‹ Histoire de CharlesChapitre 16 sur 301 · I. H. Denifle, La désolation des églises, etc., p. ai · texte numérisé non relu

I. H. Denifle, La désolation des églises, etc., p. ai

a. Op. cit., p. 179-816, et plus particulièrement p. 217-31G.

3. Sur la teneur de ces bulles, conçues, à d'insignifiantes variantes près, dans les mêmes termes, et qu'on rencontre dès i35C, voy. 11. Denille, op. cit., p. 183 el n. i, i83 el n. 1, a^y-jSo, ag^, clc. Elles lancent l'excommunication contre les malfaiteurs, en visant exclusivement, il est vrai, les attentats contre les personnes ou les biens d'Eglise. On trouvera plus d'indications générales, encore que les faits ne soient pas précisés, dans les lettres d'Innocent VI relatives à l'invasion de la Provence par Arnaut de Ger\ole. Voy. H. Denille, o/>. cit., p. 200, n. 5.

Cl. On ne la discernait pas toujours facilement, et on ne s'en mettait guère en peine Jean Coques obtient des lettres de rémission pour avoir détroussé « un val let qui menoit un cheval entre la ville de Janville et de Thorote, environ heure de scloil couchant, lequel vallet ledit Jehan espcroil estre Anglois, pourccque ou pais les Anglez uoi ennemis conversoicnt et couroient lors de jour en jour et n'y osoient autres bonnement dcmourer ne habiter, combien que l'en deist depuis que le djit vallet esloit à Mons. Thiebaut de Chepoy, chevalier, et pour ce le dit Jehan escria ledit vallet en disant : « Lerrcs Anglois, vous avez emblé ce cheval que vous enmenez ! » et li osta et toli le dit chenal par force etc. » (Arch. nat., JJ. 90, fol. i5o'% n* 293 ; Paris, sept. iSSy). — Janville; Oise, arr* et c*" de Compiègnc ; 'f hourotlc ; Oise, arr' de Compiègne, c°' de Ribccourl).

aS LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE

violent les femrties, luent les hommes ou les font prisonniers quand ils les croient de bonne prise'. Affolés, les paysans se réfugient, avec ce qui leur reste, et quand ils le peuvent, au fond des bois, dans des îles ou des marais inaccessibles -. Cependant, les brigands n'ont aucun intérêt à faire le vide autour d'eux. Les supplices raffinés ou atroces auxquels ils soumettent leurs prisonniers ou dont ils punissent ceux qui leur résistent"^, sont une espèce de (» chantage » barbare, pour amener les habitants des villages à se « rançonner », à se racheter du feu et de l'extermination, en payant et en entretenant leurs propres bourreaux^. L'instinct de la conservation, le regret de leurs champs

I. Les habitants « de la ville et chaslellenic » de Lorris en Gâtinais exposent que les « ennemis du dit royaume, especialemcnt... ceulx qui lors estoicnt et sont en 4a forlcresce de Chasteau Neuf sur Loire êtes autres garnisons et forteresces d'ilec enlour,... en alanl et venant d'une forteresce à autre, et aussi en courant le plat pays d'ilec environ ardoient et bruloicnt leurs maisons, granchcs et habitacions, prcnoient, pilloienl. emportoient et degastoicnt leurs blez, avcinncs, grains, vins et autres biens, emprisonnoicnt et raençonnoicnt les corps de culx, de leurs famés et de leurs enfanz, et aucuns en ont occiz, tue et mis à mort, tant par force de gehaine comme autrement... » (Arch. nal., JJ. 90, fol. aS^-s'i, n» 48; Paris, 26 fév. iSSg). — Les « ennemis » de Malicornc-sur-Ouanne « pillent, ardent, raençonnent, destruent tout le pais, mettent à mort et prennent prisonniers touz les hommes et ravissent et deshonnorent toutes les fammes qu'il puent trouver... » {Ibid., fol. 24'*-35, n» 5i ; Paris, mars iSôg). — Ce sont là des exemples pris au hasard, entre cent autres tout aussi concluants.

Châteauneuf-sur-Loirc ; Loiret, arr' d'Orléans, ch.-l. de c".

Malicornc; Yonne arr' de Joigny, c" de Charny.

3. Conlin. chronici Guill. de Nangiaco, II, 280. — S. Luce, Ilisl. de Bertrand du Guesclin, 374 (d'après des lettres du régent). — H. Denillc, op, cit., Zo-j.

