CHAPITRE I
dessous, de sa chemise de fin lin, et ils la teignent de sans connue la robe de Joseph; il leur faut aussi la langue de la victime, et ils coupent celle du beau lévrier, et le pauvre chien ne put désormais lécher les pieds de sa noble maîtresse. Le majordome, trompé par ces sanglantes apparences , vit tout joyeux la langue et la toucha, et il éclata d'un gros rire. Et pendant ce (emps-lh sa fille était avec Pépin comme sa femme légitime; il en eut un lils, qui fut le pape Léon III.
x ,,Mais hélas! que devint la pauvre princesse, l'épouse légitime et promise? Berthe erre et erre encore dans la forêt, elle marche, puis elle marche; et voilà qu'elle rencontre un noir et puant charbonnier; saisie de peur, elle se rassure à la voix douce de cet homme qui est frappé de sa beauté; Berthe trouve un asile dans sa chaumière; princesse, elle devient servante d'un meunier, et quand le soir arrive, elle travaille et file avec l'or et la soie qu'elle a emportée dans son petit coffre, car Berthe sait (iler et bien filer; quels jolis ouvrages ne fait-elle pas de ses mains! Le meunier va les vendre à Augsbourg, la ville des commerçants et des juifs; peu à peu elle s'enrichit, et la réputation de la (ilense s'étend au loin. — Entendez-vous ce cor retentissant, c'est la chasse du roi Pépin; il a parcouru avec ses chiens haletants toutes les forets de la Souabe; la nuit vient, et il s'égare, et avec
lui son astrologue ou mérlccin. „Nous sommes pauvres marchands qui avons perdu notre route," disent-ils k un homme tout noir qu'ils rencontrent; c'est le charbonnier de la forêt qui les mène au moulin, où Bcrthe file, file encore. L'astrologue dit à Pépin : „0 roi! tu auras ici ta légitime épouse, dont il naîtra un fils très-puissant." Pépin fait donc venir la fille ainée du meunier, l'astrologue dit: „Ce n'est point celle-là.'" Il appelle la fille cadette, belle aussi; ce n'est pas celle-là encore: voilà donc Pépin tout impatienté; il brandit son gantelet et menace, et alors le meunier fait venir la jeune Berthe qui tremble et pleure. „G'est d'elle qu'il doit naître un fils fort et membru, dit l'astrologue, c'est là votre chaste femme." Et Berthe révèle la félonie àu nwjorûome et les aventures de la forêt. Le roi part, mais Berthe reste chez le meunier; à neuf mois, elle met au monde un fils qui reçoit le nom de Charles, pauvre enfant inconnu jusqu'à dix ans; il chevauche et va à la cour du roi Pépin; là il se montre brave comme Alexandre, sage comme Salomon, et Pépin se décide à lui découvrir le mystère de sa naissance."
Telle est l'épopée de fierté aus grans piés et de l'enfance du grand Charles.
En fouillant tontes les chroniques, les Chartres, on ne peut dire exactement en quel lieu, en quelle ville, il vint à la vie: en Allemagne, chaque cité se donne l'honneur de l'avoir vu