II] M II] I
(ils de Néomène , fut assassiné par un autre fils de Néomène. C'est le fruit qu'on doit toujours attendre du crime. La Bretagne se partagea en diverses factions, et s étant affaiblie par ses divisions, reprit les titres modestes de duché et de comté; mais elle ne rentra point sous l'obéissance de Charles le Chauve.
Les Normands lie cessèrent, pendant tout ce règne, de ravager les diverses provinces de la France, où ils étoient appelés par tous les factieux et tous les rebelles; les cruautés qu'ils y exercèrent, faisaient horreur même à leurs alliés. Charles le Çhauve, incapable, et par ses forces et par ses talens, de résister à cette foule toujours renaissante d'ennemis tant étrangers que domestiques, chargea Robert le Fort ou le Vaillant, du soin de tenir tête à la fois et aux Normands et aux Bretons, en lui donnant le duché ou gouvernement de tout le pays situé entre la Seine et la Loire. Robert le Fort fit tout ce que peut un héros, il mourut en combattant avec avantage contre Annal. Bcr- les Normands : on l'appela le Machabée de la France, parce qu'il mourut, comme Judas Machabée, au sein de la victoire. Sa mort rendit sa victoire inutile, et les Normands continuèrent leurs ravages.
Robert le Fort laissa deux fils, Eudes et Robert, qui tous les deux signalèrent leur valeur contre les mêmes ennemis, et qui tous les deux sont au nombre des rois de cette seconde race, quoiqu'ils ne descen-
lin et Met.
Gest. Nor.
van.
DE CBAELEltAGNE. 355
dissent point de Charlemagne au moins par mâles. Robert le Fort est la tige de la troisième race de nos rois; il est à cette troisième race, ce que saint Arnoul est à la seconde, c'est-à-dire le premier auteur sûrement connu. Le roi Robert son fds, frère d'Eudes, fut le père de Hugues le Grand, père de Hugues Capet
Un des événemens les plus mémorables de ces temps, et qui met dans le plus grand jour la foiblesse de nos rois et' la tyrannie naissante des papes, c'est ce qui se passa au sujet des amours du jeune Lothaire et de 86a. Valdrade. Le jeune Lothaire, roi de Lorraine, étoit, comme nous l'avons dit, le second des trois fils de. l'empereur Lothaire; il se dégoûta de Thietberge sa femme, et devint assez amoureux de Valdrade, pour vouloir l'épouser en répudiant Thietberge- Sous les Hincmar , rois mérovingiens, rien n'étoit plus commun que ces de L ^° rt ^ divorces, sans même qu'il fût besoin d'ail éguer ni cause xheutber. ni prétexte; mais depuis Louis le Débonnaire, les évê- Annal. Berques ne laissoient plus aux rois une aussi grande li- un * berté de suivre leurs penchans. Ce ne fut pas cependant des évêques français, mais des papes, que vint le plus grand obstacle aux volontés de Lothaire. La nécessité d'alléguer des causes de divorce, engagea Lothaire à diffamer sa femme, et peut-être à la calomnier; il l'accusa d'inceste avec un frère qu'elle avoit, et cette accusation fut appuyée par des évêques. Valdrade é toit soeur de Gontier, archevêque de Cologne, et nièce de Thietgaud, archevêque de Trêves; elle fut très-bien servie par ces deux prélats. Thietberge prouva son innocence, comme on la prou voit alors, par l'épreuve de l'eau bouillante , qui fut subie impu~
némerït par un champion qu elle fournit, selon l'usage établi alors de subir les e'preuves par procureur, même en matière criminelle; mais dans la suite, pour recouvrer sa liberté et pour faire cesser la persécution, elle fit, dit-on, des aveux dont les deux archevêques profitèrent contre elle (0. Leurs suiFragans, assemblés à Aix-la-Chapelle, prononcèrent la dissolution du mariage de Thietberge sur le fondement de l'inceste, dont la plus forte preuve fut vraisemblablement l'allégation de Lothaire, qui épousa aussitôt Valdrade. Sa passion connue pour cette femme, et cette précipitation même rendoient son témoignage contre Thietberge fort suspect.
Le saint Siège étoit alors occupé par Nicolas I, pontife ferme et fier, et qui aimoit surtout ^ commander aux rois. L'empereur Louis II, frère aîné du jeune Lothaire, avoit eu avec ce pape de violentes contestations pendant qu'il étoit à Rome : le pape., qui eût voulu l'éloigner, le faisoit insulter tous les jours solennellement par des moines , auxquels il or donnoit de faire des processions dans la ville et autour du pa- •
(0 Cette histoire est contée diversement, surtout par les auteurs modernes j quelques-uns croient Thietberge coupable; cTautres ne donnent aux deux archevêques aucun lieu de parenté qui les attachât aux intérêts de Valdrade; ils disent au contraire que l'archevêque de Cologne , Gontier , avoit une nièce dont le roi étoit ou feignoit d'être amoureux , et pour laquelle Gontier croyoit travailler en favorisant le divorce. Le roi ayant déshonore cette malheureuse, la renvoya ignominieusement à son oncle, et, libre par le divorce, il épousa publiquement Valdrade. Après cet affront et cette infidélité, les mêmes auteurs nous montrent Gontier servant toujours Lolhaire et Valdrade avec le même zèle dans les suites de l'affaire du divorce , ce qui est inconcevable. Nous avons suivi l'opinion la plus établie et la plus vraisemblable.
