‹ Histoire de CharlemagneChapitre 98 sur 108 · CHARLES LE SIMPLE · texte numérisé non relu

CHARLES LE SIMPLE

Depuis la mort de Charles le Gras, la maison carlovingienne serabloit réduite à deux seuls princes ; Arnoul, bâtard de Carlo m an le Germanique ; et Charles le Simple, fils posthume de Louis le Bègue, que plusieurs anectoient de regarder aussi comme bâtard. Cette idée donna naissance à une foule de prétentions nouvelles. Divers seigneurs français, qui descendoient de Charlemagne par les femmes, croyoient valoir au moins deux bâtards, dont l'un l'étoit incontestablement, et l'autre passoit pour tel à leurs yeux. Eudes, comte de Paris et duc de France, qui venoit de se signaler par la défense de Paris contre les Normands, étoit du nombre de ces descendans de Charlemagne par femmes. Les Français Murent pour leur roi , et 883. il continua de faire la guerre aux Normands avec sa Annal. Mevaleur ordinaire. tens *

Arnoul eut la succession germanique. Quant à l'Empire et à l'Italie , déjà depuis long-temps divers seigneurs italiens, ou du moins établis en Italie, tels que les ducs de Spolète et les ducs de Frioul , commençoient à prétendre que l'Empire d'Occident étant l'Empire romain , son siège devoit être à Rome, et qu'il devoit appartenir à un Italien plutôt qu'à un Français ou à un Allemand. A ce titre de convenance , ces Français italianisés ajoutoient l'avantage qu'ils avoient, aussi bien qu'Eudes, roi de France, Louis, fils de Boson, roi de Provence, et Raoul, roi de la Bourgogne transjurane , de descendre de Charlemagne par des femmes; car c'étoit alors le »

grand titre qu'on faisoit valoir ; tant cette rage épidémique de guerres, tant étrangères qu'intestines, avoit confondu tous les droits et anéanti tous les principes. C'étoient des maisons étrangères qui déchiraient Tliéritage de Charlemagne , tandis qu'il restoit un prince de sa maison , réputé légitime au moins dans une grande partie de la nation, un prince à qui tous ces trônes auroient dû appartenir , et qui n'en possédoit aucun, ou, si quelque prince de cette maison en défendoit encore les droits, c'étoit un bâtard.

Nous avons dit que la race carlovingienne sembîoit réduite aux princes Arnoul et Charles le Simple , et non pas qu'elle Véloit, car nous ne concevons pas comment, tandis que le bâtard Amoul jouoit le rôle principal parmi les princes de cette maison, Hébert ou Herbert, comte de Vermandois, et Pépin, comte de Senlis , qui descendoient de mâle en mâle de Charlemagne, par Bernard, roi d'Italie, dont la bâtardise est pour le moins très - équivoque , n'étoient pas au moins réputés princes du sang, eux dont les branches avoient le droit d'aînesse sur toutes les branches issues de Louis le Débonnaire. Nous concevons mieux comment ils étoient rejetés par ceux qui , descendant de Charlemagne par femmes seulement , prétendoient être préférés aux princes carlovingiens, dont la bâtardise étoit ou prouvée ou alléguée.

Ainsi donc Bérenger, duc de Frioul, et Guy, duc de Spolète , tous deux issus de Charlemagne par des femmes, se disputoient l'Italie et l'Empire, et même la France; car Guy, duc de Spolète, étant venu à Rome à main armée, s'y fit couronner empereur et roi de France.

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Le bâtard Àrnoul, fils de Carloman le Germanique, prétendoit , de son côté, à toute la succession de Charlemagne, parce qu'il e'toit, disoit-il, le seul mâle issu de mâle en mâle de Charlemagne, et qui ne fût pas un enfant, car on comptoit toujours pour rien les descendans de Bernard.

