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LA PAIX DE BRETIGNY

Le dimanche lo mai, le régent réunit de bonne heure ses conseillers dans l'hôtel de l'archevêque de Sens *,dit aussi « l'hôtel des Barrés » ^,. parce qu'il s'élevait à côté d'un couvent de Carmes et que ces religieux étaient connus sous Tappellation familière de « Frères barrés » ^. Le prévôt des marchands et plusieurs bourgeois de Paris avaient été invités à se joindre aux membres du Conseil^. Le prince fit donner lecture du traité par Jean des Mares et en approuva toutes les clauses ^. Une disposition additionnelle, connue seulement par les Grandes Chroniques, réglait la forme dans laquelle le fils aîné du Roi prêterait le serment. Une messe serait célébrée en sa présence, et après VAgnus Dei, le prêtre ayant dit la troisième invocation : Agnus Dei, qui tollis peccala mundi, dona nobis pacem! le régent s'avancerait jusqu'au pied de l'autel. Là, une main posée sur le Missel, l'autre élevée au-dessus de l'hostie consacrée, reposant sur la patène, il jurerait de a tenir et accomplir » le traité, de le « faire tenir et accomplir », de tout son pouvoir ^.

En conséquence, une messe basse du Saint-Esprit fut chantée par Guillaume de Melun, archevêque de Sens, dans l'hôtel même où résidait alors le dauphin, et où, sur son ordre, le Conseil s'était réuni.

Cette ratification n'est pas reproduite très ficlèlennent dans le man. fr. a8i3, et par suite dans l'édit. des Gr. C/ir., VI, 198). Cinq noms, qui se lisent dans l'acte oricrinal, ont été omis par le copiste de Charles V, et un seul a été conservé : celui de Régnant de Cobham.

i. Gr. Cht\, yi, 212.

2. Ibid. « ... en l'ostel à l'arcevesque de Sens, aux Barrez ... » Voy. M. Prou, Recherches sur les hôtels de l'archevêché de Sens à Paris (1882), p. 3 et n. 2. L'hôtel de Sens était situé « juxla domum fratrum Barratorum ».

3. Ainsi appelés, dit Ducange, « quod pallia ex albo et nigro alternatius distincta déferrent ».

(i. Gr. Chr., VI, 212.

6. Ibid,, 212 : « Et pour ce que entre les autres choses du dit Iraictié estait accordé que le dit régent devoit oïr la messe, et après le Agnus Dei il devoit aler à l'autel, et l'une des mains sur le corps Jhesus-Crist sacré, sanz y touchier, et l'autre main mise sur le Messel, devoit jurer que le dit traictié il tendroit et acompliroit, feroit tenir et acomplir de tout son povoir, etc. » Walsingham, Hist. anglic, t. 1, p. 289: M Parisius igiturcelebrata solemni missa, dictoquc 1er « Agnus Dei », adjecto « Dona nobis pacem », Karolus. in pncsentia pracdictorum et allorum plurium, dextram super patenam cum Corpore Dominico, et laevam super missale posuit etc. »

Cf. ViIlani(Muratori, XIV, G20), assez bien renseigné sur le traité de Brétigny, et parfois très précis. Joignez-y ce qu'il dit du cérémonial observé à Calais, et qui pa raît, sur ce point particulier tout au moins, avoir été le môme qu'à Paris et à Louviers : « L'abbato di Clugni... disse messa, e conscgrato il corpo di Christo, quando venue al Icrzo Agnus Dei, che dicc : Dona nobis pacem, etc. ».

CONFIRMATION Dl) TRAITE PAR LE REGENT îlOQ

Après la dernière invocation de VAgnus Dei, le régent sortit de son oratoire et, au pied de l'autel, sous les yeux des six chevaliers anglais etde nombreux témoins, fit le serment convenu, en lisant une formule tracée en gros caractères sur un feuillet de parchemin *.

Aussitôt, un sergent d'armes, se mettant aux fenêtres de la chambre du régent, ouvertes sur la cour de l'hôtel, proclama que la paix était faite «.

La messe terminée, le prince alla rendra grâces à Noire-Dame, dans l'église cathédrale. On y chanta le Te Deum et les cloches de la vieille basilique s'ébranlèrent en de joyeuses volées ^. Toutes les églises, toutes les chapelles de Paris répondirent, chantant dans les airs des k cantiques d'allégresse », comme l'office du jour les conviait à le faire '♦.

I. Gr. Chr., VI, ai2-at3 : « ... fu chantée une messe bassedu Saint-Esperit, parGuillaume de Meleun, arcevesque de Sens, et quant elle fu dite jusques au pluint dessus dit, le dit régent issy de son oratoire et ala à l'autel, et en la présence des VI cheva liers anglois dessus diz, qui pour veoir le dit sairement faire y avoient esté, envoiez par les diz roy et prince, et de grant foison de genl qui la estoient, fist le dit saire> ment par la manière devant dite, en Usant une cedule en la quelle estoient l^s paroles que il devait dire, escriptes formeement.., » « Formeement », c'est-à-dire en « lettres de forme » ou en ^rus caractères. Wa4singham {^Hist. angl., I, 389), donne où prétend donner la teneur même de ce serment :

« Nos, Karolus, juramus ad sacrosancta Corpus Domini et Evangelia, firmiter servare pencs nos pacem et concordiam formatas inter reges et nu Ho modo in contrarium venire ».

