‹ Histoire de CharlesChapitre 1 sur 301 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La guerre contre le roi de Navarre. — Les Compagnies.

I. Le roi de Navarre et les Anglais. Projet de traité du i" août i358; s'il a été une conséquence de la mort d'Etienne Marcel. — II. Retour du dauphin à Paris. La déclaration de guerre de Charles le Mauvais. Les hostilités; occupation par lesNavarrais de Melun,de Creil,de la Ferlé-sous-Jouarre ; Philippe de Navarre sous les murs de Rouen. — III. La guerre navarraise en Picardie et en Beauvaisis. Imp\iissanee du régent; il se contente d'encourager les résistances locales. L'allaire de Mauconseil. Guy de Châtillon, comte de Saint-Pol, lieutenant du Roi en Picardie et en Beauvaisis. Les Navarrais s'emparent des faubourgs d'Amiens ; échec iinal de l'entreprise. — IV. Les Compagnies ; leurs origines et leur propagation dans la France entière. La responsabilité d'Edouard III. Comment les brigands exploitent un pays. — V. Quelques chefs d'aventuriers : Arnaut de Gervole ; Robert Knolles, sa grande chevauchée, prise d'Auxerre, invasion de l'Auvergne; Eustache d'Auberchicourt et Isabelle de Juliers. Confidences et regrets d'anciens brigands. — VI. Le siège de Saint- Valery-sur-Somme; offensive et retrî^ite de Philippe de Navarre.

l. — La mort de Marcel avait trompé les calculs du roi de Navarre, au moment où il s'apprêtait à regagner, par un coup de force, tout le terrain, qu'une succession d'événements malheureux et sa duplicité trop manifeste lui avaient fait perdre en quelques jours. Paris, où il avait connu les ovations populaires, lui échappait par une révolution aussi soudaine qu'imprévue. Jamais pourtant il ne s'était cru plus près de réaliser ses rêves ambitieux. Peu de temps auparavant, sentant que l'heure était décisive, il avait renoué, avec les anglais, les négociations brusquement rompues, à deux reprises, ar les traités de Mantes et de Valognes. Pendant qii'il entraînait le prévôt des marchands dans l'aventure qui devait si mal finir, quelques-uns de ses partisans les plus dévoués, Jean et Robert de Picquigny, Pierre de Sacquenville, Jean de Fricamps, Martin Enriquez,

Histoire de Charles V.— II. 1

a LA CUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE

Jean Remirez d'Areillano, s'abouchaient avec trois chevaliers anglais, évidemment autorisés par Edouard III à recevoir de nouvelles ouvertures *. Il est vraisemblable que Philippe de Navarre, qui, pendant la captivité de son frère, avait multiplié les démarches en sa faveur, eut l'initiative des pourparlers. Mais il avait dû laisser à d'autres le soin de lès faire aboutir, pour répondre en personne à l'appel de Charles le Mauvais et le rejoindre, sous les murs de Paris, avec le gros des forces navarraises.

Les négociations avaient repris sur les bases, précédemment posées aux conférences d'Avignon (décembre i354-janvier 1 355) 2, au moins en ce qui touchait la reconnaissance d'Edouard III comme roi de France et l'assistance que le Navarrais prêterait au roi d'Angleterre, pour l'aider à conquérir le royaume de son adversaire. En retourdeson alliance, Charles le Mauvais demandait pour lui-même, outre la Champagne et la Brie, héritage de sa famille, la Normandie, le bailliage

I. L'acte d'où sont tirés les détails que je vais donner est une « endcnture n, publiée par Rymer, sous la date erronée du i" août i35i (Fœdera^lU, i" p., 228). Secousse a démontré le premier {Mémoires, p. 3i8, n. i) qu'il faut lire.: i3ô8 et non 1351. Voy. dans le même sens : S. Lucc, Froissart, V, xxxvi, n. 2 ; — Négociations des Anglais avec le roi de Navarre pendant la Révolution parisienne de 1358, Paris, 1875, in 8" (Extrait des Mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile-de-France, l, ii3-i3i).