DE CHÀRLEMÀGNE. $5']
laîs de l'empereur, en chantant des psaumes et es antiennes contre les mauvais princes. L'outrage fut si marqué, qu'il ne put être dissimulé. On pria le pape d'arrêter ce désordre ; le désordre continua. Des soldats de l'empereur le firent cesser, en chargeant, à coups de bâtons, une de ces processions; ce qui, au lieu d'irriter le pape, le rendit si docile, qu'il alla trouver l'empereur, lui fit des excuses, et le pria d'oublier le passé. L'avantage d'avoir raison au fond, V.laGonlui inspira une hauteur plus ferme et plus soutenue J^^* dans l'affaire du jeune Lothaire. Thietberge fit par* venir ses plaintes jusqu'à lui. Le pape écrivit en conséquence aux oncles et aux frères de Lothaire, pour être instruit des circonstances et des vrais motifs du divorce. De ses lettres , des plaintes de Thietberge, et surtout de l'avidité de ces princes, toujours prêts à se dépouiller les uns les autres, il résulta desmouvemens qui engagèrent Lothaire à soumettre sa cause à la décision du pape : il demanda seulement que cette décision fût prononcée en France, c'est-à-dire en Lorraine* dans un concile d'évêques français, où le pape enverroit ses légats ; ce qui fut fait. Les archevêques Epist 53. de Trêves et de Cologne , aidés des présens de Lo- Nicol Pa pœ . thaire, Meurent pas moins de talent pour séduire les légats, qu'ils n'en avoient eu pour entraîner les évêques «63. français; la sentence qui avoit ordonné la dissolution du premier mariage de Lothaire, fut confirmée, et les deux archevêques triomphans allèrent eux-mêmes porter à Rome la décision du concile; mais, soit que le pape cherchât à mortifier un roi , soit qu'il crût Conciî. R 0 - Thietberge injustement condamnée, et qu'il eût quelque m *n. c. 3, avis que ses légats s'étoient laissé corrompre, il assem- P j^I Ber bla un autre concile à Rome, où, présidant en personne un.
^358 SUITE DE l'histoire
il cassa le jugement du concile tenu en Lorraine, desavoua ses légats, excommunia les deux archevêques, et menaça de la même excommunication les autres évêques du concile français, s'ils ne demandoient pardon et ne se soumettoient au plus tôt. Cette affaire étoit presque, dans toutes ses circonstances, la même que celle qui, dans la suite, occasionna le schisme d'Angleterre sous le pontificat de Clément VII et le règne de Henri VIII.
La hauteur du procédé du pape Nicolas étoit propre à soulever le Clergé de France contre le saint Siège : $64. les deux archevêques repoussèrent vigoureusement cette attaque ; ils disoient, dans une protestation qu'ils rendirent publique, qu'ils résistoient à la folie de Nicolas, soi-disant pape, et qui vouloil se faire maître et empereur de tout le monde; ils le déclarèrent excommunié lui-même, comme abusant contre les canons, des droits du saint Siège, et se séparant par orgueil de la société des autres évêques; reproche dont le schismatique Photius, patriarche de Constantinople, tira un grand parti contre le pape, pour justifier son schisme. Hilduin , frère de l'archevêque AanaLBer- de Cologne, alla lui-même, l'épée à la main, placer tnuan. cette protestation sur le tombeau de saint Pierre. Cependant l'archevêque de Trêves, effrayé des menaces du pape, finit par se soumettre ; et ce fut en vain, du moins pendant la vie de Nicolas, qui refusa constamment de l'absoudre. L'archevêque de Cologne tint ferme , opposant toujours excommunication à excommunication. Les plus foibles furent Lothaire et Valdrade , car vraisemblablement ils se sentaient coupables. Valdrade voulut , pendant quelque temps , amuser le pape, par une promesse d'aller à Rome
DE CHÀRLEMAGNE.
demander l'absolution ; elle se mit en marche, entra deux fois en Italie , et en sortit aussitôt sans pouvoir se déterminer ni à la résistance ni à la soumission. Le pape, moins irrésolu, la déclara excommuniée, et ordonna fièrement à Lothaire de la renvoyer, sous 865. peine, non-seulement d'ex communication, mais de la perte de son royaume. Il faut avouer que ni Adrien , ni Léon III, ne semêloient ainsi des galanteries de Charlemagne, et que surtout ils ne l'auroient pas menacé de lui enlever ses Etats,, s'il ne renvoyoit sa maîtresse; mais c'étoit Nicolas qui parloit à Lothaire. Tout étoit bien change. Lothaire feignit de se soumettre et de renvoyer Valdrade; mais leur intelligence ne put être assez secrète pour échapper aux regards des courtisans qui en instruisirent le public.
