LIVRE 2, CHÀP
monnoiç d'argent de ce prince, frappée dans Venise, ce qui fut toujours la marque la moins équivoque de la souveraineté.
La flotte de Nicéphore reparut dans le golfe de Venise sous un autre commandant, nommé Paul; elle Annal. Egin. tenta de surprendre Comacchio, et fut repoussée; elle ^ 0l ^'- MeU s'en vengea sur Populonie (0, aujourd'hui Piombino, qu'elle prit et pilla.
Dans le cours de ces diverses expéditions, les nouveaux doges servirent Charlemagne avec zèle; mais ils ne purent entraîner leur nation, qui persévéra dans son attachement pour les Grecs. Pépin continua la guerre contre Venise ; et alors Obéléi io et son frère, étant devenus suspects aux Vénitiens, furent chassés à leur tour. Quelques auteurs disent au contraire que ces deux doges, en affectant beaucoup de zèle pour les intérêts de Charlemagne, s'attachoient surtout à perpétuer la guerre et à traverser tous les traités entre les deux Empires : on s'aperçut qu'ils n'étoient pas plus fidèles à Charlemagne qu'à Nicéphore ; alors ce fut à eux-mêmes que Pépin, roi d'Italie, crut devoir faire la guerre; il les attaqua par terre et par mer, les battit partout, et les força de se soumettre à sa domination. C'est ainsi du moins que l'abbé Velly Sigon. L. 4„ raconte l'histoire de ces guerres, d'après Sigonius : en <j e J c 8 no Itul * général, les auteurs français ne parlent que des triomphes de Pépin dans ses diverses hostilités contre Venise; mais les auteurs vénitiens racontent les choses
bien différemment. Us conviennent que Pépin s'avança
(') Virgile parle de ce lieu dans le dixième livre de l'Enéide.
Sexcentos iUi JeJerat Populonia Mater, Expertes belliju\>cncs.
en vainqueur jusqu'à Malamauco; mais ce fut, selon eux, le terme de ses succès. Par le conseil d'Ange Participation qui fut doge après l'expulsion d'Obélério et de Béat, les Vénitiens abandonnèrent Malamauco pour se retirer tous à Rialte, comme les Athéniens, dans la guerre contre Xerxès, avoient quitté leur ville pour se réfugier dans leurs vaisseaux. • Les lagunes rendoient l'accès de Rialte difficile et dangereux, et c étoit sur cette ressource que les Vénitiens avoient 8 io. compté; ils se présentèrent au combat avec des navires, dont la petitesse excita, de la part des Français, un rire universel de mépris et de pitié. Les Français avoient toute la confiance que les succès de Charlemagne dévoient naturellement inspirer à sa nation; mais ils n'avoient pas toujours la prudence qui avoit assuré ces succès; ils crurent qu'avec leurs gros vaisseaux ils alloient écraser cette flotte légère. Les Vénitiens reculant toujours devant eux à mesure que les Français s'avançoient , les attirèrent insensiblement au milieu des lagunes, où les vaisseaux français s'embourbèrent, tandis que les légers bâtimens vénitiens, pour lesquels il y avoit toujours assez d'eau, sembloient voltiger autour de ces masses immobiles, prenant leur temps r our les attaquer et se retirer à propos; les Vénitiens remportèrent une victoire complète, dont Pépin ne put jamais prendre sa revanche. La paix se fit entre les deux Empires aux mêmes conditions qu'auparavant; par conséquent la guerre avoit Id. Sigon. été inutile. Venise fut mise ou rentra sous la déld * pendance de l'Empire grec; la Dalmatie resta aux
Français, du moins en grande partie. Les bornes de l'Empire de Charlemagne étoient, au nord, la mer