Arnoul avoit bien voulu reconnoître pour roi de France le cornue Eudes , qui lui avoit fait des soumissions ; mais il ne vouioit pas de même céder l'Empire aux nouveaux concurrens qui cherchoient à l'usurper. Il passe en Italie, il arrive aux portes de Rome, et s'empare de cette ville par un hasard bien singulier. Ses troupes étoient excédées de fatigue; mais 896. les soldats étoient pleins d'ardeur : les chefs insistoient pour qu'on donnât aux troupes quelques jours de repos ; les soldats crioient gaiement qu'un assaut les délasseroit. Pendant ce débat, un lièvre sort du milieu du camp ; les soldats le poursuivent avec de grands cris du côté de la ville. Les Romains de ce temps, qu'il LuitpraaJ > est presque ridicule d'appeler d'un tel nom , per- ** 6 » c * 8 * suadés que l'armée d'Arnoul court à l'assaut, s'effraient, abandonnent la garde des portes et des murailles. Les Germains ne trouvant point d'obstacle, escaladent les murailles, enfoncent les portes, prennent la ville. Arnoul est couronné empereur par le pape Formose; mais les prétentions des papes faisoient toujours quelque progrès. Formose , en faisant prêter serment de fidélité par les Romains au nouvel empereur, changea la formule ordinaire, et introduisit une restriction qui soumettoit entièrement l'autorité impériale à l'autorité pontificale. Voici quelle étoit cette nouvelle formule :

« Je jure, par les saints mystères, que, sauf mon

« honneur, ma loi, et la fidélité que je dois au pape « Formose, mon seigneur, je serai fidèle à l'empereur « ArnouKO ».

Ce prince mourut, peu d'années après, de la maladie pédiculaire, et l'Empire sortit pour toujours de la race de Charlemagne , tant légitime que bâtarde.

Le dernier empereur descendu de Charlemagne, dans la ligne masculine et légitime, fut, comme nous l'avons dit, Charles le Gras; le dernier empereur de la même ligne, mais bâtard , fut Arnoul ; et le dernier prince descendu de Charlemagne par les femmes, qui ait régné dans une partie de l'Italie, en aspirant à l'Empire, fut Bérenger, duc de Frioul.

Vers le même temps, le sceptre de la Germanie fut aussi enlevé à la race de Charlemagne, par le choix que fit cette nation de Conrad, duc de Franconie, pour la gouverner. Dans la suite, après bien des vicissitudes et des violences , après des flots de sang versés comme à l'ordinaire , l'Empire a passé à des princes germains, et s'est fixé en Germanie avec tous les titres fastueux de l'ancien Empire romain, et avec des prétentions sur l'Italie, source de discordes éternelles. Dans cette institution singulière, à travers la subversion de tous les droits, on reconnoît encore l'influence de Charlemagne ; on voit l'effet de sa prédilection pour la Germanie, et des grands établissemens qu'il avoit formés dans cette contrée ; on voit

(*) L'ancien serment, tel qu'il fut prêté, en 8a4 » à Louis le Débonnaire et à LoUiaire son fils , contient bien une foible réserve de la fidélité jurée au pape , Salua Jîdt quam repromisi Domino jfpostoIicOf niais il exprime l'engagement le plus fort et le plus étendu à l'égard de l'empereur, et assujettit formellement l'élection des papes à la confirmation de l'empereur. Çap. t. i, p. 647 et 648.

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la suite naturelle de son indifférence pour les affaires de l'Italie, et des concessions faites ou confirmées par ce grand prince au saint Siège.

Sa race abâtardie ne pouvait plus disputer que la France , la France affoiblie par des démembreinens considérables, la France où, par l'abus de la féodalité, tous les emplois devenaient des domaines, et tous les domaines des souverainetés. Encore cette couronne, ainsi dégradée , étoit-^elle enlevée aux princes carlovingiens. La maison de Robert le Fort s'élevoit sur leurs ruines, comme autrefois la maison de saint Arnoul et de Pépin s'était élevée sur les ruines des enfans de Clovis. Eudes, fds aîné de Robert le Fart, occupoit alors le trône qu'il avoit mérité par ses exploits contre les Normands. Défendre la France de ce fléau, étoit presque alors le seul titre à la royauté^ comme le seul devoir quelle nrescrivo.it. Déposoit-on un prince légitime? on lui repro choit toujours sa négligence à défendre l'Etat contre les Normands. Se iivroit-on à un usurpateur? c'étoit toujours le prix des services qu'on en avoit reçus ou qu'on en attendoit contre les Normands.

