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Gueve, femme de Witikind, fut baptisée avec lui, et un grand nombre des plus grands seigneurs saxons suivirent leur exemple. Cette cérémonie se fit vers les fêtes de Pâques ou aux fêtes de Noël de Fan 785. Charlemagne, suivant l'abbé d'Usperg, tint Witikind sur les fonts, et Fastrade, troisième femme de Charles, fut la marraine de Gueve.
Le jésuite Bussières , dans son Histoire de France , donne à Paderborn l'honneur d'avoir été le lieu du baptême de Witikind. Son récit, tiré d'Albert Crantz, a tout le merveilleux de nos anciens chroniqueurs, * qui remplacent souvent la vérité qu'ils ne connoissent pas , par des historiettes dont l'antiquité fait aujourd'hui tout le mérite. « Witikind, dit Bussières, d'une « prudence supérieure à celle d'un barbare , voulut « connoître par lui-même, sans se découvrir, si tout « ce qu'on disoit de Charlemagne et de sa Cour étoit « véritable. 11 se déguisa , et prit l'habit d'un men- « diant (0, et alla à Paderborn où étoit Charlemagne. « Il y arriva pendant la semaine sainte, et trouva « Charlemagne et toute sa Cour dans la tristesse « chrétienne et religieuse que doit inspirer le souvenir « de la passion et de la mort de notre Sauveur. S'il « fut surpris d'un spectacle auquel il ne s'attendoit « pas, et <k>nt il ignoroit la cause, il ne le fut pas « moins de voir la joie répandue dans tous les cœurs « quelques jours après, c'est-à-dire au retour des fêtes « de Pâques» S'étant mêlé le jour de Pâques même
(0 Ce déguisement nest-il point la copie de celui du député de Clovis à Clotilde ?
« avec la foule des pauvres à qui Charles faisoit lui- « même ses aumônes, il fut reconnu par un seigneur, « à un défaut qu'il avoit au doigt de la main. Le mo- « narque en fut averti , et Witikind reçut les plus « grands honneurs. Il renonça au paganisme, et fut « baptisé ». Albert Crantz joint à ce récit fabuleux un miracle dont pas un ancien auteur allemand n'a parlé, et qu'a prudemment supprimé le père Bussières.
Lorsqu'on présentoitla communion aux chrétiens f Witikind, tout païen qu'il étoit, ayant été admis dans l'église , avoit vu, disoit-on, dans la main du prêtre, un jeune enfant qui caressoit ceux à qui le prêtre l'offroit,et qui paroissoit se détourner et n'approcher des autres que malgré lui. L'auteur de la Chronique de Magdebourg est le premier qui ait parlé de cette miraculeuse vision , copiée dans la Saxe catholique f dans la généalogie de la maison de Saxe, et par quelques autres théologiens d'Allemagne.
La conversion volontaire de Witikind et des autres généraux saxons, produisit sur l'esprit de la nation les mêmes effets que celle de Clovis avoit faite sur les Français ; et c'est seulement de ce jour qu'on peut regarder la Saxe comme chrétienne , et donner à Charlemagne le nom d'apôtre des Saxons. La contrainte, les menaces, les supplices, ses armes, n'avoient fait que de déplorables conquêtes que la religion n'avoit point avouées, et qui avoient été suivies du sacrilège et des profanations par des cœurs endurcis dans leurs ténèbres. Witikind , soumis par la grâce au joug de la foi, fut fidèle à Charles comme
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il le fut à son Dieu. Si Ton vit encore quelques mouvemens dans la Saxe , il n'en fut plus l'auteur, et Charles trouva le moyen d'y remédier en se servant de celui qu'avoient autrefois employé les Romains avec des peuples remuans et portés à la révolte. Dès l'an 783, il avoit fait passer dix mille Saxons en France, avec leurs femmes et leurs enfans ; ils avoient été incorporés avec les Français, et ce vide en Saxe avoit été rempli par autant de Français qui y furent envoyés. Après le baptême de Witikind, on fit une nouvelle transmigration qui acheva d'y maintenir la tranquillité. Tant il est vrai que les modèles de politique que nous a donnés l'ancienne Rome seront toujours avantageusement suivis !
Witikind, vraiment attaché au christianisme depuis son baptême, travailla, de concert avec Charlemagnc, à l'établir dans la Saxe qui , si l'on en croit quelques auteurs, fut dès ce temps-là divisée en huit évêchés. Le prince saxon partagea même un palais qu'il avoit à Minden, avec levêque qui y fut établi. Charles, convaincu de son zèle et de sa bonne foi , lui donna le duché d'Angrie , avec Engeren qui en étoit le chef* lieu. On ajoute que le monarque lui donna l'administration de la Saxe à titre de duché -(0 ; d'autres disent qu'il fut fait duc de toute la Westphalie, du pays de Magdebourg, du Wirtemberg, et de Wethin , jusqu'à la Sale, avant sa jonction à l'Elbe. Il dota plusieurs églises, et en particulier celles d'Osnabruck, de Minden et d'Engeren.
