LOUIS ET CARLOMAN
Louis et Carloman, fils du premier lit de Louis le Bègue , régnèrent après lui. Louis , leur cousin , l'aîné des frères de Carloman le Germanique , et nommé Louis le Germanique comme son père, voulut dépouiller les deux princes français , sans autre titre Annal. Tu\d. que d'avoir été appelé par quelques mécontens; il fit clMelclls la guerre à ces deux princes tant qu'il vécut : il mourut jeune, sans enfans, n'ayant eu qu'un fils qui étoit tombé d'une fenêtre en jouant et s'étoit tué.
Charles le Gras, son frère, alla se faire couronner empereur à Rome. Le couronnement se fit encore le jour de Noël, en mémoire de celui de Cbarlemagne; SSi. car il étoit bien plus aisé de se faire couronner le même jour , que de gouverner comme lui. C'est ainsi que la superstition sait imiter le génie : on observoit avec soin de se faire couronner par le pape, et le jour de Noël , parce que Gharlemagne avoit été couronné par le pape et le jour de Noël ; et on oublioit que Cbarlemagne, en ordonnant à son fils de prendre lui-même sur l'autel la couronne impériale , avoit donné l'exemple et la leçon de ne point recourir au ministère dangereux des papes, pour des droits qu'il regardoit comme héréditaires : mais ses successeurs, toujours occupés à se prévenir ou à se supplanter les uns les autres , étoient trop heureux que le pape voulût bien leur conférer des titrés.
Louis et Carloman eurent à combattre , pendant
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tout leur règne, ces opiniâtres ennemis de la France, les Normands , qui , souvent battus , mais toujours réparant leurs pertes et remplaçant leurs morts, faisbient toujours des ravages et des progrès, et qui, trop souvent payés pour s'en aller, revenoient à l'ins- Cbron. de tant pour se faire payer encore; ils étoient particuj^si. Nom*. ]iè rement étirés alors par un bâtard nommé Hugues, que ce Lothaire II, excommunié par le pape Nicolas, et mort après avoir communié de la main d'Adrien II, avoit eu de Valdrade. Ce Hugues vouloit s'assurer, par
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partage de son père, comme autrefois le jeune Pépin et Charles son frère avoient voulu, par le même moyen , se maintenir dans l'Aquitaine leur patrimoine.
Le vieil Hincmar, chassé de son siège de Reims par SS». l'effroi qu'inspiroient ces barbares, mourut dans sa fuite à Epernay , chargé d'années, accablé de douleur. Il fut le flambeau de l'Eglise gallicane ; mais la sévérité., la- violence ont^ terni sa gloire, et privé sa mémoire de l'intérêt attaché au malheur.
Louis et Carloraan sont distingués de tous les princes carlovingiens , et même en général de tous les princes, par l'union qui régna toujours entre eux, et qui fut telle, que quoiqu'ils eussent fait des partages comme tous les autres, il semble qu'ils aient régné par indivis, et tous les historiens les associent comme s'ils eussent occupé en commun le même trône.
La mort de l'un et de l'autre eut quelque chose de remarquable. On dit que Louis, rencontrant dans la ville de Tours une jeune fille qui lui parut belle, la poursuivit à cheval jusque dans une maison où elle se
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sauvoit, et dont la porte, étant trop basse pour que Louis pût y entrer commodément à cheval, lui brisa la tête et les reins. Il est vrai que ce fait ne se trouve point dans les auteurs du temps, et n'est raconté que par Paul Emile, historien des quinzième et seizième siècles.
Carloman fut blessé mortellement à la chasse, ou 884. par un sanglier, comme il le publia lui-même, ou, comme d autres le prétendent, par un gentilhomme de sa suite qui voulut lancer son dard au sanglier. Ceux qui adoptent cette dernière idée, disent que Carloman , bien sûr de n'avoir que de la maladresse à reprocher au gentilhomme, attribua sa blessure au sanglier, pour mettre Fauteur du coup à l'abri de toute recherche. Le prince ne fit en cela que ce qu'exigeoit la justice, et il passa pour généreux.
* Comme la décadence de la maison carlovingienne alloit toujours en croissant, et que le mal étoit devenu trop grand pour que des tatens ordinaires pussent y remédier, le règne de Louis et de Carloman sert d'époque à de nouveaux déniembremens de la France. Boson , infidèle à la postérité de Charles le Chauve son bienfaiteur, renouvela en quelque sorte, sous le nom de Provence, l'ancien royaume de Bourgogne, comme Charlemagne avoit renouvelé l'Empire d'Occident : cependant dom Plancher, auteur de la nouvelle Histoire de Bourgogne, prouve que Boson ne prit point le titre de roi de Bourgogne; mais le pays dont il se rendit maître, avoit fait partie du premier royaume de Bourgogne. Louis et Carloman le punirent de son ingratitude et de sa perfidie; ils le battirent, ils firent prisonnières sa femme et sa fille ; mais Louis, fils de
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Boson, se rétablit dans le royaume usurpé par son père, et bientôt ce second royaume de Bourgogne fut subdivisé en Bourgogne Cisjurane et Bourgogne Transjurane. La Cisjurane, ou royaume d'Arles ou de Provence occupé par ce Louis, fils de Boson, s'étendoit depuis Lyon jusqu'à la mer, entre le Rhône et les Alpes, comprenant aussi le Lyonnais et le Dauphiné. La Transjurane, occupée par Raoul, fils de Conrad, autre usurpateur, comprenoit la Savoie et le pays des Suisses.