Le document orip:inal, classé depuis peu dans les Diplomatie documents, Exchcquer, (P. R. O.). avait échappe une première fois à mes recherches, et je n'étais pas éloigné de croire qu'il avait péri, attribuant les lacunes et les fautes de lecture du texte de Rymer au mauvais état de la pièce, que celui-ci avait eue sous les yeux En réalité, elle est bien conservée et, à l'exception de quelques mots, se lit facilement. Je dois à mon confrère, M. ¥m^. Déprez, les indications précises qui m'ont permis de la collationner avec la transcription de Rymer, améliorée sur certains points par S. Lucc. L'incorrection relative du texte imprimé dans \o% Fœdera provient de ce que l'original est de la main d'un scribe français, et les copistes de Rymer étaient moins familiers avec l'écriture française du xiv* s. qu'avec l'écriture anglaise du même temps.

Jean de Picquigny, auquel le roi de Navarre devait sa délivrance, et son frère Robert.

Pierre de Sacqucnvillc, d'une famille normande très connue, fut fait prisonnier à C^cherel et décapité peu de jours après, à Rouen, par l'ordre de Charles V.

Martin Enriquez (llcnrriijuiz, Hcnriquez); nlfere: de Navarre; l'un des personnages les plus importants du règne do Charles le Mauvais; capitaine de Melun, cette même année i3J8 (Brulails, bocumenls desarch.de la Chambre des comptes de Navarre, 56, 65, n. 3, 8G).

Jean Remirez d'Arcillano ; richombre de Navarre ; u parait avoir servi Charles le Mauvais plutôt par ses négociations que par ses faits d'armes » (Brutails, ibid.,ùb, i53).

■2. Voy. mon article sur les Premières négociations de Charles le Mauiais avec les Anglais, dauk la Uibl.de l'Ec. des chartes, t. L\l, 1900, p. 257-282.

t.E ROI DE NAVARRE ET LES ATlGLAâo 3

d'Amiens, le comté de Chartres* et le duché d'Orléans *, ce qui tôt ou tard l'aurait rendu maître de Paris et de toute la France du nord. Ses prétentions étaient pourtant plus modestes qu'à l'époque, encore récente, où il avait traité directement avec les ambassadeurs du roi d'Angleterre. En i358, ses mandataires avaient ordre de se contenter de moindres avantages; il ne devait plus être question, notamment, de l'union du Languedoc aux possessions navarraises. La situation d'Edouard III avait bien changé depuis la reprise des hostilités. La victoire de Poitiers et la captlire de Jean 11 lui assuraient une paix glorieuse et déjà, grâce à l'intervention du Pape, à demi conclue. Il fallait donc lui faire de grandes concessions pour réveiller une ambition, que pouvaient satisfaire les résultats acquis ^.

Les négociateurs anglais, quel que fiJt le vrai caractère de leur mission — officielle ou officieuse - n'acceptèrent, et même ne discutèrent pas, toutes les propositions des Navarrais. Us admirent que la Champagne, la Brie et le duché d'Orléans appartiendraient au roi de Navarre ; ils « ne s'arrêtèrent pas » à la question que soulevait l'attribution du bailliage d'Amiens et du comté de Chartres; elle devait être examinée u une autre fois » *. Quant à la Normandie, on convint, d'un commun accord, que les deux rois en ordonneraient à leur première entrevue 5. Telle est à peu près la substance des articles signés le

I. Le comté de Blois et de Chartres. Cf. S. Luce, op. cit., p. i8, n. 2.

3. « ... toute la duchée d'Or[liens] entièrement et ses appartenances. » Rymer a imprime : « toute la duchée d'Amiens... et ses appartenances », ce qui n'a pas de sens, comme l'avait déjà fait obsener S. Luce, qui soupçonnait une erreur de lecture (op. cit., 17, n. 5;. Le mol Orliens est difficile à lire : cependant telle me paraît bien être la vraie leçon.

.^. Voy. ci-après chap. 11.

II. « Premiers est regardé par entre les dessus diz chevaliers que le dit roy de Navarre aura tout le conté de Champaigne et de Bric entièrement, aveques toutes les appartenances, à tenir en la manière et par auleles noblesccs que le roy Thibaut de Navarre les tint, toute la duchée d'Orliens entièrement et ses appartenances ». Voy. ci-dessus n. a. 11 y a entre l'original et le texte de Rymer des différences qui ne portent pas seulement sur la graphie des mojs (regardé et non agardé, eic).

