‹ Histoire de Charlemagne (volume 2)Chapitre 26 sur 44 · JEAN-SANS-PEUR · texte numérisé non relu

JEAN-SANS-PEUR

(Depuis i4o4 jusqu'en i4I9-)

Le cruel Jean de Bourgogne, son fils, aspira comme lui à l'honneur de gouverner la France. Il régna véritablement tantôt sous le nom de l'infortuné Charles VI, tantôt malgré Charles VI même; et son régne horrible ne lut marqué que par des massacres , des incendies et des proscriptions. Son coup d'essai fut l'assassinat de Monsieur, duc d'Orléans, frère unique de

Charles VI; mais le chef-d'œuvre de sa puissance fut d'avouer impunément ce crime, et de le faire justifier solennellement par un cordelier, qui osa vçndre son organe infâme à de pareilles fureurs. L'abus que Jean fit de l'autorité souleva bientôt contre lui tous les princes, tous les grands du royaume, qui s'unirent avec la maison d'Orléans. Alors tout fut en proie aux horreurs de la guerre civile, jointes aux malheurs d'une guerre étrangère. Toute la France se partagea en deux factions, lune des Orléanais ou Armagnacs, l'autre des Bourguignons , qui appelèrent les Anglais. Paris eut alors ses Svlla et ses Marius. Le roi commandoit en vain qu'on mît bas les armes : la voix du devoir étoit étouffée par le cri tumultueux de la haine et de la colère. Les deux partis, tantôt vaincus, tantôt vainqueurs , exerçoient tour-à-tour les vengeances les plus barbares: la licence avoit rompu toute barrière. Les bouchers , les écorcheurs , les bourreaux vengeoient la querelle du duc de Bourgogne avec la dureté féroce de leur vil ministère : il n'en coûtoit au duc de Bourgogne , pour animer cette populace effrénée, que de lui prodiguer bassement les caresses et la familiarité. Le bourreau de Paris , qui commandoit les assassins , qui dirigeoit leurs coups, qui se faisoit amener impérieusement les prisonniers, prétendant que l'honneur de les égorger de sang-froid n'appartenoit qu à lui, le bourreau touchoit insolemment dans la main de ce prince, qui effaça fort mal cette infamie, en lui faisant trancher la tête dans la suite. Les Armagnacs furent exterminés, et ne purent assouvir, par l'effusion de tout leur sang, la rage de leurs ennemis : leurs corps, précipités du haut des

tours, étoient reçus sur les pointes des épées et des javelines; on les outrageoit encore après leur mort.

Enfin tant d'horreurs furent expiées par une nouvelle horreur. Le dauphin, qui avoit toujours favorisé le parti des Armagnacs, attira le duc à une entrevue sur le pont de Montereau-Faut-Yonne, où il fut assassiné par les seigneurs de la suite du dauphin. On ignore encore si ce coup étoit médité de la part du dauphin : on croit assez généralement qu'il l'étoit ; cependant tonte la vie de ce même dauphin , qui régna glorieusement sous le nom de Charles VII , atteste qu'il étoit incapable d'un tel crime. Mais c'étoit à peine un crime que de violer les lois pour punir un monstre , fléau de l'humanité , devant qui les lois se taisoient.

Le mariage du duc Jean avec l'héritière de Hainaut, de Hollande et de Zélande, acheva de réunir les Pavs- Bas sous la domination des ducs de Bourgogne.

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