CHAPITRE IV
Affaires de ^intérieur de l'Empire français, sur la fin du règne de Charlemagne.
Charlemaghe reconnoissoit de plus en plus que le résultat de ses conquêtes avoit été seulement de changer d'ennemis, et d'en acquérir toujours de plus puis-
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sans; au lieu des Saxons, des Lombards et des peuples de l'Aquitaine, c'étaient les Danois ou Normands, les Grecs et les Sarrasins qu'il avoit à combattre ; l'ardeur des Normands étoit surtout ce qui l'inquiétoit Monnc. San- pour la suite. « S'ils osent, disoit-il, attaquer un si galU.a,c.a. « puissant Empire, réuni dans une main, qui peut- « être n'est pas foible ; que n'oseront-ils pas contre ce « même Empire, affbibli comme il le sera par le parce tage et peut-être par les divisions »?
, Mais, d'un autre côté, ce partage si contraire à l'esprit de conquête, puisqu'il tend à resserrer ce que la conquête veut étendre et agrandir, devient, comme nous avons déjà eu occasiou de l'observer, un effet presque inévitable de la conquête, par l'impossibilité de gouverner des Etats trop étendus : il fallait être Charlemagne, pour suffire au gouvernement d'un si vaste Empire; encore avoit-il été obligé d'en partager les soins entre ses trois fils ; et ce partage, fait de son vivant , devoit à plus forte raison subsister après sa mort. Les grands empires demandent nécessairement un partage. L'Empire romain , partagé plusieurs fois et encore trop vaste, avoit péri, principalement parce qu'un fardeau qu'Auguste et Constantin avoient pu porter tou£ entier, et auquel ils avoient suffi, s'étoit trouvé beaucoup trop pesant pour la foule de leurs foibles successeurs : on étoit accoutumé en France à ces partages, et l'accroissement de l'Empire sous Charemagne , ajoutoit un motif'de plus à la force de l'habitude. D'ailleurs la nature parloit au cœur de Charlemagne, et la nature veut que tous les enfans aient un partage, et même un partage à peu près égal; c'est la politique qui cherche à réunir, et qui sacrifie