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rer cette faute : le seul moyen d'y réussir étoit de vivre toujours en paix avec un voisin si redoutable , qui, lui-même, heureusement, inclinoit toujours de plus en plus pour la paix : mais les passions ne raisonnent point ainsi; Godefroy irritoit toujours Char- 808. lemagne par des menaces suivies d'incursions : il vou- . loit envahir tout le pays des Saxons et des Frisons ; il attaqua le Meckelbourg , il prit quelques châteaux sur les bords de l'Elbe; ses foibles exploits furent chè- AnnaLEgm.
rement achetés par la perte d'un de ses neveux, tué Anna ]-
j * , i Annal Mcu
dans un assaut, et promptement arrêtés par Charles
magne et le prince Charles son fils, qui le repoussèrent avec tant de vigueur, châtièrent si rudement les alliés qui s'étoient laissé séduire ou entraîner par Godefroy , et lui inspirèrent à lui-même tant de terreur , qu'il prit enfin de tous les partis qui n'étoient point la paix, le seul qui fût raisonnable, celui que Charlemagne auroit dû prendre contre les Saxons et les autres nations germaniques, celui que les Chinois prennent contre les incursions des Tartares, celui que les Romains et les Bretons avoient pris contre les Pietés et les montagnards écossais ; il fit fermer par une haute muraille, garnie, d'espace en espace, de forts et de tours, cette langue de terre qui s'étend entre l'Océan germanique et la mer Baltique, et qui contient le Holstein , le duché de Sleswick et le Jutland : Charlemagne de son côté fit défendre, par divers forts, les confins de la Saxe, et les bords de l'Elbe ; mais ces précautions ne pouvant s'étendre à tout, Godefroy fit une descente dans la Frise , battit les Frisons et ce qu'il y avoit parmi eux de Français pour les seconder. Charlemagne, à cette nouvelle, s'avanç;
48 HISTOIRE DE CHARLEMAGKE.
jusqu'au Vcser avec sa célérité ordinaire. Il apprit , en arrivant, que le roi de Danemarck venoit d'être assassiné par un de ses gardes. Le premier soin d'Hem- 810. minge, fils et successeur de Godefroy, fut de demander la paix-, il l'obtint, en sacrifiant le peu de conquêtes que son père avoit faites, fort inutilement, comme on voit.
La république de Venise étoit alors dans une situation assez critique. Placée entre l'Empire d'Orient et celui d'Occident, entre Nicéphore et Charlemagne, elle avoit, selon les conjonctures, la prétention tantôt avouée, tantôt secrète, d'une indépendance entière; elle soutenoit que les premiers citoyens qui l'avoient fondée du temps d'Alaric (0 et d'Ataulphe, puis d'Attila, et enfin de Genséric, et qui avoient construit Rialte, avoient dû, par leur retraite au milieu des eaux, et par leur séparation absolue de la terre, échapper à la fois et aux ravages des barbares et à la souveraineté de l'Empire romain. Les acquisitions qu'ils avoient faites dans la suite en terre ferme, n'avoient rien changé, selon eux, à la nature des choses; ces espèces de colonies dévoient suivre le sort de la métropole , et participer à son indépendance. L'Empire soutenoit au contraire que rien de ce qui existoit dans le monde connu, ne pouvoit prétendre à l'indépendance, et que tout devoit reconnoître la souveraineté de Rome. Ce qu'il y avoit de plus singulier, ce toit que les empereurs de Constantinople conservassent cette prétention dans le temps ou Rome même n'étoit plus dans leur dépendance.
(0 Cet Àlaric ctoit antérieur d'un siècle au rival de Clovis.