Le pape Nicolas mourut , et fut remplacé par Adrien II. Les querelles nées sous un pontificat s'appaisent quelquefois sous le pontificat suivant ; Lothaire crut avoir trouvé une occasion de rendre un service important au nouveau pape , et de se le rendre favorable. Lorsque l'empereur Lothaire, son père, dépeuploit lltalie pour dévaster la France, les Sarrasins, qui depuis long- temps infestoient toutes les mers dont Htalie est baignée, et qui s'étant déjà établis dans plusieurs des îles dont elle est entourée, ne cessoient de menacer cette contrée, y furent introduits par les ducs de Bénévent et de Capoue, qui se faisoient la guerre en Italie, tandis que l'empereur Lothaire la faisoit à ses frères en France. L'un appela les Sarrasins d'Espa gne, l'autre ceux d'entre eux qui possédèrent déjà la Sardaigne ; et ces deux hordes de Sarrasins entrèrent', pour se combattre l'une l'autre , v dans le pays
dont elles vouloient faire la conquête. Une fois introduits, ils s étendirent, ils s'agrandirent, et firent à peu près dans l'Italie les mêmes ravages que les Normands faisoient alors en France ; ils allèrent piller Rome et le tombeau de saint Pierre. Le pape, au lieu de menacer les rois et de vouloir régler leurs amours, aui oit dû tâcher de les réunir contre ces barbares, que l'esprit de guerre et de conquête n'abandonnoit jamais, et qui , battus tant de fois par Charles Martel et par Charlemagne, ne cessoient de menacer à la fois la France et l'Italie. Mais de tout temps les petites passions ont fait perdre de vue les grands intérêts. Lothaire imagina d'aller offrir au pape ses-services et ses secours contre les Sarrasins ; il crut qu'un tel bienfait lui tiendroit lieu de la soumission qu'avoit si impérieusement exigé Nicolas ; il fut accueilli en effet avec toutes les démonstrations de la reconnoissance ; la confiance et l'amitié parurent régner entre T.oiTiar Rcg. Adrien et lui. Lothaire, dans un jour de solennité, gesuRoma? voulut communier de la main du pape avec tous les
ConciLGall. c . . r r .
t. a. seigneurs français de sa suite, sans soupçonner le
piège où le pape l'attendoit. Aussitôt qu'ils eurent reçu la communion , le pape les força de jurer avec le roi sur l'eucharistie , qu'il a voit en effet obéi au pape 868. Nicolas, son prédécesseur, et que sa rupture avec Valdrade étoit sincère et sans retour. Le serment sur l'eucharistie étoit alors au nombre des épreuves ou jugemens de Dieu , en vertu des paroles de saint Paul : I. Corinth. Que celui qui reçoit indignement le corps et le sang
c - a * de J ésus-Christy mange et boit son jugement. On cro y oit
en conséquence que quiconque osoit se parjurer sur l'eucharistie, raouroit infailliblement dans l'année.
Lothaire et ses Français, surpris, effrayés, mais trop avancés pour pouvoir reculer sans une extrême confusion, bégayèrent en tremblant le serment redoutable qu'on exigeoit deux, et, si nous en croyons les historiens de ce siècle, ils moururent tous peu de temps après, comme si le glaive de Fange exterminateur les eût frappés. Ce qui est certain , c'est que Lothaire tomba dans une maladie de langueur, dont il mourut à Plaisance lorsqu'il retournoit dans ses Etats.
Charles, roi de Provence, son frère puîné^ qui n'avoit point subi comme lui l'épreuve de l'eucharistie > mourut assez tôt pour n'avoir pas le temps d'hériter de lui.
Leur seul héritier légitime étoit l'empereur Louis, leur frère; et letat de la famille de Charkmagne se trouvoit alors le même qu'au moment de la mort de Louis le Débonnaire-, il n'y avoit de changé que la personne de l'empereur; au lieu de Lothaire, c'étoit Louis son fils. Charles le Chauve, au mépris des droits Capital. Cade son neveu , s'empara de la Lorraine, sans titre ni ro j ^^j" prétexte que celui de bienséance. Louis le Germanique gione reglli arracha aussi quelques lambeaux de l'héritage de son Loibar. neveu. Les mœurs de la première race reprenoient le dessus, ou plutôt les mœurs de la première et de la seconde, à quelque degré d'atrocité près, sont les mêmes; celles de la barbarie, celles de la guerre, qu'on voit seulement s'adoucir un instant par la législation de Charlemagne, et reprendre leur férocité sous ses fils par les discordes civiles et l'habitude de la violence.
