‹ Histoire de CharlemagneChapitre 31 sur 108 · LIVRE 3, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHAP. I

autoriser un pareil changement? Pourquoi ce choix fantasque et bizarre entre des objets tous également incroyables si on ne consulte que la raison, tous également respectables si on se soumet à la foi ?

Lorsqu'Arius, à l'exemple de Cérinthe, et de quelques autres hérétiques du premier siècle de l'Eglise, attaquoit ouvertement la divinité de Jésus-Christ, son erreur étoit du premier de ces deux genres, il anéantissoit le mystère de la Trinité. Si Jésus-Christ n'étoit pas Dieu, s'il n'étoit qu'une créature envoyée de Dieu, il n'y a plua de mystère ; mais l'Eglise propose un mystère.

De même, lorsqu'un des sectateurs d'Arius, s'éloignant déjà de la doctrine de son maître, disoit que les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit étoient seulement des titres qui exprimoient des qualités différentes d'un même Dieu ; rien de plus simple qu'une pareille opinion; il n'y a rien là qui étonne la raison, ni qui exerce la foi.

Au contraire, lorsque les demi-Ariens, épuisant toute leur condescendance à convenir que le Fils est d'une substance semblable à celle du F ère, refusoient obstinément d'accorder que cette substance fut, la même; que gagnoient-ils à ce refus? Le mystère n*en subsistoit pas moins dans toute son obscurité; mais cette obscurité cessoit d'être respectable, n'étant plus proposée par une autorité suffisante. Si le Fils étoit d'une substance semblable à celle du Père, il étoit Dieu ; voilà la difficulté ; il n'y avoit de sauvé que le terme de Consubstanticl,

Mais, disoient-ils, ce terme n'est pas dans l'E-

HISTOIRE DE Cil ARLEMAG3VE.

vangile , on ne peut donc pas être forcé de le prononcer. 4

Quoi donc! répondent les théologiens catholiques, l'Eglise toujours infailliblement inspirée par son Chef invisible, n'a-t-elle pas le droit d'employer des termes qui ne sont pas dans l'Ecriture, quand elle les juge les plus propres à exprimer le sens qu'elle attache à de certains passages de l'Ecriture? Tous les termes théologiques sont-ils dans l'Ecriture ?

Les Ànoraéens, autre secte d'Ariens, à qui ce terme de Consubstantiel faisoit aussi de la peine, proposoient de le mettre à l'écart, et de s'envelopper dans une proposition si générale, que chacun y donneroît l'étendue qu'il voudroit : il n'y avoit qu'à, selon eux, dire : que le Fils est semblable en tout au Père. C'étoit se montrer accommodans. Mais la vérité, leur répondoit-on , n'admet point ces ménagemens et ces aréticences politiques, une autorité irréfragable ne les adopte point. L'Eglise vouloit qu'on prononçât le mot de Consubslantiel , c'étoit le seul qui donnât une idée juste du mystère ; l'éviter, étoit une obstination coupable : et qu'y gagnoit-on? le mystère restoit tout entier. Si le Fils étoit égal en tout au Père, il étoit Dieu.

D'autres proposoient un autre accommodement , car ces discoureurs traitoient de la foi comme d'un héritage litigieux, ils faisoient des transactions : ils passoient tout ce qu'on vouloit, pourvu qu'on leur passât de ne point user du mot Con substantiel. Ceux-ci demandoient si on ne pourroit pas dire en général que le Fils est semblable au Père, selon les Ecritures, sans s'expliquer davantage.

Page 1