Cette formule me paraît suspecte. Tout au moins ne saurait-elle convenir au traité de Brétigny (formatas inter regesj ; peut-être a-t-elle servi pour le traité de Calais.

Villani est sur ce point en parfait accord avec les Grandes Chroniques ■: n Nella oui presenza il dalfino di Vienna... in sul corpo di Christo sagrato, e in sugli santi Evangelii giurô d'attendere e osservare la dette triegua e la pace, e che la farebbe attendere e osservare .. » (lib. IX, cap. io5; Muratori, XIV, 620.)

a. Gr. Chr., VI, ai3 : « Et tantost que le dit sairement fu fait par ledit régent, la dicte paix fu criée par un sergent d'armes aus fenestres de la chambre du dit régent, sur la cour du dit ostel de l'arcevesque de Sens. »

3. Ibid, « Et quant la dille messe fu chantée, le dit régent ala à Nostre Dame de Paris li rendre grâces de la dicte paix, là où l'en chanta Te Deum et sonna les cloches moult solempnelment ».

Contin. chron. GailL de Nangiaco, II, 3ii : « .. et statim in ecclesia illa omnes campanae cum magno mugitu et devota melodia sunt pulsatae, canonicis omnibus et clericis Te Deum laudamus laete et dévote cautantibus el Dominum laudantibus, et pro pace rcddentibus Deo gratiarum débitas aclioncs ».

It- Cont. chr. G. de N., ibid. : « Et sic factum est quasi cadem hora per universas ecclesias el coliegia dicta; urbis. Tune enim audita est illa die per totani civitalem vox jucundilalis el lietiliae in taliernaculis justorum et omnium alTliclorum ».

Op. cit., 3io : « Et factum est in dominica qûa cantatur in Ecclesia Vocem jucundi-

Histoire de Cliarles V. — II. 14

aïo La. pm\. de buktigm

Jean de Venette a marqué avec force le scnliment de délivrance qu'éprouvèrent tous ceux qui n'étaient pas, pour des motifs en général peu avouables, intéressés à la continuation de la guerre *. Les malheureux qu'elle ruinait ne voyaient que la fin de leurs maux. Ils se réjouissaient donc, et en somme avec raison, quoique la paix ne dût pas tenir tout ce qu'elle promettait.

\ quelles conditions était-elle faite? Le peuple ne le savait pas et s'inquiétait pou de le. savoir. Eût-il été mieux instruit, plus capable surtout de comprendre combien était lourde la rançon de la défaite, que sa joie aurait été excusable. Est-ce la seule fois qu'en France une paix cruelle mais nécessaire, terminant une guerre désastreuse, a pu être considérée presque comme un bien ?

La satisfaction du dauphin se tr{\duisit par l'accueil empressé qu'il fit aux chevaliers anglais 2. Il leur montra lui-même les reliques conservées à la Sainle-Ghapelle du Palais-^, les reçut à sa table'» et fut très généreux à leur égard ^.

talis, ante Ascensionèm Domini •<. L'introït du 5* dimanche après Pâques, qui précède immédiatement la fête de l'Ascension, commence par ces mots : « Vocem jucunditatis annuntiate, et audiatur, alléluia etc. »

I. Contin. chron. Gaill. de Nangiaco, II, 3io-3ii : a Qui quidem ... ad pacis fmalem concordiam, inspirante Spiritu sancto, lo^tantibus, ut oredimus, cum eisctiam angelis, devenerunt ... » -- « Gaudebant enim quasi omnes et merito, excëptis forcitan illis qui in tempore guerrarum et in faclis earum, aliis perdentibus, reperiunt magna lucra, sicut sunt armifaclores, et aliqui alii qui rapinas illicitas et opéra nefaria in tali tempore, Dei timoré postposito, cupiunt exercere... Doluerunt etiam falsi proditores et notorii raptores etc. »

a. Gr. Chr.,Vlf ai3. — Toute la population montra le même empressement. Voy. non seulement Froissart, VI, 19-20, fort suspect d'exagération, tant il commet d'erreurs évidentes dans le récit de cet épisode, mais aussi Jean de Venette, p. 3io : n Praefatis autem ambassiutoribus tam Anglicis quam Gallicis Parisius adventatis, cum omni honore recepti sunt a domino duce et a civibus universis. » Il est à remarquer que Jean de Venette, comme Froissart, a cru que les chevaliers anglais étaient venus pour le traité de paix.

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