‹ Histoire de CharlemagneChapitre 20 sur 108 · LIVRE 2, CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE 2, CHAP

Le renouvellement de l'Empire d'Occident, sous Charlemagne, est une grande e'poque dans la fameuse question de l'indépendance des Vénitiens , question agitée tant de fois avec tant d'éclat, mais surtout vers le temps de la conspiration du marquis de Bedmar. Il paroît que les Vénitiens, dans l'o- 1618. rigine , étoient sujets de l'Empire romain ; ceux qui formèrent leur république étoient personnellement sujets de l'Empire; les îles où ils la formèrent étoient du domaine de l'Empire. Ces réfugiés, contens d'avoir trouvé un asile contre la fureur des barbares, regardoient sans doute eux-mêmes comme un avantage de tenir à l'Empire d'Occident, tout ébranlé, tout déchiré qu'il étoit. En effet, quel autre moyen avoientils de résistèr aux barbares, que de rester incorporés à l'Empire, qui seul pouvoitles défendre? Il paroît encore qu'à la cliute de l'Empire d'Occident, les Vénitiens portèrent leur hommage aux empereurs d'Orient, et que s'ils furent soumis aux barbares, ils ne le furent que de fait, et que malgré eux. On ne voit pas qu'Odoacre ait rien entrepris en particulier contre les îles Vénitiennes.

Théodoric, qui enleva l'Italie à Odoacre, rendit les iles Vénitiennes tributaires ; mais le royaume des Goths, qu'il avoit fondé, dura peu, et aussitôt que les armées impériales eurent commencé d'en ébranler les fondemens, les Vénitiens, qui n'avoient été que malgré eux soumis aux barbares, se livrèrent à leur ancienne inclination pour le nom romain, et se mirent sous la protection des empereurs d'Orient.

Les Lombards n'eurent jamais sur les îles Vénitiennes ni droit ni prétention. Les Français succé-

So HISTOIRE DE CH ALLEMAGNE.

doient aux Lombards, et tant que Charlemagne fut simplement roi de France et de Lombardie, il ne paroît pas qu'il eût aucun domaine direct à prétendre sur les Vénitiens ; mais il* renouvela l'Empire d'Occident, dont les Vénitiens avoient dépendu dans l'origine : ce renouvellement de l'Empire d'Occident devint pour eux une source d'embarras et d'inquiétudes.

Dans la division qui avoit été faite de l'Empire entre Nicéphore et Charlemagne, celui-ci avoit nommément dans son partage l'Istrie et la Dalmatie, provinces si voisines de l'Etat de Venise, que, jointes aux contrées de l'Italie dont Charlemagne avoit, même avant le renouvellement de l'Empire d'Occident, le domaine, soit direct, soit utile, elles dévoient au moins donner à un si puissant prince une très -grande influence sur les affaires de la république de Venise ; et il résulte de divers témoignages historiques, que les possessions que Venise avoit dès-lors en terre ferme, relevoient de l'Empire d'Occident, et que les îles qu'ils occupoient dans le golfe, ou étoient indépendantes, ou relevoient de l'Empire d'Orient. Le mystère que les Vénitiens ont toujours affecté de répandre sur les matières de gouvernement, et leur inquisition d'Etat, aussi ombrageuse, aussi terrible que peut l'être dans d'autres pays l'inquisition religieuse (qui n'est ellemême dans le fond qu'une inquisition politique), rendent leur histoire, surtout dans ces temps-là, fort obscure et fort incertaine; on croit voir seulement qu'ils se mettoient tour à tour sous la protection de l'Empire d'Orient et de l'Empire d'Occident, pour se dérober à la souveraineté de tous les deux. Nicépliore croyoit quelquefois avoir acheté la paix trop cher,

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