‹ Histoire de CharlemagneChapitre 30 sur 108 · LIVRE 3, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHAP. I

cessaires, surtout le second, et il s obstine à ne le pas suivre. Les deux guides nécessaires à l'homme pour parvenir à la vérité, sont la raison et la révélation ou l'autorité de l'Eglise, qui est pour lui une révélation continuée. L'hérétique croit à la révélation, il croit à l'Eglise, et il n'a que la misérable ressource de fermer les yeux, pour ne la pas voir ou elle est , et les oreilles pour ne point entendre sa voix; il choisit ce qu'il veut croire, et suit son guide où il lui plaît.

. Cet aveuglement est déplorable sans doute; mais un aveuglement plus déplorable encore est de persécuter ces insensés. Laissons à l'Etre suprême le soin de les changer ou de les punir. Venger Dieu ne sauroit être la fonction d'un mortel : si ce Dieu, à qui appartient la vengeance, dédaigne ou diffère de l'exercer, qui sommes-nous pour prévenir ses desseins ?

Parmi les diverses hérésies , toutes également condamnables et déplorables, il en est quelques-unes que l'on conçoit plus aisément que les autres : telles sont, par exemple, les interminables disputes qui concernent la liberté de l'homme, et l'action de Dieu sur la créature; ces questions ont été agitées sous différens noms et sous différentes formes par les philosophes de tous les pays, de toutes les religions, de toutes les sectes ; la raison a quelque prise sur ces matières ; elles ont pour nous un intérêt qui nous porte à les approfondir, elles ont un rapport marqué avec la morale, elles ont ce degré de clarté et d'obscurité qui fait que les raisonneurs disputent long- temps, et que les sages craignent de décider. D'un côté, le sens intime nous avertit de notre liberté; de l'autre, nous voyons que les objets ont sur nous une influence

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puissante, et que les idées et les sentimens qui déterminent nos actions, ne dépendent pas de nous, et semblent,quelquefois entraîner notre volonté. La foi seule peut éclairer plus sûrement, sur ces questions, les simples même et les ignorans, que la raison n'éclaire les sages ; mais la foi , contente de consacrer d'un côté la liberté de l'homme , de l'autre la toutepuissance de Dieu et sa prescience, abandonne le reste à la dispute , et permet à la raison humaine de concilier, comme elle peut, ces vérités par une foule de systèmes , tous insu&sans , mais tous compatibles avec l'orthodoxie.

Les hérésies les plus inconcevables sont celles qui roulent sur les mystères ; car les mystères étant reconnus pour être d'un ordre supérieur à la raison, c'est à notre foi quHls sont proposés ; il n'y a qu'à savoir ce que la foi enseigne, et s'y tenir.

Les hérétiques s'y sont pris de deux manières, pour attaquer les mystères. Les uns ont voulu les réduire à des idées qui tombassent sous le sens, et dont la raison fût l'arbitre. C'étoit détruire l'essence du mystère, et ôter tout mérite à la foi; mais du moins on conçoit encore cette erreur; c'est abuser de la raison, en l'appliquant à des objets qui ne sont pas de son domaine.

Une folie plus inconcevable, et qu'on ne croiroit pas possible sans les nombreux exemples qu'en fournit l'Histoire ecclésiastique, c'est de vouloir modifier les mystères, sans leur rien ôter de ce qu'ils ont d'incroyable et d'inexplicable aux yeux de la raison, et en s'écartant de la seule autorité qui ait le droit de nous les faire croire, l'autorité de l'Eglise. Sur quoi

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