La Roncière, p. 3i
l8o DERNIÈRE CAMPAGNE d'ÉDOUARD III
maréchal d'Audrehem. Celte désignation ne laissa pas que de causer des froissements, car de grands personnages, comme le connétable de France, s'étaient flattés d'exercer le commandement *.
Des volontaires arrivèrent un peu de tous côtés : Flamands conduits par RilHard, le frère bâtard du comte de Flandre ^; Parisiens, sous les ordres de Pépin des Essars, l'un des auteurs de la révolution qui avait coûté la vie à Elienne Marcel 3.
« Aux premiers jours de mars i36o, la flotte française, partie du Croloy, jetait l'alarme à Southampton, Portsmouth et Sandwich * ». Les vents contraires la retinrent une semaine en mer et faillirent faire tout manquer 5. Le i5 mars enfin, 1200 lances et 800 arbalétriers
i. Chronique des quatre premiers Valois, p. iii r« Les communez, comme ceulx du navire, mariniers, arbaleslriers et archiers, prinstrent et firent leur cappitainc de monseigneur Jehan de Neuville. Dont l'en dit que le connestable et le conte de Saint-Pol eurent envie sur lui, se leur mistrent sur les communez ».
2. Chronog raphia, p. 390-291 ; « . . quorum capitanèus fuit Johannes de Novavilla,
miles, nepos et locum tenens marescalli de Audenehen, cum Rifflardo de Flan-
dria, bastardo fratre comitis Flandrie. .. ».
3. S, Luce, pour n'avoir pas examiné d'assez près un texte important qu'il a publié le premier (Hist. de Bertrand du Guesclin, pièces justif., n» xxii) s'est exagéré là part prise par la ville de Paris à cette expédition maritime {op. cit., 807). M. de la Roncière est tombé dans la même erreur, sur la foi de l'historien de du Guesclin (Hist. de la marine françaè^k, 1, 5ii-5i5). Voici tout ce que l'on peut affirmer avec certitude. Le régent avait autorisé la ville de Paris à affecter une somme disponible de 2.000 deniers, provenant des aides pour la guerre, à l'équipement d'un navire, qui devait porter le pavillon de la cité, et à la solde de 600 brigands destinés à être embarqués sur ce bâtiment. Mais la réalité fut loin^de répondre à de semblables prévisioiis. Des témoins qui avaient participé à l'expédition déposèrent en justice que jamais personne n'avait vu le navire en question, ni aucun des Goo brigands qu'il aurait dû transporter. Ils avaient seulement souvenance d^un assez méchant bateau^ mal approvisionné, sur lequel avaient pris passage Pépin des Essars et quelques-uns de ses compagnons, faisant campagne à leurs frais, ou avec un modique subside de la ville de Paris {Hist. de B. du Guesclin, Pièces justif., n* xin).
4. Rymer,in, i" p.,p.47i (2 mars i36o). Mandement de Thomas, fils du roi d'Angleterre et gardien du royaume (l'acte est au nom d'Edouard 111, mais n'émane évidemment pas de lui) : « Teste Thoma, filio nostro carissimo. . . apud Westmonasterium... ». — « Quia pro certo didicimus quod inimici nostri de Francia, cum multiludine hominum ad arma, armatorum, sagittariorum et aliorum, equitum et peditum, cum equis suis supra mare in magno navigio actualiter jam existunt, et regnum nostrum Angliaî apud Suthampton, vel Portesmuth, aut Sandewicum seu alibi, ubi quietius et commodius expedire viderint, invadere proponunt etc. ». — La Roncière. 1, 5i5.
5. Chronog raphia, p. 291 : « ... intrantesque mare, alTuit eis ventus contrarius, ita ut per unam septimanam vacaverunt, non valentes ultra navigare aut remeare... »• M. de la Roncière, ibid., a expliqué autrement ce retard : « Une croisière d'une
l'expédition de WlfNCHELSEA f8l
purent clL'barquer à linéiques lieues de Winchcisea *. Situé sur la côLe méridionale de l'Angleterre, A 70 milles environ au nord-est d'Haslings, Wincholsea n'a plus que la population d'un village. Celait, au xiv siècle, une ville maritime de quelque importance mililaire et commerciale : l'un des Cimj-Ports, comme Kve sa voisine 2. Des ensablements progressifs, la ruine de son port comblé en 1578 par iiiî coup de mer, ont consomme sa déchéance.
Le jour du débarquement (i5 mars\ les Français se saisirent du port, assez distant de la ville proprement dite, et de tous les vais seaux qu'ils y trouvèrent". Celte capture fut l'occasion de grands désordres. Sur un des plus beaux vaisseaux anglais, un vaillant marin nommé Gamache avail planté la bannière d'un'chevalier de Bergues, son maître ; les Flamands de Rifflard d'accourir et d'accaparer la prise après a^oir tué Gamajchc ^. Les assaillants ne rencontrant pour ainsi dire aucune résistance, courent tout le pays et poussent peut-être jus-
semaine témoigne de rincerliludc où l'on était sur le liou de détention du Roi ; mais clic avail suffi à dérouler l'ennemi ».