CHAPITRE Yllï
Ce ne sont pas les Sarrasins que Charlemagnc peut désormais craindre; ii les a domptés jusqu'au - delà <le l'Elue en les poussant devant lui. Les (irecs viciineiil nu iiiomeiit an secours de la race lombarde, ils sont vaincus. Les civilisations anciennes ne menacent dune plus l'oeuvre d'un grand empire; ce qu'il doit redouter , c'est l'énergie sauvage des peuples qui campent à cheval autour de cet empire comme sous une vaste tente. La défaite des Grecs a raffermi la puissance des Francs en Italie, et à ce moment on voit s'agiter contre Charlcmagne les Avares, peuplade de 1 [uns que les (irecs prennent à leur solde. Les Wistles, nation csclavonne, campée sur les bords de l'Elbe, (ont des courses militaires .jusqu'au pays des Obotriles et de la !Saxe, frontières militaires des Francs. La guerre n'a désormais plus de limites, il finit dompter la race barbare, et les terres les plus lointaines voient se déployer les étendards de Charlemagnc; les guerres de Pannonie succèdent aux expéditions de Saxe: on lit alors dans les chroniques les noms de Hongres, d'Esclavons, de Danois, de VVistles *). Charlemagnc n'a. posé aucune limite à sa création, il ^agne incessamment des terres par la complète. Pendant huit ans ces guerres de Pannonie contre les
*j Comparez le- Annales d'Eginhard cl celles de Metz, ;\d nnn. 7hO — SOô. Ptsrlz a cherché à eclairoir la géographie trcs-ineci laine de ces guerres.
Avares se continuent, et l'on peut à peine en suivre les traces à travers la géographie incertaine du moyen âge; ce sont des irruptions trop lointaines, trop vagues, avec une empreinte trop lartare, pour qu'elles puissent révéler un esprit général; ce qu'on apprend des chroniques, c'e.st que le chef des Francs dompte successivement les Hongres, les Bohémiens, les Avares, les Danois. Le voici maintenant dans la Dalmatie et la Véllitie; la Bohème vient de recevoir ses lois; bientôt viennent à lui les députés des Dalmates, nation forte et sauvage qui veut payer tribut afin d'éviter une lutte corps à corps contre nu prince dont le nom se répand partout. Cliarlemagne porte nue renommée immense, les barbares en gardent une vive impression, ils en ont effroi; les Scandinaves eux-mêmes, retentis dans leurs limites, n'osent attaquer les frontières du nouvel empire; partout éclate ce nom: les soumissions lui viennent; on offre de payer tribut, de recevoir un roi ou un comte; la Corse envoie son hommage, Venise et la Sardaigne reconnaissent sa suzeraineté: au Nord comme au Midi, tout se soumet à cette formidable renommée. Désormais Cliarlemagne n'est pas seulement un géant de corps, couvert de 1èr, c'est encore un géant de puissance dans la pensée des barbares.