CHARLES MARTEL
Plegtrude, femme active et courageuse, envoie une armée établir Theudoalde son petit-fils dans les royaumes de Neustrie et de Bourgogne, selon les ordres de Pépin ; en même temps elle fait enfermer Charles Martel, qui auroit pu vouloir traverser ses vues ambitieuses pour son petit-fils : démarche injuste et violente que Pépin n'avoit sûrement pas ordonnée, et dont tous les historiens n'ont pas manqué de la louer à Fenvi ; car ils ne peuvent se désabuser de l'efficacité des moyens
[a] Annal. Metens. ad ann. 714. Gest. Reg. Franc. Sec. Continuât. Fredeg.
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violents, quoiqu'ils les voient toujours confondus par le succès , attendu que la violence va directement contre son but. S'ils trouvent indigne d'eux et peu philosophique de juger, comme le vulgaire, par Févénement, qu'ils consultent la nature de 1 homme, que toute violence irrite et soulève , même sans qu'il en soit Fobjet.
Lorsqu'à la mort deGrimoald, Pépin avoit désigné Theudoalde pour son successeur en ÎSeustrie, les grands de ce royaume avoient respecté les dispositions d'un père affligé ; ils n'avoient pas voulu lui enlever la consolation de croire renaître dans son petit-fils ; ils espéroient alors que Pépin pourroit vivre assez long temps pour laisser ce jeune prince en état de les gouverner [a] : mais Pépin étant mort peu de temps après cet arrangement , les Neustriens jugèrent que ce n'étoit pas les traiter comme des hommes , que de leur donner un enfant pour chef. Cet inconvénient jusqu'alors avoit été propre aux rois , et si quelque chose avoit paru légitimer l'excessive autorité des maires , c'est que ces seconds chefs de FÉtat, élus parla nation, et toujours pris dans la force deFâge, sembloient être le correctif de cet inconvénient même. Le roi étoit en quelque sorte le chef honoraire de l'État; le maire étoit le chef en fonction ; c'étoit celui en qui la nation mettoit sa confiance : mais quelle confiance pouvoitelle avoir dans Theudoalde?
lies Neustriens armèrent pour s'opposer aux projets de Plectrude; ils étoient secrètement animés par le roi, qui avoit enfin un parti.
[a] Gest. Re0, Franc, c. 5i , S^.
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Dagobert III étoit, de tous les rois qui avoient traîné ce titre depuis Dagobert P'', celui qui avoit montré le plus de sensibilité, le plus de désir de régner; il n avoit porté qu'avec beaucoup de répugnance le joug de Pépin; pendant la maladie et à la mort de ce maire, il avoit fait des démarches pour s'affranchir; il avoit cherché à réveiller dans le cœur des grands cette antique fidélité pour leurs rois. Mais c'étoit parler un: langage qu'on n'entendoit plus. La mairie avoit détruit la royauté; celle-ci ne pouvoit plus renaître que pour la race des maires.
Les Neustriens firent ce que desiroit Dagobert, mais par un autre motif; la royauté ne fut rien pour eux, ils ne considérèrent que le droit qu'ils avoient d'élire un maire, etde rejeter l'enfant qu'ils n'avoient point choisi; le sort des armes leur fut favorable : l'armée de Theudoalde fut battue [a] , et eut bien de la peine à le sauver. Les Neustriens alors élurent pour maire un d'entre eux , nommé Rainfroy , qui s'étoit signalé dans la bataille, et Dagobert III ne fit que changer de maître; ce fut Rainfroy au lieu de Pépin.
Pour achever de renverser les projets de Plectrude , Charles Martel se sauva de sa prison : on crut voir reparoître Pépin lui-même ; onlui trouvoit tous ses traits, et on les regardoit comme autant de présages de victoire et de grandeur. Tous les enthousiastes, tous les aventuriers s'attachèrent à lui : il eut des zélateurs , des amis, des braves, des gens de bonne volonté ; maii^ ce n'étoit point encore une armée.
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On avolt pu clouter originairement que Charles Martel, au mépris des dispositions d'un père, eût voulu dépouiller son neVeu de la principauté ou mairie de la Neustrie, tandis qu'il pouvoit avoir pour son partage TAustrasie au même titre ; mais il ne fut plus possible de douter de ses mauvaises dispositions , après Toutrage qu'on lui avoit fait : tel fut le fruit de cette politique si vantée de Plectrude.
Cependant, lorsque Charles fut en état d'agir, Plectrude n'étoit plus son ennemie la plus redoutable ; les trésors de Pépin , dont elle s'étoit emparée, lui servirent pour acheter successivement la paix de tous les partis; mais le sien étoit dissipé; elle finit par aller chercher dans un cloître une paix plus sûre et plus durable. L'histoire ne parle plus de Theudoalde qu'à la mort de Charles Martel.