Louis, ainsi dépouillé, eut recours à l'autorité du
36a suite de l'histoire
saint Siège, et lui qui, à titre d empereur, devoit être le protecteur du pape , en devint le protégé. Adrien prit avec Charles le Chauve le même ton d empire que Nicolas avoit pris avec Lothaire le Jeune : il le menaça de l'excommunier ; il ordonna même aux évêques français de se séparer de sa communion , si Charles différoit de restituer la Lorraine à l'empereur. Le pape cependant ne montroit tout ce aèle que pour récompenser l'empereur du bon exemple qu'il avoit donné de recourir au saint Siège; car d'ailleurs Louis étoit, de tous les princes carlovingiens, celui dont le pape désiroit le plus l'afibiblissement , précisément parce qu'il étoit empereur et qu'il avoit l'Italie dans son partage.
Ces deux papes ( Nicolas I et Adrien II ) avoient du moins le mérite de défendre la cause la plus juste; car Lothaire avoit vraisemblablement tort à l'égard de Thietberge sa femme, et Charles le Chauve avoit certainement tort à l'égard de l'empereur Louis son neveu ; mais les torts des rois ne pouvoient donner sur eux, aux papes, que le droit de représentation et d'exhortation ; les papes ne dévoient jamais oublier que le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde, et que s'ils possédoient un royaume temporel, ils en avoient l'obligation à la munificence des rois carlovingiens.
Le despotisme d'Adrien révolta une partie du Clergé
de Prance. Le célèbre Hincmar, à qui son éloquence,
sa doctrine, son caractère ferme et austère avoient
donné dans le Clergé la plus liaute considération, et Jlmcmar, » . . . , ,
oper, t. a, T 1 on P 0uv0l t appeler le pape de deçà les monts,
epist. 4a. nom par lequel le pape Pie IV désigna dans la suite,
par crainte et par jalousie, le cardinal Charles de Lorraine , homme assez semblable à ce prélat , Hincmar écrivit au pape Adrien, en faveur des libertés de l'Eglise gallicane , presque avec la même véhémence que Thietgaud et Gontier avoient déployée contre Nicolas. Cette disjpute partagea les esprits, et porta 870. le schisme non-seulement dans le Clergé, mais encore dans la famille d'Hincmar. Il avoit un neveu , évêque de Laon, nommé Hincmar comme lui, aussi soumis à toutes les décisions de Rome, que l'archevêque de Reims vouloit qu'on le fût aux siennes, incapable d'ailleurs de se soumettre à toute autre autorité, et révolté surtout contre celle de son oncle. Celui-ci, qui ne souffroit point de résistance, même de la part de ceux qui lui étoient étrangers, étoit encore moins disposé à en souffrir de la part de son neveu et de son suffragant. L'évêque de Laon devint le chef du parti papiste ; l'archevêque de Reims se porta pour le défenseur de son roi (Charles le Chauve) et des libertés de l'Eglise gallicane ; aussi est-il cité avantageusement parmi les premiers défenseurs de ces libertés attaquées par les papes. Ces deux prélats se firent une guerre qui finit par être aussi cruelle que la guerre ordinaire. Tous deux inflexibles, l'oncle impérieux, le neveu insolent, et que les annales de saint Bertin appellent homo insolentiœ singularis, le choc fut rude entre eux. Lar- Schcd.Hincchevêque, par son autorité de métropolitain, cassa JJ^q^jq^ une sentence d'excommunication, rendue par l'évêque zi ac . contre des particuliers ses ennemis ; l'évêque appela sur-le-champ à Rome, et le pape se prétendant saisi par cet appel, revendiqua l'affaire par puissance apostolique. Charles le Chauve, qui se sentoit appuyé par
Hincmar, conseilla au pape de montrer plus de modération, afin que lui et ses prélats ri eussent occasion de téconduire.
Cette réclamation du pape fut pour l'archevêque de Reims une nouvelle occasion de défendre les libertés de l'Eglise gallicane , en défendant sa propre autorité ; il cita son neveu à un concile qui devoit se tenir à Attigny, et prononcer sur la validité de son appel. L'évêque de Laon y vint, soit qu'il ne crût pas pouvoir s'en dispenser, soit qu'il espérât y triompher. L'archevêque commença par le faire attaquer sur les chemins, et par faire piller ses équipages, correction peu ecclésiastique, et dont on ne voit pas trop quel étoit le but; il le fit ensuite condamner et déposer par le concile, et la querelle s'échauffant toujours de plus en plus, parce que le pape prenoit la défense de l'évêque de Laon, comme Charles le Chauve celle de l'archevêque de Reims, celui-ci joignant à l'autorité d'un oncle et d'un métropolitain la cruauté d'un ennemi, poussa la violence jusqu'à faire crever les yeux à l'évêque de Laon. Il ne se montra guère moins sévère à l'égard du moine Gothescalc, qui avançoit, sur la prédestination et la grâce, des propositions un peu dures, renouvelées depuis par les hérétiques des derniers temps.