5. c Et quant est de la duchée de Normandie, dont il a este parlé et debatu par entre les dessus diz chevaliers, sur ce que elle [soit et doie] demourer semblablemenl au dit roy de Navarre entièrement, les diz deux seigneurs ordeneront quant il s'entreverront (et non : se reverront), etc.. . »

« Item, du conte de Chartres et du bailliaige d'Amiens, dont les chevaliers du dit roy de Navarre ont fait mcncion, tendanz à fin que le dit roy de Navarre les doie avoir semblablemenl cl aveques les choses dessus dites, demeiue à parler autrefoiz, quar les chevaliers du dit roy d'Englelerre ne s'y sont mie presentecnenl arrestez ».

i"août i358,par les chevaliers navarrais nommés plus haut et par trois chevaliers anglais, fort connus les uns et les autres pour la part, qu'à' cette époque, ils prirentaux affaires de France : Etienne deCossington, Gilbert Ghastellain el Jean de Foderynghay K En même temps était posé le principe d'une alliance implicite, d'une action militaire, concertée entre les gens du roi de Navarre et les gens du roi d'Angleterre, (( qui étaient ou viendraient par delà la mer ». Cette clause, qui n'était subordonnée à aucune condition suspensive, pouvait seule avoir, et elle eut probablement, un effet immédiat.

Faut-il voir, dans cet acte diplomatique, autre chose qu'un projet, destiné à être soumis à Edouard 111, et qui, pour devenir définitif, avait besoin d'être complété, mis au point, et enfin ratifié par les deux souverains intéressés P'Siméon Luce,si familier pourtant avec l'histoire du xiv' siècle, a cru qu'il s agissait là d'un véritable traité qui, en l'espèce, aurait eu une portée considérable '2.

Deux choses l'ont surtout frappé : la date inscrite sur Y- a endenlure» — i"août i358 —et ce fait que Charles le Mauvais ne se prévaut pas, vis-à-vis d'Edouard 111, des droits qu'il avait lui-même à la couronne de France. Ceci a paru, à l'historien, une concession nouvelle, extraordinaire, telle que les événements les plus graves avaient seuls

I. Des graphies très divergentes rendent assez incerlaine la vraie forme de chacun de CCS trois noms.

Etienne de Gossington (Gosyngton, Gusinton, Gusington, Guisantone) fut envoyé en Normandie par Edouard lil, en i358 (Lettres de commission du a juin ; Rymer, III, i" p.,. p. Sgî. — Gompte du 3i mai au 29 septembre, indiqué par L. Mirot et E. Déprez, Les ambassades anglaises pendant la gaeire de Cent ans, p. 2.7, n. 186). — Ghâtclain et gardien de Saint-Sauveur le-Vicomle du 5 février au 10 octobre i358; Rymer. t. III, i" p , p. 418, 4o8; L. Delisle, Hist. de Saint-Saaveur le-Viconite, p. 112. Gf. P. R. 0., Issue Rolls, 33 Edvv. III, Easter, n" 222, membr. 20 (11 juillet 1359).

Gilbert Gha&lcllain (Ghasteleyn, de Chastellay). Adjoint à Et. de Gossington dans sa mission en Normandie. Voy. les textes indiqués ci-dessus.

Jean de Foderynghay (Foderynghcy, Fodrynghey) est le Jean Fourdrigai* (Foudrigay, Foudrigais) des chroniqueurs et de tous les documents français. Il servait en Urelagno, à la date du ilx sept. i355, sous les ordres de Henri, duc de Lancas- Ire, capitaine et lieutenant du roi d'Angleterre dans cotte province (Uymer, 111, 1" p., 3ia). Nous le retrouverons plus loin capitaine de Greil. — Foderynghay ou Foderynghcy est la forme ancienne de Folheringay (Northamptonshire), que j'ai conservée pour ne pas m'écarter trop des graphies les plus usitées au xiV s. Thomas Cray, l'auteur de la Scalacronica, écrit : John de Foderynghay.

a. ^'égocia^ions des Anglais aVec le roi de Navarre, etc. — Hist, de Bertrand du (Jaesclin, p. 388-^89. — Froissart, Chroniques, V, xxxvr', n. a.

PROJET DE TRAITÉ DU l" AOUT l358 5

pu l'arracher à l'ambition de Charles le Mauvais. D'après Siméon Luce, dès que le roi de Navarre aurait appris, — dans la matinée du 1" aoiil, — la mort du prévôt et l'avorlement du complot ourdi pour le rendre maître de Paris, il aurait modifié ses plans et reconnu Edouard 111 comme roi de France, renonc.ant ainsi momentanément à l'espoir.dc ceindre lui-même la couronne enlevée à Jean 11. L'explication est ingénieuse assurément, mais elle ne va pas sans .soulever d'assez fortes objections.