3. Arch. nat.. JJ. 90, fol. 119, n" 435 (Paris, fcv. i36o) : « Et pour la granl pitié qu'il avoit des prisonniers que les diz ennemis amenoicnt en ladite forteresse (de Troissy) aus quelx il faisoienl souffrir moull de tormens.. .y> — Les religieux du prieuré de Reuil sur-Marne près de la Puerto sous-Jouarre ont été pris par les ennemis étant à là Ferté, qui leur ont « fait souffrir moult de inartires » (JJ. 90, fol. 2G1, n° 533 ; Paris, mai i3Go).

Troissy ; Marne, arr' d'Epernay, c'" de Dormans. Ueuil ; Seine-etMarnc, arr'de Mcaux, c°" de la Kerté-so'us Jouarrc. Voy. aussi : A. Germain, Projet de descente en Angleterre, etc., p. 23 (Extrait des Mémoires de la Société archêol. de Montpellier, i858, p. 426.

4. Arrh. nat., JJ. 90. fol. iii'% n° 308 (Paris, juillet iSSg) : « ... comme les Anglois et ennemis du dit royaume estant à Esponnay eussent nagaires mandé par pluseurs foiz aus habilans de la parroisse de Muret et à pluseurs autres villes environ que il se vousissenl raençonnor devers eulx ou autrement ii destruiroient eulx, leurs fammes, enfanz, biens et maisons, et mectroient tout en feu, li quels respondircnt par docrs les diz Anglois que de rc n'en fcroient il néant, et pour ce ont les diz Angluis dcslruit plust iirs des dites villes et arses, et les gcnz pris, racnçon-

abandonnés, la nécessité de les cultiver pour ne pas mourir de faim, sont plus forts que la panique*. L'entente s'établit entre les paysans terrorisés et les brigands, qu'ils approvisionnent et servent docilement *. Mais cette capitulation expose le village rançonné à un nouveau péril. Fréquemment, il y a dans le voisinage un lieu fort, occupé par un capitaine français. Quiconque est entré en arrangement

nez et mis à mort, et menaçoient les tliz habitanz de Muret et de Croules de faire autel se il ne se raençonnoient, etc. ». La conclusion, comme celle d'autres lettres de rémission du même genre, très nombreuses, c'est que les paysans, incapables de se défendre, nullement protégés, ont dû céder à la violence.

Esponnay= Saponay ; Aisne, arr' de Château-Thierry, c" de la Fère en Tardenois-

Muret-en-Croutes ; Aisne, arr' de Soissons, c"' d'Oulchy.

Crouttes; Aisne, arr* de Château-Thierry, c" de Charly.

1. Les habitants de « Cis » et de Prestes ont enduro, de la part des ennemis « es tanz à Vailly et ou pays de Soissonnais et de Lannoys », des « griefs, dommages, enormités, contraires fsicj, inhumanités, comme plus puent, et tant qu'il ne les puent endurer, ne soutenir... » Ils se sont donc rançonnés « à certaine somme de deniers, jusques à certain temps avenir, la quelle chose il n'eussent jamais fait, n'osé faire autrement (sic), se ce ne fust pour la petite deffense que il veoient ou pais, et par force et cùntrainte, et pour double et crainte des choses dessus dites, pour sauver eulx, leurs fammes, enfanz, leurs maisons et leurs biens, et pour labourer et cultiver leurs terres et faire les labouraiges sanz les quelz il ne pourraient vivre, ne ne sauraient ou fuir pour avoir leur pouvre vie, se il n'estoient mendians et querans leur pain, et par avanture mourroient de faim... » (Arch. nat., JJ.90, fol. 71, n" i3o; mai i.HSg).

Cys-la-Commune; Aisne, arr* de Soissons, c" de Braisne. Presles-et-Boves ; Aisne, arr* de Soissons, c" de Braisne.

2. Les habitants de Sacy, près de Ligny-le Ghastel,se sont rançonnés « parmi cerlainne somme de florins sanz autre chose » (Arch. nat., JJ. 90, fol. 56, n" io5 ;. Paris, mai 1359). Ceux de Vermenton, « jusques à certains (sic; temps?) passez et avenir, à certaines sommes de deniers, à un millier de harenz et à ouvraiges et labeurs de pluseurs personnes de ladite ville que les diz ennemis ont fait euvrer et tenuz par devers eulx... » (Ibid., fol. 61-61'°, n° 110; mai 1859).

La ville et chatellcnie de Lorris se rachète (« envers les diz ennemis de Chasteau- Neuf ))), moyennant « certaine somme de vivres et d'argent jà paiée et jusques à certain temps... » (Ibid., fol. aS^-a/i, n' 48 ; Paris, 2/» fév. i359).