Telles étoient les entreprises des papes, et les mœurs des évêques, sous des rois qui ne savoient pas gouverner, qui se partageoient entre la barbarie et la superstition, et qui perdoient, par leurs divisions, l'autorité qu'ils cherchoient toujours à étendre par des conquêtes.
Les fils de Louis le Débonnaire, à l'exception de l'empereur Lothaire, furent malheureux par leurs en-
»E CHXELfcMÀGKE. 365
fans, comme leur père l'avoit été par eux ou à leur occasion. Charles II. fils de Charles le Chauve, avant voulu, par badinage, faire peur à un jeune homme de sa Cour, en fondant sur lui lepée à la main avec tous ses courtisans, en reçut sur la tête un coup de sabre, dont il mourut après avoir langui long- temps* Carloman, le quatrième des fils du môme Charles le Chauve, se révolta contre son père. Charles le Chauve, pour le priver du trône , le fit entrer dans l'état ecclésiastique ; il se révolta encore, son père le fit enfermer; puis, à la prière du pape Adrien II et de ses légats, il lui pardonna. Carloman s'étant révolté une troisième fois , son père lui fit crever les yeux, et Je fit enfermer de nouveau, après lavoir fait condamner à mort. Sauvé de sa prison par des moines, il trouva un asile auprès de son oncle Louis le Germanique, qui lui donna une abbaye.
Charles, un des fils de Louis le Germanique, conspira plusieurs fois contre son père, et il fut ensuite si troublé par ses remords, qu'il en perdit la raison. L'enfer s'ouvroit pour le recevoir, il voyoit les démons et les flammes; sa tête ne se remit jamais bien de cette commotion violente. C'est celui qui a été connu dans la suite sous le nom de Charles le Gros ou le Gras. « Les princes de la race carlienne , dit « Mézerai, étoient, pour la plupart, des esprits fofc» « bles, ou fous, ou hébétés ». :
Voilà, encore une fois, pour qui Charlemagne avoit fait tant de conquêtes, . é
L'empereur Louis, fils de l'empereur Lothaire,, mourut sans enfans mâles en 875. Louis le Germanique ei. Charles le Chauve, ses oncles, étoiont ses
366 SUITE DE L HISTOIKE
seuls héritiers; mais, au lieu de partager ses Etats, selon l'usage du temps, chacun d'eux voulut exclure l'autre. «Louis le Germanique envoya ses fils en Italie, pour en prendre possession, soit en son nom, soit au nom de Carloman, Faîne' de ses fils, que l'empereur Louis, par son testament, avoit appelé à l'Empire. Charles le Chauve y passa en personne; il amusa, il trompa ces jeunes princes par des présens, par des promesses de se retirer au plus tôt, et de procéder à l'amiable au partage ; enfin il parvint à les renvoyer. Ainsi l'Italie, et par conséquent l'Empire qu'on regardoit encore alors comme attaché à la possession de Rome, restèrent à Charles le Chauve. On assure qu'il acheta l'Empire , à prix d'argent , du pape Jean VIII, et du sénat romain, charmés d'avoir cette occasion de le vendre, et très - chèrement : on dit même, mais c'est un point débattu entre les sa van s, que , pour obtenir l'Empire , Charles renonça pour lui et pour les empereurs ses successeurs, au droit de confirmer l'élection des papes. On voit cependant encore, après Charles le Chauve, des rois et des empereurs agir en maîtres dans Rome ; et l'empereur Othon III, dans la donation qu'il fit à la fin du dixième siècle au pape Silvestre II , de quelques villes de la Romagne, met au nombre des choses supposées, la prétendue cession faite par Charles le Chauve, du droit de confirmer l'élection des papes, droit, à la vérité, toujours supporté très-impatiemment par les Romains. Au reste, le pape, suivant la remarque de* historiens, donna l'Empire en souverain, et Charles biBum** tfk" k re Ç ut en vassal : « Nous l'avons jugé digne de l*Emp. a Q 5. 1 « pire, <lit le pape, et nous lui en avons conféré le
DE CHA RLEMA GNF. ^Gj
« titre et la puissance ». « Charles, dit Mézerai, de Abrégé « souverain du pape, s'étoit rendu son sujet, jusque- j h ™ n ^ g " « là qu'il tenoit à honneur de porter le titre de son « conseiller d'Etat » : il ne crut pas avoir payé trop cher l'avantage de supplanter son frère aine et ses neveux; il s'applaudit d'avoir, en cette occasion, pris sa revanche des diverses entreprises de son frère sur ses Etats. Celui-ci armoit pour se venger à son tour (car, dans le système de guerre, il n'y a jamais de raison pour que les vengeances finissent), lorsqu'il mourut, le 28 août 876, âgé d'un peu moins de soixante et dix ans. Il fut, de tous les enfans de Charlemagne, le seul qui fit quelquefois ressouvenir de ce grand prince.
Il laissa trois fils, Carloman, Louis et Charles.