Charles le Simple disputoit encore la couronne au Annal. Meroi Eudes; celui-ci, selon quelques auteurs, n'étoit, tcns -

Chron brev

au moins dans l'intention de la nation, que régent du d Ducll ] royaume sous le roi Charles. S'il est ainsi , le régent iom. 3. vouloit conserver pour lui seul l'autorité royale , et n'en faire aucune part à son pupille ; il avoit pour lui son âge et ses exploits ; il étoit contre les Normands, ce que Charles Martel avoit été contre les Sarrasins , et il étoit à l'égard des princes carlovingiens de son temps, ce que Charles Martel avoit été à l'égard des derniers rois mérovingiens; Charles n'avait pour lui

que ses droits, et ils suffirent pour lui donner un parti. Des grands, me'contens du gouvernement d'Eudes, ou plutôt de sa fermeté à maintenir les droits de l'autorité souveraine, qu'il avoit usurpée, nommément Herbert et Pépin, descendans, comme nous lavons dit, de Bernard, roi d'Italie, placèrent sur le trône le jeune Charles, et le firent sacrer par l'archevêque de Reims ; mais ils lui vendirent bien cher la couronne quiîs lut rendoient ; ils partagèrent entre eux la souveraineté ; et de concessions en concessions, d'usurpations en usurpations, d'inféodations en inféodations, se forma ce fameux régime féodal, qui a, dit-on, encore dans la noblesse quelques partisans secrets , mais qui laissa aux rois capétiens l'autorité toute entière à conquérir lentement et par degrés.

Le règne de Charles, qu'il employa tout entier k mériter dans le plus mauvais sens le surnom de Simple, est l'époque de la plus grande décadence de la maison carlovingienne. On parvint d'abord à conci- 897 lier les intérêts des deux prétendans, et à partager entre eux le royaume. Eudes eut le nord, Charles le midi.

Eudes mourut peu de temps après ce partage. Robert son frère hérita de ses titres, de sa puissance et de son ambition; il disputa aussi la couronne à Charles. Celui - ci , hors d'état de résister et aux ennemis domestiques et aux ennemis étrangers, fit, en 912, avec les Normands, ce honteux traité de Saint-Clairsur-Epte, qui leur assura la partie delà Neustrie, nommée aujourd'hui de leur nom , Normandie,, et par lequel Rollon, cet illustre chef des Normands, devint le gendre et le vassal redoutable d'un roi méprisé*

Charles avoit un ministre, nomme' Haganon, qui le servoit aussi bien qu'on peut servir un roi foible , et qui gouvernoit aussi sagement qu'on peut gouverner un Etat déchiré ; on ne lui reprochoit guère qu'une naissance obscure, et c'étoit alors un reproche grave pour un ministre. Les grands ne pardonnoient qu'aux grands d'avoir de la faveur et de la puissance * ils furent plus blessés du crédit dUaganon, que du traité de Saint-Clair ; ils obligèrent le roi d'abandonner son ministre; et dans une assemblée des grands, où Charles comparut plus qu'il n'y présida, et où Robert, son concurrent, se fit son accusateur, on lui déclara ' que, par condescendance, et en faveur du sacrifice * qu'il faisoit d'Haganon , on vouloil bien lui continuer ?our un an Vobèissançe qui lui avoit été rendue jus- qu alors. C'est ainsi qu'on traitoit les restes du sang de Charlemagne.

Tant d'affronts rendirent à Charles un peu de courage, il osa se révolter contre Robert, car c'étoit le 0 2ï roi qui se révoltoit alors ; et dans une bataille qu'il lui livra, Robert périt, quelques auteurs disent même ' que ce fut de la main de Charles.

Hugues le Grand, fils de Robert , n'en gagna pas moins la bataille, et il se fût fait couronner, s'il l'eût 9 a3 * voulu. On dit que, content du pouvoir, il traita ce titre de roi avec tant d'indifférence, qu'il demanda froidement à Emme sa sœur, qui elle aimoit mieux voir roi, de lui ou de Raoul son mari, et qu'il lui en laissa le choix. La réponse d'Emme, selon Glaber (0, fut qu'e//e aimoit mieux baiser les genoux d'un mari que d'un frère; en conséquence, Raoul fut roi.

