‹ Histoire de CharlemagneChapitre 94 sur 108 · LOUIS LE BÈGUE · texte numérisé non relu

LOUIS LE BÈGUE

On ne sait presque rien de Louis, fils et successeur de Charles le Chauve, sinon qu'il étoit bègue, et qu'il en eut le surnom. Le mélange du droit héréditaire et du droit électif, sous la seconde race , avoit tellement confondu tous les droits, que, quoiqu'à la mort de Charles le Chauve, Louis, fils aîné de ce prince, fût le seul qui lui restât, ou du moins le seul qui pût lui

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succéder (Carloman, qui vivoit encore, étant aveugle et prêtre), les grands firent leurs conditions avec lui pour le reconnoître, et lui vendirent bien cher son royaume. On peut , par ce trait , juger de l'anarchie où les vices et la foiblesse de Charles le Chauve avoient jeté la France.

C'est une question parmi les savans, de savoir si Louis le Bègue fut empereur : Carloman, fils aîné de Louis le Germanique, ayant été appelé à l'Empire par le testament de l'empereur Louis II son cousin , fils de l'empereur Lothaire , avoit le droit le plus apparent ; mais Louis le Bègue étoit fils du dernier empereur. Le pape Jean VIII, que nous avons déjà vu implorer si instamment et si humblement la protection de Charles le Chauve contre les Sarrasins, étoit alors dans une situation encore plus violente, pressé par les armes de ces mêmes Sarrasins, de plus, chassé de Rome, et à peine échappé des fers de Lambert duc de Spolète, et d'Adalbert marquis de Toscane ; ces deux tyrans , sous prétexte de défendre les 878. droits de Carloman, travailloient vraisemblablement Var. Epist. pour eux-mêmes , parce qu'ils descendoient de Char- Joan.Papa:. l ema g ne p ar \ es f emme s, et qu'ils étoient établis en Italie. Jean vint chercher un asile en France, et couronna Louis le Bègue à Troies. Comme Louis le Bègue avoit déjà été couronné roi de France par Hincmar, plusieurs auteurs ont cru que c'étoit la couronne impériale que le pape lui avoit donnée en cette occa- Consc«rat. s i on . ma i s paro î t con stant que Jean VIII couronna

Lud.ir,apud T • - * . *

Duchés, t. a. L,oms le Bègue roi de France, après Hincmar, comme Etienne III avoit couronné Pépin le Bref, quoique déjà couronné par saint Bonifacej et il y a beaucoup

d apparence qu il vouloit , par ce nouvel exemple , acquérir au saint Siège le droit de couronner les rois de France, aussi bien que les empereurs.

Quant à l'Empire , il le laissa vacant , et déclara que ce seroit le partage du prince , dont il recevroit les secours les plus efficaces contre les Sarrasins. Non content de refuser, sous ce prétexte, l'Empire à Louis le Bègue, et de le lui refuser dans ses Etats et à sa Cour , il lui refusa encore une autre grâce que Louis le Bègue eut la foiblesse de solliciter.

Ce prince , comme nous lavons dit , s'étoit marié , sans le consentement de son père. Il avoit eu d'Ans- Annal. Ben. garde, sa première femme, Louis et Carloman. Forcé par les armes et par la volonté absolue de son père , de répudier Ansgarde, il épousa une anglaise, nommée Alix ou Adélaïde, dont il eut un fils posthume, connu dans la suite sous le nom de Charles le Simple. Les auteurs qui ont cru que Louis le Bègue avoit pu se passer, pour son mariage, du consentement de son père, ont regardé Charles le Simple comme bâtard; ceux qui ont cru ce consentement nécessaire, ont rejeté la bâtardise sur Louis et Carloman. De là vient qu'on ne voit nul accord sur cet article entre les divers historiens. L'inconstance de Louis le Bègue avoit consacré le choix de son père; car, après la mort de Charles le Chauve, il avoit continué de vivre avec Adélaïde, et la grâce qu'il demanda au pape, fut de la couronner. Le pape sentit de quelle conséquence pou voit être cette espèce de confirmation du second mariage au préjudice du premier. Il n'y avoit point encore d'enfans de ce second mariage, et Louis et Carloman, nés du premier, et dont la mère vivoit

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encore, étoient élevés dans l'espérance de succéder à leur père. Boson, par les intrigues duquel on croyoit que le pape étoit conduit, projetoit, dans cette même espérance , de marier une de ses filles avec le prince Carloman. Quoi qu'il en soit des motifs de ce refus, il étoit singulier que le roi ne pût rien obtenir d'un pape auquel il donnoit un asile et qui imploroit son appui. Telle étoit la puissance pontificale, même dans la dépendance ; telle étoit l'abjection royale , même sur le trône.

Aimaî. Fuld. Le pape eut cependant aussi un dégoût que lui etDcrt. attira son ambitieuse avidité; il produisit, dans un concile qu'il tenoit à Troies , une donation vraie ou fausse que Charles le Chauve avoit, disoit-il, faite au saint Siège, des abbayes de Saint- Denis et de Saint-Germain-des-Prés. (Cette demande fut si mal accueillie, que le pape n'osa pas insister. Tous les évêques lui déclarèrent unanimement , que les rois n'étant qu'usufruitiers des biens de leur royaume > ne pouvoient faire de pareilles aliénations ; à quoi on pourroit ajouter qu'à l'égard des biens ecclésiastiques, dans l'usage actuel, les rois ne sont usufruitiers que du droit d'en concéder l'usufruit, et que, dans le temps dont il s'agit , ils n'étoient usufruitiers de rien, car il paroît qu'alors les élections avoient lieu.

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