Charles le Chauve, ayant été couronné empereur à Rome des mains du pape, le jour de Noël 875, seul trait de conformité qu'il eut avec Charlemagne, eut, avec tous les princes mérovingiens, la conformité d'être avide et injuste ; il voulut dépouiller ses neveux de la succession de Louis le Germanique leur père. La facilité avec laquelle il les avoit joués dans l'affaire de la concurrence à l'Empire, lui persuada qu'ils seroient aisés à surprendre. Par le partage fait entre eux, Carloman avoit la Bavière et la Pannonie ; et en vertu du testament de l'empereur Louis , il prenoit le titre de roi d'Italie, quoique Charles le Chauve se fût mis en possession de cette contrée et de l'Empire ; Louis avoit la Franconie, Charles le Gras le reste de la Germanie. Ce fut sur Louis que Charles le Chauve fondit d'abord. Louis, pour le désarmer, lui envoya des ambassadeurs, qui offrirent de prouver par trente
témoins , dont dix subir oient l'épreuve de l'eau froide, dix celle de l'eau chaude, dix celle du fer ardent, que ni lui ni ses frères n'a voient eu aucun tort à l'égard de Charles le Chauve. La chose étoit toute prouvée, et ce n'étoit pas de cela qu'il s'agissoit ; mais Charles le Chauve saisit l'occasion qu'on lui ofFroit de négocier et de paroître entrer en accommodement : il fit faire les épreuves proposées, qui réussirent toutes. En même temps il faisoit filer secrètement des troupes à travers les montagnes et par des sentiers peu fréquentés, pour envelopper Louis, auquel il se proposoit, dit-on, de faire crever les yeux, afin d'envahir ses Etats. L'archevêque de Cologne,
Aunal Bcr- ^ to * t ^ ans 1 armee de Charles le Chauve, ayant tin. fait inutilement tous ses efforts pour le détourner de
Fuld.etMe- ce tt e perfidie, en fit donner avis sous main à Louis, 8^6. °t ui s en vengea par une victoire complète qu'il rem- 877. porta sur Charles près d'Andernach.
Cependant le pape Jean VIII, pressé par les Sarra- Joan. 8,Ep. sins, supplioit l'empereur, les genoux en terre et la 3a * tête inclinée , comme s'il étoit en la présence du sou~
verain son protecteur, d'accourir à son secours : ce sont les propres termes de son épître trente-deuxième. Outre qu'ils donnent une idée bien forte du danger du pape ou de sa terreur , ils semblent propres à détruire l'idée que Charles le Chauve eût renoncé au droit de confirmer les papes. U est vrai que , dans la même lettre , Jean VIII confirme la nomination de Charles à l'Empire ; car Rome ne perd jamais de vue ses prétentions. Charles se rendant aux instances du pape, et corrigé, au moins pour le moment, de sou ambition, par sa défaite à Andcruach, marcha pour
DE CHÀRLEMÀGNE. 36q
défendre ses Etats d'Italie, au lieu d'envahir ceux de ses neveux en Germanie. Le pape vient à sa rencontre à Verceil, d'où ils s'avancent ensemble jusqu'à Pavie , délibérant avec les seigneurs lombards des moyens de chasser les Sarrasins : dans le moment ils apprennent que Carloman, quin'avoit point renoncé aux droits que lui donnoit le testament de l'empereur Louis , s'avançoit à la . tête d'une puissante armée f pour revendiquer l'Italie et l'Empire. A cette nouvelle, le pape s'enfuit à Rome, Charles le Chauve reprend la route de France. En même temps, par une bizarrerie qui montre combien on étoit mal servi en espions, et combien on savoit mal faire la guerre eu la faisant toujours, Carloman, sur un bruit qui se répandit que le pape et l'empereur s'avançoient pour le Annal. Bercombattre, fut saisi d'une terreur panique, et s'enfuit U ^ nna | de son côté en Allemagne. tens.
Charles le Chauve mourut au passage des Alpes, le 5 ou le 6 d'octobre 877 , empoisonné, dit-on, par le médecin juif Sédécias, charlatan et intrigant auquel il prodiguoit sa confiance. Il est difficile de concevoir quel intérêt pouvôit avoir un médecin d'empoisonner un grand prince dont il étoit le favori, et qui le combloit de grâces ; mais puisque tous les historiens s'accordent à lui imputer ce crime, il doit s'expliquer sans doute par des promesses et des espérances de fortune supérieures à tout ce qu'il pouvoit attendre de sa faveur auprès de Charles : nous voyons en effet, dans ce temps , une conspiration presque générale des seigneurs français contre l'empereur tous y entrèrent, jusqu'à Boson, autre favori de Charles , et de plus, son beau-frère. On reprochoit à Charles 2. 24
d élever aux emplois des gens de néant , comme s'il eût voulu s'en faire un appui contre les grands ; politique peut-être assez bonne dans un temps où la puissance des grands devenoit excessive, mais crime irrémissible à leurs yeux.
