LIVRE 2, CHAP. 3. 5l
en reconnoissant Charlemagne et l'Empire d'Occident ; il étoit toujours prêt a entrer en guerre avec les Français ; et dans le ménie temps où le connétable Bouchard battit la flotte des Sarrasins dans la Méditerranée, aux environs de l'île de Corse, le patrice Nicétas croisoit avec une flotte grecque dans le golfe de Venise, disposé à seconder les Sarrasins, s'ils eussent été plus heureux. La défaite de ceux-ci empêcha Nicétas de rien entreprendre. Nicéphore montra encore dans d'autres occasions des dispositions ennemies; les Vénitiens, suivant les intérêts de leur indépendance, prirent tour à tour le parti de Nicéphore et de Charlemagne.
Venise étoit alors gouvernée par un duc ou doge, et par des tribuns. Le doge Jean, et son fils Maurice qu'il s'étoit associé, étoient dans les intérêts de Nicéphore; les tribuns Obélério et Béat son frère, dans ceux de Charlemagne. Le doge, pour plaire à Nicéphore, fit choix d'un Grec pour remplir le siège épiscopal d'Olivolo, une des îles qui composent Venise (0 ; les tribuns prièrent l'archevêque de Grado de refuser l'ordination au Grec que le doge avoit choisi. L'archevêque alla plus loin , il excommunia le Grec ; le doge irrité, ou son fils , assiégea l'archevêque dans sa ville, l'y prit, et le fit précipiter du haut d'une tour. Paulin, patriarche d'Aquilée, non moins ami de Char*
(0 Venise, telle que bous la voyons aujourd'hui, n'eiistoit pas alors; on n'avoit pas encore réuni toutes ses lies en une seule ville; Rialte, qui en occupe aujourd'hui le centre, est la première de ces lies qui ait été habitée ; mais c'étoit alors Malaraauco qui passoit pour la capitale de l'Etat Vénitien.
lemagne qu'Obélério et Béat, tint à ce sujet à Altino un concile , pour lequel il prit les ordres de ce monarque. Fortunat, neveu du patriarche assassiné, se sauva en France à la Cour de Charlemagne ; Obélério, à Trévise. Charlemagne , sur leurs remontrances et leurs plaintes, donna ordre à Pépin son fils, roi d'Italie, de prendre en considération les affaires des Vénitiens, et Pépin fit la guerre aux doges. Ceux-ci appelèrent Nicéphore à leur secours; mais bientôt, par les intrigues plus puissantes du parti français, les doges furent obligés de prendre la fuite. Obélério, leur ennemi, fut fait doge à leur place, et son frère Béat lui fut associé, comme Maurice l'avoit été à Jean son père. Fortunat fut fait patriarche de Grado à la place de son oncle. Cette affaire de Grado , ainsi que les autres qui concernoient l'Etat de Venise et l'Empire des Grecs, parurent d'une assez grande importance pour mériter que le pape fît à ce sujet un voyage en France, en prétextant je ne sais quel miracle opéré à Mantoue, et dont il vouloit, disoit-il, rendre à Charlemagne un compte détaillé. Dans une lettre où ce pontife recommande au roi les intérêts de l'arclie- Tome 7, vêque de Grado, il parle du respect que ce prélat Concil. doit à son maître; ce maître, c'est Charlemagne. On
Léon ad cit. y0lt en e ^ et <i ue ce P rin ce fit des actes de souverai- M. neté dans l'Etat de Venise; Eginard dit formellement
que Charlemagne donna ses ordres sur tout ce qui regardoit les ducs et les peuples de Vénitie et de Dalmatie. Louis le Débonnaire y conserva la même autorité; l'auteur du Squitinio délia liberta Veneta, et après lui Le Blanc, en rapportent pour preuve une