Sacy; Yonne, arr* d'Auxerre, c" de Vermenton.

Ligny-le-Châstel ; Yonne, arr' d'Auxerre, ch.-l. de c°'.

Vermenton ; Yonne, arr* d'.\uxerre, ch.-l. de c°°.

Le fameux Aimerigol Marches, inconsolable d'avoir restitué ou plutôt vendu le château d'Aloisc près de Saint-Flour,n'a garde d'omettre, en énumérant tout ce qu'il a perdu, les contributions en nature qu'il exigeait des paysans : « Les villains d'Auvergne et de Limosin nous poureoienl et amenoient en nostre chastel les blés et la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaulx et la liltière.les bons vins, les buefs, les moulons, les brebis, tous gras, et la poulaille et la vollaille ». Froissarl, Cliron., édil. Kerwn de Leltenhove, \IV, i64.

3o LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE

avec un ennemi — Anglais, Navarrais, on de toute autre nationalité — n'est plus « bon et loyal Français » ; il est consi(|éré comme un traître. Des représailles sont exercées contre ces malheureux, qui ne peuvent même pas jouir de la sécurité précaire qu'ils ont cru s'assurer*. Il leur faut solliciter des lettres de rémission, et vraisemblablement ils ne s'y résolvent que le jour où ils n'ont plus à craindre la vengeance de leurs premiers oppresseurs 2.

Les communautés d'habitants ne sont pas seules à encourir le reproche d'avoir pactisé avec les ennemis du royaume. De simples particuliers, tombés entre leurs mains et obligés de travailler pour eux quand ils ne peuvent acquitter une rançon ^ — des prêtres qui ont fait auprès d'eux fonction de chapelains'^ — sont exposés à mille ennuis tant qu'ils n'ont pas obtenu des lettres de pardon.

Nul ne songera jamais à atténuer les méfaits des Compagnies. Il faudrait pour cela ignorer les sources; il faudrait avoir oublié l'une des pages les plus éloquentes de Michelet et la brûlante apostrophe que lui arrache la détresse de Jacques Bonhomme : « Vous êtes mon père, vous êtes ma mère, etc. » ^. Mais même ici il convient de se garder de

I. Arch. nal., JJ. 90, fol. 78", n. i/i5 (Paris, avril iSBg). Les habitants « do la ville et paroisse de Juerre, de Biercy et de Septfors, villes voisines de la dite parroisse » se sont rançonnés aux ennemis de la Ferté-sous-Jouarre, contraints et forces comme toujours. " Neantmoins les genz des garnisons françoises de Meaulx, de la Motte au Desrammé, de Beauniont et d'aucuns autres nobles noz officiers, soubz ombre de ce que il se sont raençonnez aus ennemis, comme dit est ou autrement, de leur volenté, se sont efforciez et efforcent de iceulx habilanz raençonner et traire à rençon envers eulx et se sont veniez et leurs ont mandé qu'i les destruiront et leurs dites ville et maisons ardront et gasteronl du tout en tout, pour la quelle chose il sont en péril de dclaissier du tout le pais, se sur ce nous ne 'leur pourveons d'aucun gracieux remède ».

3. Apres la conclusion de la paix de Brétigny, ou tout au moins après l'évacuation ou la reprise de la forteresse occupée par les ennemis du royaume.

3. Arch. nul., JJ. yo, fol. 390 290'°, n° 593 (Paris, juin i3Go). « Richart le Mareschal », demeurant à Clermont en Beauvaisis, est obligé, après la prise du château et de la ville de Clermont, de servir les ennemis du roi qui le menacent « de li coper la leste cl de le mettre à mort, de jour en jour, et à toutes heures... »

k. Arch. nal., JJ. 90, fol. 319, n" h^b (Paris, février i36o). Lettres de rémission pour le curé de Comblisy et d'Igny-le-Jard, près de Troissy, qui, tombé aux mains des Navarrais, malmené cl mis à excessive rançon, a été contraint de « servir les diz enncmiz » el de « chauler messes en la dite forteresse, scnz ce que il chevauchast oncques avecques eulx, ne pillast en aucune manière ».

Comblizy cl Igny-le-Jard ; Marne, arr' d'Epernay, c" de Dormans.