Herbert, comte de Vermandois, alla offrir ses ser-

(OGlab.l. i,c.2.

vices au malheureux Charles, il lui prodigua les respects; il frappa son fils, parce que celui-ci recevoit debout le baiser du prince ; et quand il eut gagné sa confiance, par ces démonstrations de zèle, il le retint prisonnier, et alla trafiquer de son crime et de sa proie à la Cour de Raoul. Raoul ne lui en ayant pas d abord payé le prix qu'il désiroit, il remit, pour s'en venger, son prisonnier sur le trône; puis Raoul s'étant empressé de satisfaire un homme qu'il étoit si dangereux de mécontenter, Herbert remit son fantôme de roi, du trône dans les fers, où le malheureux Charles le Simple mourut au bout de quelques années (le 7 octobre 929).

Ogine sa veuve, sœur d'Adelstan roi d'Angleterre, emmena Louis son fils dans cette île, et montra d'abord un grand courage et beaucoup de zèle pour son mari et pour son fils : mais dans la suite, afin qu'il ne manquât aucun genre d'humiliation ni d'abandon aux princes carlovingiens, elle devint amoureuse du comte de Troyes, fils de cet Herbert, l'oppresseur de Charles le Simple, et elle l'épousa, se rendant ainsi, après coup, complice de la mort de son premier mari.

Raoul régna encore quelques années après la mort de Charles (jusqu'en 936); mais jamais il ne fut universellement reconnu : on cite une multitude d'actes datés de telle ou telle année depuis que Charles, roi, a été dégradé par les Français, et Raoul élu contre les lois, ou bien, depuis la mort de Charles, Jesus-Christ régnant, en attendant le légitime roi; et du mojns, après la mort de Raoul, ce ne fut point Herbert qui lui succéda, quoique ce fût peut-être celui qui avoit le plus de droit au trône; l'horreur quinspiroit sa perfidie, le fit exclure unanimement.

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, Hugues le Grand , persévérant dans son indifférence pour le titre de roi, fit venir d' Angleterre Louis, fils de Charles le Simple, qui en eut le surnom de Louis tf Outremer, et le remit au trône de ses pères. Hugues le Grand disposent des derniers rois carlovingiens, comme Pépin et Charles Martel avoient disposé des derniers rois mérovingiens; mais il s'en falloit beaucoup qu'il ne fût comme eux le maître de l'Etat. La mairie avoit autrefois conservé et réuni l'autorité dont elle avoit dépouillé les rois. Sur la fin de la seconde race, au contraire, le système féodal avoit partagé cette autorité entre les grands vassaux. Tout le monde étoit roi, et personne ne l'étoit; celui qui portoit ce titre stérile, étoit moins puissant que plusieurs de ses vassaux. Pépin et Charlemagne, en se substituant aux rois mérovingiens, furent d'abord des rois puissans. Hugues Capet et ses successeurs eurent toute la puissance royale à conquérir ; ainsi les Carlovingiens «avoient perdu, avec leur autorité, la puissance même de l'Etat; non-seulement toutes les conquêtes de Charlemagne étoient perdues, mais la France elle-même, démembrée, morcelée, n'avoit plus de gouvernement, plus de consistance; ce n'étoit plus un royaume, cétoit un grand fief livré à l'anarchie.

Le règne de Louis d'Outremer n'eut rien de remarquable, si ce n'est que ce prince fut quelques momens prisonnier des Normands, qu'il avoit voulu surprendre et priver de leur jeune duc , Richard sans peur.

C'est à Louis d'Outremer que Foulques le Bon, comte d'Anjou, écrivoit : Sachez, sire, qu'un prince non lettré est un âne couronné. Mais cette littérature, qui faisoit prendre au comte d'Anjou un ton si fier,

et dont Louis d'Outremer avoit tort de se moquer, puisqu après tout c'étoit quelque chose alors, se réduisoit à chanter au lutrin.

Louis mourut d'une chute de cheval, en courant après un loup. Il laissa deux fils, Lothaire, qui lui succéda, et Charles de Lorraine, connu seulement par son exclusion.

954. Hugues le Grand couronna encore Lothaire, et mourut peu de temps après, ayant dédaigné trois fois la couronne, fils de roi, neveu de roi, beau-frère de roi, père de roi, et tige d'une suite de rois, nonseulement en France où ils régnent depuis huit siècles, mais en Portugal, à Naples, en Hongrie, en Espagne , etc. ; suite telle, qu'aucune autre race, en aucun temps, en aucun pays, n'a pu se glorifier d'en avoir produit une semblable, soit en nombre de rois, soit en étendue de royaumes, soit en durée de succession, et nous ne parlons ici que d'une succession de mâle en mâle, non interrompue, en remontant jus-« qu'à Robert le Fort ; en sorte que la maison de France pourroit être appelée, par excellence, la Maison royale de l'Europe (0, où même son empire ne se borne pas à beaucoup près.

