CHAPITRE II
passe la première vie du grand Charles et de quels lieux date-t-il ses diplômes V Des villes du Rhin, de la Souabe ou de la Franconie, de Mayencc ou de Liège. Au reste ce partage ne dura qu'une courte période, après laquelle ou trouve une perpétuelle confusion de terres et de domaines.
Les deux frères furent couronnés le même jour, l'un à Novoil, l'autre à Soissous: les acclamations des francs confirmèrent le partage de Pépin. Les chroniqueurs liassent sous silence les protestations ou les résistances qui purent se montrer parmi les partisans des Mérovingiens. On ne trouve désormais que de faibles traces de cette famille de Clovis, si sainte parmi les Francs; les chroniques, toutes dévouées à la race de Pépin, aux maires et ducs d'Austrasie devenus rois, n'en parlent plus, ou bien elles jettent quelques mots en signe de mépris, pour annoncer la mort de Childéric ou de ces rejetons de lignée royale: des intérêts nouveaux sont nés, et les affections anciennes s'eiïacent.
Cependant une guerre éclate alors qui semble rappeler les droits des Mérovingiens; c'est celle d'Aquitaine. Dans le midi, les affections pour les lils de Clovis s'étaient plus particulièrement conservées; les ducs primitifs d'Aquitaine avaient pour ancctresCaribert, roi de Toulouse, lils de Clotairc II; la succession n'avait jamais été interrompue; Eudes qui coin-
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battit si vaillamment les Sarrasins en était issu; Hunald ou Hunold l'ut son fils. Quand Charles Martel voulut tenter de s'assurer la couronne, on le vit combattre avec acharnement Hunald et les Aquitains; c'était une guerre non-seulement de race, mais encore de dynastie. La politique de Pépin fut de .jeter la division dans cette famille; la sanglante histoire de Haton et d'Hunald témoigne quelle fut In conduite des Carlovïngiens à l'égard des ducs Mérovingiens d'Aquitaine: ils les avaient fait tonsurer comme Childéric 111. Tout à coup, à la mort de Pépin, Hunald sort de son monastère et lève l'étendard pour proclamer l'indépendance de l'Aquitaine; il espère dans le passage d'un règne à un autre faire revivre les droits d'un Mérovingien réduit à l'état monacal. Cette sédition dut être rigoureusement réprimée par Charles; car elle pouvait seconder les prétentions des descendants de Clovis dans la Neustrie; il convoqua un parlement où vint son frère Carlomnn, les comtes et les (idèles leurles et évèques. La guerre fut décidée; les deux frères avaient intérêt à comprimer toutes les idées qui pouvaient servir le retour et la force de l'ancienne famille: Charles et Carloman passent simultanément la Loire. Eu chemin ils se brouillent, parce qu'ils ne sont pas contents de leu£ partage; Charlemagne, qui veut imposer sa supériorité, reste seul à la tète de l'expédition, Carloman se retira avec ses
fidèles. Voilà les Francs clans les provinces du Midi, forçant les villes antiques, les municipes romains, ou les campagnes soumises aux évèques visigolhs. Les Aquitains furent vaincus par ces leudes d'Allemagne, ces Auslrasiens aux loris chevaux, aux rudes armures.
Charlemagne parcourt l'Aquitaine d'un point à un autre; il vient jusque sur la Dordogue, et cette ville de Fronsac que vous voyez sur les hauteurs est une de ses fondations, pour maintenir la domination franque sur les peuples méridionaux. On voulait comprimer une race de vaincus, et l'on élevait des fortifications; Charlemagne domina donc la Dordogne en bâtissant un château que les Aquitains appelèrent F ransiac (le château des Français); la corruption en a fait Fronsac ; quelques traces de ce château restent encore, le lierre y rampe, et une cité s'éleva depuis comme un fief du nom des Richelieu. Les villes méridionales des Aquitains .jouissaient d'une civilisation plus avancée que les froides cités du Rhin et de la Moselle; le passage de Charlemagne dans l'Aquitaine a été marqué par des chartres et des diplômes concédés aux églises et aux monastères-, le roi des Francs vint même jusqu'en Gascogne, cette terre des Pyrénées, et il la donna aiors à titre bénéficier à un seigneur désigné sous le nom de Lupus, issu, disent les chroniques, de la
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race mérovingienne , nfveu du légitime duc; il se lit librement ie vassal de Charlemagne, et pour gage il lui livra son oncle Hunald, qui avait cherché un refuge dans Iejk montagnes: le loup dévora l'agneau, ainsr disent les légendes.
La guerre d'Aquitaine finie, Charlemagne revint dans ses villes du Rhin et de la Souabe; là seulement il se plaît ; il n'habite jamais Paris; il passe rapidement à Cotnpiègft Les résidences de son choix sont quelques grandes menses ou fermes royales dans les diocèses de Juliens, Worms, Mayence, les rivières qu'il salue sont l'Escaut, le Rhin, la Moselle et le Mein; ses forêts, les Ardennes et les Montagnes-Noires. S'il tient une cour plénière, c'est toujours dans la Germanie; la Neustrie ne fut que passagèrement son lot; on voit une confusion perpétuelle dans le partage entre lui et Caiioman; jamais rien de précis et de distinct. Dans une de ces cours plénières, il fut question du mariage de Charlemagne avec une des filles de Didier, roi des Lombards; comme Charles Martel, comme Pépin, Charlemagne n'a pas une femme unique; époux déjà d'Hiiniltrude, d'origine franque, il habite avec elle les palais, les fermes, et néanmoins Berthe, sa mère, songe à lui donner pour femme Désidérade, fille de Didier, le roi des Lombards, L'unité de mariage n'est pas encore un dogme parmi ces hommes de force,