Dagobert III étoit mort, laissant un fils qui ne lui succéda pas pour lors : on donna la préférence à un Clîilpéric Daniel, dont on ne sait rien , sinon qu'il fut tiré d'un cloître pour être mis sur le trône , et qu'il étoit fils de Childéric II , comme il le déclare lui même dans ime charte qui reste de lui. On ignore les motifs de cette prédilection des Français pour Chilpéric.
Ce fat à Rainfroy, qui vouloit être maire des trois royaumes , et à ce Chilpéric Daniel , qui , comme Dagobert III, auroit bien voulu être un roi, que Charles Martel eut principalement affaire.
Cet heureux guerrier, qui devoit être si souvent vainqueur, débuta par un échec.
Le duc des Frisons, Ilatbod, étant venu au secours de Chilpéric et de Rainfroy , Charles se hâta de l'aller
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combattre, pour empêcher la jonction. Charles fut vaincu [a] : tout le monde convint que, par sa valeur et sa bonne conduite, il avoit mérité de vaincre; mais ses troupes, rassemblées à la hâte, sans expérience et sans discipline, le secondèrent mal.
Il répara bientôt cette perte; avec les débris de son armée battue, il surprit Farmée royale, et la mit en déroute; il proposa ensuite la paix, et fit des offres raisonnables : c'étoit toujours pour la mairie qu'on se battoit; il offrit de se contenter de celle d'Austrasie, et d'abandonner à Raînfroy celle de Neustrie. Rainfroy voulut être maire des trois royaumes : alors Charles , pour braver ses ennemis , créa , comme Ebroin , un roi, dont on ne sait rien , sinon qu'il Tappeloit Clotaire, et il gagna coup sur coup, contre Chilpéric et Rainfroy, la bataille de Vincy [l?] , et une axitre bataille entre Reims et Soissons , où Eudes, duc d'Aquitaine , avoit joint ses forces aux leurs [e]. Nous aurons souvent occasion, dans la suite, de parler de ce duc.
Tous ces succès ne terminoient point encore la querelle; la modération de Charles fit ce que le bonheur de ses armes n'avoit pu faire. Ce Clotaire, qu'il avoit mis sur le trône, étant venu à mourir [d]^ il offrit à Chilpéric de le reconnoître pour roi ; il offrit à Rainfroy le comté d'xinjou. Cet ambitieux Rainfroy, qui n'avoit pas voulu se contenter de la mairie de Neustrie et do Bourgogne , et que la réunion seule des trois royaumes
[fl] Gest. Rej^. Franc. Secund, Contin. Fredeg. c. loo. Annal. Metens.
[6] 718. [c] Gest. Francor. c. 53. Sec. Contin. Fredeg. c. 107.
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pouvoit satisfaire , fut si content de son foible partage ^ que, quelques propositions qu^on ait pu lui faire depuis pour rengager à faire valoir ses droits , on ne put jamais le déterminer à la moindre démarche, soit que les charmes d'une vie douce, sûre et tranquille, se fussent fait sentir à cette ame autrefois si agitée, soit que Fascendant manifeste de Charles , en ôtant à Rainfroy toute espérance de succès , eût glacé son ambition. Charles étoit redevenu, par son courage et par ses talents, tout ce qu'avoit été son père, c'est-à-dire seul prince ou maire des trois royaumes , sous un seul roi vaincu par lui, et soumis à sa puissance. Il sut gouverner avec autant de sagesse et plus de vigueur encore que Pépin ; il montra peut-être un peu plus d'ardeur pour la guerre, mais il en eut plus d'occasions. La continuité des troubles dont on avoit vu la France désolée, avoit enhardi ses voisins à des entreprises qu'il falloit réprimer; car tel est le malheur des guerres civiles , que souvent elles produisent encore des guerres étrangères. Du côté du midi , le duc d'Aquitaine , Eudes , non content d'être indépendant , vouloit devenir redoutable. Du côté du nord , tous les peuples de la Germanie , soumis autrefois par Théodebert et ses successeurs, avoient non seulement secoué le joug, mais encore fait des incursions en France : Charles eut toujours contre eux les armes à la main , et toutes ses expéditions furent des triomphes; il battit les Frisons sur la mer , et les Suéves sur la terre ; il défit deux fois les Allemands, et cinq fois les Saxons, les plus opiniâtres de tous les ennemis de la France ; il ravagea l'Aquitaine deux fois en une année, et n'en fit pas moins la guerre
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cette même année an nord et an levant de la France et dans l'intérieur du royaume. Une activité incroyable le rendoit présent par-tout; il prévenoit et déconcertoit tous les projets formés contre lui; on le trouvoit toujours où on le craignoit et où on ne Fattendoit point ; enfin il dompta tousses ennemis, soumit tous ses rivaux, châtia tous les ducs et comtes qui prétendoient méconnoitre son autorité, se fit respecter, redouter, au-dedans, au-deliors, et mit la France au plus haut point de splendeur et de puissance où elle eût été depuis rétablissement de la monarchie.