On lui reproclioit encore, depuis qu'il étoit empereur, l'affectation de préférer à l'habit français l'habit grec ou romain. Ceux qui connoissent peu les hommes, auroient peine à croire combien cette petite affaire de mode et de cérémonial excita de mécontentement et de haine. Les Français se crurent méprisés par leur roi; ils comparoientavec chagrin cet usage de Charles le Chauve , à l'usage qu'avoit toujours observé Charlemagne, de ne quitter l'habit français que lorsqu'il y étoit forcé par quelque cérémonie. Cet habillement étranger déplaisoit à tout le monde en France, même de aux chiens, qui, selon quelques historiens, ne cessoiçnt Litiérat. 1 6, d'aboyer l'empereur Charles le Chauve, quand ils le p ' 7 ' voy oient ainsi vêtu.
On avoit sans doute des différences plus importantes à remarquer entre Charlemagne et Charles le Chauve; celui-ci détruisit l'ouvrage de la grandeur du premier, il acheva la décadence de la maison carlovingienne, commencée sous Louis le Débonnaire. Remarq. et « Sous Charlemagne , dit M. labbé de Mably , le observations K S ouvernement se formoit ; sous Louis le Débonaur rHist. de « naire il se déformoit ; sous Charles le Chauve il
388 1 1 ' P K n exist0 ^ P* us Le rè g ne de Charles le Chauve fut celui des évêques; et, à l'exemple de ceux-ci, les grands, même laïcs, élevèrent leur puissance à un degré jusqu'alors inconnu. Il réunit la plus grande partie des Etats de Charlemagne ; ce qui ne servit qu a
montrer qu'un grand Empire peut être bravé, lorsque l'empereur est méprisable. Il eut le germe de cette politique machiavéliste , développée depuis par Louis XI, prince avec lequel il avoit beaucoup de conformité. Il flatta et outragea tour à tour le pape, les évêques, les grands, suivant l'exigence supposée des conjonctures et le besoin apparent du moment ; il se soumettoit bassement à la juridiction, même temporelle, du Clergé; il bravoit ce même Clergé jusque dans son autorité spirituelle, en faisant asseoir Richilde sa femme, en plein concile, au milieu des évêques, qui sembloient présidés par elle, mais qui en furent si indignés qu'ils ne se levèrent seulement pas pour la recevoir. Charles ne voyoit pas que cette conduite chancelante et sans principes finissoit toujours par le rendre le jouet et la victime du Clergé» Comme Louis XI , il fut dévot et injuste, superstitieux et cruel; comme Louis XI, ses conquêtes furent des surprises, son talent fut l'art de trahir, et la trahison rptomba presque toujours sur lui-même; comme Louis XI , en haine de la noblesse que Charleraagne et que tous. les grands princes ont toujours su s'attacher, il voulut élever les gens sans naissance, ce qui le rendit plus odieux que redoutable ; comme Louis XI, ses intrigues perpétuelles remplirent son règne de troubles; ils mourut enfin sous l'empire et peutêtre par le crime de Sédécias son médecin , comme Louis XI trembloit sous la tyrannie de son médecin Coctier.
Charles le Chauve aima les lettres ; il attira en France des savans, qu'il alla chercher dans la Grèce Mézer.Abr. et même dans l'Asie ; « Très-louable en cela, dit Chronol.
SUITE DE l'hISTOIRE
« Mézerai, s'il eût songé à pourvoir à la sûreté et aux « nécessités de son Etat , avant que de pourvoir aux « ornemens ». Les gens de lettres , par une reconnoissance dont le principe est estimable , mais dont l'effet fut blâmable et honteux, ont prostitué à ce vil tyran le titre de Grand («). La postérité, plus équitable, dit un auteur moderne, ne lui a laissé que le titre de Chauve , parce qu'il l'étoit en effet. Que les gens de lettres apprennent, par cet exemple, à louer, non ceux qui leur font du bien, mais ceux qui en font au monde, et que leur reconnoissance s'acquitte envers les mauvais princes par des leçons qui puissent les corriger, et non par des éloges qui ne peuvent que les pervertir encore.
On peut juger de la licence où les mœurs étoient parvenues, par l'enlèvement, non-seulement impuni, mais presque consacré, de diverses princesses du sang royal , crime qui en suppose une infinité de pareils dans les conditions inférieures. Un seigneur français, nommé Gilbert , enleva une fille de l'empereur Lo- Atm. Berlin, thaire , et l'épousa publiquement. Le ravisseur étoit sujet de Charles le Chauve, qui ne le punit point, et qui fut même soupçonné de le protéger secrètement, n'étant pas fâché de l'humiliation et du chagrin qui arrivoient à son frère, et ne poussant pas la prévoyance jusqu'à sentir que cette impunité pouvoit lui en attirer autant à lui-même. De plus, les trois frères, c'est-à-dire l'empereur Lo thaire, Louis le Germanique , et Charles le Chauve , s'assemblèrent et con-
(0 Multa qui Je m nobis facimus m a la sœpè pot ta , {Ut vincla egomet cœâam mca ).