11 n'est pas très facile d'admettre que, dans des circonstances aussi graves et aussi inattendues, Charles le Mauvais ait su, en quelques heures, preildre son parti, et que ses mandataires aient, à son exemple, montré une célérité à peine croyable. En outre, il est inexact que le Navarrais ait, du jour au lendemain, modifié son attitude à l'égard d'Edouard III *. Jamais, dans ses rapports avec ce prince, il ne s'est posé comme un 'compétiteur; il a toujours été entendu que le trône de France devait revenir au monarque anglais. Philippe de Navarre, qui a souvent négocié avec les Anglais, pour lui-même ou pour son frère, n'oppose pas davantage les droits de la maison d'Evreux à ceux d'Edouard III. L'acte du T' août i358 est donc conforme à tous les précédents connus. Mais, de plus, il nlest daté que d'une façon incomplète ; aucun nom de localité n'y est indiqué. Où a-t-il été passé? Est-ce bien aux environs de Paris, sous l'inspiration directe du roi de Navarre, enjoignant à ses plénipotentiaires de conclure au plus vite et à tout prix un accord nécessaire? Les conférences, d'où est sorti ce nouveau projet de traité, n'auraient-elles pas été tenues en Normandie, plutôt qu'aux portes de Paris ?

La conjecture peut sembler hardie; elle n'est pas contredite par ce que l'on sait des négociateurs anglais ou tout au moins des deux premiers d'entre eux. Etienne de Cossington et Gilbert Chaslellain avaient été récemment désignés l'un et l'autre, par Edouard 111,' pour faire restituer à Philippe de Navarre des forteresses normandes, lui appartenant en propre et que des capitaines anglais détenaient induement. Etienne de Cossington exerçait même, à la date du i" août, un important commandement en Normandie. 11 était, depuis le i" février de cette année, capitaine de Saint-Sauveur- le-Vicomte et de toutes les terres

I. Brilibl» Muséum, Collon., Caligula, D. m, n«* 43, /17, yç), 80. — Kervyn de Lcllenhove, Froissarl, XVIll, 11°' 88 et yO.

6 Ll GUERRE CONTRE LE ROI DE ISAVARRE

léguées à Edouard III par Godefroy d'Harcourt. Il resta en fonction jusqu'au lo octobre suivant, où il eut pour successeurThomas Holland • . Quant au troisième des chevaliers anglais, Jean de Foderynghay, on sait qu'il a été capitaine de Greil en i358 et en iSag. Il ne s'ensuit pas nécessairement qu'au i" août i358, il fut déjà dans les environs de Paris, et non point encore en Normandie, d'où il est certainement venu. A-t-il eu part à l'occupation de Greil par les An^lo-Navarrais ? Gela est probable, mais il n'y a rich à en conclure, car la date exacte de cette occupation est à déterminer. Siméon L,uce la fait remonter au i5 juillet; en réalité, elle doit avoir été- postérieure d'à peu près trois semaines ^. Notons à ce propos que le premier capitaine de Greil — jusque vers la fin du mois d'août — a été Robert de Picquigny 3, et non pas Foderynghay, qui, à la même époque, sequalifîait « maréchal » de Philippe de Navarre *.

I. L'un des premiers chevaliers de la Jarretière.^ Comte de Kent, à partir de i36o, du chef de sa femme, Jeanne, sœur et héritière de son frère Jean, décédé sans postérité.

a. S. Luce (Négociations des Anglais avec Charles le Mauvais, p. 4 et i5, n. i), a pris beaucoup trop à la lettre les indications chronologiques, peut-être fausses ou inexactement reproduites, d'un document que nous ne connaissons que par un vidimus, transcrit lui-même dans un registre du Trésor des Chartes (Arch. nat.,JJ. 90, fol. 179-180, n'Sbi; 18 mai iSSq. — Vidimus du mois de juin même année). Les chroniques et la lettre du régent au comte de Savoie semblent bien indiquer que la prise de Creil fut contemporaine de l'occupation de Melun et se rattache étroitement aux événements qui suivirent la déclaration de guerre de Charles le Mauvais. « Et n'ont pu malfaire à noz subgiez, écrit le dauphin à son beau-frère, excepté que, par traïson, il ont pris Craeil et le chastel de Melun etc. »

