‹ Histoire de Charlemagne (volume 2)Chapitre 30 sur 44 · LE DUC DE CALABRE · texte numérisé non relu

LE DUC DE CALABRE

Le duc de Calabre, héritier présomptif des droits légitimes et malheureux de ses pères au royaume de Naples, et déjà possesseur des duchés de Lorraine et de Bar, parut pendant quelque temps avoir fixé le choix du duc de Bourgogne. La grande réputation que Jean d'Anjou son père avoit acquise par des succès brillants en Italie, et plus encore par des revers soutenus avec courage, répandoit sur le fils un éclat intéressant. Le duc de Calabre ne débuta point par le projet ridicule de faire peur à Charles-le-Téméraire : il n'aspira point à son alliance par des intrigues ; il ne fit parler que son amitié, son attachement, ses services. Il mérita, par des respects touchants , par des hommages tendres et vrais , toute l'estime de la princesse. Elle vit avec plaisir les progrès de cette affaire poussés par l'ordre de son père jusqu'à des promesses de mariage réciproques . Mais Charles ne tarda pas à se repentirde s'être tant avancé : l'alliance de Maximilien lui parut plus avantageuse. Il rendit au duc de Calabre sa promesse, il lui redemanda celle de sa fille , que le duc de Calabre lui remit avec toute la docilité d'un fils , lors même qu'on lui ôtoit l'espérance de

létre. Ce procédé, qui lautorisoit à des reproches, et peut-être à quelque chose de plus, ne changea rien à ses sentiments ni à sa conduite. Il ne rompit aucun des nœuds qui Tattachoient au duc ; il renouvela les traités; il attendit en paix que la même inconstance, qui éloignoit alors le duc de Bourgogne, le ramenât dans la suite : peut-être se flatta-t-il en secret d'avoir fait sur le cœur de la princesse des impressions difficiles à effacer. Il ne se trompa point, du moins dans la première de ces conjectures. Charles redevint sensible à l'amitié du duc de Calabre, et plus encore à l'avantage de former une chaîne entre les Pays-Bas et les deux Bourgognes, par la Lorraine et le Barrois, sans compter les grandes expectatives du duc de Calabre, et même ses vastes prétentions. Ce prince touchoit peut-être au moment où sa modération et sa persévérance alloient être couronnées, lorsqu une contagion horrible désola Nancy, et l'enleva lui-même à l'âge de vingt-cinq ans [a].

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