Mais, de toutes ses expéditions militaires, la plus importante et la plus mémorable fut la victoire qu'il remporta en 7^2, contre les Sarrasins. C'est une époque non seulement dans Fhistoire de France, mais dans celle de la chrétienté, qu'il préserva, dans cette journée, du joug de FAlcoran. Les rapides succès de cette nation conquérante effrayoient l'univers ; elle avoit subjugué une grande partie de FAsie et de FAfrique ; elle tournoit alors ses principaux efforts contre l'Europe ; l'Espagne étoit déjà sous sa puissance ; la France même étoit entamée; les Sarrasins en possédoient la partie qui avoit été de la domination des Goths, c'està-dire la Septimanie ou le Languedoc, et quelques provinces adjcicen tes ; le duc d'Aquitaine, Eudes, prince puissant et généreux, les avoit, pour ainsi dire, arrêtés quelque temps à la barrière [a]; il avoit gagné sur eux , en 72 1 , une grande bataille sous les murs de Toulouse contre le général Zama; mais depuis il avoit été
[a] D. Vaisselle, Histoire de Languedoc, t. i.
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accablé par eux , et forcé de donner, malgré la différence des religions, Laropagie sa fille en mariage à Munuza, un de leurs généraux, pour obtenir qu'ils s'éloignassent de ses États ; alliance qui, d'un côié , fit soupçonner, quoique injustement, le duc Eudes d'intelligence avec ces infidèles, dans la guerre que leur fit Charles Martel, et de l'autre côté, fit soupçonner, par les Sarrasins, Munuza lui-même de vouloir se faire chrétien.
La chrétienté voyoit le danger qui la menaçoit; et loin de réunir ses efforts pour écarter un tel fléau, elle se consumoit en petites guerres inutiles et insensées. Voilà cependant comment les croisades auroient dû être conçues. Défensives, elles seroient non seulement légitimes, mais intéressantes; elles joindroient a l'intérêt ordinaire d'une guerre défensive , le mérite de venger et de garantir l'humanilé entière , menacée par les conquérants. Les croisades offensives au contraire perdoient tout intérêt et tout avantage; elles chargeoient les croisés du rôle odieux d'agresseurs, et les envoyoient, à une distance immense de leur patrie, combattre les climats et les maladies encore plus que les hommes. L'Europe réunie auroit dû attendre sur ses frontières ces conquérants féroces. Sarrasins , Turcs, et autres semblables , et leur opposer une barrière insurmontable, au lieu d'aller s'ensevelir dans l'Asie, sur la foi de quelques pèlerins qui prétendoient avoir été maltraités par quelques mahométans.
L'esprit de guerre , tel qu'il est répandu chez les nations, est tellement un délire , qu'il n'a presque jamais saisi les occasions où il eût été sage et utile de faire la guerre. Quand un peuple s'annonce pour con-
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quérant, c'est reniiemi du genre humain qui se déclare ; Fintérêt commun est de se réunir contre lui, et c'est ce qu'on n'a point fait. On a laissé Philippe et Alexandre conquérir tant qu'ils ont voulu. Toute l'éloquence de Démosthéne ne put engager les Athéniens à prendre les mesures nécessaires pour assurer la liberté de la Grèce , et la leur contre les entreprises de Philippe ; et nous ne voyons pas que les nations grecques, subjuguées par ce même Philippe, voyant Alexandre engagé au fond de l'Egypte , de la Perse ou de l'Inde, aient profité de son éloignement pour secouer le joug ; du moins si quelques unes de ces nations le tentèrent, leurs foibles efforts furent sans proportion avec l'objet , et on les remarque à peine dans l'histoire. Les Romains ne daignoient pas même cacher le projet d'asservir l'univers ; jamais peuple ne s'est annoncé si insolemment pour l'ennemi public des nations ; un de leurs sages , Caton, ne croyoit pas qu'une puissance qui avoit osé être la rivale de Rome , pût , après un tel crime , conserver le droit d'exister, et la formule finale de tous ses avis , sur toute matière, soit publique , soit particulière , étoit toujours : Et de plus ^ il faut détruire Cartilage, Delà cette aversion secrète qui se mêle à l'admiration que ce peuple inspire , ce plaisir qu'éprouve un lecteur sensible, en voyant Annibal et Asdrubal retai^der au moins l'exécution de cet odieux projet : de là cet intérêt répandu sur les noms de Cannes, de Trébie , et du lac de Trasiméne : de là vient encore que dans nos tragédies, Nicomède et Mithridate nous plaisent par leur seule haine pour les Romains. Cependant , quelles mesures l'univers ainsi averti prit -il pour dé-
fendre sa liberté? Quelle réunion de vues et d'efforts lui vit on opposer à l'ambition toujours croissante de ces conquérants? On les laissa marcher tour-à-tour sur la tête de tous les rois , opprimer toutes les nations une à une. En vain Annibal crioit à Antioclius , à Philippe , à Prusias , à cet Attale , lâche jusque dans son indigne reconnoissance , qui se disoit V affranchi du peuple ro-^ main ^ et qui n'en étoit que Fesclave : Réunissez-vous , n attendez pas quon i^ous écrase Van après Vauù^e. On entrevit a peine qu'il avoit raison , et on le laissa périr. Même aveuglement, niême patience des peuples à Fégard des Sarrasins et des Turcs : je les vois conquérir une à une les diverses contrées. Nulle réunion contre eux, nulle conjuration en faveur de la liberté de la part des peuples menacés. Le genre humain ne sait pas se réunir , ni se secourir.
