MAXIMILIEN
Toutes les vues du duc de Bourgogne parurent se tourner alors vers Maximilien , fils de l'empereur Frédéric III. C'étoit le meilleur parti de l'Europe : la couronne impériale ne pouvoit lui échapper; il devoit re-
[a] 12 août l4;3-
DE MARIE DE BOURGOGNE. 38j
cueillir la succession vraisemblablement opulente d'un père fameux par son avarice, il attendoit encore celle de Sigismond son oncle, duc d'Autriche; il avoit sur tous ses concurrents un autre avantage qui n'étoit pas indifférent pour une jeune princesse, c'est qu'il étoit le prince de l'Europe le mieux fait. Il avoit même i'àpparence de quelques qualités brillantes , qui n'aboutirent à rien dans la suite. Il avoit paru deux ans auparavant à la cour de Bourgogne; et Marie avoit conçu de lui une opinion avantageuse.
Mais le duc n'écoutoit que la raison d'Etat ; et cette raison d'Etat n'étoit ni l'intérêt de ses peuples ni celui de sa fille , mais le sien propre. Il avoit eu des liaisons très étroites avec Sigismond, et il avoit voulu se rendre ces liaisons utiles. Sigismond, ayant besoin d'argent pour faire la guerre aux Suisses, lui engagea le landgraviat d'Alsace et le comté de Ferrette. Tout engagement de domaine, quand l'engagiste est puissant, vaut une aliénation. Cette acquisition, jointe à la conquête du duché de Gueldres, faite par droit de bienséance, tourna les désirs ambitieux du duc vers l'Allemagne. Il voulut s'y étendre et s'y agrandir : il voulut que la couronne impériale, avant de passer de la tête de Frédéric sur celle de Maxim ilien , se reposât sur la sienne : il exigea surtout que l'empereur érigeât ses Etats en royaume, sous le titre de royaume de Bourgogne, éteint depuis quatre siècles.
De ces deux propositions la première déplut fort à
l'empereur, à Sigismond, à Maximilien ; la seconde ne
leur plut pas assez pour qu'ils l'accordassent avant le
mariage. Le duc vouloit signer le contrat comme roi :
l'empereur vouloit que le titre de roi fût la récompense d'avoir signé; car on connoissoit Charles, et on craignoit qu'ayant obtenu ce qu'il desiroit, il ne voulût plus conclure.
Tous ces grands intérêts se traitoient à Trêves [a], dans une entrevue qui produisit à-peu-près le même effet quavoit produit celle de Louis XI avec Henri, roi de Castille[&]. Le faste des Bourguignons excita la jalousie des Allemands : la simplicité des Allemands excita le mépris des Bourguignons. Le roi envoya des émissaires fomenter ces dispositions à la rupture, et inspirer à l'empereur des défiances sur la sincérité du duc. Celui-ci les augmenta par son opiniâtreté à vouloir que lérection et le couronnement précédassent la signature. L'empereur, fatigué de tant de disputes , prit son parti, quitta Trêves brusquement pendant la nuit, et se retira dans Cologne, laissant le duc furieux et confus méditer de vains projets de vengeance.
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