(0 Le Laboureur , dans son Histoire de la Pairie, appelle la Maison de France, la seule Maison royale de P Europe; mais c'est par une autre raison encore , c'est par le droit éternel attaché à chaque branche

de pouvoir succéder à la couronne « La faculté de pouvoir être

« rois, dit-il (chapitre 6), met les princes du sang de France au- « dessus de tous les enfans puînés des autres rois, qui ne naissent « quavec un droit incertain et douteux à une succession également « féminine et masculine ». En général, la loi Salique, c'est-à-dire notre système de succession à la couronne, a de si grands avantages, qu on a peine à concevoir qu'il n ait pas été adopté par toutes les monarchies.

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Lothaire avoit, dit-on, des qualités naissantes qui sembloient promettre un roi, mais qu'il n'eut pas le moyen de développer. Il mourut encore jeune (à quarante-cinq ans), empoisonné, à ce qu'on croit, par la reine Emme, sa femme, qui vouloit régner sous le nom d'un fils au berceau.

Ce fils, nommé Louis V, caractérisé dans nos an- 9^nales par ce seul mot, Juvenis qui nihil fecit, jeune homme qui ne fit rien, fut encore empoisonné, selon l'opinion commune, par Emme, sa mère, qu'on avoit chassée de la France, et qui vouloit y régner.

Après la mort de Louis, les Français ne voulurent ^îêtre gouvernés, ni par sa mère, ni par Charles de Lorraine, son oncle paternel, soit, comme le disent tant d'auteurs, parce que Charles s'étoit rendu vassal de l'Empire, soit plutôt parce que les Français étoient las de la race carlovingienne, et que les raisons qui avoient fait rejeter les derniers princes mérovingiens, étoient devenues plus fortes encore contre les derniers princes carlovingiens.

« Auguste étant en Egypte, dit M. de Montesce quieu (0, fit ouvrir le tombeau d'Alexandre : on lui « demanda s'il vouloit qu'on ouvrît ceux des Ptolo- « mées ; il dit qu'il avoit voulu voir le roi et non pas « les morts. Ainsi , dans l'histoire de cette seconde « race, on cherche Pépin et Charlemagne ; on vou- « droit voir les rois et non pas les morts ».

Laissons les rois et les morts dans leurs tombeaux. Tout ce qu'il importe de considérer ici , c'est que la foule des morts, c'est-à-dire des rois foibles, laisse toujours infailliblement périr la grandeur des rois,

C 1 ) Esprit des lois, lir. 3i , chap. ao.

3o,S SUITE DE L*IIIST0IRE DE CHARLEMAGNE.

c'est - à - dire des conquérans ; que les successeurs d'Auguste et de Constantin partagèrent d'abord et ensuite perdirent l'Empire romain ; que les Mérovingiens détruisirent l'ouvrage de Clovis, et que surtout les Carlovingiens détruisirent en moins de temps encore l'ouvrage beaucoup plus vaste de Charlemagne. Louis V, le dernier roi de cette race, n'avoit plus pour tout domaine que Laon et Soissons, avec quelques petites terres que même on lui contestoit. Voilà ce qu'étoit devenu l'Empire de Charlemagne ; voilà où étoient venu aboutir les triomphes de ce conquérant, dont l'exemple, comme nous l'avons prouvé, et comme lui-même sembloit l'avoir enfin reconnu, n'est qu'un titre de plus contre les conquêtes. S'il avoit su se contenter de l'Empire, peut-être déjà trop vaste, de son père, ses fils auroient pu le conserver plus long-temps. Un Empire foible et borné peut être gouverné bien ou mal par des princes bornés et foibles ; l'Empire de Charlemagne ne pouvoit être gouverné que par lui-même, et ne le fut que par lui. Sparte, disoit Callicratidas, ne tient pas à un seul homme; c'est précisément le contraire qu'il faut dire de l'Empire de Charlemagne.

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