Lorsque Charles Martel sauva l'Europe du joug du mahométisme , il le sauva seul ; aucune autre puissance n'osa partager avec lui cette gloire ; une terreur générale avoit glacé les esprits, et tenoit FEurope comme enchaînée. La promptitude avec laquelle tant d'États avoient été soumis , la facilité sur-tout avec laquelle les Goths avoient été chassés de l'Espagne , avoient persuadé que les Sarrasins étoient un peuple extraordinaire, et que rien ne pouvoit leur résister; ils venoient encore tout récemment de renverser sur leur route l'armée du duc d'Aquitaine , Eudes , qui avoit o^é se présenter pour leur disputer le passage de la Dordogne, et ils avoient envahi ses États : quand on vit Charles Martel s'avancer avec une armée assez peu nombreuse pour combattre Finnombrable armée des Sarrasins, quoique
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tant de victoires pussent inspirer quelque confiance dans ce générai , on ne le regarda plus que comme un téméraire qui couroit à sa perte. En effet , depuis Xerxès on n'avoit point entendu parler d'un armement aussi formidable que Tétoit celui des Sarrasins en cette occasion [a] , et la multitude de femmes et d'enfants que tant de combattants traînoient à leur suite (i), montroit bien qu*il ne s'agissoit pas d'une incursion passagère , mais du projet d'un grand établissement. Dans cet appareil qui effrayoit les regards , Tintrépide Martel ne vit que la gloire réservée au vainqueur d'un peuple réputé alors invincible; il combattit, et dissipa tellement cette armée , que les Sarasins ne purent plus rien entreprendre de la campagne, et que le nom d'Abdérame leur chef, qui périt dans cette bataille , disparut devant celui de Charles Martel. Ce grand événement a tant exalté Timagination des historiens , qu'ils nous ont donné sur cette bataille des calculs absolument incroyables ; ils ne parlent pas de moins que de trois cent soixante et quinze mille Sarrasins restés sur le champ de bataille , tandis que les Français , selon eux , ne perdirent que quinze cents hommes. Concluons seulement que les Sarrasins étoient très supérieurs en nombre , et que leur perte fut hors de toute proportion avec celle des Français (2).
[a] Rodfiric, 1. 3, c. ii. ^
(i) Adrien de Valois nie, ou du moins révoque en doute cette circonstance, que les Sarrasins eussent avec eux leurs femmes et leurs enfants dans cette expédition contre Charles Martel. ' (9.) Il paroît que Paul Diacre et Anastase le bibliothécaire, qui tous deux ont parlé de ce nombre incroyable , et qui sont les premiers qui
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Charles rétablit le duc d'Aquitaine dans ses États, et les Sarrasins ayant cru prendre leur revanche en s'em-
eii aient parle, ont confondu la balaille de Poitiers, {^agnée par Charles Martel contre les Sarrasins, commandés par Abdérame, en 782, avec la bataillé de Toulouse, gngnée par le duc d'Aquitaine, Eudes, contre les mêmes Sarrasins, commande's par Zania, en 721. Une circonstance qui a pu les tromper, c'est qu'Abdérame périt à la bataille de Poitiers, comme Z;»ma dans celle de Toulouse. Paul Diacre parle nettement de Charles Martel, et par conséquent il désip^ne la bataille de Poitiers; mais Anastase le bibliothécaire parle d Eudes, prince d'Aquitaine, et tous deux rjpporlent la même circonstance des trois cent soixante et quinze mille Sarrasins tués, et quinze cents Français seulement. Anastase cite l'autorité d'Eudes lui-même, qui l'écrivit ainsi au pape Grégoire II; ce qui fait voir qu'il s'agit de la bataille de Toulouse, et non de celle de Poitiers; car, selon le même Anastase, le pape Grégoire II est niort le 1 1 février 781 , et par conséquent n'a point vu la bataille de Poitiers, livrée en 732. îl paroît donc que Paul Diacre parle de la bataille de Poitiers, et An;istase delà bataille de Toulouse, et cependant chacun d'eux applique à la bataille dont il parle ce calcul merveilleux des moits de:^ Sarrasins, comparés à ceux des Français ; cal(!ul qui ne peut être vrai ni pour l'une ni pour l'autre de ces batailles. Au reste , Anastase ne rapporte point la lettre du duc Eudes ; et i*^ celte lettre peut n'avoir point été écrite; 2*^ en supposant qu'elle l'ait été, elle pouvoit ne point contenir \(i calcul ridicule dont parle Anastase aussi-bien que Paul Diacre ; o^ si la lettre contenoit ce calcul, il n'en est pas plus vraisemblable , et c'étoit sans doute