Horat. Epis toi. lib. 9, cpistol. X.
roquèrent une assemblée, pour délibérer des moyens de réparer ou de venger l'affront fait à l'aîné d'entre eux. Us n'eurent pas même le crédit de faire condamner ou excommunier le coupable, soit que l'obstacle vînt de leur mésintelligence au de la résistance des grands, qui défendoient un de leurs semblables, et qui vouloient en pouvoir faire autant dans l'occasion. On ordonna cependant, en se séparant, qu'à l'avenir le crime de rapt ser oit puni.
Ce qui devoit arriver, arriva. Une ordonnance, vague et purement comminatoire, eut bien moins d'effet que l'exemple de l'impunité de Gilbert. Si Charles le Chauve avoit prêté son appui à l'enlèvement de la fille de Lothaire , il en fut justement puni par l'enlèvement de Judith, sa propre fille, fait du consentement de Louis son fils, frère de Judith. Le ravisseur étoit Baudouin, grand forestier de Flandre. Charles, dans sa colère, parvint à le faire excommunier, ainsi que Judith; mais on négocia, et après quelques traverses , Baudouin fut récompensé de son crime par Ann.Bertin. Charles, qui non-seulement consentit à le regarder etFuldeas. comme son gendre, mais qui le fit comte héréditaire de Flandre. C'est de lui que descendoit cette maison de Flandre , si long-temps redoutable à nos rois.
Louis et Charles, frères de Judith, se marièrent aussi contre le gré de Charles le Chauve leur père, ou à son insu. Il fallut les soumettre par les armes.
Lorsque des sujets d'un crédit ordinaire commettoient impunément , et même heureusement , de tels attentats, Boson, à qui la faveur de Charles le Chauve, et le titre de beau-frère de ce monarque, rendoient tout permis , crut que l'enlèvement d'une princesse
du sang étoit la moindre chose qu'il pût se permettre* Annal. Fuld. H enleva Hermengarde, fille de l'empereur Louis II, et il l'-épousa. Les noces furent célébrées avec une magnificence solennelle dans cette maison royale de Ponthion, où Pépin le Bref avoit reçu, en 753, le pape Etienne.
Un concile tenu à Verneuil-sur-Oise , en 884, nous fait connoître une fraude pieuse d un genre bien sin* gulier, qui se pratiquoit alors. Des femmes qui vouloient entrer dans 1 état monastique , ne jugeant pas qu il y eût pour leur sexe d'ordres assez austères , se coupoient les cheveux et s'habilloient en hommes pour être reçues dans les communautés de moines les plus renommées pour l'austérité. Le concile condamne, avec raison, cet abus et cette recherche de macérations.
On trouve à la suite des Œuvres d'Agobard , archevêque de Lyon, une lettre fort curieuse d'Amulon ou Àmolon son successeur -, elle contient le détail d'une aventure toute semblable à celle qui, de nos jours, a donné pour un temps une si grande célébrité au cimetière de Saint - Médard ; car il n'y a aucun genre de fanatisme et de barbarie dont on ne retrouve des traces dans ce dix-huitième siècle si fier de ses lumières, et les peuples ont toujours besoin d'être avertis de veiller sur eux. Des moines errans et fort suspects déposèrent dans l'église de Saint-Bénigne de Dijon, des reliques qu'ils avoient, disoient-ils , apportées de Borne, et qui étoient d'un saint dont ils avoient oublié le nom. L'évêque o\e Langres, nommé Theotbolde, du diocèse duquel Dijon dépendoit alors, refusa de recevoir ces reliques sur cette allégation
DE CHÀRLEMÀGNE. 3^5
vague et suspecte. Les reliques ne manquèrent pas de faire des miracles, et ces miracles étoient des con-j valsions dont étoient saisis ceux qui venoient poutf révérer ces reliques. L'opposition de Tévêque fit bientôt de cette dévotion une fureur, et de ces convul-* sions une épidémie. Cette folie passa du peuple aux grands , souvent peuple sur ces matières. Les femmes s'empressèrent de donner de la vogue au parti. Theotbolde consulte l'archevêque de Lyon, dont il étoit suflragant. « Proscrivez , lui dit l'archevêque de « Lyon, ces fictions infernales, ces hideuses mer- « veilles, qui ne peuvent être que des prestiges ou « des impostures. Vit- on jamais aux tombeaux de9 « martyrs ces funestes prodiges , qui , loin de guérir « les malades, font souffrir les corps et troublent les « esprits » ? La lettre d'AmuIon étoit accompagnée d'une lettre écrite anciennement par son prédécesseur Agobard, sur des prestiges à peu près semblables, employés de son temps dans la ville d'Uzès. Il n'y a guère de folies modernes dont on ne trouve le modèle dans les temps anciens, ni de folies anciennes qu'on ne répète avec succès dans les temps modernes.