LIVRE 2, CHAP. 4» 6l
on avoit mesuré ie nombre des témoins sur la qualité de l'accusé ; il en falloit, d'après les fausses décrétale qui ont fait loi si long-temps, soixante et douze pour convaincre un évêque , quarante pour un simple prêtre, trente-sept pour un diacre, et sept pour les autres clercs inférieurs. Si ces témoins étoient des laïcs , il falloit qu'ils eussent femme et enfans. Il sembloit qu'il fût question de rendre hommage à la dignité, non d'acquérir la preuve d'un fait. Il sembloit aussi qu'on supposât les hommes plus portés à calomnier les personnes constituées en dignité, surtout les ecclésiastiques. Au contraire, quand c'étoient des ecclésiastiques qui déposoient contre des laïcs, le moindre témoignage suffisoit, et c'est avec peine qu'on voit dan» une loi de Gharlemagne la disposition suivante :
« Le témoignage d'un seul évêque sera reçu par « tous les juges sans difficulté, et on n'en entendra et point d'autre dans la même affaire ».
Lorsque les témoins manquoient, Charlemagne, pour les accusations les plus graves, telles que celle CapitBaluz. de parjure, ne vouloit point d'autre épreuve que celle ^P- "97" de la croix, et il n'imagina pas d'autre moyen de ter- • miner les contestations qui pourroient s'élever entre ses fils.
Cette précaution étoit superflue; la discorde, qui devoit un jour ruiner la maison de Charlemagne, n'étoit pas le fléau dont ses fils étoient menacés; mais une grande douleur étoit réservée à sa vieillesse, celle de perdre les deux aînés de ses fils , les deux qui annonçaient le plus de talens, et de ne laisser pour régner après lui qu'un prince qui n'étoit pas sans vertus, mais qui, comme on le lui a tant reproché,
avoit plus les qualités d'un moine que celles d'un roi. Le 8 juillet Pépin, roi d'Italie, mourut le premier, à trente-trois Sio. ans, laissant un fils, nomme' Bernard, qui lui succéda
dans ce royaume, et cinq filles, dont l'éducation fut la consolation et l'amusement. de leur aïeul ; on ignore le nom de la femme ou de la concubine de Pépin. Thégan parle de Bernard comme d'un bâtard ; Adrièn de Valois le croit légitime. Le prince Charles suivit Le 4 décern- de près Pépin au tombeau. Il étoit âgé de trente-cinq bre8u. ans? et mouru t sans enfans. Gharlemagne perdit vers le même temps Gisèle sa sœur, abbesse de Chelles, et Rotrude sa fille aînée; elles eurent l'uncet l'autre une grande part à ses regrets. Quelques historiens cherchent à excuser la sensibilité que Gharlemagne fit paroîtieen cette occasion; c'est s'il n'en eût point montré après de telles pertes, qu'il auroit fallu lui chercher des excuses, et qu'on n'auroit pas pu lui en trouver. Les hommes sont quelquefois d'étranges estimateurs des choses ! Pourquoi donc vouloir que l'insensibilité convienne aux rois? A qui peut-elle convenir?
Le testament de Charlemagne n'avoit plus d'objet : en 81 1 , après la mort de ses deux fils aînés, Charlemagne fit un autre testament, par lequel il laissoit les deux tiers de ses trésors et de ses meubles aux diverses métropoles de ses Etats; quant à ses vastes domaines, le roi d'Aquitaine restoit seul sans frères et sans rivaux. Bernard devoit remplacer son père dans le royaume d'Italie; tout le reste de l'Empire français n'avoit plus d'autre héritier que Louis. Gharlemagne
des ûuigues et de la douleur ; sa tendresse sembloit se