une fanfaronnade du duc Eudes; 4^^ quant à la bataille dent Anastase a voulu parler, et à laquelle il applique la même circonstance que Paul Diacre rapporte de la bataille de Poitiers, ces deux auteurs peuvent se concilier, si Ton suppose que le pape, à qui la lettre du duc Eudes fut adressée, étoit, au lieu de Grégoire II, Grégoire III, son successeur ; entre deux papes consécutifs du même nom, on a pu se tromper sur le nombre qui les désigne; et 5*^ enfin de ce qu'Anastase nomme le duc Eudes, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il parle de la bataille de Toulouse; car des auteurs croient que le duc Eudes étoit aussi à la bataille de Poitiers, ce point du moins est resté incertain dans l'histoire; et tout est incertain avec des chroni-
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parant de la Provence , que Mauronte , gouverneur de cette province, leur livra par perfidie ou par crainte, Charles s'y transporta, prit Avignon d'assaut, chassa Mauronte et les Sarrasins , poursuivit ceux-ci jusque dans le Languedoc , les hattit une seconde fois sous les murs de Narbonne , assiégea cette place, et Tauroit prise, s'il n'eût été rappelé promptement en France par la maladie et la mort du roi.
Celui qui portoit alors ce titre n'étoit plus Chilpéric Daniel; celui-ci étoit mort dès Fan 720 , et il avoit eu pour successeur ce Thierry, dit de Chelles , fils unique de Dagobei't III , qu'on avoit rejeté à la mort de son père , peut-être parcequ'il étoit alors au berceau , foible raison cependant de Fexclure d'un trône où on n'avoit plus besoin que d'un nom. Ce fut la mort de ce Thierry de Chelles qui pressa le retour de Charles Martel [a].
Au milieu de tant de gloire , ce héros n'étoit point heureux : et que manquoit-il à son bonheur? Ce titre de roi , dont il avoit seul toute la puissance. Ce chagrin n'étoit pas une fantaisie, il avoit un fondement réel [b] ; une expérience récente prouvoit que la mairie la plus despotique n'étoit toujours qu'une grandeur précaire. Pépin, aussi puissant que Charles Martel, quoiqu'un peu moins illustre , n'avoit pu la transmettre à ses fils, parcequ'en effet ce n'étoit point une dignité héréditaire , et Charles Martel avoit eu à refaire lui-même toute sa fortune ; il vouloit la laisser à ses enfants , et
queurs qui ne desi^^nent rien, qui ne distin{^uent rien, qui ne marquent ni les lieux ni les temps.
fa] 738. [6] Gonîinuat. Fredeg. c. 109. Annal. Melons.
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il la leur laissa en effet , non sans quelque contradiction. Ce qui s'étoit j3assé à la mort de Pépin pou\oit lui laisser de justes inquiétudes sur ce qui arriveroit après lui : tels étoient ses motifs pour désirer la couronne; il étoit d'ailleurs délicat sur les moyens de l'obtenir ; il ne vouloir pas la ravir, mais il auroit voulu qu'on la lui offrît. Les grands et les prélats, qu'il sonda sur ce projet , ne s'y montrèrent point favorables. Charles Martel étoit plus admiré , plus respecté qu'ai^ mé ; il n'étoit du moins aimé que de ses soldats , auxquels il donnoit les abbayes et jusqu'aux évêchés, pour en être mieux servi [a], La guerre contre les Sarrasins pouvoit fournir un prétexte à cette irrégularité : en effet , un ancien auteur dit que le pape donna tout l'or du clergé à Charles Martel , pour le mettre en état de combattre ces infidèles. Charles Martel réussit à se faire aimer des soldats ; mais il s'attira la haine du clergé , qui , le poursuivant encore près d'un siècle et demi après sa mort , assura , en 858 , à Louis-le-Germanique son arrière-petit-fils , que Charles Martel étoit damné, pour avoir donné à des laïcs les biens de l'église , et qui publia que son tombeau ayant été ouvert , on n'y avoit trouvé qu'un gros serpent (i). Saint Boni-
[a] Ex Chronic. Gentulensi, lib. 2.
(i) Voici ce que porte la lettre écrite à Louis de Germanie, au concile de Quiersy , en 855 , par Venilon , archevêque de Rouen , et Er* chanraud, évêque de Châlons, au nom des e'vêques des provinces de Rouen et de Reims.
Quia vero Carîus princeps y Pippini régis pater y qui primus inter omnes Francorum reges ac principes y res ecclesiarum ah eis separavU atcfuedivisîtyV^o hoc solo maxime est ^ter-naliter pep.ditus. iV^am sanctus Eucherius f Aurelianensium episeopus , qui in monasterio sancti Tru^
face , archevêque de Mayence , avoit aussi assuré Carioruan et Pépin que leur père étoit damne.
