étoit un grand fief livré à 1 anarchie.
Le régne de Louis d'Outremer n'eut rien de réunir-
quable , si ce n'est que ce prince fut quelques moments prisonnier des Normands , qu'il avoit voulu surprendre et priver de leur jeune duc , Richard sans peur.
C'est à Louis d'Outremer que Foulques-le-Bon, comte d'Anjou, écrivoit : « Sachez, sire, qu'un prince non « lettré est un âne couronné. » Mais cette littérature, qui faisoit prendre au comte d'Anjou un ton si fier, et dont Louis d'Outremer avoit tort de se moquer, puisqu'après tout c'étoit quelque chose alors , se réduisoit à chanter au lutrin.
Louis mourut dune chute de cheval , en courant après un loup. Il laissa deux fils, Lothaire, qui lui succéda, et Charles de Lorraine, connu seulement par son exclusion.
Hugues-le-Grand couronna encore Lothaire, et mourut peu de temps après, ayant dédaigné trois fois la couronne, fils de roi, neveu de roi, beau-frère de roi, père de roi, et tige d'une suite de rois, non seulement en France où ils régnent depuis huit siècles, mais en Portugal, à Naples, en Hongrie, en Espagne, etc.; suite telle, qu'aucune autre race, en aucun temps en aucun pays, n'a pu se glorifier d'en avoir produit une semblable, soit en nombre de rois, soit en étendue de rovaume, soit en durée de succession, et nous ne parlons ici que dune succession de mâle en mâle, non interrompue, en remontant jusqu'à Robert -le- Fort ; en sorte que la maison de France pourroit être appelée, par excellence, la maison rojale de l'Eu-
3jo histoire
rope (i)j où même son empire ne se borne pas à beaucoup près.
Lothaire avoit, dit-on, des qualités naissantes qui sembloient promettre un roi , mais qu'il n'eut pas le moven de développer. Il mourut encore jeune ( à quarante-cinq ans ) , empoisonné, à ce qu'on croit, par la reine Emme sa femme, qui vouloit régner sous le nom d'un fils au berceau.
Ce fils, nommé Louis V, caractérisé dans nos annales par ce seul mot, juvems qui niliil fecit , jeune homme qui ne fit rien , fut encore empoisonné, selon l'opinion commune , par Emme sa mère, qu'on avoit chassée de la France , et qui vouloit y régner.
Après la mort de Louis, les Français ne voulurent être gouvernés ni par sa mère, ni par Charles de Lorraine, son oncle paternel, soit , comme le disent tant
(i) Le Laboureur, dans son Histoire 'le la Pairie, appelle la maison de France la seule maison royale de l'Europe ; mais c'est par une autre raison encore, c'est par le droit éternel attache' à chaque branche de
pouvoir succéder à la couronne «La faculté de pouvoir être rois,
« dit-il ( chapitre 6), met les princes du sang de France au-de--i « tous les enfants puînés des autres rois, qui ne naissent qu'avec un « droit incertain et douteux à une succession également féminine et « masculine. » En général, la loi salique, c'est-à-dire notre système de •uccession à la couronne, a de si grands avantages, qu'on a peine à concevoir qu'il n'ait pas été adopté par toutes les monarchies.
DE CHARLEMAGNE. 35l
d'auteurs, parceque Charles s'étoit rendu vassal de l'empire , soit plutôt parceque les Français étoient las de la race carlovingienne, et que les raisons qui avoient fait rejeter les derniers princes mérovingiens étoient devenues plus fortes encore contre les derniers princes carlovingiens.
« Auguste étant en Egypte, dit M. de Montesquieu ( i ) , « fit ouvrir le tombeau d'Alexandre : on lui demanda «s'il vouloit qu'on ouvrît ceux des Ptolomées; il dit « qu'il avoit voulu voir le roi et non pas les morts. Ainsi, « dans l'histoire de cette seconde race , on cherche Pe- « pin et Charlemagne; on voudroit voir les rois et non « pas les morts. »
Laissons les rois et les morts dans leurs tombeaux. Tout ce qu'il importe de considérer ici, c'est que la foule des morts , c'est-à-dire des rois foibles, laisse toujours infailliblement périr la grandeur des rois „ c'est-àdire des conquérants; que les successeurs d'Auguste et de Constantin partagèrent d'abord et ensuite perdirent l'empire romain; que les Mérovingiens détruisirent l'ouvrage de Clovis, et que sur-tout les Carlovingiens détruisirent en moins de temps encore l'ouvrage beaucoup plus vaste de Charlemagne. Louis V, le dernier roi de cette race , n'avoit plus pour tout domaine que Laon et Soissons, avec quelques petites terres que même on lui contestoit. Voilà ce qu'étoit devenu l'empire de Charlemagne; voilà où étoient venus aboutir les triomphes de ce conquérant, dont l'exemple, comme nous ravonsprouvéjetcommelui-mêmesembloitl'avoirenfin
(i) Esprit des Lois, liv. 3i, chap. 20.