3. Arch. nat., JJ. 91, fol. 166, n'Sig (Saint-Denis en France), mai iSGa :« ...cum ipso (Jean'de Bèlhisy, clerc originaire de Verberie) circa festum Assumpcionis Virginis Marie, quod fuit anno quinquagesimo octavo, apud villam de Credulio ab inimicis nostris tune temporis occupAlum (sic) sab salvo conductu Roberti de Pinquigniaco, dicte ville capitaneum se dicentis, de Silvaneto reduceret qucndam equum etc. »,

Gr. Chr., VI, iSS-iSg : « Et si y fu pris (à Mauconscil, le aS août), le dit evesque de Noyon et fu menez à Crceil dont le dit messire Robert de Piqucgny se appelloit capitain, depuis que la dicte ville avoit esté prise des .\nglois ».

Les mêmes chroniques, parlant des négociations entamées l'année suivante pour lévacuation de Creil, s'expriment ainsi : « ..car un Angloiscn estoit capitain, qui esloil appelle messire Jehan de Foudrigay, qui ne le vouloit pas rendre sanz plus grant finance que de vi mile royaux » (p. i63).

It. Les lettres de rémission, citées dans la note précédente, et où Robert de Picquigny est mentionné comme capitaine de Creil, ajoutent ce qui suit : « ...dictusque riericiis porlam ville de Credulio absque porlarii seu janitoris ejusdem licencia subintrassct, et ob hoc per Johannem Foudrigay, Philippi de Navarra consnnguinei nostri tune marescallum se gerentem, prisionarius adjudicalus extiterit anlediclo janitori etc. ».

PROJET DE TRAITÉ DU l" AOUT l358 7

Quoi qu'il en soit, la convention du i" août i358, où il ne faut voir que le premier projet, très incomplet, d'un traité à intervenir, ne prit jamais la forme d'un instrument diplomatique. Fut-elle désavouée par Edouard III, ou bien l'accord final était-il subordonné à une « entrevue » des deux rois, laquelle ne put avoir lieu ? Aucun document, actuellement connu, ne nous apprend rien à ce sujet. On ignore comment les négociations avaient commencé; on ne sait pas davantage comment elles finirent. Edouard 111 préférait sans doute les avantages positifs d'un traité de paix avec le roi de France aux risques d'une nouvelle guerre ou à ceux d'une alliance, qui lui avait déjà causé plusieurs mécomptes. Mais il n'est pas improbable que, tout en se dérobant aux avances du Navarrais, il ait laissé les aventuriers anglais lui prêter un appui de moins en moins déguisé.

II. — D'autres contretemps que la mort de Marcel avaient empêché le roi de Navarre de se saisir de Paris. Son frère Philippe, dont l'arrivée, impatiemment attendue, aurait pu corriger la fortune, le rejoignit quelques jours ou quelques heures trop tard *. Déjà, le dauphin avait repris possession de sa capilale. Le 2 août, alors que Charles le Mauvais, promenant de tous côtés une rage impuissante, faisait halte avec sou armée aux environs du faubourg Saint-Laurent, il aurait vu s'élever au loin, dans la direction de la porte Saint- Antoine, un épais nuage de poussière; c'étaient le régent et sa suite qui entraient à Paris -. Le roi de Navarre comprit qu'il n'avait plus rien à espérer de la connivence des Parisiens. Furieux et déçu, il revint à Saint- Denis, où ses hommes d'armes donnèrent un libre cours à leur brutalité 3.

Le lendemain (3 août), il envoyait défier le régent, les Parisiens et

1. Chron. des quatre premiers Valois, 80 : (« Monseigneur Philippe de Navarre vint pour lors à Saint-Denis à son frère le roy de Navarre, maiz à l'cmprinse de son frère vint trop tari ».

2. Contin. de Richard Lescol, «33:«Nam morlcm carorum suorum indignantissime fcrens et ad destructioncm civilalis modis omnibus anhclans, cum circa Sanctum Laurencium cum excrcitu pedc fixo stalionem faciens consuleret que modo hoc facilius posset, per pulverem immensum ad modum fumi maximi versus portam Sancti Antonii ascendeniem, ducis ingrcssum pcrcepil ».

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