‹ Histoire de CharlemagneChapitre 27 sur 108 · LIVRE 2, CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE 2, CHAP

rassembler particulièrement sur Louis, mais cette tendresse n'étoit point aveugle ; Charlemagne , avant de s'y livrer, et de lui en donner les dernières et les plus fortes preuves, voulut encore savoir à quel point Louis en étdit digne : il n'oublia point ses peuples en se souvenant de son fils ; il chargea plus que jamais des amis affidés, de faire des informations secrètes et approfondies sur l'administration de Louis dans l'Aquitaine ; il sut que ce prince s'étoit corrigé sans retour de quelques erreurs de jeunesse, et que ses sujets étoient contens et heureux. Il mande le prince à Aixla-Chapelle , il assemble les grands et les prélats dans cette magnifique chapelle qu'il avoit pris plaisir à construire ; en' leur présence ft lui recommande ses sœurs, les enfans de ses frères, ses sujets surtout; il le fait jurer d'être leur père ; il demande ensuite expressément aux évêques et aux grands assemblés, s'ils vouloient bien qu'il donnât à son Jils le titre d'Empereur; et après qu'ils eurent juré de lui être fidèles, et que Louis eut juré de bien gouverner , il commande à Thégan, Louis d'aller prendre sur l'autel la couronne impé- cha P-7riale, et de se la mettre lui-même sur la tête. Louis obéit, et on applaudit. Telle fut la cérémonie de son association à l'Empire, et de son couronnement. Ba- Baron. A ronius dit que Charlemagne, par son testament, ne ^ c ™ n * ° 9 donna l'Empire à aucun de ses enfans, parce qu'il avoit laissé au pape la liberté d'en disposer à son gré; Baronius se trompe par ignorance ou à dessein, et pour favoriser les préjugés ultramontains ; Charlemagne avoit fait un testament dans un temps où il avoit trois fils.dont il falloit régler les droits; n'en ayant plus qu'un, et averti par sa propre défaillance

qu'il étoit temps de se l'associer , il lui donne- la couronne impériale en souverain absolu , qui croit ne la tenir que de Dieu , et qui en dispose comme de son patrimoine. Quant à la fable de la disposition de l'Empire abandonnée, au pape, elle a pour unique fondement la déférence peut-être un peu trop forte que Charlemagne avoit eue pour Léon m, en lui faisant signer son testament.

Après la cérémonie du couronnement, Louis prit congé de son père ; et l'on remarqua qu'en se séparant ils s'embrassèrent plusieurs fois les larmes aux yeux, avec un attendrissement plus fort qu'à l'ordinaire.

Charlemagne , daiff les dernières années de son règne, donna un grand exemple à son fils, celui d'éviter la guerre avec autant de soin qu'il l'avoit autrefois recherchée : en général , il n'eut jamais contre la seconde enceinte des ennemis de la France, les Danois ou Normands au nord, l'Empire grec au levant, les Sarrasins d'Espagne au midi , la même ardeur qu'il avoit eue contre la première enceinte, c'est-à-dire contre les Saxons, les Lombards et le* Aquitains, kage, qui s'àvançoit, lui communiquoit l'indifférence qu'il amène à sa suite; la mort de ses deux fils aînés, nobles imitateurs de sa valeur et de ses talens militaires, redoubloit cette indifférence. D'ailleurs il ne-

toit pas possible que les réflexions qui condamnent la guerre, n'eussent pas fait quelque impression sur un esprit si sage , accoutumé , dans ses grandes vues de législation , à méditer sur les principes de la justice et de l'humanité. Aussi voyons-nous dans ses dernières années beaucoup moins d'hostilités de sa

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