Les grands , que Charles réduisoit a n'être que des sujets soumis, et qu^ii ne daignoit presque jamais assemhler ni consulter, ne Faimoient pas davantage, et ils le prouvèrent en cette occasion. Charles jugea que les lois étoient encore plus fortes que toute son autorité , il ne voulut pas du moins les violer d'une manière
clonis requlesclty in oratione positus , ad alterum est sœculum raptus : et inter cœtcra quœ Domino sibi ostendente conspexit , vidit illum in INFERNO INEERIORE TORQTJERi. Cid interfocjanti ab angelo ejus ductore responsum est y quia sanctorum judicatione y qui in futuro iudicio cuin Domino judicabunt y quorumque res abstulit ei divisit , ante illud judicium anima et corpore sempiternis poekis est deputatus : et recepit simul cum suis peccatis pœnas propter peccata omnium,, qui res suas et facultates in honore et amore Domini ad sanctorum loca in lumànari" bus divini culius et alimoniis servorum Christi ac pauperum ^pro animaruin suarum redemptione tradiderant. Qui in se reversus , sanctum Bonijacium et Fulradum abbatem monasterii sancti Dionysiiy et summum Cupellanum recjis Pippini ad se vocavit^ eisque talia dicens in s'iqnum dédit , ut ad sepulchrum illius irent , et si corpus ejus ibidem non reperissent, ea quœ dicebat vera esse concrederent. Ipsi autem periientes ad prœdictum monasterium , ubi corpus ipsius Carli humatum fuerat y sepulchrumque illius aperientes y visus est exisse Draco, et
TOTUM ILLI3D SEPULGMRUM 1?(TERIUS INVENTUM EST DEMGRATLM , AC SI FUISSET EXUSTUM.
Les évêques déclarent qu'ils tiennent ce fait de gens dignes de foi, et témoins oculaires.
Nos autem illos vidimus , qui usque ad nostram œtatem duraverunt y qui huic rei interfuerunt y et ?iobis vivâ voce veraciter sunt tes' tati quœ audierunt atque viderunt. Observons que ce saint Eucher, qui avoit eu révélation de la damnation de Charles Martel, avoit été exilé par ce prince, et qu'il étoit mort en exil au moins trois ans avant Charles Martel. Joan, Bolland. et Godef. Henschen. 20 febr, et apud Sur. t. 1 , 20 febr, JMcm. de Litt.^ t, f^^p. 70^ , 708.
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directe et active ; il se contenta de ne pas nommer de roi , et de ne pas convoquer rassemblée ordinaire pour cette cérémonie; on en murmura, mais on n'osa le presser sur ce point , de peur de le pousser à quelque violence ; ainsi le reste de la vie de Charles Martel fut un interrégne , pendant lequel on datoit les actes de telle ou telle année depuis la mort de Thierry de Chelles , ce qui suffisoit à la chronologie, aussi bien que les années du régne de quelque roi fainéant.
Les respects de l'Europe pouvoient consoler Charles de ces contradictions intestines , au-dessus desquelles tout son pouvoir n'avoit encore pu le mettre. Tous les souverains recherchoient Falliance et la protection du vainqueurdes Sarrasins; les Lombards s'unissoient avec lui contre ces mêmes Sarrasins ; le pape Grégoire III , qui avoit en tête à-la-fois et les Lombards et l'empereur grec Léon l'Isaurien , envoyoit à Charles Martel les liens de saint Pierre et les clefs du tombeau de cet apôtre ; il lui offroit de plus , sous le titre d'exarque , au nom du sénat, de la noblesse et du peuple de Rome , la souveraineté véritable de cette ville, préludant ainsi à la grande alliance des papes et des rois Garlovingiens; Léon risaurien l'invitoit à briser , comn^e lui, les images; Charles pouvoit choisir entre les divers partis, et honorer de son alliance qui il lui plairoit. Comme il vouloit être ami du pape , et qu'il l'étoit des Lombards , il travailloit à rétablir la paix entre ces deux puissances (i) , lorsque la mort le surprit le 20 ou 22
(1) La puissance temporelle des papes n'existoit pas encore ; mais le pape, par son autorité spirituelle, par sa qualité de père commun
octobre 74 i , âgé de cinquante ans , dont il avoit régné environ vingt -cinq. Ce fut le héros le plus brillant que la France eût eu jusqu'alors, et on ne raconte de lui aucune des violences qui souillent l'histoire des plus grands et des meilleurs princes de la première race. On a vu même de lui plusieurs traits de modération à Fégard de ses rivaux , et il fut le bienfaiteur de ce duc d'Aquitaine , Eudes , qui avoit été son ennemi.
