Même volume, chap. m
2. H. Denille, La désolation des églises etc., t. I, i' p., p. 181-183.
3. Petrarcœ epistolx familiares, éd. Fracassetti, III, ep. xiv, p.^iôa.
4. Peram senilium, Irb. X, ep. 11, édit. de Bàle, i554, p. 868. Ce sont des textes classiques et déjà plusieurs fois utilisés. Voy. S. Luce, Hist.de B. du Guesclin,i>. i46; H. Denifle, La désolation des églises etc., I, l'p., p. i35, n. 1.
tenir la lutte contre Jean II d'abord et plus tard contre le dauphin? Presque uniquement avec l'aide des Anglais de Bretagne. C'est de la Bretagne que lui sont venus des soldats et des capitaines, des hommes de guerre expérimentés, entreprenants, passés maîtres dans l'art d'exploitei une province. Froissart, donnant la composition de l'étatmajor de Philippe de Navarre à une époque qu'on ne saurait préciser, mais qu'il convient, semble-t-il, de rapporter à l'année i357, y ^«»l figurer Robert Knolles,Jean deFoderynghay, Jamesde Pipe, Jean Jouel, c'est-à-dire, de tous les aventuriers anglais, les plus connus et les plus redoutables *.
Combien d'autres, moins célèbres, avaient pénétré à leur suite dans la Normandie, le Maine ou l'Anjou 2 1 On comprend qu'avec de tels lieutenants et de telles troupes, le frère de Charles le Mauvais ait causé un légitime effroi aux Parisiens, lorsqu'au mois de janvier 1857, il s'avança jusqu'à Chartres età Bonncval, en accumulant les ruines sur son passage ^. Cette guerre sauvage était-elle un procédé d'intimidation, pour peser sur le Conseil du dauphin et sur les Etats de la langue d'oil et leur arracher la mise en liberté du roi de Navarre ? Un chroniqueur l'a dit, et son assertion, dégagée de quelques détails d'une exactitude suspecte, est au moins vraisemblable^. En tout cas, l'expédition ne fut pas poussée à fond, c'est-à-dire jusque sous les murs de Paris. Bien des causes peuvent expliquer l'avortement de l'entreprise. La meilleure, c'est qu'une armée, formée d'éléments disparates, ne rêvant que d'une guerre lucrative, devait fatalement se débander après quelques semaines ou quelques jours, les unités dont elle se composait ayant intérêt à opérer chacune isolément et à sa fantaisie.
La trêve de Bordeaux, la capitulation de Rennes quelques mois après, vinrent grossir le nombre de ces unités et donner à de hardis
I. Froissart, V, ()3 : a El se lenoient avoecques lui messires 7?o6ers CanoUes, messires Jehans (sic, de Pipes, messires Frikes de Frikans, le Bascle de Maruel, mcssires Jehans Jeuiel, mcssiTes h'ourdrigais et pluiseur aullre appert hommes d'armes, qui depuis .firent maint mcschief ou royaume de France. . . »
a. S. Lucc, Hist. de Bertrand du Guesclin, Tableau des lieux forts occupés en France par les compagnies anglo navarraises de J350 à i36i. Voy. surtout : Calvados, Manche, Mayenne, Orne. — Op. cit., p. 21J0.
3. Gr. Chr., VI, Sa. — Voy. ici même, t. 1, ch. viii, p. 334,
4. Chron. des quatre premiers Valois, Go. — D'auprès cette chronique, Philippe de /Vavarre aurait môme écrit aux trois Etats et leur aurait fait ses offres de services, etc. Les Etats s'assemblèrent à Paris, cette annco-là, le 5 février (O'r. Chr., VI, 5a).
LES COMPAGNIES a3
capitaines de plus puissants moyens d'action. C'est vers le milieu de l'année i357 que James de Pipe, qui se qualifiait déjà ou devait se qualifier bientôt lieutenant du roi de Navarre, s'empare d'Epernon *. De ce point central, des détachements anglo-navarrais essaiment de tous côtés, occupant les petites forteresses, laissées à l'abandon ou insuffisamment protégées, ce qui leur permet de s'avancer de proche en proche jusqu'à quatre ou cinq lieues de Paris (décembre i357) 2,
La délivrance de Charles le Mauvais aggrave le mal. A peine revenu à Paris, il s'abouche avec les capitaines anglais qui avaient fait campagne sous son frère PhiUppe, les reçoit à sa table et les relient à son service ^. En même temps, il soudoie des mercenaires un peu partout : en Allemagne, dans le Hainaut, le Brabant, et ailleurs encore *. Qu'il continue ou non à les payer, ils sauront bien vivre sur le royaume ; de fait indépendants, même les Anglais, qui, à l'occasion répondent qu'ils ne relèvent de personne, ou se réclament du roi de Navarre, maître moins puissant et moins gênant qu'Edouard IIP.
On a vu la part des mercenaires anglais dans les événements qui précédèrent et amenèrent le dénouement de la révolution parisienne. Charles le Mauvais avait fait entrer dans Paris leurs principaux chefs, parmi lesquels James de Pipe et Jean Jouel, pour ne nommer que les deux plus fameux 6. Après la mort de Marcel, c'est tout le flot de l'invasion navarraise qui s'étale largement à l'ouest, à l'est et au nord de Paris, sur des régions antérieurement épargnées.
11 n'était pas inutile de préciser, au prix de quelques redites, les débuts et les progrès successifs de cette conquête de la France par les Compagnies, dont on ne saurait dire si elle fut l'œuvre des Anglais ou celle des Navarrais, car « Anglais ou Navatrais, écrit le rédacteur des Grandes Chroniques avec une simplicité expressive, étaient
1 . Peut èlrc à l'automne seulement. James de Pipe avait-il été précédé par quelque lieutenant plus obscur, tel que le gallois Ruffin, à qui Froissart attribue de si hauts faits et de si prodigieux succès dans cette même région ? Mais Froissart estropie bien souvent les noms et commet d'étranges confusions (C/iron., V, 9/1-95).