‹ Histoire de CharlemagneChapitre 5 sur 110 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

naître: Aix, Liège, Carlstadt, Munich même, car les Bavarois veulent que le grand Charles soit l'entant de leur race; partout, du Hliin à l'Elbe on trouve ses vieilles images, ses statues de pierre, vénérables monuments qui attestent l'admiration des peuples et la grandeur de l'iioniiue. Le plus probable est que Cliar- Jcmagne naquit au château d'Ingclheim, près Mayence , car Mayence aussi revendique le vieil empereur: les ruines romaines, les tours qui bordent le Rhin portent son nom, et en parcourant ces débris des Ages , ces pans de muraille suspendus sur la cime des monts, où le soleil jaunit le pampre du Joliamiisberg, l'écho répond toujours: Charlemagnc!

Les annales de Fulde le l'ont naître le 2G février 742, le continuateur de Frédcgaire le 2 avril; les uns se bornent à dire qu'il naquit à Noël , les autres à Pâques; il fallait une solennité chrétienne pour couvrir de ses fêles la naissance de l'homme qui laissa de si grandes traces dans les temps.

Les annales sérieuses ne disent rien des faits et gestes de l'enfance de Cbarlemagne; Eginhard avoue lui-même qu'il les ignore: à cette époque les chroniques des monastères ne s'occupaient que des hommes arrivés déjà à la vie active. Son éducation est aussi inconnue que ses premières années; elle fut très-négligée sous le rapport des lettres; plus avancé, il formait à peine les caractères de

son monogramme. La guerre ou la chasse clans les forêts de la Thuringe et des Ardennes était la seule éducation des rois ou conducteurs d'hommes allemands. Les chansons de gestes, monuments du vieil esprit national, s'occupent avec plus de soin de la première vie de Charlemagne. Aux XI I c et XKIe siècles, on racontait les merveilleuses aventures de cet enfant quand il vint au monde; le roman de Berte ans gratis niés nous a révélé sa naissance romanesque et mystérieuse; d'autres poèmes racontent comment le robuste jeune homme fut obligé de quitter la France, par la trahison des bâtards de Pépin, et comment il prit service auprès du roi Galafre de Tolède, dont il épousa la fille; puis, quelques années s'écoulent, et il vient reconquérir son royaume, dont les bâtards voulaient le déshériter.

Et qui aurait pu disputer à Charles l'héritage de ses aïeux, lui l'expression de la force! Tous les monuments nous le représentent d'une grande stature, et les peintures allemandes sont faites sur le modèle d'une sorte de géant ou d'un saint Christophe. A Aix, dans la cathédrale, sur les places publiques, à Mayence, à Munich, partout Cliarlemagne est une espèce de Goliath; sa stature a plus de six pieds, sa physionomie est essentiellement guerrière; ses yeux grands, vifs, colorés, ses traits forts; tout ce qu'il maniait, tout ce qu'il touchait est d'un poids si consi-

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dérable, qu'on peut le dire d'une nature surhumaine; le crâne que l'on montre à Aix, et que les chanoines ont conservé dans une châsse de vermeil, est-il bien celui de Charlemagne? Sa dimension extraordinaire constate qu'il n'a pu appartenir qu'à un géant. En ces temps, la force du corps entrait pour beaucoup dans la puissance morale d'un chef; Pépin eut besoin de lutter contre un lion furieux pour faire pardonner sa petite taille, sa corpulence épaisse: le surnom de le Bref cessa dès lors d'être pris en signe de moquerie, et le roi des Francs dut montrer qu'en lui était la force et l'énergie du commandement.

Selon les chansons de gestes sur les enfances de Charlemagne, ce prince eut donc, la force, l'énergie de son père, et la belle taille de Derthe, la noble fi J le de Germanie; c'est sa mère qui lui transmit cette empreinte de beauté mâle et cette stature magnifique et altière que la tradition lui a données. Lorsque la chronique de Saint-Denis veut décrire la forme de Charlemagne d'après le dire de Turpin, elle lui donne toutes les habitudes, toute la puissance des géants. .Jlomme es toit de srant corps et de fort estant re; sept piés a voit de long, à la mesure de son pié: le chief a voit réond, les yeux grans et gros et si clers que quant il estoit courroucié,

ils resplendi s soient comme e s c a rboucle, le nés a voit grant et droit et nu pou lioult par le milieu; brune chevelure, la face vermeille, lie et alègre: de si grant force estoit qu'il es tend oit trois 1er s de cheval tous ensemble légièrement et le voit un chevalier armé sur sa paume, de terre jusques à mont. De Joiense son e s p é e c o u p o i t c h e v a I i e r t o u t armé; de tout nombre estoit bien faillie. Six es pan s a voit de ceint sans ce qui pend oit dehors la boucle de sa courroye." Ainsi était le grand Charles!

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