5. Histoire de France, i. 111, 187a, in 8% p. 371 373 : m Ce sont des Français que ces paysans, n'en rougissez pas, c'est déjà le peuple français, c'est vous, û France I Que

LES COMPAGNIES 3l

toute exagération. Il est une somme de maux, qu'une race ne supporte pas impunément sans disparaître. Or, pour les motifs qui ont été indiqués, cette guerre de brigands n'a pas été une guerre d'extermination. Lorsque fut conclue la paix de Brétigny, qui causa une si vive allégresse à Paris et dans tout le royaume, il restait, en dehors des villes closes, des êtres humains pour en bénéficier et s'en réjouir, des hommes même fortement trempés pt d'âme assez fière, comme l'avaient prouvé les paysans de Longueil-Sainte-Marie, les soldats improvisés de Guillaume l'Aloue. A cette rude vie, Jacques Bonhomme s'était aguerri; pillard poiir son propre compte le plus souvent, mais conscient de sa force, redoutable aux brigands isolés et aux traînards, capable même de concerter une action commune, il s'était habitué à rendre les coups qu'on lui portait *.

V. — La mémoire de tous les aventuriers du xiv" siècle ~ qu'il s'agisse des plus illustres bu des plus obscurs — est entachée des mêmes atrocités. Mais quelques-uns d'entre eux furent, par ailleurs, de grands capitaines : tels Robert KnoUes et Eustache d'Auberchicourt qui, pendant la captivité de Jean II, dirigèrent — le premier surtout — de véritables opérations de guerre. Leurs noms évoquent naturellement celui de l'Archiprêtrc, qui fut longtemps, lui aussi, un condottiere heureux et obéi ^. Mais l'Archiprêtrc n'est déjà plus un inconnu pour nous, et d'autres occasions se présenteront de le voir à l'œuvre.

La capitulation de Rennes (juillet i358), succédant à la trêve de Bordeaux, laissait sans emploi et sans moyens d'existence un grand nombre d'hommes d'armes anglais. Depuis que s'était ouverte la guerre de la succession de Bretagne, cette province était devenue leur

l'histoire vous les montre beaux ou laids, sous le capuce (?) de Marcel, sous la jaquette des Jacques, vous ne devez pas les méconnaître. Pour nous, parmi tous les combats des nobles, à travers les beaux coups de lance où s'amuse l'insouciant Froissart, nous cherclions ce pauvre peuple. Nous l'irons prendre dans cette grande mêlée, sous l'éperon dos gentilshommes, sous le ventre des chevaux. Souillé, défiguré, nous l'amènerons tel quel au jour de la justice et de l'histoire, afin (jne nous puis sions lui dire à ce vieux peuple du xiv* siècle : « Vous êtes mon père, vous êtes uia mère. Vous m'avez conçu dans les larmes. Vous avez sué la sueur et le sang pour me faire une France. Bénis soyez vous dans votre hmibeau ! Dieu me garde de vous renier jamais ! >/

I. Arch. nat., JJ. 90, fol. 2']'i'"-2']'i,n' 5^9 (Paris, mai i3Co); fol. 3oV' 3o5, n"62i (Paris, juillet i3Go).

3. Ses propres soldats l'assassinèrent en l'iOO (Gr. Chr., VI, a/|o).

3a LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE

terre d'érection. Tous s'y étaient enrichis, les plus humbles comme les plus qualifiés ; mais aucun n'égala la fortune et la renommée de Robert Knolles K De bonne heure, une légende s'est accréditée touchant ses origines, qui furent modestes sans doute, bien qu'il ne faille pas voir en lui un simple valet ou un homme de la condition la plus infime 2. 11 est probable qu'il était le fils d'un petit gentilhomme du Cheshire, et frère ou neveu d'un autre aventurier anglais, fort connu aussi et habituellement le compagnon de ses chevauchées, Hugues Calveley^. Knolles avait figuré avec honneur au combat des Trente, puis à celui de Mauron ^. En i358, n'ayant plus rien à tirer de la Bretagne, il résolut d'aller opérer sur un autre théâtre et se mit à remonter le cours de la Loire. Vraisemblablement, il n'avait pas encore de plan préconçu et réglait sa marche d'après les événements de chaque jour. Il était riche déjà de 200.000 florins et maître de quarante bons châteaux. Deux à trois mille combattants servaient sous ses ordres. Suffisamment fort pour ne dépendre de personne, il se vantait de ne faire la guerre ni pour Edouard III, ni pour le roi de Navarre, mais pour lui-même* On connaît l'orgueilleux défi qui lui tenait lieu de devise :

« Qui Robert Ganolle prendra ^ « Cent mille moutons gagnera» »>.

Au mois d'octobre, il parut sous les murs d'Orléans, dont il brûla les faubourgs^. Il descendit ensuite jusqu'à Ghâteauneuf-sur-Loire ',

Page 1