(») Les litres de ducs, comtes et marquis, souvent confondus dans
Tous ses jours auroient été consacrés à la religion, sans la guerre qu'il fut obligé de soutenir contre Gerold ou Nothard, duc deSouabe. Les Saxons prétendoient avoir des droits et un territoire dans la Forêt-Noire , ceux de Souabe dans la Thuringe. Les contestations sur les limites furent vives, elles furent longues, et Witikind, qui étoit déjà fort âgé, y mourut. Les historiens placent le temps de sa mort sous Fan 807, vingt-deux ans après sa conversion, et sept ans avant la mort de Charlemagne. Il fut inhumé dans l'église qu'il avoit fait bâtir à Engeren , dans l'Angrie. Albert Crantz, et ceux qui l'ont suivi, ont avancé qu'Henri Loiseleur fit transporter son corps avec son tombeau à Paderborn ; mais il est plus sûr d'en croire ceux qui ont écrit que le corps de Witikind ne fut transféré qu'au mois de janvier i4*4» lorsque le chapitre d'Engeren , fondé par ce prince * fut aussi transféré à Erfort. Il paroît même certain qu'on n'enleva alors que ses cendres, et qu'on laissa son tombeau, que l'empereur Charles IV, qui alla le voir dans le voyage qu'il fit en Westphalie, aux environs de Minden , en 1377, ^ enrichir pour le rendre plus digne du héros auquel il avoit été destiné. Peut-être est-ce au temps de Charles IV qu'il faut fixer l'époque de l'épitaphe de Witikind. Elle est gravée autour de la figure qui le représente une main élevée, et tenant de l'autre un sceptre terminé par une espèce de fleur de lys naturelle et antique, avec
ces temps, netoient, en particulier sous le règne de Charlemagne, que des emplois à vie et semblables à ce que sont aujourd'hui ceux *le vice-roi, lieutenant général, gouverneur de province.
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une couronne fermée d'un seul cercle sur le devant de la tête. Cette épitaphe est assez curieuse pour trouver ici sa place. Elle consiste en quatre vers léonins que voici :
Ossa virifortis , cujus sors ncscia mortis , Iste locus munit : Euge bone spiritus audit, Omnis mundalur hune Regem qui vtneratur.
/Egros hic mortis, cœli rex saU-ai , et orbis.
C est-à-dire : « Ici gît un héros qui ne cessera ja- « mais de vivre ; attentif à nos prières , il les écoute» « Quiconque révère ce Roi, est purifié. C'est ici que «c le Roi du ciel et de la terre guérit les malades ».
On voit qiroutre le titre de Roi qu'on donne à Witikind, dans cette épitaphe, on lui donne aussi les vertus , le mérite et la qualité de saint ou de bienheureux. Suivant un auteur allemand qui a fait une très-exacte description de ce tombeau , on a encore en Westpbalie pour Witikind un respect qui ressemble bien à la vénération qu'on a pour les saints. Tous les ans, au jour des Rois, les paysans des environs d'Engeren, apportent leurs offrandes au tombeau de Witikind ; elles sont reçues par le magistrat, qui les distribue ensuite aux pauvres.
Selon les écrivains allemands 1 les plus exacts, Witikind eut deux femmes. Reusnerus dit que la première fut Geva ou Gueve , fille de Gotberie , Geof 1 froi ou Sigefroi, roi de Danemarck.
De ce mariage, suivant le même auteur, naquirent deux enfans, Wigbert(0, duc de Saxe, tige de fit
(') Witikind le Grand ( suivant Conrard de Lichtenaw, abbé dT*-
lustlre maison de Saxe qui a donné cinq empereurs à l'Allemagne. La seconde femme de Witikind fut Suatana ou Suaterna, fille d'un prince de Bohême, mère de Witikind II , tige des marquis de Wethin , ou de Misnie , d'où Ton prétend que descendent les marquis de Misnie, les marquis de Brandebourg, ceux de Lusace, les palatins de Saxe. Sur les origines de ces maisons , on peut consulter non-seulement l'ouvrage de Crusius , mais Petrus Albinus , Georges Fabricius , et Elie Reusner.
D'après ces mêmes auteurs , la maison royale des Capétiens tire aussi son origine de l'ancien Witikind. Witikind III, disent-ils, petit-fds de Witikind le Grand, étant passé dans la Gaule lyonaise, offrit ses services à Charles le Chauve , et ayant battu les Normands , fut fait comte d'Anjou. De lui descendirent Robert I, Robert le Fort , père de Robert III, sacré roi de France, et aïeul de Hugues le Grand,
perg, et Jean Naucler, prévôt de Tubinge, et quelques autres auteurs allemands ), eut pour fils Wigbert, père de Fulbert, duquel naquit Lutholde. Ce dernier eut deux fils, Brunon et Othon. Brunon mourut dans une guerre contre les Danois, et laissa le duché de Saxe à son frère Othon. Ils a voient une sœur nommée Luilgarde, femme do Louis, fils de l'empereur Arnoul. Elle mourut sans eufans, et Tempereur voulut faire passer la couronne impériale sur la tête d'Othon ; ïl la refusa à cause de son grand âge, et travailla lui-même à faire couronner l'empereur Conrad; mais après la mort de Conrad, Henri I, dit l'Oiseleur, fils d'Othon, fut élu. Il eut pour successeur Olhon I, dit le Grand, son fils Olhon II , fils du grand Othon , et Henri H , dit le Saint, mort sans postérité. C'est ce qu'on appelle la maison de Saxe impériale , qui régna cent quarante ans, et à laquelle a succédé celle de Suabe , et à celle-ci celle d'Autriche, à laquelle a enfin succédé celle de Lorraine.