CHARLES LE GRAS
L'héritier naturel de Louis et de Carloman , étoit Charles le Simple, leur frère consanguin, fils posthume de Louis le Bègue (0; mais la moitié de la France afTectoit de le regarder comme bâtard, tandis que l'autre moitié le regardoit comme ayant été le seul fils légitime de Louis le Bègue. En effet, les deux mariages ayant eu lieu en même temps, il falloit qu'un des deux fût nul, et n'eût produit que des fruits adultérins, du moins on commençoit alors à raisonner ainsi. D'ailleurs Charles le Simple n'avoit que cinq ans; ce fut là le vrai motif de son exclusion ; les Fran- Annal. Fuld. çais élurent pour leur roi l'empereur Charles le Gras.
C'étoit prendre un fou au lieu d'un enfant. Charles le Gras, comme nous l'avons dit, voyoit les diables prêts
(0 Louis le Bègue mourut le vendredi saint io avril 8795 Charles le Simple naquit le ^septembre de la même année. C'est à peu près le même intervalle qui s'est trouvé depuis entre lYpoque de la mort du prince de Condé Henri 1, arrivée le 5 mars i588, et celle de la naissance de son fils Henri II, prince de Condé , arrivée le 1 septembre de la même année. On sait à quelles fables cette naissance posthume a donné lieu. ■
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il le saisir, et l'enfer ouvert pour l'engloutir. Sa des-» tinée fut aussi étrange que son esprit et son caractère. Déjà empereur et roi d'Italie, il venoit de recueillir en entier la succession germanique, lorsque, pour comble de bonheur, il fut élu roi de France; de sorte qu'à quelques démcmbremens près il réunissoit toute la monarchie de Charlemagne. Il conçut une jalousie assez déraisonnable au sujet de Richarde sa femme , et il la répudia, protestant d'ailleurs quau bout de Annal. Mcdix ans de mariage il la laissoit telle qu'il l'avoit prise. tens * Ce premier trait de bizarrerie fit impression sur l'esprit des peuples. Il assembla ensuite un parlement, 837. dans lequel il donna des marques si éclatantes de folie, que ses peuples l'abandonnèrent tous à la fois, pour se donner à divers souverains, sans même prendre le soin de pourvoir à sa subsistance. Il tomba dans un tel excès de misère, qu'il ne lui resta pas un seul domestique pour le servir, ni le moindre revenu pour vivre; et il seroit mort de faim, à la lettre, si Luitperd, archevêque de Mayence, n'eût pris pitié de OttoFrising. lui, et ne se fût chargé de le nourrir jusqu'au moment ^ £ 0 ou il obtint d'Arnoul, son neveu, bâtard de Carloman sigebert. son frère, et l'un de ses successeurs, le revenu de deux Anuai. Met. ou trois villages pour son entretien ; encore fallut-il que le malheureux Charles eût l'humiliation de mendier ce secours par des lettres très - pressantes. « Le « plus puissant prince de la terre fut réduit en cet « état, dit Mézerai, pour n'avoir pas eu assez de force « d'esprit, et pour avoir été destitué d'enfans légi- « times, deux choses très-nécessaires à un souverain ».
Il mourut peu de temps après (le 8 janvier 888), ou de douleur, ou selon quelques auteurs, étranglé par
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Tordre de ceux qui pouvoient encore redouter ses
droits.
Son déplorable règne sert d'époque au siège mis devant Paris par les Normands , et sa conduite y donnalieu. Entraîné par de mauvais conseils (car par lui-même
Annal. Fuld. il étoit incapable d'un crime), il engagea dans une conférence Godefroy, chef des Normands, et s y étant rendu le plus fort, par artifice, il le fit massacrer avec tous les Normands de sa suite : en même temps Hugues, ce bâtard de Lothaire II et de Valdrade, dont nous avons déjà parlé, Hugues, qui, lui disputant toujours la Lorraine, étoit toujours l'allie des Normands, et qui l'étoit encore plus particulièrement de Godefroy , auquel même il avoit donné sa sœur en mariage, Hugues étant venu trouver Charles sur sa parole, pour conférer avec lui de leurs intérêts, Charles le fit arrêter et lui fit crever les yeux. On avoit persuadé à Charles qu'en se défaisant ainsi des deux chefs des ennemis, il termineroit pour jamais la guerre, et par cette violence perfide il la fit renaître avec plus de fureur que jamais. Les Normands coururent à la vengeance; leur juste ressentiment ne mit plus de Chronir. de bornes aux ravages : ce fut alors qu'ils se déterminèrent
gest Norm. ^ ce f ameux siège de Paris, soutenu avec tant de constance par Gosselin, évêque de cette ville, par l'abbé Ebon son neveu, et surtout par le vaillant comte Eudes, digne fils de Robert le Fort. ;
Il est à remarquer que Charles le Gras n'est point compris dans la liste des rois du nom de Charles qui ont régné sur la France. On ne compte, dans la race carlovingienne, que trois rois de ce nom : Charlemagne, Charles le Chauve, et Charles le Simple. !