Des auteurs disent que Charles mérita le surnom de Martel, ^^Ycec^xi il frappait de rudes coups [a], apparemment comme un martel ou marteau. Pourquoi ce nom, donné au plus martial de tous les Français , ne viendroit-il pas plutôt de Mars? Au reste, le sens est le même.
Charles Martel laissoit, comme Pépin son père (i) , trois héritiers de différents lits.
Il avoit eu de Rotrude , sa première femme, Carloman et Pépin , et d'une seconde , nommée Sonnichilde , un prince , nommé Griffon ou Grippon.
Il donna FAustrasie à Carloman , la Neustrie à Pépin , et à Griffon seulement quelques comtés situés entre les États de ses deux frères.
des tidèles, par le^s respects de la chrétienté, n'en étoit pas moins une puissance.
[a] Annal. Metens. ad aiin. 74 1-
(i) Kous ne comptons point parmi les héritiers do Pépin de Iléristal les deux fds de Dro^on , dont il n'est pas question dans l'histoire.
DE CHA.RLEMAGNE. ig5
•^'Vm.'W-* v^'V-^-'^.'V-v'myx.x/^/V'v/^y-V'^y^y^-x-'ii/'V'x/V'v-^ky'x/vx/'V^.'it^^ 'v^/vW'^/'W-m.-^.-v/x/v^v
CARLOMAN, et PEPIN, dit LE BREF.
Nous avons vu que les dispositions de Pépia de Héristal n'avoient pu avoir lieu ; celles de Charles Martel eurent leur entière exécution, malgré quelques contradictions et quelques murmures. Plusieurs causes concoururent à cette différence.
i^ L'autorité des maires ou princes avoit fait quelques pas de plus.
2^ Les enfants de Charles Martel , à la mort de leur père , étoient plus âgés que ceux de Pépin ne Favoient été à la sienne.
3^ Les dispositions de Pépin étoient restées imparfaites , il n'avoit pas disposé de FAustrasie.
4^ Il y avoit un roi à la mort de Pépin , et il n'y en a voit point à la mort de Charles Martel.
Au reste , on peut remarquer une conformité singulière et de caractères et d'aventures entre les trois fils de Charles Martel , et les trois enfants de Pépin de Héristal. Carloman , par sa douceur insipide , par son goût pour la retraite , par Tobscurité à laquelle il se condamna , paroît ressembler à Childebrand son oncle*
Pepin-le-Bref , par un caractère plein de feu et d'audace , par son activité, par sa vigueur, fut l'image fidèle de Charles Martel son père.
iq6 histoire
Le jeune Griffon , agissant sous Fautorité de Sonni« childe sa mère , représente le jeune Theudoalde agissant sous celle de Plectrude son aïeule.
Mêmes divisions dans les deux familles , et produisant le même effet ; les dernières venant aboutir à Télévation du seul Pépin -le -Bref, comme les premières avoient abouti à celle du seul Charles Martel. y Griffon , mécontent de son partage , commença la p^uerre comme avoit fait Theudoalde [a] , avec cette différence , que Theudoalde réclamoit les dispositions d'un père , et que Griffon les attaquoit : le succès fut le même ; Griffon , près d'être forcé dans la ville de Laon où il s'étoit retiré , fut obligé de se rendre : ses frères le firent enfermer aussi bien que sa mère.
Pepin-le-Bref avoit quelque chose de la modération de Charles Martel ; il mit dans la suite Griffon en liberté, et lui donna même quelque augmentation de partage ; indulgence que les historiens ont beaucoup blâmée , et qu'il faut beaucoup louer, car c'étoit le seul moyen possible d'affermir la paix , sans compter que c'étoit le seul qui fût conforme à la nature et à la juslice. Ce moyen , il est vrai , ne réussit pas ; Griffon fut plus sensible à l'injure qu'au bienfait: mais le parti violent , injuste et cruel de laisser le prince enfermé toute sa vie, auroit-il mieux réussi? N'auroit-il pas révolté les esprits? N'auroit-il pas fourni aux grands des prétextes de révolte? N'auroit-il pas donné un parti à Griffon ? Du moins, lorsque celui-ci se révolta pour la seconde fois , il fut obligé de quitter la France , où il
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n'avoit pas un seul partisan , parcequ'on le regardoit comme un ingrat et un brouillon ; il alla mendier un asile chez les Saxons , Pépin Ty poursuivit et l'en chassa [a], Griffon se réfugia dans la Bavière ; elle étoit alors sans duc , ou , ce qui étoit la même chose , elle avoit pour duc un enfant de six ans , nommé Tassillon , dont il sera beaucoup parlé dans la suite [b] ; Griffon se fit duc de Bavière , sans qu'on puisse bien comprendre quels moyens pouvoit avoir un proscrit et un fugitif pour opérer une semblable révolution . l'actif Pépin le chassa encore de la Bavière ; les Allemands , auxquels il s'adressa ensuite, n'osèrent le recevoir chez eux : forcé de demander encore pardon à son frère , il l'obtint encore. S'étant révolté une troisième fois , il se retira chez le duc d'Aquitaine , devint amoureux de sa femme , et rendit le duc si jaloux , que , selon quelques auteurs , le duc , non content de le chasser de ses États, le fit ensuite assassiner dans les Alpes où passoit alors Griffon [c] , pour se retirer en Italie chez les Lombards.
