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LA MARCHE SUR PARIS

armée s'échelonna. Lui-nnême s'établit à Asquins, pendant que ses têtes de colonne occupaient, sur une longueur de deux lieues, les villages de Saint-Père et de Pierre-Perthuis * ». Après un arrêt de quelques jours dans ces localités, les Anglais passèrent divers défilés qui les conduisirent dans la vallée de l'Yonne, u Le gros de l'armée franchit cette rivière à Goulanges-sur-Yonne^. Edouard 111, remontant du côté de Nevers, s'arrêta au village d'Asnois et prit résidence au château de ce nom, qui appartenait alors à Jean de Saint-Yerain » ^. 11 lui avait suffi de se rapprocher de la frontière du Nivernais pour y déterminer une panique. Le comté de Nevers et la baronnie de Donzy se rachetèrent du pillage en payant une rançon, comme l'avait fait la Bourgogne. C'est très probablement à Asnois que la convention fut conclue *.

A ce moment-là, — dans la seconde quinzaine de mars, car on ne saurait donner de date précise, — Edouard lll précipita sa marche sur Paris, que jamais encore il n'avait menacé directement. Pour expliquer cette brusque détermination, qui ne paraît pas avoirétéla conséquence d'un plan de campagne arrêté à l'avance, il faut revenir quelque peu en arrière et voir à quoi s'était employée l'activité du régent depuis la reprise des hostilités.

Tout en surveillant les opérations des Anglais, le dauphin avait été contraint de se tenir en garde contre les intrigues du roi de Navarre, qui n'avait pas lardé à se montrer le « mauvais français » qu'il fut toujours. Les retards apportés à l'évacuation de Melun, la prise de Clermont-en-Beauvaisis par le captai de Buch, « le cousin et spécial ami » de Charles le Mauvais (i8 novembre), témoignaient de la déloyauté persistante du Navarrais. Elle ne tarda pas à se manifester encore plus clairement.

Dans les premiers jours de décembre, un bourgeois de Paris, Denis le Paumier, vint trouver le régent à Melun pour lui faire de graves ré-

I. Er. Petit, op. cit., 191. — Asquins; Yonno, arr* d'Avallon, C" de Vezeîay. C'est le « Kon dessous Vosselay » de Froissart, V, 227. — Saint-Pierre et Pierre-Perthuis; c" de V'ézelay.

a. Er. Petit, ibid., 192. — Gr. Chr., VI, 168 : « Et ce fait, le dit roy se parti cl s'en ala vers Nevers et passa la rivière d'Yonne à Colenges-sur- Yonne ». Coulangessur-Yonne ; Yonne, arr* d'Auxerre, ch.-l. dec".

3. Er. Petit, ibid. — Asnois ; Nièvre, arr* de Clamecy, c" de Tannay.

4. Gr. Chr., VI, 1C8 : « Et envoyèrent ceuls de la contée de Nevers par devers luy, el raençonnerent toute la contée et la baronnie de Donzi-ou-pré ». Cf. E. Petit, ibid., qui a signalé le preniier le passage d'Edouard 111 à Asnois.

174 DERNIERE CAMPAGNE d'ÉDOUARD III

vélalions*. Un de ses concitoyens, Martin Pisdoe, qui appartenait à une famille parisienne très connue, lui avait tenu un langage fort compromettant. Il lui avait proposé de s'affilier à un complot, qui — on le sut plus tard,:— ne tendait à rien moins qu'à égorger le dauphin et plusieurs de ses conseillers 2. Gomme la déposition» de Denis le Paumier fournissait des indices plutôt que des preuves, on convint qu'il feindrait d'adhérer à la conjuration afin d'en mieux pénétrer le secret. Il accepta ce rôle. De nouveaux renseignements n'ayant laissé aucun doute sur la culpabilité de Martin Pisdoe, il fut mis au Ghâtelet, où il avoua tout, sans qu'il fut nécessaire de recourir à la torture 3. Qu'il faille chercher dans cette conspiration la main du roi de Navarre, c'est une hypothèse si vraisemblable qu'elle se présente immédiatement à l'esprit*. Les Grandes Chroniques le laissent assez entendre, tout en ne chargeant que des personnages subalternes, « aucuns familiers et officiers » de Charles le Mauvais. Enfin, les déclarations d'un autre bourgeois de Paris, Jean le Chanevacier, conservées dans des lettres de rémission, sont encore plus explicites 5. Les mêmes ouvertures lui avaient été faites qu'à Denis le Paumier, mais, tout en les repoussant, il

1. Arch. nat., JJ. 90, fol. 188, n" 869 (.^o déc. iSBg) : « ... comme nostre bien amé Denys le Paumier, bourgoys de Paris, feust nagaires venuz à nous à Melenn, où nous estions, et nous oust dit et re\elé etc. ». Le régent se trouvait à Melun le 12 et le 17 décembre; il y avait déjà passé plusieurs jours au commencement de novembre. Mais il paraît probable que les révélations dont il s'agit ici ne lui furent faites qu'au mois de décembre.

Q. Cela n'est pas dit formellement dans la pièce précitée, qui parle eç termes vagues d'une « grand traison », de « crime de lèse-majesté ». Les Gr. Chr.,\l, 1^^-167, sont plus explicites : « Et dévoient entrer à Paris gens d'armes par diverses portes, et eulz herbergier en divers lieus. Et aucuns d'euls dévoient aler au touvre, où devroil estre le dit régent, plus fors que le dit régent. Et là dévoient tuer tous ceuls que Hz vousissent, et après courir toute la ville et prendre les places par la ville, afin que les gens de la dicte ville ne se poussent assembler ». — On trouve un Guillaume Pizdoe ou Pisdoe prévôt des marchands en i3o/i.

3. JJ. 90, fol. 188-188", n" 869 et 370. —Joignez-y : JJ. 90, fol. i93"-i94, n' 382 (déc. 1359).

4. Gr. Chr., VI, 166 : « Et fu le dit bourgois ainsi exécuté pource que il avoit traictié avecques aucuns familiers et officiers du roy de Navarre, de trahir la ville de Paris et le dit régent. »

5. Arch. nat., JJ. 90, fol. igS^-ig^, n° 382 (déc. i359). — Impr. par Secousse, Recueil, p. 162-163, — 11 y avait probablement un lien de parenté, sans qu'on puisse dire lequel, enlréi Jean le Chanevacier ou Chanevassier et « Thomas le Ghanevassiar»^ l'un des quaraijjt^rdeux sergents d'armes qui jusqu'au bout entourèrent le roi Philippe VI sur|le champ de bataille de Crécy. Voy. un texte publié par M. H. Moranvillé, dans lai Bihl^de l'Ec. des Chartes, i. L, 1889, p. 296-297.

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