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Charles le Bel quatorzième roi de la race capétienne, est compte' pour le quatrième roi du nom de Charles. Cette omission de Charles le Gras peut venir des droits de Charles le Simple , que la nation n'avoit pas tellement perdus de vue qu'elle ne les eût consacrés, en se chargeant de la tutelle de ce jeune prince, et en la confiant à un des plus grands seigneurs du royaume. D ailleurs cette même nation, qui avoit élu Charles le Gras, sembloit avoir révoqué son élection, en abandonnant ce prince»
On peut remarquer encore que Charles le Gras est le dernier prince légitime de la race carlovingienne qui ait possédé l'empire. Si un bâtard de cette maison a encore porté ou traîné ce titre d'empereur, il est sûr du moins que depuis Charles le Gras, l'Empire n'a plus été ni uni à la couronne de France, ni possédé , par aucun prince carlovingien légitime.
Sigonius dit que sur la fin de l'an 884, sous l'empire de Charles le Gros, le pape Adrien III fit deux décrets très-préjudiciables à la postérité de Charlemagne ; le premier, que le pape étant élu, seroit sacré sans attendre le consentement de l'empereur : Ut pon- Ufex designatus consecrari sine prœsentid régis aut legalorum ejus posset. Le second, que Charles le Gros venant à mourir sans enfans, le royaume d'Italie et le titre d'empereur demeureroient aux Italiens : Utmo- sigonîos,de riente Rege Crasso sine jiliis, regnum Italicis pria* regnoltaliœ, cipibusj unà cum titulo Imperii traderctur. . ann
. Malgré ces décrets, l'Empire ne fit que passer sur la tête de quelques Italiens ; il se fixa, comme nous aiirons bientôt occasion de le rapporter, chez les Allemands \ nous voulons seulement observer ici que, selon a. a5
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ht Blanc , ces empereurs allemands jouirent longtemps du droit de confirmer l'élection des papes, et qu'ils exercèrent dans Rome tous les autres droits régaliens.
Il est à remarquer que le fameux décret du pape Nicolas II, du mois d'avril io5g, pour l'élection de* papes, est bien différent dans Baronius etdansLeBlancî celui de Baronius réserve aux seuls cardinaux le droit d'élire les papes; celui de Le Blanc joint expressément l'empereur aux cardinaux. En effet, nous voyons que les papes, qui, depuis ce décret, se firent sacrer sans attendre la confirmation de l'empereur, et parmi eux Grégoire VII lui-même, en firent des excuses,
v.Sigonius, comme du temps de Louis le Débonnaire et de Lo-
Plaii aa ,etc. thaire son fils.
Ce ne Fut, selon Le Blanc, que vers le milieu du douzième siècle, sous le pontificat d'Innocent II, que les papes se voyant appuyés des armes des Normands établis dans le royaume de Naples, voulurent être dans Rome des souverains absolument indépendans. Il y eut à ce sujet, entre les empereurs et les papes, puis entre les papes et les Romains, de longues et sanglantes querelles, qui s'appaisèrent à peine vers la fin de ce douzième siècle. A la fin du siècle suivant , il existoit encore de fortes traces, sinon de l'autorité des empereurs dans Rome, du moins de l'indépendance des Romains à l'égard des papes ; et dans les siècles postérieurs, les Romains tentèrent plus d'une fois de la recouvrer. Mais ces faits sont étrangers à la race carlovingienne, et nous ne les indiquons que pour compléter l'histoire des vicissitudes de l'autorité impériale dans Rome.