CHAPITRE VI
tème des marches militaires sur les frontières; c'est-à-dire qu'il plaça des comtes , des leudes, dans les villes pour les défendre. Dès ce moment, les Pyrénées ne servent plus de limites à ses possessions; c'est l'Èbre qui devient sa frontière; Pampclune et Saragosse sont les avant-postes de sa ligne militaire.
Quand il eut ainsi organisé sa conquête, il reprit le chemin de la France: à sa suite venaient des chariots pleins de richesses, des mules chargées de dépouilles , et les émirs sarrasins suivaient le char du vainqueur. Les lanees épaisses marchaient en masse, l'escorte de bataille était si couverte de 1er . que nul ne pouvait la toucher: Sarrasins et Gascons seraient venus se briser sur ces cuirasses, ces hauberts de Saxe, de Lombardie, d'Anstrasie et de Neustrie. Mais à la suite, et comme corps séparé, se groupait une arrière-garde composée de braves chevaliers, KMoimU par le comte Roland, gardien valeureux des côtes de Bretagne. Ils marchaient tous, après avoir quitté Pampelune, pleins de sécurité, à travers ces gorges et ces montagnes, ces pics élancés, et les précipices qui forment le passage de France en Espagne; là, tous pressés les uns sur les autres, le comte Roland les conduisait en digne et valeureux chef de guerre. Ils avaient à traverser le pays des Gascons, peuple de montagnards hardis, après dans leurs moeurs: Gascons et Navarrais avaient
la dureté de leurs montagnes; ils maniaient l'arc et la flèche d'un bras nerveux; peuple pasteur et belliqueux, ils ne craignaient pas de se mesurer contre les hommes du Nord; eux-mêmes ne vivaient-ils pas au milieu des neiges et des glaciers?
Or il se trouvait alors que les Gascons avaient pour duc Loup, petit-fils d'Hunald, issu, disent les Chartres, de la race mérovingienne. 11 ne Faut jamais perdre, de vue cette haine instinctive que les ducs d'Aquitaine portaient à Charlemague; elle vient de ce qu'ils sont les descendants d'une dynastie proscrite et héritière du trône deClovis: Charlemague a fait pendre mi ou deux des membres de cette famille, sous prétexte de révolte et de sédition, mais au fond pour éteindre les Mérovingiens. Si Lupus ou Loup a obtenu les terres de Gascogne comme vassal de Charlemagije,( jlê ,a. gardé au coeur les longs ressentiments de famille; il commande à une population vigoureuse qui a haine de la race des Francs; Lupus voit avec effroi cette domination des hommes du Nord qui s'étend déjà jusque sur l'Espagne; les Pyrénées ne sont plus des limites; il est chrétien, mais il prél'ère conserver ses rapports avec les alcayds de Pampelune, de Saragosse, de Valence, plutôt que de se soumettre à Charlemague. Les Gascons ont vu passer, sans oser les atteindre, les masses immenses de la cheva-