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Chron. des quatre premiers Valois

a/i LA GUERRE CONTRE Lt ROI DE NAVARRE

tous un » *. Des bandes de pillards se formèrent un peu partout à rimitation de celles qui enserraient Paris. Elles n'étaient pas exclusivement composées d'étrangers. L' « Archiprêtre » fut un des aventuriers les plus malfaisants du xiV siècle, bien qu'il se soit toujours pi{|nc de rester « bon Français ». Mais Arnaut de Gervole est, sinon par la moralité, au moins par l'aptitude aux grandes entreprises, quelque chose de plus qu'un vulgaire bandit. Foulques de Laval, un Breton de haute lignée, pourvu d'un commandement par le dauphin, ne se fit pas moins redouter dans l'Orléanais que James de Pipe lui-même^. Un simple écuyer français et quelques complices obscurs comme lui, se saisissent de la tour de Dreux, la détiennent longtemps et en profitent pour causer mille maux aux « bonnes gens du pays ». 11 faut négocier avec eux et leur promettre, outre l'impunité, une grosse somme d'argent pour les faire déguerpir •^. Ils ne pouvaient invoquer aucun titre régulier, mais le nombre est grand aussi des capitaines, institués par le régent, qui, ne recevant point de solde, prennent de force ce qui leur est nécessaire et deviennent le lléau de la population qu'ils ont mission de protéger '♦. Toutefois si, pour des causes multiples et dont beaucoup nous échappent, — inimitiés sécu-

I. firandes Cliron., VI, t38. Cela est dit à propos de l'occupation de Melun par les Navarrais : « ... et lo chaslel et tout le dcmourant de la dicte ville furent anglois».

a. Il était capitaine de Bonne\al et du château d'Alluyes pour le régent (Tome I, ch. vni, p. SGq, n. 3). Pour les méfaits qui lui sont imputés, voy. Jean de Venelle {Conlin. clironici Guill. de IS'angiaco, II, aôS) : « Nam dominus Fulco de Laval cum Hrilonibus multis Helsiam pncnlabalur, ignés villulis poncndo, Slampas quaî jam anlca capta et cremala pcr siniilcs praxlones fueral, iterum spoliando »>. Cf. Deniric, o[). cit., p. 22(j. Ce n'est point là un cccniplc isolé. Il y a nu mot à retenir de la phrase dp Jean de N'cneltc : lotis ces brigands se ressemblent, quelle que soit leur nationalité fsimiles jirœdones).

3. Arch. nat., .1.1. ijo, fol. 202", n° SqG (Paris, janvier i30o): n ... comme Jehan de la Forcsl, csci.icr, et aucuns autres ses complices, san/ licence de nous ou d'aulro, aienl po^r.jr à ce, eus>eiit i)ris et occuppé dcfaitct longuement delcnu . .. et eticiircs deticngni'iil la lourde Dreux (pii est appcllce la Tour de Dame Marthe, elonycelle tour eussent cl aient par aucun temps dcmouré contre la volenlé de nous et de ceulx à (|ui elle est. et pris de fait aucuns «les biens des bonnes genz du pais cl fait phiseurs autres malelices en commcctant crime de lèse majesté, et de nouvel noz ame/ cl feaulx chevaliers, le sire de Haignaux. le Hegue de Villainnes et messire Pierre de Martonville, capitaine de Dreux, aient fait certain trailié a\cc culx, par le quel il ont acordé cl promis rendre la dite tour au maire, bourgois et habitanz delà ville de Dreui... [lour la somme de mil llorins d'or au nn»uslon, par tele manière que n«)u> leur pardomions, (luillons et rcmeltons tout ce ((ue dessus osl dit... •

'i. .Vrch. nal., .1.1. yo, fol. a03, n" ôj; (Paris, i3Go, sans indication du mois); fol. aG5, u*53i (Paris, mai i36o).

laires de province à province*, rancune des nobles contre les vilains, (jui s'étaient montrés favorables aux Jacques ou avaient participé à leurs excès -, attrait du pillage auquel des natures frustes ne sont pas seules sensibles ^ — le mal a gagne très rapidement la France entière, il est incontestable que les Anglais en ont été les premiers et les plus actifs propagateurs.

Jusqu'à (jucl point Edouard 111 doit-il être rendu responsable de désordres qu'il ne pouvait ignorer et qu'il lui eût appartenu de prévenir ou de réprimer ? C'est chose délicate et malaisée à déterminer, d'autant plus que, pour des motifs d'ordre diplomatique qui seront donnés au chapitre suivant, les sentiments du roi d'Angleterre ont varie d'une année à l'autre, et même au cours d'une même année ^. Ouvertement, il ne saurait favoriser, ni approuver, des agissements qui sont des violations manifestes de la trêve de Bordeaux. 11 les condamne donc, en termes très nets, dans ses actes officiels ^. Les capitaines anglais reçoivent l'ordre d'évacuer les forteresses dont ils se sont emparés. Mais combien de tels ordres sont facilement éludés par des hommes assurés de l'impunité, et dont toute la réponse est qu'ils n'ont pas agi pour le compte du roi d'Angleterre, que le roi de Navarre ou tel autre seigneur, à son défaut, saura bien les avouer ^ !

On peut supposer qu'Edouard III ne s'est pas mis en peine de renouveler ses injonctions, plus comminatoires dans la forme qu'elles

1. Comme c'était le cas pour le Duché et le Comlc de Bourgogne (A. Chérest, L'Archiprélre, p. io8 et suiv.).

2. Chronographia, II, 286 : « Alii ctiam domini boiia suorum hominum rapiobant el in fortalicia sua ponebant et permiltebaul horaines suob molestari, quia ipsos odio habcbaiit causa rcbeliionis rusticorum de Belvacesio contra nobilcs cl proprios dominos ».

3. Froissant, \, 96 : « En ce lempore que cil iroi eslal regnoient .se commcncicrenl à lever lelz manières de gens qui s'appelloient Compagnes, el avaient guerre à toutes gens qui portaient molettes ». Le mot est naïf el ne manque pas de saveur sous la plume de Frolssart, fort indulgent aux « pau\res brigands», qu'il représente pourtant comme des détrousseurs de grand chemin.

!i. En i358, où, vers les mois d'avril et de mai, la paix paraissait faite, et où, Vers la Toussaint, tout était de nou\cau rompu.

5. En général, on croyait, au xiv* siècle, à la connivence d'Edouard 111 avec les compagnies auglo-navarraises. Voy. ci-après p. aO, n. j, une citation de^Jean le Bel. Villani affirme en vingt endroits cette complioilé : « ... e'si copria (il re d'Inghilterra) sotlo !o scudo del lie di Navarra, la cui forza lutta era d'Inghileei ». Lib. IX, cap. x ; (Muratori, XIV, col. 545).

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