Le duc d'Aquitaine n'étoit plus cet Eudes, tantôt l'ennemi , tantôt le protégé de Charles Martel ; il étoit mort en 735, laissant trois fils, Hunaud, Hatton et Remistain [d]. Hunaud fut duc d'Aquitaine , et Hatton, comte de Poitiers. Hunaud, à la mort de Charles Martel, avoit cru , comme on le croit toujours , qu'un nouveau gouvernement seroit foible, et il avoit fait des courses dans diverses provinces de France. Carloman et Pépin l'en avoient puni par le ravage de ses États, et Tavoient
[a] 748. [b] Annal. Metens. [c]'jS3. [d] Rhegino ad ann. 735.
forcé de demander pardon; la douleur qu'il avoit ressentie de cette humiliation,, jointe au remords qu'il éprouvoit d'avoir , dans un mouvement de colère et de jalousie , fait crever les yeux à Hatton son frère , l'avoient déterminé à se faire moine. Quels monstres auroient été tous ces princes barbares , s'ils n'avoient pas été dévots , et quels monstres c'étoient encore , malgré leur dévotion ! Hunaud , en entrant dans le cloître , avoit laissé son duché à Gaïffre ou Gaiffre ou Vaifre son fils. Ce fut celui-ci qui , pour satisfaire ses ressentiments personnels , délivra Pépin des inquiétudes perpétuelles que lui auroit données Griffon.
La raaxuiie que celui à qui le crime profite est réputé i auteur du crime , a fait soupçonner Pépin d'avoir eu plus de part à la mort de Griffon que le duc d'Aqui* taine, auquel il suffisoit que Griffon fût éloigné; et ce soupçon n'étoit que trop justifié par la cruauté dont Carloman et Pépin s'étoient rendus coupables envers Theudoalde leur cousin-germain , ce petit-fils de Pépin de Hérislal et de Plectrude, que Charles Martel avoit dépouillé du partage qui lui avoit été laissé par son aïeul. A la mort de Charles Martel, Theudoalde avoit réclamé ce partage. Il ne s'agissoit pas de moins que de la Neustrie entière et de la Bourgogne : Carloman et Pépin jugèrent que de si vastes prétentions n'étoient pas susceptibles d'accommodement; ils aimèrent mieux se défaire de Theudoalde que de lui rendre justice.
Ces troubles et la jeunesse des princes enhardirent les grands à pousser leurs représentations sur la vacance du trône plus loin qu'ils n'avoient osé le faire du vivant de Charles Martel ; les princes furent obligés de
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céder, et de convoquer rassemblée d'élection; le fantome qu'ils convinrent de char^jer de la couronne, et qui n'eût jamais été connu, dit Fabbé Le Gendre, s il n'avoit été détrôné, se nomma Childéric III, et fut surnommé V Insensé. On croit ( car tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il fut encore plus méprisé que ses prédécesseurs) (i), on croit qu'il étoit fils de Thierry de Chelles ; quelques auteurs disent qu'il étoit son frère, et fils de Dagobert lîl; d'autres lui donnent pour père ce Clotaire que Charles Martel avoit fait roi, et duquel on ne sait rien non plus.
L'exemple qu'avoit donné le duc d'Aquitaine ^ Hunaud, ne resta pas sans iniitateurs. Carloman, persuadé, sur la foi du clergé, que son père étoit damné , tourmenté de cette idée, dégoûté du siècle, alla aussi s'ensevelir dans le cloître, soit qu'on lui permit encare d'espérer que sa pénitence pourroit suppléer à celle que son père auroit dû faire, soit que l'affreux tableau d'un père dévoué à des tourments éternels lui fît redouter pour lui-même les dangers de la grandeur et de la gloire. Il alla à Rome recevoir la tonsure des mains du pape Zacharie, et habita d'abord au mont Soracte,
(j) L'abbé de Vertot a taché de les réhabiliter; il ne nous paroit pas qu'il y ait réussi, excepté sur quelques points peu importants. Il n'a pas chan.o[é l'opinion établie; son argument (général, qui est que les historiens , écrivant sous les rois carlovingiens , ont, pour leur plaire, décrié les rois mérovin{^iens, est très foible , et tend trop au pyrrhonisme. Voyez sa dissertation, t. 4 tl^s Mémoires de Littéral, y pag. 204 et suivant(?s.ïl n'ajoute presque rien à ce qu'a dit l'auteur du livre intitulé l'Esprit de Gerson, imprimé en 1691, et qu'il ne cite pas. Voyez le fragment de cet auteur dans Bayle, article Eginhart, remarque A.